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Annalevine

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Tout ce qui a été posté par Annalevine

  1. Dans le débat sur la PMA ( et la GPA ) il y a une structure qui reste ( par rapport à la structure classique présidant à la venue de l’enfant ) : le couple. Il s’agit toujours d’un couple et du désir du couple d’avoir un enfant. Un couple s’aime, a une sexualité qui ne permet pas l’enfantement selon la condition naturelle, mais la technique permet de dépasser la condition naturelle. Un couple, un enfant. Mais dans la réalité modifiée par la technique il n’y a en vérité plus de couple mais trois personnes. Nous passons du couple au trio. C’est ce passage qui paraît culturellement impossible à franchir. Le couple ne veut pas de la troisième personne. Le couple veut effacer, nier l’existence de la troisième personne. L'idéal pour le couple ce serait de disposer soit d’un sperme synthétique soit d’ovocytes synthétiques. Ce qui dans l’état actuel de la technique est encore impossible. Si la sexualité est capable aujourd’hui d’aller au delà de toutes les normes culturelles du passé, le désir d’enfant lui, ne casse pas la structure du couple. Deux pour un, mais non trois pour un. Il y a là un tabou culturel infranchi. Du coup ce qui me paraît « révolutionnaire » dans le projet de loi en cours c’est l’ouverture de la PMA aux femmes seules. Car si le passage du couple au trio semble culturellement impossible le passage du couple au singleton ne semble pas poser de problème culturel. Pourtant le saut culturel est incommensurable. Il ne s'agit plus d’un couple et d’un enfant mais d'une personne seule face à un enfant. Exit le couple et aussi exit cette fois-ci tout rapport entre amour ( sexué ou pas ) de deux personnes et avènement d’un enfant. L’enfant n’est plus le fruit de l’amour de deux personnes mais le fruit du désir individuel d’avoir un enfant.Dans un tel cas ce qui vole en éclat c’est la structure même du couple qu’il soit homo ou hétéro.
  2. Dans notre ère moderne en effet nous relions l’oeuvre au créateur de l’oeuvre, tant et si bien que l’oeuvre semble avoir pour fonction, aujourd’hui, de mettre en valeur l’auteur. Il me semble que cette attitude relève d’une vision globale du monde dans laquelle ce que nous appelons le salut passe par un chemin qui privilégie l’individu contre la communauté. Dans d’autres époques l’intention fut de mettre en valeur l’oeuvre jusqu’à taire l’identité de l’auteur. L’auteur s’effaçait devant l’oeuvre. Dans cette attitude ce que nous appelons le salut était atteint dans la solidarité communautaire. La communauté l’emportait sur l’individu.
  3. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une question d’intelligence. Nous surestimons beaucoup cette faculté : l’intelligence. Mais une intelligence hors du commun peut choisir délibérément la fin du monde. Il s’agit d’une certaine représentation du monde. Selon la représentation du monde que nous avons nous luterons pour que notre monde nous survive ou pas. Ce qui est inquiétant c’est que la représentation du monde qui anime réellement les personnes leur échappe : elles n’en ont pas conscience. Par exemple sur ce forum nous avons des penseurs qui nous livrent leur représentation du monde. Pourtant si nous pouvions les suivre pas à pas dans la vie réelle nous constaterions le plus souvent que la représentation du monde qui les guide n’a rien à voir avec celle qu’ils affichent. Quand j’étais plus jeune je taxais ces personnes d’hypocrisie : je les croyais conscientes des motifs réels qui les faisaient agir. J’avais tort : les personnes n’ont pas conscience de leurs contradictions. Les hommes ne veulent pas la destruction de leur monde. Ils n’ont tout simplement pas conscience que leurs actes peuvent conduire à la destruction du monde. Ce qui est inquiétant c’est cette constatation : beaucoup d’hommes et de femmes ne VEULENT pas prendre conscience de la relation entre les actes actuels des humains et la possible destruction du monde. C’est cette volonté de décider de ne pas prendre conscience d’un fait qui est ici inquiétante.
  4. Dans ces moments où je pouvais enfin, jadis, ne plus être soumise aux pensées contraintes ( manger et trouver un gîte ) alors je m'efforçais aussitôt de construire une représentation du monde. Cela me mettait parfois dans des situations étonnantes, quand, ayant trouvé un seul livre français dans la bibliothèque du pays étranger où je me trouvais, mes camarades pour la plupart occupés à fumer du shit, me voyait plongée dans la lecture de Theilard de Chardin. Je crois avoir toujours cherché à bâtir une représentation du monde. C’est pourquoi je suis toujours sidérée de constater que tant de personnes disent : je suis athée. Ces personnes ne se rendent pas compte qu’elles disent ainsi : ma représentation du monde n’est pas celle de mon voisin lequel croit en Dieu. D’accord ai-je envie de leur répondre, mais ma question ne portait pas sur la représentation du monde de votre voisin, mais sur la vôtre. A croire donc qu’ils n’ont aucune représentation propre du monde. Cela me sidère.
  5. Si je fais un effort de recherche des origines, l'émergence de la conscience humaine engage l’homme dans deux directions : la technique et le religieux. La technique est fondée sur l’observation, l'oubli du sujet, un regard totalement porté sur l’objet. Donc l’observation est une attitude mentale aussi vieille que la conscience ( comme émergence mentale). La technique précède la science proprement dite. La technique ce sont les premiers outils. Et le premier outil c’est le feu. Et le feu, comme outil, fut même utilisé par des hominidés qui n'étaient pas encore sapiens. La technique engendrera la science. La science a précédé la philosophie. La philosophie n’est pas la mère de toutes les sciences, c’est l’attitude scientifique qui a engendré la philosophie. L’autre direction est le religieux. Le religieux est fondé sur le sentiment, c’est à dire sur la perception qu’il existe une réalité autre que celle qui est révélée directement par l’observation directe. C’est le « quelque chose suit son cours » de Beckett. C’est le mystère. C’est le sentiment qui permet d’accéder au mystère. Mais le sentiment est aussi lié à l’observation. Le sentiment repère un mouvement qui est autre que celui de l’homme. Il s’agit bien d’une perception.
  6. Le terme « divin » ne réfère pas forcément à Dieu. C’est un terme issu du sentiment. Mais comme vous décidez de ne penser que dans le cadre du conceptuel, de l'entendement, vous ne percevez pas le mot divin comme étant le résultat d’une perception « sentiment ». Vous êtes pétrifiée dans la pensée conceptuelle. La pensée occidentale est bel et bien amputée.
  7. Je me souviens d’une discussion avec une prof de maths, à Jussieu, dans laquelle elle se faisait fort, avec une petite équipe de chercheurs, de mathématiser les techniques propres à la peinture jusqu’ à être capable de produire à son tour des œuvres d’art remarquables. Elle m’avait à l’époque choquée mais pourquoi pas ? Pourquoi ne serait il pas possible un jour de produire par ordinateur des œuvres d’art ? S’il existe bien des relations récurrentes entre les formes et les couleurs d’un côté et l’émotion du récepteur, du spectateur de l’autre il sera sans doute possible d’engendrer par le calcul des ordinateurs des œuvres d’art, du moins des peintures remarquables. Brusquement cette enseignante détruisait toute « mystique », tout psychologisme liés à l’art. L’art pictural n’était plus qu’interaction entre certaines formes et couleurs et le neural. Avec le recul je pense possible une telle production artistique. Mais il me semble qu’elle concernera surtout l’art pictural non figuratif. Car il n’y a pas que l’agencement des formes et des couleurs qui marque le spectateur. Il y a aussi le sens qu’il peut donner à telle ou telle représentation, à condition que ces représentations soient en effet figuratives, à condition qu’elles réfèrent à des figures de la vie sociale ou privée.
  8. Plus j’observe la manière dont sont traités les sujets de philosophie plus je remarque que toute réflexion passe par la seule opération de la conceptualisation. Il semble gravé dans l’esprit des intervenants que tout est régi par l’entendement ( faculté propre à engendrer le concept). Une telle attitude revient à expulser le sujet ou à tenter de l’expulser. C’est cela qui donne l’impression que les intervenants ressemblent à des lycéens de terminales en train d'écrire une dissertation. Chacun y va de sa citation et d’une tentative à expulser toute singularité, toute subjectivité. Le recours à la citation, non comme repère confraternel ( ou comme repère sémantique ) mais comme argument d’autorité ressemble en outre à une attitude religieuse. Cette expulsion du sentiment, du ressenti, de la singularité n’est peut être pas le signe d’un manque de confiance en soi mais le signe d’un conditionnement culturel mise en place pendants les études secondaires et supérieures. Mais, en rejetant toute singularité, toute subjectivité, le penseur adopte en définitive l’attitude du scientifique. Lequel, lui aussi, tente l’expulsion du sujet, pour tenter de s’immerger, en pensée, dans l’objet. Il faudrait en définitive revenir aux Lumières pour bien comprendre ce qui se passe, comprendre aussi la faillite de la philosophie contemporaine, laquelle semble s’effondrer face à l’esprit scientifique.
  9. Dans un autre de vos posts, DDR, vous écriviez que l’histoire de France c'était l’histoire du territoire ( français) et vous enchaîniez pour estimer que Saladin ne faisait pas partie de l’histoire de France. Mais l’histoire de la France s’est déroulée bien ailleurs que sur le territoire français ! En Afrique, en Asie, en Amérique, en Palestine. Saladin fait bien partie de l’histoire de France puisqu’il a repris aux Français une partie du royaume latin de Palestine.
  10. Exactement le genre de langage qui fait certes plaisir à l’adulte qui le prononce mais qui passe à des kilomètres au dessus de la conscience de l’enfant. Langage atterrant. Il me semble que c’est vous qui écriviez que vous n’avez pas fait des enfants par amour. Je veux bien le croire.
  11. Les Arabes arrivèrent beaucoup plus tard conduits par le deuxième calife Omar ibn al-Khattab. Il conquiert Jérusalem en 637-638 et permet aux Judéens de revenir à Jérusalem. Puis les Omeyyades vont construire en 691 le Dôme du Rocher pour affirmer la supériorité de l’islam sur le judaïsme. Pour autant ils laissèrent les Judéens exercer leur culte contre paiement d’un tribut. Ils créèrent une ville arabe en 716 à l’ouest de Jérusalem, Ramleh mais ils permirent aux Judéens d’y avoir leur quartier. Plus tard quand les croisés, essentiellement français, s’emparèrent de Jérusalem à nouveau les Judéens furent expulsés. Quand Saladin reprit Jérusalem aux croisés chrétiens à nouveau les Juifs purent revenir à Jérusalem. Comme quoi rien n’est simple ...
  12. Après la relégation des Judéens en Galilée ce ne sont pas les Arabes qui occupèrent le Royaume, ce furent les chrétiens surtout après la conversion de Constantin. La Palestine devint terre sainte chrétienne. Des 326 la Palestine et surtout Jérusalem furent couvertes de basiliques et d'églises. Les Judéens plus que jamais furent relégués en Galilée. Ils avaient seulement le droit de venir une fois l’an devant le mur des Lamentations. Le spectacle des Judéens pleurant devant le mur excitait les chrétiens. Un dignitaire chrétien écrivit : « cet assemblage de femelles décrépites et de vieillards... démontre toute la colère du Seigneur contre ceux qui achetèrent le sang du Christ ». Pas de présence arabe à cette époque sinon peut être quelques poignées de nomades errants.
  13. (Lettre 28, lettres à Samuel) Les Romains conduits par Pompée assiègent Jérusalem et la conquièrent en 63 avant l’E.C. Le royaume devient une province romaine.Il est démembré en plusieurs districts : Samarie, Galilée, Judée, Idumée. Hérode le Grand, fils d’Antipater, un iduméen, et d’une mère nabatéenne (arabe) devint roi de Judée. Lettre 29 Hérode fut mal accepté car il était considéré par les Judéens comme étant d’origine inférieure ( les Iduméens étaient socialement plutôt des serviteurs des Judéens). Pourtant il fit tout pour être accepté par les Judéens, allant jusqu’à reconstruire le Temple. Il les défendit même contre les Nabatéens, tribu arabe qui vivait sur un mode sémite nomade à l’est du Jourdain et qui faisait quelques razzias épisodiques sur le territoire des Judéens. À l'époque le mot Juif n’existait pas. Existait les habitants du royaume de Judas, improprement désignés sous le mot de Juif dans les traductions chrétiennes de la bible ( le mot Juif est apparu très tard, en Europe chrétienne, il dérive de Yéhouda) A l’époque le mot Palestine n’existait pas non plus. Lors de l’ultime révolte de Simon Bar-Cokhba en 132, Hadrien écrasa les Judéens et leur interdit de vivre à Jérusalem. Il nomma le Royaume : Palestine, dérivé du mot philistin, pour humilier Israël, qui fut si longtemps affronté aux Philistins. Notons que les Judéens se réfugièrent alors en Galilée. Les Judéens, les Juifs dirait-on aujourd’hui, n’ont donc jamais quitté la Palestine. Quelques nabatéens profitèrent de l’écrasement des Judéens pour pousser leurs troupeaux sur les hauteurs de Jérusalem. Mais les nabatéens sont une tribu arabe qui disparut à son tour.
  14. Il est nécessaire d’accepter qu’il existe deux modes de perception distincts qui ouvrent sur deux visions, deux connaissances différentes du monde. Il y a la perception classique bien sûr, les cinq sens, qui ouvre notamment sur la science et il y a la perception dite interne, celle du sentiment qui ouvre notamment sur l’art ( sur la religion ?). Dans le monde occidental continental, l’Europe continentale, la pensée ( conduite d’une réflexion conceptuelle fondée sur l’observation nourrie par les sens) règne en reine. Le sentiment est constamment dévalué ( ce qui n’est pas le cas de l’attitude anglo saxonne) et retraduit constamment dans un langage conceptuel. Mais en traduisant la perception « sentiment » en langage conceptuel nous passons sans cesse à côté du monde que le sentiment nous révèle. Il en est ainsi de la psychanalyse qui sans cesse traduit la perception sentiment en un autre langage qui ne nous dit plus rien du monde révélé par le sentiment. Il est difficile d’accepter l’existence de deux perceptions distinctes car elles conduisent à poser l’existence de deux mondes. Notre désir d’unicité nous incite à subsumer un monde sous un autre. Pourtant les deux mondes existent.
  15. Cette recherche d’une essence, concernant l’homme, paraît participer de la recherche d’une certitude, d’un socle. Elle me fait penser à la recherche d’un invariant dans les transformations géométriques. Il y a des écrits assez moqueurs de Nietzsche sur cette recherche d’une certitude, d’une vérité absolue. Il l’assimile sans doute à une recherche de sécurité. Des lors qu’il s’agit de l’homme et même du vivant en général il devient très difficile d’identifier une essence. On peut poser le postulat qu’il existe une essence bien sûr, mais quant à définir cette essence, de la décrire, plus personne n’est d’accord avec personne. Cela nous donne des débats sans fin comme, actuellement, ces débats sur la GPA et la PMA, existe t il une essence du père, de la mère, etc. L’utilisation de la pensée c’est à dire de la méthode conceptuelle ne paraît pas adaptée à la recherche d’une essence ( concernant le vivant) s’il en existe une. Si je passe par l’autre mode de construction mentale, le sentiment, je ressens l’existence d’un invariant pourtant. Mais cet invariant n’est plus alors une réalité susceptible d’une description objective. Je peux par exemple ressentir l’existence d’un vouloir. Identique à lui même, en temps que vouloir, à travers le temps. Mais je sors totalement de la pensée ( l’entendement) pour rentrer dans le monde du sentiment.
  16. Je comprends l’exigence de @broodercomme l’exigence de penser sans cesse en se pensant immergé dans le monde, dans le quotidien. Sinon qu’est ce que la philosophie ( occidentale) sinon un simple passe temps aristocratique dont l'équivalent dans le monde populaire serait par exemple le tiercé ? Et les interminables discussions des turfistes sur l'identité du vainqueur possible ? La philosophie serait donc un loisir, un peu compliqué, une manière d'entretenir son cerveau comme on dit aujourd’hui. Ce serait même devenu une maladie comme l’écrit parfois Nietzsche. Ecrire que la vie est le résultat de notre essence est une assertion complètement déconnectée du quotidien. Qui conduit sa vie en se disant : je suis le résultat de mon essence ? Absurde. C’est rêver à une détermination telle que je n’aurais plus à me faire aucun souci quant à mes responsabilités, mes devoirs par exemple. C’est rêver à un déterminisme à la @Talon 1qui m'éviterait à me remettre sans cesse en question. C’est rêver à la paresse, à l'irresponsabilité, à l’évitabilité d’un « devoir penser » novateur quand, chaque matin, j’ai pourtant à prendre des décisions dont je pourrais toujours dire, a posteriori, qu’elles étaient déterminées ( je peux dire n’importe quoi une fois que les choses sont faites) mais dont je sais, a priori, quand je forge ma décision, qu’aucun fondement absolument ESSENTIEL, ne peut me secourir ( je parle ici des vraies décisions, celles qui émergent au milieu d’un champ de multiples possibles, je parle des vrais décisionnaires ).
  17. L’art... Je pense à l’instant à la coupole de l’église Sainte Sophie à Byzance, et bien que j’eusse vu cette œuvre il y a bien longtemps, encore aujourd’hui, en m’en souvenant, je reste saisie. Cette coupole je me demandais comment elle tenait, comment il pouvait se faire qu’elle tînt. J'étais émerveillée et je le suis toujours, cette coupole défie la pesanteur, elle défie toutes les contraintes de la physique. Légère comme un parfum de rose, malgré ses tonnes de matériaux. Cette coupole exprime le désir des hommes de s’arracher à la terre. Qu’est ce que l’art alors au vu de cette coupole ? Sinon de réaliser le désir des hommes de s’envoler loin, au-delà. Et dans la même église il y a les icônes. Stupéfiantes icônes qui mettent directement en relation l’homme et le divin. Le regard des personnages jeté sur un autre monde. L’icône qui déchaîna les iconoclastes mettant en difficulté l'impératrice Irène. Car l’icône remplaçait les patriarches, il n’y avait plus besoin d'intermédiaire entre le fidèle et le divin. Qu’est ce que l’art dans ce cas là ? Sinon la médiation entre l’homme et le divin.
  18. Je ne suis pas sûre pourtant que le point de départ de toute réflexion ce soit l’existence et son corollaire l’angoisse existentielle. Quand je fus réduite à une époque à ne pouvoir penser à autre chose qu’au gîte et au couvert lors de mes errances territoriales, alors je n’avais qu’une hâte, quand venait la fin de la journée : m'aménager des moments de liberté pour pouvoir penser librement. Ca voulait dire quoi, penser librement, une fois que j’avais de quoi dîner, une fois que j’avais où dormir ?
  19. Peut être est il difficile après tout de créer sa propre pensée. Peut être est ce là une exigence à laquelle peu de personnes peuvent répondre. Sans doute est ce pour cela que mon impression, en lisant les intervenants, est de lire d’éternels étudiants. Prenons Bergson. Ce qu’il dit de l’art est assez conventionnel. Il pourrait être certes intéressant de le citer ( je cite moi même des auteurs) mais non pour s’écraser devant sa pensée, pour au contraire la critiquer et prendre appui sur elle pour construire sa propre pensée. Peut être que les foromeurs n’osent pas... Pourtant quand ils regardent un tableau qui leur plait par exemple ils ressentent bien quelque chose qui leur est propre non ? Peut être qu’ils ne parviennent pas à mettre en mots, les leurs, ce qu’ils ressentent. Il y a peut être là un travail trop colossal pour qu’ils puissent en venir à bout. Du coup je ne lis plus ici que des pensées recopiées, répétées. Un robot demain fera aussi bien, et même mieux encore si des programmeurs l’outillent d’un esprit critique.
  20. Comment se fait il que vous ne parveniez pas à engendrez votre propre pensée ? Que vous ayez besoin de réciter la pensée d’un maître pour avoir le sentiment de penser ? Pourquoi n’osez vous pas engendrer votre propre pensée ? Votre propre pensée sur ce qu’est pour vous l’art ? Manque de confiance ? Sentiment d’infériorité ? Honte de soi ? Paresse ?
  21. Le salut c’est quoi ? C’est peut être échapper à la souffrance, à la mort. Seulement ? Echapper à l’angoisse aussi. Je suis sensible à cette description de l’angoisse « existentielle » faite par les philosophes du vingtième siècle. C’est vrai, cette angoisse existe. Ce sentiment que le monde se dérobe, s’en va. Cette angoisse que vécut ma mère quand elle se vit mourir. En fait elle ne se vit pas mourir, elle vit le monde disparaître. Il en résulta chez elle une angoisse intense. Et les mots me manquèrent tant son angoisse me sidéra. Je peux parfois ressentir cette angoisse. Parfois je sens le monde s’en aller, alors je me sens menacée d’abandon. Qu’est ce que ça veut dire, se sentir abandonnée ? Heidegger a d’autres mots, lui écrit qu’alors le dasein est suspendu dans le néant. C’est plus poétique que d’écrire : je me sens abandonnée. Mais ça revient au même. Qu’est ce qui permet de sortir de cette angoisse ? Rien. Attendre. Le désir d’action finit par revenir, et l‘action c’est revenir dans le monde. Et revenir dans le monde c’est en fait ressentir le monde revenir à soi. Si je veux ne plus ressentir cette angoisse alors je me lance dans l’action. Et je pourrais au fond écrire : vivre c’est agir. Ce faisant je philosophe me semble t il. Que dirait un religieux ? Il dirait : tu n’es pas abandonnée Dieu est toujours présent. Que dirait un scientifique ? Il me ferait un cours psychanalytique axé sur la mère et le bébé et leur séparation ou alors il me donnerait des médicaments. Hum...
  22. Qu’est-ce que philosopher peut-il bien signifier ? Luc Ferry écrit que la philosophie cherche le salut sans Dieu tandis que la religion cherche le salut avec Dieu. Le salut ? Je ne parviens pas à communier dans cette recherche du salut. Et la science ? Elle aussi nous promet le salut grâce à la technique. La philosophie, la religion, la science. Qu’ont-elles de commun ces trois activités mentales ? La recherche du salut ? Qu’est ce que c’est, le salut ?
  23. Si je devais parler de la folie par exemple qu’en dirai-je, qui soit vécu et non pensé « savamment » ? « A l’âge de six ans je me suis rendu compte que tous les adultes étaient fous ». Je n’irai pas jusqu’ à faire mienne cette phrase de Cyrulnik, mais après tout ne suis je pas issue d’une famille où nombreux se pensaient fous ou pensaient les autres fous ? La folie semble avoir accompagné ma vie. Que dirai je de la folie ? Un comportement excessif sous le rapport des passions ? De la violence ? De l’autorité ? Peut être. J’ai de la sympathie pour les gens « fous » à condition de ne pas être l’objet de leur folie. La sagesse m’ennuie. Qui a envie de vivre au quotidien avec un Sage ? Un sage, il est conventionnel de le respecter mais tout le monde ou presque le fuit. Et le surhomme au fait ? Une sorte d’excitation mâle et adolescente. Zarathoustra m’impressionna pourtant. Mais pas sous l’angle du surhomme, concept facétieux, plutôt sous l’angle de l’exercice prophétique. Prophétiser c’est transmettre. J’aime transmettre mes savoirs aux jeunes. Cela a du sens quand c’est fait gracieusement, mais c’est épuisant.
  24. C’est curieux cette manière de traiter ici les questions philosophiques. J’ai l’impression que les rédacteurs se pensent à l’école, au lycée ou à l’université. Ils s’efforcent sans cesse de produire une bonne dissertation. Comme si quelque part siégeait un Examinateur qui allait les noter. Pourquoi ne pas parler de l’action des concepts dont ils traitent dans leur vie ? Pourquoi ne pas dire ce qu’est la sagesse dans leur vie ? La folie dans leur vie ? Le surhomme dans leur vie ? Non leur vie est ailleurs, ce qu’ils pensent réellement, dans l'action, leur engagement quotidien des idées ici traitées nous ne le saurons pas. C’est étonnant ce côté scolaire, comme s’ils avaient peur d'être iconoclastes, d'être jugés pour mal penser. Ils disent ce qu’il FAUT dire de la sagesse, ils ont honte de dire ce que, dans leur action quotidienne, ils en font réellement, de la sagesse. Il semble que ce soit bien français ça, cette inquiétude devant l’exigence à penser BIEN. Pourtant ils ne sont plus à l’école.
  25. Connaître l’histoire du territoire où l’on vit...Il est parfois difficile pour un étranger qui vient vivre en France de s'approprier l’histoire de la France tant les Français qui vivent depuis des générations sur ce territoire n’aiment pas eux mêmes leur histoire. Combien parmi eux font remonter l’histoire de leur pays à la Révolution et dévalorisent tout ce qui s’est passé avant. Ils ont honte de leur période historique royale, ils dégradent sans cesse l’action de leurs rois...ou alors ils ne la jugent que rapport à leur morale d’aujourd’hui. Ils ont honte de leur lâcheté sous la domination allemande, ils ont honte de leur esprit conquérant quand ils partaient à l’assaut de territoires exotiques. Comment faire sienne une histoire qui est sans cesse dévalorisée par ceux là mêmes qui ont vécu cette histoire sur des générations et des générations ?
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