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Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@Existence : Tu as bien compris : l'humanismelaïque (et donc l'athéisme, si on l'entend bien, et qui n'est que l'une desoptions qu'il propose) ne cherche pas à convaincre, et encore moinsà imposer quoi que ce soit. Certes, l'un et l'autre se passentde toute référence irrationnelle, surnaturelle, transcendante,... , mais ils ne sont pas pour autant antireligieux, parce quele droit de croire, je le répète, sera toujours légitime etrespectable. Ce qu'il importe de promouvoir, c'est le choix desconvictions, aussi libre et tardif que possible. Ames yeux, tout être humain naît "a-thée" : la foin'apparaît que si on l'a introduite précocement dans son cerveauémotionnel, ce qui y laisse des traces souvent indélébiles, et ensuite dans son cerveau rationnel (son esprit critique et son librearbitre). Même d'éminents scientifiques, comme leneurobiologiste Henri LABORIT en témoignent, puisque son éducationreligieuse lui a fait dire : « Jésus est mon ami »,ce qui semble contradictoire avec sa conclusion scientifique : « Je suis effrayé par lesautomatismes qu’il est possible de créer à son insu dans lesystème nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte,une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il yparvient jamais ».(« Eloge de la Fuite », 1976,page 59, et dans le film « Mon oncle d’Amérique »d’Alain RESNAIS), ou encore : « Vousn’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous lesautomatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement,c’est une illusion, la liberté ! » (répondantà Jacques Languirand, à Radio Canada). AndréCOMTE-SPONVILLE, éminent philosophe, en témoigne aussi, lui qui sedit « athée fidèle » aux réminiscences de sa croyanceenfantine. Pour ma part, j'observedepuis plus de 50 ans que la foi elle est induite (pour ne pas direimposée, mais je le pense) par des parents croyants, certes sincèreset de "bonne foi", puis confortée par l'école (surtoutconfessionnelle) et enfin par un milieu croyant occultant autant quepossible les alternatives des autres religions et surtout celles dela laïcité philosophique. En outre, larépétition des expériences religieuses renforce la plasticiténeuronale, ce qui explique la persistance fréquente de la croyancereligieuse ou au moins du déisme. J'y vois une malhonnêteté inconsciente, sauf dans le chef des "autorités" religieuses jésuitiques. SigmundFreud estimait que la religion était une névrose obsessionnellecollective. Ce n'est pas contestable sociologiquement.. Mais j'ajouterais que, selon moi, la religion, c'estd'abord l'institution qui maintient, consciemment, volontairement et depuis toujours, sa mainmise sur lesconsciences. Il ne pouvait évidemment pas tenir compte desdécouvertes de l'IRM fonctionnelle et de la tomographie à émissionsde positrons de ces dernières décennies ... -
Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Existence : Nous sommes d'accord, à quelquesnuances près. A mon sens, en principe et pardéfinition, l'athée est indifférent, il ne s'occupe pas dereligion, il ne cherche pas à convaincre qu'il puisse avoir raisonet que le croyant ait tort. L'humanisme laïque prône un systèmeéducatif qui rendrait la liberté de conscience et de religion pluseffective que symbolique. L'athée n'affiche donc son athéisme qu'enréaction au prosélytisme religieux, notamment à l'évangélismechrétien (par définition unilatéral), ou à des affirmationsinfondées à propos de l'athéisme. Peut-on « évaluer lasouffrance » des croyants face à l'athéisme ? Je peuxl'imaginer par empathie, lorsqu'ils sont confrontés àl'incompatibilité entre leur croyance en l'existence réelle etobjective de Dieu, et les arguments rationnels et scientifiques enfaveur de son inexistence, ou du moins de son existence seulementsubjective, imaginaire et donc illusoire. Les croyants, bénéficient de la mêmeliberté d'expression que les athées, dont celle de s'abstenir dedécouvrir des conceptions philosophiques susceptibles de les amenerà remettre en question leur foi. S'ils en prennent le risque, c'estqu'ils sont « en recherche », ce dont je ne puis que lesféliciter. Les athées subissent « unpréjudice » non pas tant du fait de « la présencedes religions », mais à cause de leurs tentatives croissantesde reconfessionnaliser les consciences, de réinvestir l'espacepublic et de recléricaliser la politique, notamment européenne. J'espère que d'ici quelques décennies,de plus en plus de croyants, du moins dans nos pays intellectualisés,prendront enfin conscience du fait que la foi n'apparaît qu'à lasuite d'une éducation religieuse précoce et émotionnelle, confortée ensuite par unmilieu croyant occultant les alternatives non confessionnelles, ce qui altère l'esprit critique, etque toutes les religions ont toujours exploité la crédulitéhumaine, la crainte des incertitudes et l'espoir d'un paradis ...Mais la foi restera évidemment toujours légitime et respectable,surtout si elle elle est le fruit de la réflexion et du libreexamen. -
Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@Castenor et @ Florent52. Permettez-moid'intervenir dans votre débat, sans pour autant prétendre que monpoint de vue soit pertinent. Ames yeux d'athée, la "mauvaise foi" est d'abord l'apanagedes religions et de ses "autorités" religieuses, qui nevisent qu'à maintenir, aussi longtemps que possible, leur mainmisesur les consciences. Cette "mauvaise foi" ne"déteint" ensuite que chez les croyants qui n'ont pas prisconscience de la manipulation mentale dont ils ont été l'objet,faute d'avoir découvert à temps (souvent à l'adolescence) lesoptions non confessionnelles de l'humanisme laïque, volontairementoccultées, depuis toujours et partout, par toutes les religions. Pourma part, tout en dénonçant les religions, surtout l'islam quiimpose dès l'enfance la soumission au coran et à la charia, jerespecte donc tous les croyants, surtout les musulmans, victimesinconscientes, dès l'enfance et sans alternatives religieuses oulaïques, d'un endoctrinement à tous égards. J'y vois unemalhonnêteté intellectuelle, fût-elle sincère et "de bonnefoi" ... Certes,chacun est libre de "vénérer" qui il veut. Mais ildevrait quand même se demander d'où lui vient cette vénération.Selon moi, elle est d'origine psychologique (sécurisante), éducative(par l'exemple des parents), et culturelle (pour la conforter). Toute"vénération" implique une soumission, certes plus oumoins forte selon les religions, mais à mon sens, elle est indignede l'intelligence dont l'évolution animale a pourvu notre néocortex.Mais chacun a légitimement le droit de préférer se soumettre à un"Etre Suprême", père substitutif et plutôt que dedévelopper son esprit critique, l'autonomie de sa conscience et saresponsabilité individuelle. Mon point de vue est évidemmentinfluencé par mon approche inhabituelle, « neuroscientifique »du phénomène religieux :http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html Merci pour vos commentaires. -
Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Existence : D'accord avec votre point de vue sur la liberté. J'ajouterai qu'être libre, c'est aussi avoir la possibilité ou de décider de ne pas profiter de sa liberté. C'est même aussi le droit de se tromper, de défendre mordicus un point de vue totalement indéfendable. Enfin, tout le monde n'a pas les moyens de sa liberté. @ Fuel4Life : Je dirais plutôt que les croyants ne sont dangereux que si, instrumentalisés par leur religion, ils sont prosélytes, notamment évangélisateurs, parce qu'ils occultent toujours, ou condamnent, les alternatives qui sont incompatibles avec leur croyance, ce qui constitue à mes yeux une malhonnêteté intellectuelle, inconsciente, sauf chez les responsables religieux, parce qu'ils tentent sciemment de maintenir aussi longtemps que possible leur mainmise sur les consciences. -
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Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Samira123 : Merci pour votre commentaire sur les centres d'intérêt de tant de gens ... Henri LABORIT a écrit dans « Eloge de la Fuite », page 59: « Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ». Et, répondant à Jacques Languirand, à Radio Canada, il ajoutait :« Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ». Et en effet la phrase que vous avez citée : :« Tant qu'on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici que cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change » (dernière phrase du film, Mon oncle d'Amérique (1980), écrit par Alain Resnais. -
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Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Existence : Merci pour ces éclaircissements sur la "réalité" de la subjectivité. J'ai compris les nuances qui m'échappaient, et en tiendrai compte. -
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Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@Existence : Tu écris : « Lasubjectivité n'est pas la réalité, elle peut être plus ou moinsproche de la réalité. S'il est vrai que la réalité subjectived'un croyant ne correspond pas très bien avec la réalité,considérer qu'elle n'est pas adéquate est un parti pris. Il n'estpas évident que la correspondance avec la réalité soit le critèrepremier pour que la subjectivité soit adéquate pour vivre dans cemonde, et même pour bien vivre ». Bienque l'objectivité de la réalité observable me semblecontradictoire avec la subjectivité de l'imaginaire, et que je voiemal (mais quelque chose m 'échappe sans doute) comment lesfaire correspondre ou les concilier même partiellement, j'estimecomme toi que le but premier à atteindre par chacun est en effet de« bien vivre dans ce monde », en harmonie avec soi-mêmeet avec les autres. Je sais que certains athées diront plutôt: « chacun a droit à l'erreur », mais je ne lesapprouve pas, car cela revient à prétendre qu'ils sont seuls dépositaires de la « vérité », comme le prétendenttant de croyants. Je ne vais évidemment pas en terre d'islam pour exprimer monathéisme, mais pour y admirer l'architecture traditionnelle, etmalgré l'absence de réciproque, je respecte évidemment, lesobligations, les usages, etc., aussi intolérants qu'ils puissent être parfois. Lestouristes n'en pensent sans doute pas moins, mais ils gardent leurscritiques pour eux, ce dont les musulmans se doutent probablement.Ils n'ont pas, à mon avis, « l'illusion d'un consensus »implicite. L'hypocrisie réciproque est la règle. Par contre, je n'hésite jamais à reprocher à des touristes de photographier des musulmans en prière : c'est irrespectueux. Je considère comme une obligation morale d' « entretenirl'athéisme, le garder vivant et l'expliquer le plus posémentpossible à qui veut bien comprendre ». -
Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Existence : En effet, en s'appropriant, via les parents, la réalité subjective, le croyant devient "créateur de cette subjectivité", laquelle, structurée par le langage, rend la "Parole" créatrice, mais seulement d'une "Vérité" à mon sens tout aussi subjective et donc sans adéquation avec la réalité des faits observables. A propos de l'athéisme en Orient, je n'avais pas pensé au bouddhisme, en effet fort différent des religions monothéistes, même si Bouddha y est vénéré et que l'on y croit à la réincarnation (mais rarement chez les bouddhistes occidentaux). Chez nous, le bouddhisme est surtout apprécié pour la sérénité pour la sérénité que procure la méditation, en s'intéressant même aux observations par IRM fonctionnelles pratiquées sur des moines en méditation. Bien sûr qu'ils y a des athées partout, mais très minoritaires. En terre d'islam comme chez nous, il y a des "musulmans culturels", qui ne sont pas religieux. S'agit-il de ceux dont tu parles ? @ Dubandelaroche : Tous les lecteurs de ce forum sont a priori capables, même si c'est peut-être plus difficile pour certains, de comprendre ce qu'écrivent ceux d'entre-nous qui se sont ouverts aux approches psychoneurophysiologiques du phénomène religieux. Il n'est pas question d'engager ici un dialogue entre deux intervenants. -
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Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Existence : Je pense que la croyance d'autrui n'est perturbante que dans la mesure où on la comprend pas. A mon sens, "l'homéostasie psychologique" vise la recherche d'une cohérence interne dans la compréhension des phénomènes humains. Ce qui doit être perturbant pour un croyant, à la fois sur le plan intellectuel et sur le plan émotionnel, ce sont les contradictions flagrantes entre les explications scientifiques qui sont partielles et provisoires, et les affirmations religieuses, qui sont définitives. Mais je constate ne pas avoir répondu à une phrase qui m'avait surpris : "L'Orient, athée depuis plus longtemps que l'Occident". Si j'excepte certains philosophes grecs notamment, il me semble que ni l'un ni l'autre ne l'ont été ni ne le sont, étant toujours majoritairement régis par l'une ou l'autre religion. Le communisme n'est pas une religion, mais un idéologie politique, même si l'on a pu dire que "le Christ fut le premier communiste". Que l'islam soit le deuxième religion du monde ne lui donne aucun droit : au contraire, cela prouve sa volonté de le dominer. Les athées y sont exclus , voire condamnés à mort par le coran (et la charia ?). Je ne connais aucun musulman athée, l'athéisme étant une notion que seuls connaissent, paraît-il, ceux qui ont été en contact avec le monde occidental. Certes, l'immense majorité des musulmans sont pacifiques, mais ils restent peu attentifs aux invitations des intellectuels qui tentent de les faire entrer dans la modernité, comme les autres religions ont plus ou moins réussi à le faire. -
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Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Phil : Non, ce ne sont pas des "comportements sectaires". Par autodéfense, le croyant occulte ce qui ne lui convient pas dans le texte d'un athée( à cause de sa "tache aveugle cognitive" responsable de son saut dans l'irrationnel). Idem dans le cas de l'athée : lorsque je lis le texte d'un croyant, je passe d'office les références bibliques qui n'ont aucun sens pour moi. C'est sans doute l'une des formes de l'homéostasie, la recherche du maintien d'un équilibre, non seulement physiologique mais aussi mental. Je m'explique ainsi la fréquente incapacité à changer d'avis au-delà d'un certain âge. -
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Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Existence : Merci pour ta réponse. Ce n'est bien sûr que sous nos latitudes - et encore ! - que "la vérité a plus de chances d'être connue que l'illusion". J'aurais dû le préciser. L'évolution des esprits me paraît indépendante de "l'intérêt des médias et de la classe dirigeante". Certes, lorsqu'elles sont inféodées à une religion, elles ont un effet néfaste (par exemple, le député européen Luc Vandenbrande, calotin notoire), mais cette évolution est irréversible, malgré les tentatives de récupération des religions. De fait, "l'athéisme n'est pas vendeur", parce qu'il n'est pas prosélyte, contrairement aux religions. C'est son mérite, mais aussi sa faiblesse ... L'athéisme n'a en effet pas pour but de "contrôler les masses". Seulement de tenter de leur ouvrir l'esprit. Les dirigeants politiques sont opportunistes et électoralistes : soit, ils veulent répondre aux attentes des écologistes qui veulent la fermeture anticipée des centrales nucléaires, alors qu'il n'y a pas de risque de tremblement de terre ni de tsunamis, soit ils veulent préserver les investissements pétroliers, même amortis. Je suis plutôt pessimiste quant à une "union des athées", à cause de leur fréquente indifférence individualiste. Les sociétés de Libre Pensée, jadis nombreuses, disparaissent au fur et à mesure que le catholicisme met de l'eau dans son vin pour survivre. Même les francs-maçons adogmatiques, plus symbolistes qu'opératifs, ne sont qu'une minorité à oeuvrer concrètement à l'émancipation et au progrès de l'humanité. Au mieux, ils sont mieux anticléricaux, mais ils me semblent trop respectueux de "l'absolue liberté de conscience", même lorsqu'elle n'a pas pu émerger à cause des religions, comme c'est le cas en terre d'islam surtout. "Tolérance" oblige... Je pense donc qu'outre le rôle des médias laïques et de la diffusion des connaissances neuroscientiques, c'est le temps qui passe qui sera notre meilleur allié pour que les croyances religieuses n'occultent plus les alternatives laïques. -
Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Samira 123 : Je vous rappelle que "déiste" vient du latin "deus" et "théiste", du grec "theos". Mais tous les deux signifient "dieu". En fait, le déiste, c'est celui qui croit en l'existence d'une "puissance, d'une intelligence supérieure" mais qui s'abstient de la nommer. Le théiste, lui, la nomme "Dieu". L'un et l'autre sont donc des croyants. Je dirais même que les agnostiques, en n'excluant pas la possibilité d'un dieu (inconnaissable) sont à moitié croyants et à moitiés athées, du moins potentiellement. Mais ce n'est que mon sentiment. -
Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Néphalion, modérateur : Bien que les considérations de Tricéphale soient intéressantes et pertinentes, comme d'ailleurs bien d'autres digressions, revenons au "sujet du topic" : "Les croyants sont-ils victimes des athées ?" Pour qu'ils le soient, il faudrait qu'ils soient attaqués par les athées. Ce n'est pas le cas, me semble-t-il, parce que ceux-ci (du moins certains, comme moi) ne font que réagir, non pas au droit légitime de croire, mais à la prétention des religions de tenter d'imposer à tous, par exemple, leur "Vérité", leurs conceptions morales, bref leur dogmatisme et leur néo-cléricalisme, certes à des degrés divers. Mais je comprends que les croyants se sentent "victimes" des athées, parce que témoigner d'une foi en un dieu qui a toutes les chances de n'être qu'imaginaire et illusoire est une position pour le moins inconfortable à notre époque d'athéisme croissant. C'est s'exposer à la réaction, voire à la critique. C'est pourquoi la foi devrait rester intime, confinée à la vie privée, excluant donc tout prosélytisme (lequel n'est d'ailleurs efficace que chez ceux ou celles qui sont en "quête de sens"). De plus en plus de croyants reconnaissent qu'il importe peu que l'on puisse ou non démontrer l'existence de "Dieu" ou d' "Allah", l'historicité de "Jésus", de Marie, de Mahomet, la véracité de ce qu'on leur a fait dire, etc. Ce qui importe pour eux, et grand bien leur fasse, c'est que ces personnages soient "vivants dans leur coeur", et leur procure apaisement et sérénité. Mais le doute finit tôt ou tard par s'installer. Je pense donc que dans l'avenir, de plus en plus de croyants vont prendre conscience non seulement de l'inexistence réelle de Dieu, mais aussi du fait que son existence subjective et imaginaire leur a été imposée précocement à l'insu de leur plein gré, certes "de bonne foi", mais en exploitant leur crédulité à un âge où tout esprit critique est encore absent. Ils comprendront enfin que toutes les religions ont depuis toujours exploité l'influence que le cerveau émotionnel, conditionné et manipulé, exerce inconsciemment sur le cerveau rationnel. Ne serait-ce pas cela le"génie du christianisme", quoi qu'en ait pensé Chateaubriand ? -
Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Phil : Ce sont en effet les neurosciences et la sociobiologie qui ont renforcé mon athéisme d'il y a cinquante ans, auparavant fondé sur la seule réflexion rationnelle et les observations des sciences traditionnelles.Mais je constate que "le grand public" ignore presque tout de ces deux sciences, et que même d'éminents philosophes et sociologues actuels ne les ont pas intégrées dans leur réflexion et dans leurs ouvrages sur la religion. Comme s'ils craignaient de devoir la remettre en question. Je pense par exemple à André Comte-Sponville, Michel Onfray, Henri Pena-Ruys, Jean Baubérot, Marcel Gaucheret, Guy Haarscher, Marcel Bolle de Bal, Vincent Hanssens, Gabriel Ringlet, Jacques Rifflet, Richard Dawkins, etc., etc. Je constate aussi que même dans l'émission "Et dieu dans tout ça ?", à la RTBF, le dimanche à 11 heures, Jean-Pol Hecq n'a encore jamais invité un neurobiologiste ou un sociobiologiste. C'est sans doute parce que des spécialistes comme Jean-Didier Vincent, Jean-Pierre Changeux, Pascal Boyer, Antonio Damasio, etc., sont réticents à s'engager dans un domaine jugé délicat parce que situé à la frontière entre l'objectif et le subjectif. Voilà pourquoi je n'avais pas mentionné les uns et les autres en plus des influences médiatiques,d'ailleurs encore rares, me semble-t-il. Je ne connais qu'un seul neurophysiologiste de formation, devenu journaliste scientifique, Patrick Jean-Baptiste, qui ait osé écrire "La biologie de dieu". La philosophie n'est autre chose qu'une réflexion sur elle-même. Dans la mesure où son discours est pertinent, l'apport des neurosciences ne pourra que la conforter. -
Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Pheldwyn et à tous : J'ai apprécié vos diversesinterventions à propos de l'athéisme/vs/croyance, etc. Il y a en effet autant d'athéismes qued'athées, et plus encore de croyances religieuses que de croyants.Mon athéisme, par exemple, est assez inhabituel, voire surprenant,puisque je suis sans doute un des seuls à penser que Dieu existe,mais seulement dans l'esprit des croyants, et qu'il n'a donc qu'uneexistence subjective, imaginaire et illusoire. On n'a pas cité l'incroyance, qui estmoins catégorique que l'athéisme. Quant à l'agnosticisme, c'estl'attitude la plus cohérente pour un scientifique, puisqu'il doittoujours laisser une porte entrouverte au cas où un élémentnouveau surviendrait, aussi improbable soit-il. Par contre, lesagnostiques non-scientifiques me semblent observer un silence prudentque je ne partage pas, en parlant d' « inconnaissable »,alors qu'il n'y a que ce qui n'est pas encore connu, comme s'ilexistait des mystères... Même si l'on ne connaîtra jamais tout. Les déistes enfin sont des croyantsqui s'abstiennent de donner un nom à une « puissancesupérieure ». Ce sont en effet des croyants. Si je devais définir brièvement, etdonc de manière réductrice, ce qui distingue les athées descroyants, je dirais que c'est leur attitude vis-à-vis de lasoumission à un dieu. Elle n'a, par définition, aucun senspour les athées, qui ne se soumettent qu'à leur conscience, tandisqu'elle est variable chez les croyants, qui se soumettent, à desdegrés divers, à la volonté du dieu anthropomorphique qu'on a misdans leur cerveau. Je pense en effet que nous naissons tous a-thées,même si le jeune enfant estnaturellement animiste (comme l'a montré Jean PIAGET), et qu'il est(hélas) très facile de lui imposer une croyance religieuse, puisquel'évolution a rendu son cerveau malléable et donc capabled'imaginer un dieu protecteur pour compenser la peur et répondre auxincertitudes métaphysiques. Je l'ai dit : occulter toutealternative, religieuse ou laïque, à un adolescent, constitue àmes yeux une malhonnêteté intellectuelle et morale, même si elleest inconsciente. J'aisouvent remarqué que les athées qui sont indifférents auxquestions de religion et qui « se fichent » royalement dece que pensent les croyants, ce sont ceux qui n'ont jamais subid'influences religieuses, et qui n'ont donc pas dû s'en libérer.Rares sont les « athées humanistes », non-« militants », comme moi, qui ne cherchent pas àconvaincre, mais qui souhaitent que chacun puisse se forger sespropres conceptions au contact de celles des autres. @Florent, je voudrais dire qu'à mon sens, les religions (que j'estimeglobalement plus nocives que bénéfiques, tout en respectant les croyants) sont encore tellementancrées dans les mentalités de l'immense majorité des humains,qu'elles ne disparaîtront pas avant plusieurs siècles (saufcataclysme atomique ou biochimique si des islamistes voulaient accélérer leur accès au paradis en faisant disparaître les mécréants que nous sommes tous !). Par contre, dans la plupart de nospays démocratiques et intellectualisés, les religions sont en chutelibre. La laïcité « philosophique », qui est d'ailleurs rétive à tout prosélytisme, n'y est pour rien. Elle esten outre contrariée par les religions et les politiciens laxistes etélectoralistes qu'elles ont inféodés. C'est sans doute ladécouverte des alternatives philosophiques, grâce notamment auxmédias et à Internet, qui contribue le plus à l'heureuse évolutiondes esprits vers plus d'autonomie et de responsabilité individuelle. Leproblème, actuellement, du moins à mes yeux, aussi bien en Belgiquequ'en France, c'est que la laïcité politique, au non de la« tolérance » et de la « neutralité »favorise le communautarisme religieux et ethnique, et non pas unvivre ensemble harmonieux entre croyants, et avec les non-croyants. Avez-vous le même sentiment ? Désolé pour l'absence d'espace entre les mots, alors que je les y ai pourtant mis ! -
Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Fuel4Life : D'accord avec votre commentaire de 12,06 h. Il est notamment exact qu'un enfant se soumet d'abord à l'autorité de ses parents, en qui il a toute confiance, du moins jusqu'à la "période d'opposition" de l'adolescence, et s'il n'a pas été privé de tout accès aux alternatives. D'accord aussi pour dire que les idéologies sont complexes et ne peuvent pas se réduire à la religion, ce que je ne fais pas. Mais celle-ci joue un rôle évident. D'accord enfin avec votre intervention de 13,05 h. Toute personne est respectable, ce qui n'empêche pas de critiquer ses idées. Si un croyant se sent critiqué, voire agressé, dans ses idées par un incroyant, et inversement, il doit quand même de se demander pourquoi il l'est. La photo d'une femme nue peut choquer, soit à cause d'une éducation religieuse puritaine, soit parce que la femme est considérée comme un objet, mais elle peut aussi, à moins d'être pornographique, être érotique et artistique. La liberté d'expression ne va évidemment pas jusqu'à justifier la provocation ni l'insulte. Ce genre d'excès déforce et ridiculise ceux qui les profèrent, mais la plupart des croyants ne le comprennent pas et s'indignent, parfois violemment. Ce sont plutôt les non-croyants qui devraient plus souvent dénoncer de tels imbéciles ! @ Rhdamanthe : D'accord avec votre commentaire : oui, les majorités ont toujours persécuté les minorités. Pourtant, même lorsqu'elle est majoritaire, la majorité démocratique n'a pas toujours ni nécessairement raison ... -
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Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Fuel4Live : Merci de recentrer le débat ! Il faut en effet se mettre « à la place des croyants ». Je pense pouvoir le faire partiellement, puisque j'ai été croyant(protestant « libéral ») jusqu'à 21 ans, devenu athée depuis plus de 50 ans. En outre, lorsque, sans chercher à convaincre, malgré parfois les apparences, je tiens à réagir à des articles ou à intervenir sur des forums de croyants de toutes religions, qu'ils soient créationnistes, fondamentalistes,sectaires, islamistes, ou opposants à la franc-maçonnerie, je suisattentif à ne pas heurter (sauf parfois inconsciemment) lasensibilité des croyants qui me lisent (mais dont je me dis qu'ilspourraient s'en abstenir s'ils ne souhaitent pas s'ouvrir à des horizons philosophiques nouveaux qui leur ont été occultés, commeà à moi jadis). Pourtant je risque hélas de heurter par exemple des parents croyants en disant qu'à mes yeux, mettre leursenfants dans l'enseignement confessionnel, c'est ne pas être conscient du fait que, même s'il a hypocritement évolué en accordant une certaine autonomie aux adolescents, il ne renoncera jamais à son projet éducatif évangélisateur, occultant volontairement les alternatives laïques. J'ai même écrit que l'enseignement confessionnel est, selon moi, élitiste, inégalitaire et obsolète, et qu'idéalement et dans un avenir certes encore éloigné, les réseaux officiel et confessionnel devraient donc fusionner. -
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Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
Presque toutes les démocraties ont inclus la liberté de conscience et de religion dans leur Constitution ou Charte. Mais cette liberté me paraît plus symbolique qu'effective, parce que les conditions éducatives de son EMERGENCE ne sont pas réalisées. Par autodéfense, les religions incitent au communautarisme, et donc à l'incompréhension mutuelle. Dans une saine conception de la tolérance et de la neutralité, j'estime que l'Etat devrait avoir le droit de proposer à TOUS les adolescents une information (intellectuelle, minimale, objective, progressive et non prosélyte), aussi bien à propos des religions que de la laïcité philosophique, celle qui se passe de toute référence surnaturelle et transcendante, mais elle n'est pas antireligieuse, puisqu'elle prône le libre choix entre croyance et incroyance. Quant aux parents croyants, même s'ils ont légalement et légitimement le droit de transmettre leur foi à leur enfants, ils devraient se demander si, à notre époque multiculturelle (pas encore interculturelle), ils en ont encore moralement le droit, du moins s'ils tiennent à les intégrer harmonieusement à la modernité. D'accord pour dire que toutes les religions et toutes les idéologies ont connu, et connaissent encore, des "dérives". Mais c'était prévisible ... -
Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
@ Fuel4Life : Je suis partiellement d'accord avec vous : les religions ne sont pas les seules responsables de la violence, mais vous reconnaîtrez sans doute que leur prétention à détenir chacune LE vrai Dieu, LE seul livre "sacré" et LA Vérité absolue est à l'origine de l'intolérance et donc de bien des guerres. Mon point de vue quant à l'origine de la violence tient évidemment compte de mon approche psychophysiologique, non seulement de la foi mais de la morale. Le voici, en vous remerciant d'avance de vos commentaires : Je pense que le bien et le mal n'existent pas dans la nature. Ce sont, selon moi, des constructions de l'esprit. Le « bien », à mes yeux d’athée, c’est ce qui est favorable à l’émancipation et à l'épanouissement del’individu et de l’espèce, et inversement pour le « mal ». Comme tous les autres mammifères, l'être humain, en présence d'un danger ou d'une menace, est d'abord régi par son cerveau "reptilien" qui l'incite à la fuite, ou à l'agression (ou à l'inhibition s'il "fait le mort"). Nous possédons toujours ce cerveau primitif, même s'il est compensé par le cerveau émotionnel et par le cerveau rationnel, heureusement en interactions constantes, mais en équilibre instable … Si l’on excepte l’influence decertaines tumeurs cérébrales et celle des fréquentes carences éducatives, voire de violences parentales non récupérées, et si l’on seplace dans une approche génétique et neurophysiologique, l'animalhumain, placé dans un certain contexte éducatif, culturel,affectif, hormonal, ..., a fortiori s'il a été endoctriné, reste virtuellement capable de haine et de violence. La violence actuelle est de moins enmoins contenue par les interdictions religieuses d'antan ("Tu ne tueras point !"). L’histoire confirme abondamment la piètre aptitude des religions à développer une conscience morale autonome. Elle témoigne par contre de leur remarquable aptitude à inciter,dès l’enfance, à la soumission et à l’obéissance à un texte « sacré » puis à ceux qui exploitent la soumission religieuse. A cet égard, je ne partage pasl’opinion fréquente selon laquelle la violence du nazisme et du stalinisme, notamment, serait due à l’ « athéisme »de ces idéologies. Au contraire, il me semble que l’absence totale de respect de la dignité humaine d’un Hitler et d’un Staline,d’un Mussolini, …, de même que la soumission et la violence deceux qu’ils ont endoctrinés, sont explicables par leur commune éducation religieuse initiale, qui a constitué un terreau favorableà la volonté de puissance des premiers et à la soumission des seconds. Les religions, malgré le message d’amour duchristianisme, et à cause de leur prétention à détenir chacune LAVérité et LE Vrai dieu, m’apparaissent comme à l’origine detoutes les intolérances et de la plupart des violences. Hier commeaujourd’hui. L'actuel déclin de la religiosité, dumoins chez nous, n'a hélas pas été compensé par une éducation laïque "humanisante". Je pense en effet que la consciencemorale, le sens des valeurs, le respect de l'autre et de sa différence enrichissante, loin d'apparaître spontanément, ou par obéissance à des « commandements » religieux, ne s'acquièrent que par une éducation familiale puis scolaire, fondées sur l'autonomie, la responsabilité individuelle, l'apprentissage des limites et du respect des autres et de soi-même, sur l'exemple desparents et des éducateurs, non pas intellectuellement, mais par des expériences affectives, vécues ou suggérées par empathie, parfois a contrario, etc ... Mais cette morale laïque estmalheureusement rétive à tout prosélytisme, ce dont profitent évidemment les responsables religieux de l'éducation ... -
Les croyants victimes des athées ?
Michel THYS a répondu à un(e) sujet de existence dans Religion et Culte
Bonjour, On ne choisit PAS de croire en un dieu imposé affectivement dès l'enfance, fût-ce de "bonne foi". Exemple extrême : les musulmans restent hélas croyants à 99,9 %. A l'adolescence, toutes les religions occultent volontairement les alternatives non confessionnelles de la laïcité philosophique (agnosticisme, incroyance, athéisme, ...). Cela constitue à mes yeux une malhonnêteté intellectuelle et morale. En effet, une éducation religieuse précoce, confortée ensuite par un milieu culturel unilatéral, cela laisse des traces indélébiles dans le cerveau émotionnel, ce qui anesthésie souvent l'esprit critique et le libre arbitre, quels que soient l'intelligence et le niveau intellectuel ultérieurs. Depuis plus de 50 ans, je m'intéresse à l'origine psychologique, éducative et culturelle de la foi, ainsi qu'à sa fréquente persistance neuronale. Bien que ce soit un peu long, je vous suggère de prendre connaissance de mon approche inhabituelle(« neuroscientifique ») du phénomène religieux : Sans vouloir simplifier ou réduirel’infinie complexité du psychisme humain, en particulier lephénomène religieux, à des « mécanismes »psycho-neuro-physio-génético-cognitivo-éducatifs, n’est-il paslégitime de compléter son approche traditionnelle (philosophique,historique, métaphysique, théologique, psychanalytique,anthropologique, sociologique …) par l’apport des neurosciences ? Je ne fais pas allusion ici auxobservations de certains neurophysiologistes croyants, notammentcanadiens, qui ont tenté de démontrer « scientifiquement »l'existence de Dieu en recherchant dans le lobe temporal l'antennequ'« Il » y aurait mise pour recevoir sa « Révélation » :en vain, bien évidemment ! Du fait des interconnexionsconstantes et éminemment complexes entre le cerveau émotionnel etle cerveau rationnel (selon le schéma simplifié mais pédagogiquede McLEAN), c'est évidemment tout le cerveau qui est concerné (cfSAVER & RABIN), même si l'un ou l'autre prédomine(l'émotionnel, en l'occurrence). A contrario, les neurosciencesne prétendent évidemment pas démontrer l’inexistence de « Dieu» (par définition, aucune inexistence n’est démontrable). Maispar leurs implications philosophiques, elles sont susceptiblesd’inciter certains à conclure à son existence subjective,imaginaire et donc illusoire. Notamment ceux à qui la foi fait plusde tort que de bien. La peur, dont celle de la mort, estcommune à tous les êtres vivants pourvus d’un système nerveux,mais seul l’animal humain est susceptible de la compenser enaspirant à «l’immortalité de l’âme ». C’est sansdoute en raison de la faiblesse corporelle des hominidés d’il y a10 ou 20.000 ans que la sélection naturelle a rendu leur néo-cortexpré-frontal capable d’imaginer, par la station debout etl'acquisition du langage, un nouveau mécanisme de défense, au-delàde l’animisme et du chamanisme : le recours à des dieuxprotecteurs et anthropomorphes dont ils tentaient d’apaiser lacolère, ou de gagner les faveurs, par des sacrifices. De nos jours, dans la plupart des paysintellectualisés, et pour autant que les religions n'occultent pasles alternatives laïques (Irlande, Pologne,USA, ...), la religiositédécline du fait de l’aspiration croissante à l’autonomie et àla responsabilité individuelle, et parce qu’aucun dieu ne s’estjamais manifesté concrètement. Mais les croyants monothéistesrestent en quête de sens à donner à leur existence, d'apaisement,de certitudes, d’espérance en un au-delà, et donc de repères, devérités révélées, d’absolu, de sacré, de spiritualité,de transcendance, d’une relation personnelle avec « Dieu »au sein d’une communauté conviviale, etc. Nombreux sont donc ceuxqui se concoctent un amalgame de croyances (astrologie, etc. Cf .la sociologue Danielle HERVIEU-LEGER). Comment expliquer cette fréquentepersistance de la sensibilité religieuse ou déiste et, de soncorollaire, à des degrés divers : l’anesthésie de l’espritcritique de certains croyants, aussi éminents soient-ils parailleurs, dès qu’il est question de religion ? A mes yeux d'athée, la foi ne résultepas d’un choix vraiment libre. Vassilis SAROGLOU, professeur àl'Université catholique de Louvain, le confirme : « Lefait d'avoir la foi (...)n'est pas tellement, d'un point de vuestatistique, une question de choix. C'est plutôt une question decontinuité ou d'assimilation de tout le bagage mental ou affectifque l'on a reçu par le biais de la socialisation, qu'il s'agisse decroyance, de pratique, d'émotion ou de valeurs ». Et pour cause : actuellement, «la liberté constitutionnelle de conscience et de religion» meparaît plus théorique et symbolique qu’effective, parce quel’émergence de la liberté de croire ou de ne pas croireest généralement compromise, à des degrés divers. Elle l’est d’abord parl’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce (letout jeune enfant est déjà naturellement animiste), éducationforcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confianceenvers les parents (influence légitime mais unilatérale etcommunautariste). Elle l’est ensuite par l’influenced’un milieu éducatif croyant occultant toute alternativehumaniste, philosophiquement laïque , et donc non aliénante. L’éducation coranique, exempleextrême, en témoigne hélas à 99,99 % : la soumission y esten effet totale (à un degré un peu moindre dans le judaïsme, lareligion orthodoxe, le protestantisme évangélique, le catholicisme,le protestantisme libéral et le bouddhisme). Vassilis SAROGLOU ne contested'ailleurs pas que « les croyants ont tendance à donner lapriorité aux valeurs associées à la conservation de l'ordrepersonnel et social (fidélité, obéissance, honnêteté) et àconsidérer comme secondaires l'autonomie et les valeurshédonistes ». Déjà en 1966, le psychologue-chanoineAntoine VERGOTE, , alors professeur à l’Université catholique deLouvain, avait constaté (dans « Psychologie religieuse »,qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaîtpas (les parents incroyants le confirment), et que la religiosité àl’âge adulte en dépend (et donc l’aptitude à imaginer un «Père » protecteur, substitutif et anthropomorphique, fût-il«authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre ».Ainsi, page 294 : « La disponibilité religieuse del’enfant ne prend forme qu’à la condition d’avoir étéprécocement éduquée. Toutes les observations l’ont confirmé :l’influence des parents est le facteur le plus décisif dans laformation des attitudes religieuses.(…) Les gestes et le langagereligieux des parents, la célébration des fêtes religieusesmarquent de façon indélébile les souvenirs d’enfance de nombreuxadultes, et déterminent leurs sentiments d’appartenancereligieuse. (…). L’extraordinaire permanence des attitudesreligieuses, que de nombreuses enquêtes ont mis en lumière,s’explique certainement par l’influence prépondérante del’éducation familiale.»(…). Son successeur actuel, VassilisSAROGLOU, le confirme : « Le fait d'avoir eu des parentsreligieux et d'avoir reçu une éducation religieuse est le facteurle plus important pour déterminer les probabilités d'être, derester ou de redevenir soi-même croyant, que ce soit àl'adolescence ou ultérieurement à l'âge adulte ». Les neurosciences tendent, mesemble-t-il, à confirmer l’imprégnation neuronale de lasensibilité et du sentiment religieux : des neurophysiologistes ontconstaté que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite)sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (ducerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker dessouvenirs inconscients, et donc, par exemple, les comportementsreligieux, voire les inquiétudes métaphysiques des parents, sansdoute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétalinférieur. Ces traces neuronales sont indélébiles,et se renforcent par plasticité neuronale, au fur et à mesure desexpériences religieuses. Les observations par IRM fonctionnelleet par tomographie à émission de positons suggèrent que le cerveaurationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’espritcritique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouventinconsciemment « anesthésiés », à des degrés divers,indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins enmatière de foi. Même André COMTE-SPONVILLE ne se dit-il pas« athée fidèle » à sa croyance enfantine ? Ce qui expliquerait a fortiori lafréquente imperméabilité de certains croyants, notammentcréationnistes, à toute argumentation rationnelle ou scientifique,et donc la difficulté, voire l’impossibilité de remettre leur foien question, sans doute pour ne pas se déstabiliser (cf. le pasteurévangélique Philippe HUBINON à la RTBF : « S’il n’y a pas eu « Création», tout le reste s’écroule … ! ». Donc aussi « Dieu »… Il est logique dès lors que certainsathées, comme Richard DAWKINS, ou agnostiques comme Henri LABORIT,au risque de paraître intolérants, perçoivent l’éducationreligieuse, bien qu’a priori sincère et de bonne foi, comme unemalhonnêteté intellectuelle et morale. Henri LABORIT, même s'il a écrit que« Jésus est mon ami », l’avait bien compris : « Je suis effrayé par lesautomatismes qu’il est possible de créer à son insu dans lesystème nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte,une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il yparvient jamais ». (« Eloge de la Fuite », page 59,et aussi dans le film « Mon oncle d’Amérique » d’AlainRESNAIS), ou encore : « Vous n’êtes pas libre dumilieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on aintroduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion,la liberté ! » (répondant à Jacques Languirand, à Radio Canada). Dans cette optique, les conversionsreligieuses me semblent explicables. Même si l’on ne peut pas encoreexpliquer le processus biochimique précis qui enclenche le “switch», l’interrupteur qui fait basculer de l’incroyance vers lacroyance, il se produit un bouleversement d'hormones et deneurotransmetteurs, un peu comme dans le cas du coup de foudreamoureux. Je m’explique comme suit, parexemple, la conversion de Paul CLAUDEL, ancien croyant, en entendantle Magnificat de BACH à N-D de Paris en 1886. Tout se passe commesi, malgré sa brillante intelligence, l’environnement sensoriel(les grandes orgues, l'odeur d’encens, le décorum, …) avaitprovoqué un bouleversement psychophysiologique, au niveau notammentde la production de la phényléthylamine, de l’ocytocine, de lasérotonine et de la dopamine, au point de faire disjoncter soncerveau rationnel au profit se son cerveau émotionnel. Ce n’est d’ailleurs pas surprenantlorsqu’on sait que les sensibilités poétique, musicale,religieuse, …, y ont des « localisations » voisines, cequi facilite les interactions. Les exemples de ce « hapaxexistentiel » (Michel ONFRAY) sont nombreux, dans d’autrescirconstances : par exemple la conversion du docteur AlexisCARREL, qui avait perdu la foi pendant ses études, et qui l’aretrouvée lors d’un voyage à Lourdes, ou celle d’Eric-EmmanuelSCHMITT, à 29 ans, perdu sous le firmamentglacial du Sahara (même lorsqu’on est issucomme lui d’une famille incroyante, l’influence inconsciente dedeux mille ans de christianisme se réveille chez certains incroyantsen danger de mort, notamment. Cf le « pari dePascal » !). Après Desmond MORRIS qui l’avaitpressenti en 1968, dans « Le Singe Nu » (avec la notionde «dominant/dominé»), Richard DAWKINS estime que la soumissionest génétique : déjà du temps des premiers hominidés, le petitde l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n’avaitpas pourvu son cerveau (tout à fait immature) de gènes le rendanttotalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … ?).Certes, mais je ne partage pas pour autant l'avis de VassilisSAROGLOU, dans « La religion est-elle innée ? »,lorsqu'il évoque « l'existence de prédispositions génétiquesà la religiosité » : tout être vivant pourvu d'unsystème nerveux est seulement génétiquement programmé pourréagir, surtout s'il possède un cerveau reptilien, au danger, à lapeur, et, chez l'animal humain, aux incertitudes métaphysiques etreligieuses auxquelles les religions apportent des réponsesimmédiates et sécurisantes, en s'adressant à leur cerveauémotionnel. En outre, certains gènes, surtout« psychologiques », s'ils existent, ne s'actualisent que sil'environnement est favorable. Vassilis SAROGLOU reconnaît quand mêmequ'« à côté de cette part génétique, les influenceséducatives précoces décident en grande partie de l'orientationreligieuse ou athée d'un enfant ». Après l'âge de 30 ans, cene sont pas, comme il l'écrit, « les influences génétiques,tant sur la personnalité que sur la religiosité, qui serenforcent, », mais bien, selon moi, la difficulté, voirel'impossibilité d'encore remettre en question ses certitudesreligieuses, par crainte de se déstabiliser et de se« décrédibiliser ». Je regrette aussi que cet auteurconsidère que « l'amabilité, l'esprit consciencieux, (…),l'ouverture à la différence, l'empathie, le dialogue, ... » ,la solidarité, la probité, la fraternité … sont plus fréquenteschez les croyants que chez les athées. Il n'a manifestement pasfréquenté beaucoup d'athées, notamment francs-maçonsadogmatiques. Du fait de la sécularisation et de lalaïcisation croissantes, de plus en plus d’européens (mêmecertains musulmans de chez nous) désertent les lieux de culte ettendent à privilégier l’autonomie de la conscience et laresponsabilité individuelle, plutôt que la traditionnellesoumission religieuse. Mais les religions réagissent par destentatives de réinvestissement des consciences, dere-confessionnalisation de l’espace public (surtout depuisJean-Paul II, qui a montré la voie à Benoît XVI, lechanoine-président Sarkozy 1er, …) et de re-cléricalisation de lapolitique européenne (via par exemple l’ « Opus Dei »),tandis que d'autres sectes, expertes en manipulation mentale et enabus de faiblesse, spéculent sur la quête de sens qui subsiste (cf.les évangélistes américains, les mormons, les scientologues, lescréationnistes, etc.). Plutôt qu’un « retour dureligieux », j’y vois de nouvelles «stratégies»religieuses qui exploitent à la fois la vulnérabilité du psychismehumain, l'actuelle conception « laïque » de la« tolérance » et le laxisme de certains politiciensélectoralistes qui concèdent de plus en plus de revendicationsinspirées notamment par la charia. Pour que les libertés de conscience etde religion, et en particulier celle de croire ou de ne pas croire,deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait donc, à monhumble avis, s’orienter vers un système éducatif pluralisteproposant à tous une information minimale, progressive, objective etnon prosélyte à la fois sur les différentes options religieuses ETsur les options laïques actuellement occultées : l’humanismelaïque, la spiritualité laïque, etc. Cela compenserait les influencesreligieuses familiales, légitimes mais unilatérales etcommunautaristes, ainsi que les inégalités socioculturelles. La religion est une affaire privée quin’a pas sa place à l’école. Elle ne devrait y être mentionnée quelors d’un cours d’histoire ou de philosophie, parce qu’un minimum de culture religieuse, notamment artistique, fait partie dela culture générale. Dans cette optique, l’enseignementconfessionnel, à quelque niveau que ce soit, m’apparaît commeélitiste, inégalitaire, prosélyte, exclusif, obsolète et doncinadapté à notre époque de pluralisme des cultures et desconvictions. Chacun pourrait choisir, enconnaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible,ses convictions philosophiques (OU religieuses, puisque le droit decroire restera toujours légitime et respectable, a fortiori si cetteoption a été choisie plutôt qu’imposée). Un tel système éducatif permettraitenfin de rechercher des valeurs communes, « universalisables »,parce que bénéfiques à tous et partout, telles que le respect dela dignité de l’homme, de le femme et de l’enfant, la libertéde pensée, de conscience et de religion, etc... L’avènement d’une citoyennetéresponsable, respectueuses de tous, me paraît à ce prix. Mais cela impliquerait de repenserd’abord les notions de «neutralité» de l’Etat et de «librechoix» des parents, lequel, quoi qu'ils en pensent, n’est pasprioritaire par rapport à « l’intérêt supérieur del’enfant ». Dans une ou deux générations,peut-être, lorsqu'on aura enfin compris que la foi a une origineexclusivement éducative, psychologique, sécurisante, et qu'elleimprègne le cerveau émotionnel au point d'anesthésier le cerveaurationnel. Mais ce n'est là que mon point de vue,dont je ne prétends pas qu'il soit pertinent. Quelques référencesbibliographiques : - Antoine VERGOTE, chanoine, «Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966. ancien professeur à l’Universitécatholique de Louvain.1966. - Vassilis SAROGLOU (son successeur) &HUTSEBAUT, D : Religion et développement humain »,.2001. - Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologiede dieu » 2003 Agnès Viénot 2003. - Jean-Didier VINCENT : « Voyageextraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007. - V.S. RAMACHANDRAN « Le fantômeintérieur ». Odile Jacob 2002. - Jean-Pierre CHANGEUX « L’hommeneuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994 - Pascal BOYER « Et l’homme créales dieux ». - Antonio DAMASIO « L’erreur deDescartes »2001 et « Spinoza avait raison ». - Henri LABORIT « Une vie » 1996 «Derniers entretiens ». - Mario BEAUREGARD « Du cerveau àDieu » « The spiritual brain ». - Michaël PERSINGER « On thepossibility of directly accessing every human brain by electromagnetic induction offundamental algorythms ».1995. - Paul D. Mac LEAN « Les troiscerveaux de l’homme » 1990. - Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire etcerveau » 1994. - John SAVER & John RABIN « Theneural substrates of religion experience » 1997. - Francis CRICK « Une vie à découvrir» Via Internet : « Le cerveau à tousles niveaux ». etc.