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Affichage du contenu avec la meilleure réputation le 11/01/2024 dans Billets
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Kevin dut également s'habituer aux codes de la tribu, assez simples mais peu explicites. Clamer la mort du patriarcat mais attendre tout de même que la maîtresse de maison ait saisi sa fourchette avant d'entamer son plat. Placer des mots anglais avec un air de regret, comme si on ne pouvait pas faire autrement. Afficher un mépris blasé pour les politiciens tout en commentant leurs moindres frasques. Revendiquer avec fierté des racines provinciales, limougeaudes dans le cas de Kevin, ce qui aurait bien fait rire ses parents qui étaient de nulle part et fiers de l'être. Toujours se présenter par son prénom, signe de modestie entre gens connus ou qui pensent l'être. Citer des auteurs radicaux à condition qu'ils soient morts et donc inoffensifs. Ne jamais porter une ceinture noire avec des chaussures claires, quand bien même les tenues débraillées étaient permises voire encouragées. Ricaner dans les restaurants prétentieux où les menus indiquent "titiller les papilles" pour "entrée" et "fraîcheurs gourmandes" pour "plat principal". De manière plus générale, critiquer dans les moindres détails tous les attributs de la réussite, afin de bien montrer qu'on les possède. Ne pas parler d'argent, y compris et surtout du montant de la levée de fonds, pour maintenir l'illusion que celui-ci ruisselle naturellement et pour tout le monde. S'indigner des inégalités avec une tristesse fataliste. Rire aux blagues de cul les plus triviales mais baiser le moins possible. Et surtout, surtout, le premier des codes : feindre de croire qu'il n'y en avait pas, qu'on se rencontrait tous par le plus grand des hasards et qu'on s'acoquinait de manière parfaitement spontanée. Humus - Gaspard Koenig2 points
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Je continue pourtant à penser qu'ils devraient me remercier, ces faux gentils qui se plaignent de moi. Nous ne sommes pas nombreux à accepter d'avoir le mauvais rôle. Le nombre de gens qui se raccrochent à nous, les méchants, les sans foi ni loi ! Nous servons de prétexte à une ribambelle de faibles qui ont besoin de nous pour céder à leurs peurs et à leur lâcheté. Tout ce qu'ils font, et ne font pas, c'est à cause de nous. Le grand jeu de cette société consiste à se refiler la faute les uns aux autres comme une patate chaude. Alors, il y a les gens comme moi, au bout de la chaîne. Ceux que les impuissants chargent, dès que nous avons le dos tourné, des fagots de leurs péchés et de leurs insuffisances. Mules condamnées à charrier les déchets de la moralité. Fourrure - Adélaïde de Clermont-Tonerre1 point
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