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Dompteur de mots

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Tout ce qui a été posté par Dompteur de mots

  1. Lorsque je dis que l’apprentissage était toujours structuré selon le schéma soumission  affirmation, il ne s’agit pas d’une structure morale (convention ou normalisation) qui étoufferait la liberté individuelle, à moins d’admettre une définition de plouc de la liberté. Il s’agit plutôt d’une structure inhérente à la chose même, de la même manière par exemple que l’on dit que les organes du corps sont structurés de telle façon. Dit-on que la structure du corps, qui nous est imposée par la nature, est étouffante ? Chez les ploucs (les chrétiens par exemple), certes. Par la suite, l’autorité enseignante peut provenir de sources diverses : un instituteur certifié, un autre forumeur, un bouquin, un site web, etc. Même les autodidactes ont leurs sources d’autorité. Et là, je ne parle même pas du fait que la philosophie est par essence une forme de structure. À la pensée désorganisée, arbitraire et confuse du commun, elle propose une pensée soupesée, approfondie, élaborée, partagée. Si la philosophie est une forme de structure, alors elle est aussi une forme d’exigence. Quoi ? Mais cette pensée structurée ne tue-t-elle pas le plaisir ? C’est plutôt l’inverse. Elle accroît le plaisir de l’existence. Évidemment, ce n’est sans doute pas le plaisir de l’échappatoire que recherche typiquement le commun, car la philosophie nous oblige à braquer les yeux sur nous-mêmes et sur le monde qui nous entoure, ce qui peut être une tâche difficile. C’est donc un plaisir différent, moins frivole et plus profond. Si on ne veut pas goûter à cette sorte d’aliment-là, il y a mille autre sections à explorer sur ce forum. La vraie liberté, disait un sage pas si bête, c’est de choisir ses chaînes et ses entraves, et non de toutes les briser. Heureusement, car nous serions tous bannis, moi y compris. C’est une réalité peu racontée que tous les prophètes passent une bonne partie de leur vie à s’ennuyer. Mais leur tyran intérieur ne leur intime pas moins d’accomplir ce qu’ils doivent accomplir.
  2. La question suivante a d'abord été posée par Leopardi: Peut-on définir une "éthique" de l'écriture sur les forums ? Puis, le cas spécifique d'un forum de philosophie s'est posé comme exemple emblématique - cas d'autant plus pratique que nous sommes précisément sur un forum de philosophie. Dès lors que l'on pose la question de l'éthique de l'écriture sur un forum de philosophie, on doit forcément se demander ce que sont les exigences minimales de la philosophie. Je suis généreux sur ce coup mais je ne pourrai pas toujours tout expliquer.
  3. Les digressions font régulièrement partie du discours philosophique et cela non par simple complaisance de pelleteur de nuage aimant se perdre dans la spéculation, mais bien à cause de la nature même du discours philosophique. En effet, les concepts de la philosophie ne se déploient pas dans une linéarité qui en ferait autant de bornes sur le chemin qui mène à l’élucidation du problème posé, mais bien dans une territorialité qui en fait des portes qui ouvrent sur un champ de réflexion possible. La formulation d’un problème suppose que la pensée à l’intérieur de laquelle ce problème a pu être posé est devenue trop étroite et inadéquate. Par conséquent, c’est à un nouveau champ de réflexion que ce problème appelle. Or, une fois ce nouveau champ posé, on voudra l’explorer, le tester, le cadastrer, d’où la digression comme mode du discours philosophique. Évidemment, cela suppose tout de même qu’il y ait un lien logique et donc une continuité entre le sujet principal et la digression. Dans le cas qui nous intéresse, Leopardi a formulé une question sur l'éthique de l'écriture sur un forum de philosophie. Il va de soi que cette question appelait une digression sur les exigences minimales de la philosophie, sur ce qu'est la philosophie et sur l'idéal de la philosophie.
  4. C’est pourquoi j’ai proposé le foot sans filets. Tous les savoirs, toutes les disciplines et même, de façon plus générale, tous les apprentissages sont structurés de la sorte. L’enfant qui apprend à marcher observe ses semblables, suit les enseignements de ses parents, et il ne fait pas autrement pour ce qui est d’apprendre à vivre. Et comme dans tous les savoirs, toutes les disciplines et tous les apprentissages, la maturité consiste à atteindre ce point où l’on se sent assez solide pour marcher sans aide, sur ses propres jambes, et pour redonner aux autres à son tour. On peut favoriser le développement d’une libre pensée, mais il n’y a que le sujet qui puisse se la donner réellement. Sans compter que pour faire preuve d’esprit critique, encore faut-il une matière première sur laquelle cet esprit critique puisse s’exercer. Et cette matière première, c’est le savoir accumulé par les hommes, leurs mœurs, leurs traditions, qu’il faut apprendre et intégrer pour les connaître… et pour effectivement et éventuellement mieux les critiquer. 3 sophismes, puisque je n’ai rien entendu de tel. Je rappelle aussi qu’entre les bases essentielles de la philo et mes propres idées, ma propre école de pensée – pour autant que l’on admette que je fasse partie d’une telle école – la marge est assez énorme. Si exiger qu’une réflexion soit exposée lors d’une intervention est une tentative d’imposer ma propre école de pensée, alors mon école de pensée recoupe toute l’histoire de la philosophie. Les arts martiaux ne visent pas la domination de l’un sur l’autre, mais bien la plénitude du corps, et le moyen utilisé à cette fin est la confrontation des individus au sein de ce qu’on pourrait appeler une saine compétition. C’est-à-dire que ce n’est pas forcément l’appétit de la victoire et de la domination qui est le moteur de l’atteinte de cette plénitude, mais bien l’énergie dégagée par la compétition elle-même. C’est un peu la même chose en philosophie. Il n’y a jamais de gagnants ni de perdants : du foot sans filets. Attends un peu là : ce dont on parle depuis le début, à savoir la nécessité d’exposer une réflexion en philo, cela n’est pas un fait accessoire, comme l’est le choix du matériel en plongée, c’est l’essence même de la chose, comme le serait la technique de respiration en plongée : c’est exactement la même chose pour la plongée en haute-mer que pour la plongée en basse-mer. En effet. Et quelques surdoués vont très bien s’en tirer. Mais l’immense majorité va finir noyée, stupidement écrasée au fond de l’eau (au fond de la caverne). Par « surdoué », j’entendais bien sûr quelqu’un comme moi. Mais même moi, je me soumets régulièrement à l’autorité d’auteurs et de professeurs en tous genres. J’ai parlé du processus qui va de l’enfant jusqu’à l’adulte en passant par l’adolescent plus tôt mais en fait, dans le détail, on reste toujours enfant en quelque domaine de spécialité.
  5. Il y a un élément que vous oubliez dans votre exemple intéressant de la collection de livres philosophiques pour enfants: c'est l'élément d'autorité. L'enfant doit faire preuve d'humilité, de respect, mais il a aussi l'autorité du livre que vous lui fournissez pour apprendre ce qu'est la philosophie. Donc, faire preuve de certaines qualités morales, oui - mais il faut aussi une matière première sur laquelle puisse s'exercer ces qualités. D'ailleurs, vous parlez d'humilité. De l'humilité, d'accord, mais face à quoi ?
  6. Oui, mais cela ne discrime pas les initiés des non-initiés. Parce qu'ils n'exposent pas une réflexion. En philosophie, la plate-forme de réflexion est aussi importante, sinon davantage que la conclusion elle-même. Dire "je pense ceci" ou "je pense cela", ce n'est pas faire de la philosophie. Ce n'est donc pas une question de prouver quoi que ce soit, mais bien de montrer sa pensée. Il y a des interventions sur ce forum dont la conclusion est ridicule mais qui ont davantage de valeur que d'autres interventions dont la conclusion est plus sensée mais qui ne montrent aucune démarche réflexive. Me comprenez-vous ? Ce n'est pas une question de performance logique, mais bien de transparence et de commensuration. Ça ne vous ressemble pas de jouer à la victime de la sorte. De toute façon, je vous taquine : vous avez au moins la prestance d’un achigan, voire d’un saumon !
  7. Mais qu'est-ce qui détermine ce qui est objectif et ce qui ne l'est pas ? Ce qui est une faute et ce qui est juste ? Précisément.
  8. Avec plaisir, mais collons l'entière citation, pour le bénéfice de nos lecteurs: On remarquera que je discute ici du caractère général de vos spéculations philosophiques - donc de l'ensemble de vos assertions - et non de votre personne morale. Si j'avais dit "Scénon réfléchit comme une truite", là vous auriez eu raison. Le rôle d'un philosophe est de réfléchir sur le monde qui l'entoure, et non celui de légiférer. J'accepterais seulement s'il y avait acclamation unanime. :smile2:
  9. Pas du tout ! Il ne s'agirait pas d'un système de filtration, mais bien un système pour mieux connaître le background philosophique de chacun ! Empêcher les non-initiés de s'intéresser à la philosophie serait la pire chose du monde !
  10. Pas si cette considération est juste. De plus, je m'attaque toujours aux assertions ou à des ensembles d'assertions, et non aux personnes dans leur existence morale. Voir le message que j'ai envoyé entre-temps pour la suite du débat. C'est justement là que Spinoza fait preuve d'une originalité effroyable dans son analyse psychologique: il déleste cette analyse de ses attaches morales, et relie le tout au sujet qui juge et à son désir d'être. Ainsi, celui qui condescend, de même que, à une échelle plus générale, celui qui hait sont tous les deux en proie à une diminution de leur puissance d'être. Car enfin, partant de votre définition, dites-moi donc où se trouve la distinction entre un bon et sain constat de la différence de compétence entre deux individus et la condescendance ? Le coach de foot qui signale à l'un de ses joueurs qu'il ne sera pas de l'équipe partante lors du prochain match fait-il preuve de condescendance ? Non, bien sûr. Pourquoi ? Parce que... ce constat... n'émane pas... d'une affection négative: oui, exactement. Et pourtant, il signifie à son joueur qu'il est inférieur aux autres, bien qu'indirectement (quoi que cela puisse faire l'objet d'une formulation plus directe). La raison du non-constant de condescendance est que le coatch en question est doté d'une accréditation qui entérine son pouvoir discriminant sur les joueurs. Mais malgré ce pouvoir discriminant, on le dira condescendant lorsque ses constats livrés aux joueurs ne semblent pas se faire dans l'intérêt de l'équipe en premier lieu, mais qu'il en émane une animosité toute personnelle. La difficulté qui prévaut sur un forum de philosophie, c'est que personne n'a d'accréditation pour supporter une éventuelle autorité philosophique (sauf dans les forums où la modération porte aussi sur le contenu). En fait, ici, tout le monde se dispute cette autorité. En conséquence de quoi tout constat discriminant découle des bases personnelles de chacun, y compris le constat qui discrimine le constat discriminant d'un premier intervenant: "t'es un gros singe méprisant". On pourra dire aussi que le foot a des critères objectifs précis: le nombre de buts comptés, et le nombre de victoires. Alors qu'en philosophie, le jeu consiste à réfléchir sur la vie - ce qui équivaudrait à jouer au foot sans filets; à s'échanger le ballon pour s'échanger le ballon. Mais cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas de techniques à apprendre, à développer, ne serait-ce que pour passer le ballon, pour dribbler, pour cogner le ballon de la tête, pour faire des touches, etc. Peut-être conviendrait-il alors de rendre la présentation des intervenants obligatoire, de manière à ce que ses antécédents et sa formation philosophique soient connus de tous. Cela pourrait faire office d'accréditation morale, à défaut d'accréditation officielle. De même qu'il devrait être reconnu dans le libellé de la section philo que cette discipline requiert un minimum de technique, à savoir les techniques de l'argumentation, de la monstration ou de la démonstration, et que les dépôts d'opinions soient systématiquement supprimées.
  11. Remarquez bien que nous pourrions créer un nouveau sujet de discussion rien qu'à partir de l'ambiguïté qui se trouve au coeur de la définition proposée par Spinoza, à savoir que le mépris est l'affect qui consiste à penser d'une personne moins de bien qu'il ne le faut, à cause de la haine qu'on a pour elle. Alors ? Où se situe la frontière du moins de bien qu'il ne le faut ? Sans doute cette mesure relève-t-elle d'un aspect pratique: le juste bien à penser de l'autre serait celui qui nous conduit à prendre des décisions éthiques qui nous mènent à la joie, alors que l'injuste bien serait celui qui nous mène à la tristesse. La règle serait alors la suivante: celui qui méprise a une posture passive et s'enfonce dans la tristesse, alors que celui qui estime a une posture active et s'élève vers la joie.
  12. Vous m'avez mal lu. Il n'est pas question de mépris.
  13. Je l’entends comme une affection, au sens spinozien, c’est-à-dire comme une modification ou un changement de mon être produit par une cause interne ou externe. J’aurais peut-être du utiliser le concept – toujours spinozien – d’affect, qui est plus spécifique. Mais, si vous le permettez, définissons aussi l’amour au sens spinozien : joie accompagnée de l’idée d’une cause extérieure. Et tant qu’à y être, définissons aussi la joie : affect fondamental dérivé du désir et opposé à la tristesse, consistant dans la conscience d’un accroissement de la puissance d’exister. J’ajoute en dernier lieu que chez Spinoza, le désir est l’essence même de l’homme. En résumé, nous pourrions dire que la philosophie me procure la conscience d’un accroissement de ma puissance d’exister – phénomène que je ramène synthétiquement sous l’idée d’amour de la philosophie. Dans mon intervention originale, je faisais donc intervenir cet amour comme cause de ma conduite éthique avec les autres forumeurs, plutôt que la condescendance. Or, je ramène la condescendance à une expression particulière de mépris. Le mépris consistant, selon Spinoza, à penser d’une personne moins de bien qu’il ne le faut, à cause de la haine qu’on a pour elle. La haine étant une tristesse accompagnée de l’idée d’une cause extérieure, et la tristesse étant un affect fondamental, dérivé du désir, consistant dans la conscience d’une diminution de la puissance d’exister. Voilà donc le nœud de l’affaire : je ne me sens pas le moins du monde diminué par les autres intervenants. Au contraire, lorsqu’ils font démonstration de leur stupidité, je me réjouis de me voir offrir de la sorte des occasions de m’affirmer et de combattre, car la lutte affermit l’être, le fortifie et en accroît la puissance d’exister – nous pourrions dire « de philosopher » en ce qui nous concerne, puisque c’est l’existence en tant que forumeur philosophique qui nous intéresse. Il faut m’imaginer heureux de pourfendre l’inanité ambiante. Le vécu assumé des antagonismes personnels et la rugosité de caractère qui l’accompagne sont ramenés à des affects négatifs tels que la condescendance par préjugé moral seulement (voir mon intervention dans le topic de Savonarol sur l’infâmie de l’être, concernant notre rapport avec la liberté individuelle). Mais une conscience libre peut très bien parvenir à ce choix éthique sous la base d’affects positifs. Ça, ce n'est pas de l'éthique, c'est de la morale. C'est-à-dire que vous formulez le tout sous la forme d'un impératif catégorique. L'éthique est un impératif hypothétique requérant que les conclusions soient argumentées et explicitées.
  14. Je suis certain que vous avez plein d'expériences et de pensées riches. Mais en l'occurrence, vous ne dites rien. Vous me lancez des phrases vides de substance que l'on peut trouver dans n'importe quel bouquin d'ésotérisme jovialiste (ce qui, entre vous est moi, est bien le résidu de caca de la littérature). Le credo en philosophie consiste à réfléchir et à faire réfléchir. Or, vous ne faites ni l'un ni l'autre.
  15. J'ai toujours aimé Lucy, mais elle est si parcimonieuse... Pourquoi au juste venez-vous claironner tout ceci sur un forum de philosophie ? Vous ne faites réfléchir personne. Au contraire: vous tuez la réflexion et vous rendez les gens plus dépendants, plus serviles - bref, tout le contraire de ce que prétend votre discours à l'eau de rose.
  16. Et bien je crois que votre lecture de ce qui se passe sur ce forum est mauvaise. La condescendance dont vous parlez n'est pas dirigée envers les néophytes. D'ailleurs, il faut bien distinguer que si l'on peut être expérimenté dans l'étude de l'histoire de la philosophie, on est en revanche toujours néophyte dans l'art de penser. C'est à chaque fois un effort à refaire. Mais bref, la condescendance dont vous parlez est dirigée vers ces intervenants qui claironnent leurs opinions comme si elles avaient fait l'objet d'une réflexion profonde ou qui s'improvisent sommité en un domaine qu'ils ne maîtrisent pas du tout. En l'occurrence Ocytocine, vous exprimez une réflexion ma foi avec une certaine souplesse d'esprit, et sans prétention, et vous faites un effort pour articuler clairement les tenants et aboutissants de votre pensée. Vous comprenez intuitivement ce que requiert la philosophie. Et malgré l'aspect négatif de votre message, au moins vous sentez l'exigence et la solennité qui sous-tend toute progression dans le domaine de la philosophie - je parle d'une solennité dans l'effort de réflexion car dans le partage avec les autres, rien n'empêche l'espièglerie et le jeu. Je me permettrai de dire que votre remarque à l'effet qu'il faudrait citer des grands philosophes pour être bien reçu ici est absolument non-fondée et émane plutôt d'un préjugé courant. Nous ne sommes que très peu ici à avoir une connaissance élargie de l'histoire de la philosophie et à ma connaissance, personne n'en fait un étalage particulièrement faste, et personne n'utilise cet avantage comme d'un outil de ségrégation. J'ajouterai qu'en ce qui me concerne, je ne ressens pas de condescendance envers les autres intervenants, aussi impertinents puissent-ils être. L'affection qui me guide n'est pas négative mais bien positive: c'est l'amour de la philosophie. Je ne pourchasse pas les intervenants dans les autres section du site. Simplement je place l'objet de cette section au-dessus de chacune de nos têtes. C'est le principe de toute collectivité: soit de travailler à un objet qui dépasse chacun des individus.
  17. C'est le festival des bisounours ici !
  18. Au-delà de tout critère de vérité, on peut aussi expérimenter une pensée afin de voir ce qu'elle peut nous amener en frais de sensibilité, de façon de vivre. Une pensée n'est pas un objet que l'on aurait qu'à contempler et à juger - comme une équation mathématique par exemple. C'est quelque chose qui recouvre tout un petit monde de vie.
  19. C'est faux : le cogito est une intuition. Descartes distingue l'intuition de l'induction, la première s'imposant à la pensée tandis que la deuxième s'obtient par analyse, tel que vous le décrivez. Or, le cogito s'impose d'abord à la pensée et l'analyse qu'en fait Descartes ne consiste en fait qu'en une articulation de cette idée. Évidemment, il est facile de se laisser abuser par la structure même de l'œuvre cartésienne, où tout est exposé à la manière d'un cheminement logique (comme chez Platon...). Pourtant, le philosophe donne bien les indications de ce que je viens d'avancer. Par la suite, l'évidence se définit comme la qualité possible d'une intuition (ou d'un raisonnement). Une intuition est première (quelle que soit la reconstitution de l'itinéraire qu'on lui donne). Descartes arrive au cogito, sum. Ensuite seulement, il construit une connaissance nouvelle. Quant aux prétendues indications, pas la peine d'en chercher, l'intégralité de ses deux opus les plus connus en sont l'indication la plus explicite. Affirmer ce que vous dites, c'est faire comme si le doute cartésien n'avait jamais existé, or on ne peut pas faire que Descartes n'ait pas écrit son œuvre. Je ne m'étendrai même pas sur la différence entre une intuition et un axiome. Descartes n'a pas eu une révélation divine dans l'une des encoignures de sa chambre au beau milieu de la nuit dans un état somnambulique... Je voulais vous éviter l’affront d’avoir à vous confronter avec les textes originaux mais puisque vous insistez Euterpe, je me vois dans l’obligation de procéder. Définissons d’abord l’intuition avec Descartes, au travers de la 3e règle pour la direction de l’esprit : « Par intuition, j’entends, non la confiance flottante que donnent les sens ou le jugement trompeur d’une imagination aux constructions mauvaises mais le concept que l’intelligence pure et attentive forme avec tant de facilité et de distinction qu’il ne reste aucun doute sur ce que nous comprenons ». Et voyons maintenant ce passage, toujours dans le 3e règle, quant à la relation entre intuition et évidence : « Pour ce qui est des objets considérés, ce n’est pas ce que pense autrui ou ce que nous conjecturons nous-mêmes qu’il faut rechercher, mais ce que nous pouvons voir par intuition avec clarté et évidence, ou ce que nous pouvons déduire avec certitude : ce n’est pas autrement, en effet, que s’acquiert la science ». Intuition évidente, puis déduction : telle est la méthode de Descartes. Or, si nous examinons l’œuvre du philosophe, le cogito n’est pas déduit du doute cartésien ! Il ne s’y appuie pas le moins du monde ! Aucun élément du doute cartésien ne permet de deviner l’apparition du cogito ! Il n’y a d’ailleurs en tant que tel rien à tirer du doute cartésien, sinon la leçon selon laquelle il devient nécessaire de trouver une vérité indubitable, sur laquelle toute connaissance puisse ensuite s’appuyer. À ce titre, le doute de Descartes est plutôt un défi – ainsi qu’un formidable outil de mise en scène. Il s’agit de trouver une intuition dont l’évidence soit fondatrice et cette intuition, c’est donc le cogito. Votre ennui Euterpe découle de votre compréhension de l’idée que l’intuition doive être « première ». Aucune pensée que ce soit n’est « première » en ce sens qu’elle ne serait précédée d’aucune autre pensée. À suivre votre méthode de lecture, il faudrait chercher les intuitions fondatrices des philosophes dans la première page de leurs ouvrages ! Or, il n’en est évidemment rien. Prenez Schopenhauer par exemple : si vous comptez les préfaces, critiques kantiennes et autres appendices, il faut bien passer quelque 1000 pages avant de tomber sur l’exposition de sa notion de Volonté. De plus, l’intuition de cette dernière a, dans la tête du penseur, bien dû être précédée de milliers d’analyses du corpus philosophique des siècles précédents, et n’aurait sans doute pu advenir sans ces analyses. Mais cela ne veut pas dire que cette intuition en dépende, car le caractère premier de l’intuition est son autosuffisance. Voyez ainsi la structure circulaire, autosuffisante de la formulation même de l’intuition cartésienne, si mal traduite en français : « ego cogito, ego sum », soit « je pense, je suis », et non « je pense donc je suis ». Vous faites le fanfaron avec vos révélations divines mais je suppose qu’il vous est déjà arrivé d’avoir une idée subite sans qu’il ait été besoin que vous fussiez somnambule ? Au petit coin par exemple ? En faisant votre toilette matinale ? En avalant votre café ? Ou même dans les plaisirs de la chair ? En tout cas, je demeure perplexe quant à ce que vous puissiez y voir l’œuvre d’un Dieu quelconque. Il serait éventuellement intéressant de mettre ceci en conjoncture avec votre amour des dialectiques divinement insouciantes – amour qui, comme nous l’avons vu, dans l’attachement excessif à la forme de l’œuvre, va jusqu’à teinter votre appréciation de ce bon vieux René. *** Mes excuses pour avoir violé ce sanctuaire sacré. La conception est une intellection qui construit des concepts. Intuition, conception, c'est la même chose. Tiens ? L’évidence vous passe sous le nez Euterpe (et c’est le cas de le dire !), par force de votre obstination. Descartes parle d’une conception « évidente ». Donc, on peut concevoir de manière non évidente. Comme le faisaient, aux yeux de Descartes, les philosophes scolastiques qui spéculaient n’importe comment sur n’importe quoi. Or, l’intuition a un statut spécial, c’est une conception qui s’impose à la pensée. De là, il va de soi que Descartes considérait que son cogito était une « conception évidente », c’est-à-dire une intuition. Aussi ce point ne semble plus devoir faire l’objet d’un débat. Ce qui reste de controverse porte plutôt sur l’interprétation du sens de cette intuition. De votre côté, vous prétendez que cette intuition s’obtient de manière analytique : « on distingue, on différencie, on sépare, on analyse, et on trouve ce qu’il y a à trouver. ». De mon côté, je tablais plutôt sur son côté instinctif, sans nier que cette intuition puisse être précédée et suivie d’un travail d’analyse. Supposons un instant que Descartes ait obtenu la conception du cogito par un pur travail d’analyse; autrement dit, qu’il ait tout simplement trouvé ce qu’il y avait à trouver. D’où vient alors l’évidence qui l’accompagne et qui en fait une intuition en bonne et due forme ? Pourquoi Descartes est-il tombé amoureux de cette conception précisément ? Pourquoi en a-t-il tiré une telle force créatrice ? Alors, comme ça, "il s'agit de trouver une intuition..." On part en balade, baluchon sur l'épaule et... on cherche ? Et puis, à force de chercher, inévitablement, paf le chien ! on trouvera une intuition ? Vous faites encore le fanfaron Euterpe. Mais remarquez que les pérégrinations de Descartes, autant physiques que philosophiques s’apparentent bien, en quelque sorte, au type d’aventure dont vous parlez. Quelle autorité as-tu pour te prononcer de la sorte ? On pouvait ne pas être d'accord avec mon propos, mais il était sérieux et bien construit. Il avait sa place sur un forum de philosophie. Ton Camus n'est qu'une buse et ma crotte vaut de l'or.
  20. Les philosophes s’engagent et militent sur un plan qui est imperceptible pour la plupart. Ils cherchent essentiellement à bouleverser la manière dont nous sentons, représentons et articulons les choses du monde. Leur compétence est dans la manipulation des idées, et non dans la gestion de la vie collective. Par la suite, les idées d’un philosophe passent par un long processus de « doxification » par lequel elles imprègnent lentement la société (si elles ont la force nécessaire, évidemment). Le travail d’un philosophe – sur l’écologie mettons – peut mettre des générations à percer le champ académique et à dicter les analyses des sociologues, économistes et autres spécialistes du collectif, puis à envahir le champ de la politique et du public. « Pas médiatisés » ? Je crois que y’a pas meilleur moyen de faire tomber un audimat ou un tirage que de fourguer de la philo. La philo n’est pas vendeuse, pour la bonne raison que la majorité n’en a que faire et n’y comprend que dalle. Et non, la philosophie ne disparaîtra jamais. Pour la discrétion des philosophes, je le répète : la philosophie a un mode d’action très profond, mais très lent. Enfin, crois-tu que Nietzsche était une superstar en son temps ? Pas le moins du monde. C’était un ermite anonyme qui passait toutes ses économies à faire éditer ses livres, qui n’étaient lu que par ses amis et quelques hurluberlus, ici et là. Et aujourd'hui ? Qui connait Nietzsche ? 5% de la population ? 1 % ? Qui connait ses idées ? 0.005 % ? Mais qui n'en a pas subit l'influence, consciemment ou inconsciemment ? Il n’y a pas de philosophes qui ont mis en doute la rotondité de la terre et qui se sont questionnés sur le penchant de l’observation télescopique des astres non plus…
  21. Je me suis fait bannir de forumdephilosophie.com parce que j'ai osé contester l'expertise de l'un des modérateurs et propriétaire du site sur Descartes. Évidemment, j'étais arrogant, comme toujours, mais non grossier, et ça ne m'empêchait pas d'être pertinent (d'ailleurs, on m'appuyait en privé et on a même intercédé en ma faveur). Le propriétaire en question m'a répondu sophistiquement et lorsqu'il en a eu assez, il m'a expulsé. Les meilleurs philosophes que j'ai connus sur le web n'ont jamais trouvé leur place dans ces forums spécialisés - je parle de celui-ci et de son ancienne mouture philoforum.com. C'est un nid de bobos ! :smile2:
  22. Il est malheureux que n'ait su s'exprimer plus sérieusement, ou plus philosophiquement cette riche personnalité. Voyons les choses du côté positif: d'un seul coup, la production de sophismes du forum vient de chuter de 60% ! :smile2:
  23. Je n’ai pas été assez précis. J’aurais dû dire que le langage s’instaure à partir d’une pensée simple qui s’élabore progressivement en éléments discontinus. Tout ce qui à la fin du processus est décomposé en textes, propositions, mots est à l’origine un magma simple. Par la suite, le processus langagier insère des coupures qui rendent possible le discours mais celui demeure, quoique l’on fasse, enrobé de sa part cachée, un peu de la même manière que l’on dit que la conscience demeure enrobée par la part obscure de l’inconscient. Bergson illustre bien ce que je viens de dire lorsqu’il parle de l’intuition. L’intuition pour Bergson est du mouvant, de la pensée mouvante que les mots ne peuvent restituer entièrement, mais seulement refléter en faisant image. Il s’agit de tourner autour de l’intuition, de la faire basculer sous tous ses angles afin que le lecteur puisse finir par se figurer en quoi elle consiste. – On voit bien qu’il s’agit là précisément d’une façon de contrecarrer un rationalisme qui accorderait trop d’importance aux mots, aux classifications, aux rapports logiques et qui oublierait que la philosophie et le langage en général ont d’abord affaire avec du vital, de l’organique. Cela dit, Bergson ne retire pas à la logique et à la rationalité tous leurs pouvoirs et leur utilité. Seulement, il les relativise et nous rappelle que la fin de toute réflexion est quelque chose de vital et de mouvant. Ou, pour le dire autrement, la fin de toute réflexion, c’est un homme ancré dans le monde doté d’une profondeur nouvelle, et non seulement l’acquisition d’un savoir momifié. Je peux témoigner concrètement de ce qui vient d’être dit. Lorsque je réfléchis à un problème philosophique, cela ne se fait pas du tout de la manière que tu dis, à savoir par le biais de catégories bien délimitées, de petites boîtes entre lesquelles nous créons des liens. Typiquement, à la lecture d’une proposition philosophique, de ton présent texte mettons, je lève la tête et je fixe un point quelconque – typiquement le frêne ou l’hydranger à tige par la fenêtre. Et là mon esprit flotte pendant un moment. Il se produit une sorte de bouillonnement dénué de déterminations précises. Je suis conscient de réfléchir mais je ne pourrais pas dire alors quelle est mon idée. Si on me le demandait, je bafouillerais, je me perdrais dans de longues hésitations. C’est là la partie organique de l’acte de philosopher. C’est le corps qui parle, ce sont les reins, les poumons, les testicules, les mains, les yeux, le nez qui parlent. Ensuite vient la partie la plus difficile : il s’agit de se raccrocher à l’interlocuteur, à son discours et à se faire une représentation cohérente de sa propre réflexion. On relit alors le texte sur lequel on réfléchit, on en isole les concepts fondamentaux, on en analyse les mouvements fondateurs, on met à jour son intention, puis on se positionne par rapport à ces éléments. On définit ses propres concepts – qui ne sont pas des boîtes mais bien plutôt, comme Deleuze le dit, des plans où la pensée peut évoluer – c’est-à-dire qu’ils ne sont pas des segmentations strictes mais bien plutôt segmentations ouvertes; des morceaux de continuité (j’assume le paradoxe). Puis on établit sa propre intention générale, son propre mouvement fondateur : c’est le négatif de la composition à venir. Ce n’est ensuite seulement qu’intervient la composition du discours en tant que telle, où tout devient en apparence emboîté – alors qu’en fait, la teneur réelle du discours n’est pas emboîtée. Ce qui est emboîté, c’est le contenu conventionnel du discours, lequel n’en est qu’une infime partie. Le défi de celui qui dialogue avec autrui n’est pas différent du défi existentiel qui habite l’homme face à ses semblables : il s’agit de parvenir à être soi-même parmi les autres, de faire le juste compromis entre ce qui entre en soi de sauvage d’une part et de grégaire de l’autre. Dans le langage comme dans la vie en société, l’homme moderne se trouve extrêmement tendu entre d’une part un monde de possibilités incroyablement riche – la parole n’a jamais été aussi libérée et l’individu n’a jamais eu autant de possibilité de réalisation sociale – et d’autre part un monde de conventions incroyablement étouffant, car les nécessités du système sont tentaculaires et omniprésentes. C’est-à-dire que la présence de l’interlocuteur est en quelque sorte anticipée en soi-même, et c’est dans cette anticipation que se tisse le discours. Mais en deçà de cette conversation intérieure, il y a des processus d’élaboration qui ne se réduise pas au modèle de la conversation; par exemple, celui par lequel un concept acquiert sa substance, je veux dire son étendue et sa capacité à faire se converger les différents rayons d’une même pensée. L’intuition est irréductible à la conversation.
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