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Annalevine

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Tout ce qui a été posté par Annalevine

  1. Tu as raison sur ce point, le mot violence est trop fort. La violence on peut l’éprouver dans les errements de sa vie personnelle, ce fut mon cas. Mais je ne peux pas projeter la violence vécue en raison d’une trajectoire personnelle propre sur le monde. J’exagère la violence ambiante. Il y a bien sûr des moments de violence, dans nos banlieues, dans l’exaspération des gilets jaunes , etc. Mais cette violence n’a rien à voir avec les violences du passé. Il y a beaucoup moins de violence aujourd’hui qu’au XIXe siècle par exemple. En revanche il y a une agressivité permanente, peut être puissanciée par les media. Il y a une agressivité ambiante et peut être aussi une insatisfaction collective. Peut être est ce même cela le problème : une insatisfaction collective. C’est à réfléchir. Il est possible aussi qu’habitués à former une communauté dans la guerre ou la soumission à de grandes idéologies nous soyons obligés aujourd’hui d’inventer de nouvelles raisons d’être ensemble. Nous serions alors rendus à une obligation de création.
  2. Ça pose problème en effet ce que vous écrivez. Faut-il qu’il y ait une guerre pour que nous retrouvions le sentiment d’être un peuple ? Et dans le passé est-ce que le sentiment national par exemple est né de la guerre ? C’est bien possible. Mais alors ne vaut il pas mieux perdre ce sentiment de former une communauté plutôt que de faire la guerre ? Pour ma part la guerre ne peut pas être souhaitée. Mieux vaut à mon avis le désagrément voire la souffrance de perdre le sentiment de communauté plutôt que faire la guerre. D’ailleurs c’est en cela que les mots de nation ou de patrie suscitent de la méfiance des lors qu’ils paraissent bien n’être employés que dans le cadre de la guerre. Mais les exemples que vous donnez : Corse ou Suisse sont intéressants. Ces peuples ont en effet le sentiment de former une communauté, sans qu’il y ait de guerre. Sans même qu’ils soient obligés de recourir à la notion de but. Ce qui signifie que je fais fausse route. L'idée de but n’est peut être pas nécessaire pour avoir le sentiment de former une communauté. ( je parle là des peuples, pas des couples !).
  3. Il est pratiquement impossible de discerner ce que pourrait être l’évolution proche de notre monde, ni même l’évolution proche de notre communauté de référence : la France. Je peux faire le constat d’une désunion des Français et leur éparpillement en différentes chapelles antagonistes mais ce constat n’éclaire pas trop sur ce qui pourrait être entrepris. D’ailleurs pourquoi entreprendre ? Cet éparpillement est peut être nécessaire, il augure peut être une nouvelle façon de voir : il n’y a plus d’universalité, il n’y a plus que des particularismes. C’est peut être là une évolution inexorable. Catholiques, musulmans, juifs, catalans, corses, basques, bretons, freudiens, féministes, machistes, scientistes, athées, homo, hetero, noirs, jaunes, blancs, nationalistes, mondialistes, marxistes, libéraux, royalistes, républicains, petits, grands, obèses, minces... chacun se cale dans une ou plusieurs chapelles puis chacun interpelle l’autre en le traitant de con voire pire. Ce qui évolue c’est qu’auparavant chacun déjà faisait partie d’une ou plusieurs niches, mais que chacun tentait le rassemblement. Ce rassemblement fait place à l’hostilité de chaque niche contre chaque niche. Comme s’il n’y avait plus de destin commun. C’est cette disparition du sentiment d’un destin commun qui est surprenant. Et c’est cette disparition qui engendre cette agressivité. Hier j’apprends coup sur coup qu’à Toulouse une crèche vivante est agressée, qu’à Paris une femme automobiliste poignarde deux jeunes filles dans la rue, que la ministre des Sports a dû être exfiltrée... Je ne suis pourtant pas sûr que cette montée de la violence soit inéluctable. Elle témoigne de quelque chose pourtant. Il y a quelques jours dans une salle d’attente où j’accompagnais mon épouse je rencontre une jeune femme qui m’intrigue. Elle a trente ans, elle est prof de mécanique et elle enseigne des garçons. Elle m’intéresse, je la trouve étonnante et battante, puis soudain, une personne vraiment très âgée, un homme, qui était là lui fait une remarque du genre ce n’est pas la place d’une femme la mécanique, tout le monde se marre en l’entendant, même les femmes, tout le monde se dit le pépé est dépassé, et voici que la jeune femme se met à l’insulter en le traitant de vieux déchet. Tout le monde était gêné. Je me suis dit : on peut être féministe et porter en soi la violence des barbares. Et toujours cette inclination : avilir l’autre.
  4. Non je ne suis pas d’accord avec cette attitude. Le responsable de tout ce serait le politique ou ce serait le chef d’entreprise. C’est tentant à dire, c’est tentant de toutes façons de dire que le responsable c’est toujours l’autre. L’archipelisation c’est se refermer sur soi et considérer que les autres sont des « étrangers ». Il n’empêche que chacun semble rechercher aujourd’hui sa communauté à partir de laquelle il peut fustiger les autres. Il me semble que ce repli sur une communauté a deux fonctions : se sentir chez soi mais aussi avoir de bonnes raisons d’´exprimer une violence contre l’autre. C’est cette violence aussi qui m’étonne. Je la pratique parfois ici et je m’étonne sur moi même. Mais je me suis rendu compte que tous exercent une violence sur l’autre et qu’en revanche aucun ne s’en étonne. Par exemple je vois qu’ici @Januaryvient de lancer un sujet sur les bébés et qu’elle en profite pour déverser une violence contre le RN. Je vois donc que son plaisir est d’abord d’exercer une violence. Quand je discours avec @Léna-Postrof et que ce que je lui dis ne lui plait pas elle essaye de m’avilir en méprisant mon âge publiquement. Elle est elle aussi soucieuse d’exercer une violence. Il me semble que le phénomène social actuel c’est cet exercice accru de la violence. Pour y recourir aussi je finis par me dire que ce que je croyais propre à moi est en fait devenu propre à tous les Français. Comment aller au delà de cette violence ?
  5. Tu confirmes mon analyse : la France se fractionne. Chacun se replie sur une communauté.C’est l’Archipel Français. Mais il ne faut pas juger bien sûr. Il y a le peuple provençal, le peuple basque, le peuple corse, le peuple breton...mais tous ces peuples se délient les uns des autres. A moins qu’il s’agisse là d’un phénomène de fond. Après tout enEspagne la Catalogne vise la séparation. En Grande Bretagne l’Ecosse vise la séparation. Nous sommes peut être à l’aube d’un mouvement de fond. Une dispersion de plus en plus fine des individus entre différentes communautés.
  6. Cette défense de valeurs universelles comme ciment national je ne suis pas sûr que ce fut le mieux pour nous. La défense de valeurs universelles s’apparente aux comportements des religions conquérantes. Cette défense a conduit la France à pratiquer un impérialisme militaire et économique qui fut peut être une impasse. Cette défense la conduit à bombarder depuis des décennies des populations Arabes... En revanche ce qui a pu réunir les Français après la fin de la guerre c’est la reconstruction du pays. D’ailleurs à ce moment là les communistes ont mis en sourdine la guerre des classes. Tous se sont retroussés les manches. Mais quand cette reconstruction fut terminée tout s’est de nouveau fractionné.
  7. Il y a toujours eu des spécificités régionales, des cultures régionales très différentes les unes des autres, il n’y a jamais eu uniformité des territoires, mais il y a eu, à une époque, tout de même, un sentiment national, où le sentiment de faire partie d’une communauté qui transcendait toutes les autres. Cela n’empêchait certes pas qu’il y eut des conflits voire des haines entres territoires. Mais il y avait ce sentiment, malgré tout, de faire partie d’un ensemble humain dont les membres étaient reliés entre eux par un sentiment, une affectivité. Quand j’étudie l’histoire de France je suis surpris de voir à quel point en 1914 il y eut unité. Certes il y avait une minorité contre la guerre, je ne dis pas qu’il y avait uniformité, mais c’est impressionnant de voir que sont partis à la guerre non seulement les ouvriers mais aussi les classes dites d’élite, qui sont d’ailleurs mortes en masse dans les tranchées. Impressionnant. Puis tout change. Sartre part en Allemagne et il ne voit même pas la montée du nazisme ! Tout se délite quand arrive la seconde guerre mondiale. Il me semble qu’il y a une explication certes pas suffisante mais est un élément de réponse. L’idéologie marxiste fit des progrès énormes en France après 1918. Or cette idéologie cassaient les peuples et les nations pour mettre en avant les classes sociales. Les conflits n’étaient plus entre peuples ou nations mais entre classes sociales quelles que soient leurs nationalités. C’était certes pas con comme tentative mais ça n’a pas marché. Il semble que la France ne se soit pas relevée de cette idéologie marxiste. Nous nous voyons toujours brisés en classes sociales antagonistes. Cette brisure empêche la constitution d’un sentiment national, ou sentiment de former un seul peuple. Certains d’ailleurs peuvent trouver ça bien et estimer que la réalité sociale c’est la lutte des classes et qu’il faut donc casser tout sentiment national pour animer la lutte des classes. Je ne suis pas d’accord avec ça. Car nous sommes partis pour une lutte des classes éternelle. Remplacer la classe dominante actuelle ( les capitalistes) par une autre classe ( les partisans de la nationalisation des biens de production par exemple) ne va pas résoudre le problème du pouvoir. Les nouveaux maîtres asserviront à nouveau les autres. La question du pouvoir se pose bien au delà de l'appartenance à la classe capitaliste ou la classe de tout autre dominance.
  8. C’est une idée à creuser en effet. Idée intéressante. Cet universalisme il faut alors le lier à la Révolution. Et aux conséquences de la Révolution. Notamment l’émergence de l’Empire napoléonien. Il est possible qu’il y ait eu là une volonté de briser une membrane cellulaire pour répandre partout le message révolutionnaire. Et derrière le message universaliste la conquête territoriale. À voir.
  9. Quand je renverse la question et que je pense à l’unité possible des Français, alors je pense : peuple français. Mais je ne peux pas tenir cette position longtemps car les Français n’ont pas le sentiment de former un peuple. Ils peuvent le concevoir ( concept ) mais pas le ressentir ( sentiment). Pourquoi ? Peut être parce que dans la culture française le mot peuple désigne exclusivement les classes populaires. Tout dépend donc du patrimoine culturel ? Les Corses quand ils disent peuple corse entendent tous les Corses. Mais alors existe-t-il un mot qui parle au cœur, au sentiment, qui désigne l’ensemble des Français ? Apparemment non. C’est une grave lacune de la culture française.
  10. Annalevine

    Le corps et l'esprit

    C’est assez confus. Vous êtes guidé par le sentiment. Vous employez des mots qui ne désignent aucun objet mais ces mots résonnent avec un certain ressenti en vous, ressenti glané dans l’interconnexion avec les autres. Bref là vous rêvez. La raison n’a pas de monde, la raison est un instrument, un outil. Mais comme vous êtes là dans le sentiment (sentiment qui semble être un état intérieur euphorique ) vous quittez le conceptuel. Vous quittez la pensée pour être dans le sentiment. Bref c’est assez désordre. Normal vous ne raisonnez plus, vous ressentez. Vous ne pouvez pas accéder à quelque chose qui s’appelle conscience, la conscience n’est pas un objet planqué dans votre cerveau. Il n’y a pas de lieu de la conscience dans le cerveau, la conscience se signale par une activité électrique intense, par une onde, par un embrasement du cerveau. Un embrasement n’est pas une chose, ce n’est pas un objet auquel on accède en prenant un chemin secret.
  11. Annalevine

    Le corps et l'esprit

    Les perceptions sont utiles à l’action. Le cerveau est fait pour l’action. La perception est un ensemble d’informations construites en fonction du réel mais aussi en fonction de votre corps. La perception vous permet d’agir sur le monde extérieur. Elle est totalement élaborée par votre cerveau sans besoin de votre conscience. La conscience est un plus qui fournit des informations supplémentaires grace à la capacité qu’elle offre d’imaginer diverses situations. Diverses actions imaginées qui permettent de faire choix. Sans conscience la perception existe quand même. Elle permet l’action aussi ( vous pouvez marcher dans la rue en pensant à autre chose que la rue ) mais avec un matériel informatif moins important.
  12. Annalevine

    Le corps et l'esprit

    Les ondes sont un modèle de la réalité. Les scientifiques élaborent des modèles. Ce sont des modèles élaborés par ce que nous appelons l’entendement ( la faculté de créer des concepts selon Kant). Un modèle de la réalité n’est plus une perception, c’est une construction conceptuelle. Lorsque deux objets se percutent dans l’atmosphère il y a génération d’une onde, l’air vibre en quelque sorte. Cette vibration nous ne la percevons pas ni ne la voyons. Cette vibration est une hypothèse, un modèle que différentes mesures vont confirmer comme étant représentative de ce qui se passe ( aujourd’hui nous pouvons visualiser ces ondes avec des appareils adéquats mais la vision est elle même le résultat d’une perception...) Bref simplifions et supposons qu’il existe bien des ondes, c’est à dire une vibration de l’air. Cette vibration ou cette onde se propage de proche en proche. Elle rentre en contact avec votre tympa qui vibre à son tour. Là intervient des phénomènes complexes. La vibration est traduite en de nouveaux signaux électriques, etc. etc. Tous ces signaux sont traités par le cerveau et vous avez une perception. Si vous rapportez cela à la philosophie de Kant ( la CRP est un ouvrage intéressant) le contact entre la vibration et le tympan est une sensation, et le résultat après traitement est une perception. La sensation n’est pas perçue en tant que telle. La perception c’est le résultat de tout un travail organique réalisé à partir de la sensation ( le contact entre une réalité extérieure et l’un de vos sens). Cette perception vous la ressentez, vous pouvez la dire, la communiquer. Nous pouvons alors créer le concept esprit pour signifier que la perception son apparaît ( apparition = phénomène) en vous, dans votre esprit. Le mot esprit est donc d’abord une commodité d’expression, rien de plus. Le fait que votre perception vous la ressentiez, que vous pouvez la dire ou la penser est qualifié de : conscient. Par définition est conscient tout acte mental que vous pouvez vous dire ou dire à quelqu’un. Le mot conscience est donc une construction conceptuelle qui ne correspond à aucun objet.
  13. L’ambiance change radicalement à partir de ce premier choc pétrolier. Giscard est élu. Il fait passer l’âge de la majorité de 21 ans à 18 ans, Simone Veil fait passer la loi sur l’avortement. C’est énorme, des changements profonds sont à l’œuvre sans la société. Apparaît le terrorisme d’extrême gauche avec l’attentat du drugstore près de mon lieu de travail de l’époque . Le mythe Carlos surgit. L’écologie apparaît avec Dumont. Il s’agit d’émergences que peu de personnes voient. La politique de l’immigration évolue avec le regroupement familial. Est lancé le programme de production d’énergie de source nucléaire. Il s’agit en fait d’une révolution invisible. Quelques années auparavant l’homme marche sur la lune. Le mouvement de 68 semble s’évanouir, le monde est en marche, 6 ans après 68 il n’est plus le même. Le congrès d’Epinay en réalisant l’union des socialistes lance l’union de toutes les gauches. L’idée de révolution refait surface mais une révolution de type ancien. La révolution des mœurs œuvre du mouvement de 68 devient normative. Pour ma part je reste interdit, immobile, je refuse toujours de m’insérer. Mon frère fait un choix incroyable : il quitte la recherche ou il excelle pour rentrer dans l’administration de groupes industriels stratégiques. C’est la consternation pour ma mère. Elle est de plus en plus marginalisée. Mon frère casse avec la culture russe maternelle : la création, et choisit la culture française du père, soutenu par sa femme petite employée d’origine rurale ( comme mon père) : l’administration. Je ne trouve plus du tout ma place dans ce monde. Je le fais savoir. Les hommes de la famille fustige mon inclination culturelle russe.
  14. Et bla bla dit merci ! Pauvre petit blabla, oh mon petit bébé, attaqué par un méchant battue. Quand je vous dis que les hommes de notre pays sont devenus des lavettes !
  15. Cela ce sont les rapports humains habituels. Nous sommes tous en train de constituer l’autre dans notre esprit, nous sommes tous faits des autres comme les autres sont faits de nous. Les rapports entre manipulateurs et manipulés sont complexes et il y a un va et vient permanent, manipulateur et manipulé sont constamment dans des rôles interchangés. Vous parlez à partir de conditions de vie privilégiées. Pour le moment vous ne savez pas ce que c’est que le pouvoir assis sur une loi. Ce pouvoir est le pouvoir de la dénonciation. Pendant la dernière guerre ce pouvoir était autrement plus violent que le pouvoir que vous soulignez. Pendant l’ere soviétique ce pouvoir de dénonciation était lui aussi extrême et violent. Une partie de ma famille vivait là bas. Vous avez de la chance de n’avoir à affronter que le pouvoir psychologique de telle ou telle personne. Tiens il n’y a pas si longtemps une de mes élèves m’a parlé comment l’un de ses amis l’avait filmée et comment il avait balancé son film sur les réseaux sociaux. Là c’est un autre pouvoir que le pouvoir assis sur la loi. Mais c’est un pouvoir d’une violence inouïe.
  16. Le forum est un atelier de travail intéressant en ce moment. L’expression s’y libère. il y a deux points que je dois travailler : Le recours systématique à la loi pour poursuivre tout comportement déviant. Ce recours systématique semble avoir l’aval des gens. Mais à travers l’attitude de Lou je vois pourquoi ce recours est plébiscité : cela permet à chacun d’avoir un pouvoir réel sur l’autre. Chacun devient le tsar de l’autre. La loi c’est la promesse donnée à chacun d’exercer un pouvoir réel sur l’autre. visionner la vidéo de solo.
  17. Arrivé à ce point je peux déjà tirer ces conclusions. Les grandes idéologies (dans lesquelles je place les religions) ne structurent plus autant qu’avant les populations. Les détenteurs du savoir idéologique ont perdu leur Autorité. Peu importe de connaître les causes, les faits sont là ( on peut aussi avancer, à côté du développement des media audiovisuels, le développement de la transmission des savoirs à travers l’école, le collège, le lycée et l’université). Neanmoins ces idéologies n’ont pas disparu, elles se sont repliées sur des noyaux durs. Il y a toujours des défenseurs des religions, de la psychanalyse, de la Révolution, du nationalisme, de la pansexualité, du communisme, du scientisme, de la musique classique (!) etc. Mais tout cela désormais cohabite dans ce que nous appelons l’Archipel français. C’est intéressant de constater ce fractionnement. Qui n’est pas un fractionnement aussi individualiste que ça. Disons que de petites communautés, assez solides au demeurant, apparaissent, construites sur des idéologies passées mais aussi sur des idéologies plus récentes (l’écologie, le féminisme, le souci de soi à travers l’alimentation et la santé, etc).
  18. L'ambiance était devenue lourde en France. La trouille sociale eut des effets effrayants. Chacun soudain pensa avant tout à soi. L'esprit 68 fut tué. Il n'était plus question de faire des expériences, il était question de se planquer. Nombre de soixante-huitards retournèrent dans leur milieu d’origine et s’insérèrent dans des entreprises. Il n'était plus question de prendre des risques. La culture reprit le sens que nos parents voulaient que nous lui donnions : dominer socialement par l'économie. Pour moi il n' était pas question de verser là-dedans. Que faire ? Je repartis sur les routes. Mais non cette errance n'avait plus de sens. Arrivé en stop en Yougoslavie je revins à Paris. Je me remis en couple. Je voulais avoir un enfant, elle ne voulut pas, putain, quel sens donner à cette vie à deux me disais-je. Là il faut faire le point. Oui il y a fragmentation, je suis ok avec le comité invisible là dessus, mais cette fragmentation touche qui ? Probablement les gens les plus cultivés ou ceux qui ont une culture séculaire (arabes musulmans, juifs) ou encore les classes les plus populaires dont les conditions de vie engendrent des cultures authentiques. Tous ceux-là développent des cultures différenciées ok mais des cultures différenciées tout de même développées au sein de communautés plus larges. Donc la différenciation est à nuancer. A côté de ces cultures tranchées, certes multiples dans notre pays il y a la classe moyenne, celle des employés et des petits cadres. Mais cette classe moyenne, bordel, elle est quoi ? Pas de culture active. Une sorte d'inertie. Une capacité à parler sans cesse sans jamais agir en conséquence. Cette classe moyenne est motivée par quoi ? durer ? vivre en bonne santé ? se distraire ? la puissance de cette classe est sa masse. Sa masse fait qu'on ne peut rien faire sans elle.
  19. La crise pétrolière de 1973/1974 changea toute l'ambiance sociale. Jusqu'alors je ne m'étais pas soucié de l'insertion sociale encore moins de la réussite, je pouvais être vendeur de journaux à Perpignan, barman au Canet, archiviste à Paris, je pouvais m'inscrire à la fac, passer quelques UV puis faire grève contre les diplômes, refusant de passer l'UV finale nécessaire pour l'avoir : "nous devons étudier non pour les diplômes mais pour accroitre nos savoirs" disais-je avec les anarchistes. Je voulais donner un autre sens à la culture que celui de dominer socialement les autres. Nous devions être cultivés au milieu des classes populaires, travailler à l’intérieur de cette classe. C'est ce qu'avait préconisé Linhart dans l'établi, mais Linhart devint fou. J'étais employé à faire du classement dans un établissement parisien quand éclata la crise pétrolière. L'angoisse s'empara soudain de tout le monde : l'angoisse d'un phénomène inconnu jusqu'alors : le chômage.
  20. Les années 70 balancent entre la révolution qui reste encore un mythe fédérateur et le recherche communautaire. Libération informe de tous les conflits sociaux, Actuel est le magazine repris par Bizot qui développe une contre culture (musiques, drogues). Le magazine lance des petites annonces qui mettent en communication des personnes tentant de créer des expériences communautaires. Libération se lance dans des petites annonces "cul" originales. Pour ma part de refuse de m'insérer socialement, j'occupe des postes secondaires, je vais voir le chef du personnel pour devenir planton (il me rit au nez). Donner une once de mon esprit ou de mon intelligence à cette société, je le refuse. Je me noie dans une relation sexuelle. Je ne suis pas le seul à faire ce choix. Le sexe semble être la seule voie viable. Mais elle n'a pas de sortie. Je le ressens, je me voile les yeux. Devenir un déchet amoureux, ça c'est écrit dans "fragment d'un discours amoureux". Je ne parviens plus à croire à la Révolution. Le départ à la campagne me tente mais je soupçonne que le marché va tuer ces tentatives. Il faut bien vendre pour vivre et vendre c'est se soumettre aux lois de production du marché. Il y a la solution de l'autarcie. Certains tentent cette solution. Elle ne m'intéresse pas, je veux tenir une activité ouverte sur le monde.
  21. Cette ébullition sexuelle a un effet énorme : elle casse le discours psychanalytique. Alors que le discours freudien passe son temps à expliquer tel ou tel comportement sexuel dès lors qu'il ne s’inscrit plus dans une normalité, dans un cadre idéal, là , tous ces acteurs s'affirment TELS QU'ILS SONT. Ils se foutent totalement du discours freudien qui tend à dévaloriser leurs comportements. Bien sûr il y aura un retour subtil de la norme, avec Lacan surtout. Mais Lacan aujourd'hui est mort : les homosexuels en s'affirmant tels qu'ils sont, et en se foutant des dires qui tentent à les EXPLIQUER cassent toute la parole normative psychanalytique. Les interminables discours sur le complexe d’Oedipe entre autres passent à la trappe. On s'en fout de désirer notre mère, disent les homosexuels en se marrant. Les homos nous ont libérés de Freud.
  22. Les lendemains de 68 plongent la génération d’après 45 dans une certaine morosité. Le monde n'a pas changé. Pourtant ce qu'elle ne voit pas cette génération c'est qu'elle a coupé avec les idéologies d'hier, les pères et les mères ont perdu le pouvoir sur les esprits. La morosité provient de l'errance des esprits : impossible de reconstruire le monde. Que faire ? où aller, que construire ? Ce que ne voit pas cette génération c'est qu'elle inaugure une nouvelle façon d'aborder la sexualité. La commercialisation de la pilule en 1967 libère les femmes. Leur comportement change vis à vis des garçons. Les garçons et les filles expérimentent de nouvelles sexualités. La mixité s'installe dans tous les établissements scolaires publics. C'est le lancement de mouvements qui, quand on y pense, pratiquent une sexualité assez incroyable. Le FHAR pratique une homosexualité complètement exhibitionniste dans ses réunions militantes. J'ai intérêt à me garer à cette époque. Le mouvement de libération des femmes se lance. Les lesbiennes tiennent le haut du pavé, du moins à Paris avec leur sexualité qui laisse pantois les garçons. C'est une explosion de pratiques sexuelles, qui sortent toutes de leur clandestinité. Nouvelle fragmentation là : les comportements sexuels se différencient, les pratiques aussi. Fragmentation des pratiques. Mais cette révolution sexuelle n'apporte pas la satisfaction. La sexualité ne dessine pas un nouveau monde; elle libère des pères et des mères mais elle n'esquisse pas les contours du nouveau monde. La sexualité débridée, trop répétée, provoque une interrogation sur la sexualité elle-même. Elle n'est pas le lieu du paradis espéré. Il y a une forme de désespérance à cette époque.
  23. La révolution qui a suivi a eu lieu dans presque tous les pays occidentaux. Aux USA, partout en Europe et même en Europe communiste avec le printemps de Prague. Mais rapidement il y eut deux mouvements presque étrangers l’un à l’autre. Un mouvement initiateur, libertaire, suivi par un mouvement syndical et politique. Les deux se mélangèrent. Et là est apparue une première fragmentation que personne n’a vue : la génération née après 45 n’a pas suivi la génération née avant. C’est la génération née avant 45 qui a imposé ses vues. Les accords de Grenelle. La génération née après 45 a eu le sentiment d’avoir perdu. Mais cette génération sans le voir a introduit une solidarité transversale qui pourrait bien être un modèle de ce qui pourrait arriver demain. Cette jeunesse a mélangé à l’intérieur d’elle-même les ouvriers et les intellectuels. Il y a eu entente, il y a eu communauté de pensée non plus fondée sur une apparence socio professionnelle mais sur une communauté de sensibilités. Nous avons cassé les schémas des sociologues, certes ça n’a pas duré, mais ça a existé. Qui sait si demain des regroupements ne se feront plus selon les appartenances socio professionnelles mais en fonction de sensibilités communes qui dépasseront les intérêts catégoriels. C’est une possibilité et si cela se réalise alors le monde inaugurera une nouvelle façon de vivre.
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