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Mani, le dualisme et la Religion du Bien


Fhink

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Le manichéisme est l'une des religions les plus fascinantes de l'Antiquité, mais aussi l'une des plus mystérieuses. Une grande partie de ce que nous ignorons aujourd'hui est justement due à la manière dont cette religion a été combattue et presque entièrement détruite.

• Une religion mondiale

Le manichéisme est fondé au IIIᵉ siècle (vers 240 apr. J.-C.) par Mani, en Perse, sous l'Empire sassanide.

Mani ne voulait pas créer une religion locale. Il pensait apporter le dernier message universel après Bouddha, Zoroastre et Jésus. Il envoyait des missionnaires dans toutes les directions.

En quelques siècles, le manichéisme s'étendit :

• de l'Égypte,

• jusqu'à Rome,

• dans toute la Perse,

• en Asie centrale,

• en Chine.

Pendant un temps, c'était probablement l'une des plus grandes religions du monde.

• Pourquoi ont-ils été persécutés ?

Le manichéisme affirmait qu'il existait deux principes éternels :

• le Royaume de la Lumière,

• le Royaume des Ténèbres.

Cette doctrine était incompatible avec les religions dominantes.

Les autorités voyaient les manichéens comme dangereux.

Ils furent persécutés :

• par les prêtres zoroastriens en Perse ;

• par l'Empire romain ;

• plus tard par l'Empire byzantin ;

• par plusieurs califats musulmans ;

• parfois aussi en Chine.

Ils furent donc rejetés par presque tous les grands empires.

• Mani lui-même fut exécuté

Le roi perse Bahram Ier fit arrêter Mani.

Selon les traditions :

• il fut emprisonné ;

• il mourut en prison ou fut exécuté ;

• son corps aurait été exposé publiquement afin d'intimider ses disciples.

Après cela, les persécutions devinrent régulières.

• Pourquoi n'avaient-ils pas d'armée ?

Le manichéisme était profondément pacifique.

Les Élus :

• ne tuaient pas ;

• ne portaient pas d'armes ;

• évitaient même d'arracher des plantes.

Les Auditeurs menaient une vie plus ordinaire mais soutenaient les Élus.

Contrairement au christianisme devenu religion d'État ou à l'islam qui développa des États puissants, le manichéisme n'a jamais construit un empire militaire durable.

Il dépendait uniquement :

• de la prédication ;

• des conversions ;

• des marchands qui diffusaient la foi.

Lorsque les États décidèrent de l'éliminer, les manichéens ne pouvaient pratiquement pas se défendre.

• Les destructions des écrits

C'est l'une des plus grandes pertes de l'histoire.

Les autorités ont détruit :

• les bibliothèques ;

• les temples ;

• les manuscrits.

Pendant plus de mille ans, on connaissait surtout le manichéisme par ses ennemis, comme Augustin d'Hippone, qui avait été auditeur manichéen avant de devenir chrétien.

Ainsi, l'image du manichéisme était souvent présentée de manière polémique.

• Ce qu'on a retrouvé

Au XXᵉ siècle, des découvertes extraordinaires ont changé la situation.

Des manuscrits furent retrouvés notamment :

• en Égypte (bibliothèque de Medinet Madi) ;

• à Turfan (Xinjiang, Chine) ;

• à Dunhuang.

Ils sont écrits en :

• copte ;

• syriaque ;

• moyen-perse ;

• sogdien ;

• ouïghour ;

• chinois.

Grâce à eux, on a enfin pu lire directement les textes des manichéens.

• Les livres de Mani

Mani écrivait beaucoup.

Parmi les œuvres connues :

• le Shabuhragan ;

• le Livre des Mystères ;

• le Livre des Géants ;

• le Livre des Vivants ;

• les Épîtres ;

• les Psaumes ;

• les Prières.

Il réalisa également un livre illustré célèbre appelé Arzhang, destiné à enseigner la doctrine par des images.

L'original est perdu.

• Pourquoi reste-t-il autant de secrets ?

Parce que l'essentiel a disparu.

Les historiens estiment qu'une très grande partie des écrits manichéens a été détruite.

Nous ignorons encore :

• certains rituels ;

• des commentaires de Mani ;

• une partie de l'organisation interne ;

• plusieurs livres mentionnés par des sources anciennes ;

• des interprétations précises de certains mythes.

Chaque nouveau manuscrit retrouvé apporte parfois des informations inédites.

• Le Livre des Géants

C'est un bon exemple.

Pendant des siècles, on croyait ce livre perdu.

Puis des fragments furent retrouvés.

Ils racontent des géants issus de traditions proches du Livre d'Hénoch, intégrées dans la cosmologie manichéenne.

Mais le texte reste très incomplet.

• Le plus grand mystère

Le plus grand mystère est peut-être la pensée exacte de Mani lui-même.

Nous possédons des fragments, des copies tardives et des traductions.

Mais nous ne savons pas exactement :

• comment il formulait certaines doctrines ;

• quels étaient tous ses écrits ;

• quelles étaient les parties réservées à certains fidèles ;

• quelles évolutions sa pensée a connues au cours de sa vie.

Le manichéisme est donc une religion dont une partie importante a été perdue à cause des persécutions et des destructions. Les découvertes archéologiques du XXᵉ siècle ont permis d'en reconstituer une image beaucoup plus fidèle qu'auparavant, mais il subsiste encore de nombreuses zones d'ombre, ce qui en fait un domaine de recherche toujours très actif.

La cosmologie manichéenne est l'aspect le plus développé de cette religion. Pour Mani, le monde visible est le résultat d'un immense drame cosmique.

• Au commencement

Au commencement, il existe deux royaumes éternels, totalement séparés.

Le Royaume de la Lumière est gouverné par le Père de la Grandeur. Il est caractérisé par la paix, la vie, la sagesse et la beauté.

Le Royaume des Ténèbres est constitué de forces chaotiques, violentes et ignorantes. Ce n'est pas un royaume organisé comme celui de la Lumière, mais un ensemble de puissances en conflit.

Contrairement au christianisme ou à l'islam, Mani affirme que ni l'un ni l'autre n'a créé l'autre : ils sont tous deux éternels.

• L'attaque des Ténèbres

Les Ténèbres aperçoivent la Lumière et cherchent à l'envahir.

Le Père de la Grandeur ne répond pas par la haine, mais envoie une émanation divine appelée le Premier Homme.

Le Premier Homme est revêtu de cinq "armures de lumière" correspondant à des éléments lumineux.

• La défaite volontaire

Le Premier Homme est vaincu.

Ce n'est pas un échec définitif : dans cette défaite, une partie de la Lumière est mélangée à la matière.

Ce mélange explique pourquoi notre univers existe.

Le monde matériel est donc un champ de bataille où de la Lumière est emprisonnée.

• La création du monde

Pour sauver cette Lumière, les puissances de la Lumière élaborent un immense plan.

Le Soleil et la Lune deviennent des véhicules destinés à recueillir progressivement les particules de Lumière libérées.

Les étoiles participent également à cet ordre cosmique.

Le monde matériel n'est donc pas considéré comme mauvais en lui-même : il sert aussi d'instrument au salut.

• L'être humain

L'homme possède deux dimensions :

• un corps provenant de la matière ;

• une âme contenant une parcelle de Lumière.

Chaque être humain est donc un mélange des deux royaumes.

La mission spirituelle consiste à libérer cette Lumière.

• Pourquoi les Élus avaient-ils autant de règles ?

Les Élus évitaient de tuer les animaux, de couper des plantes ou d'exercer certains métiers, car ils pensaient que des particules de Lumière étaient présentes dans toute la création.

Ils pratiquaient une alimentation très réglementée. Les Auditeurs leur apportaient notamment des fruits et des légumes, car le repas des Élus était vu comme un acte participant à la libération de la Lumière.

Ces pratiques expliquent pourquoi ils menaient une vie très ascétique.

• Le rôle du Soleil et de la Lune

Dans le manichéisme, le Soleil et la Lune ne sont pas des dieux.

Ils jouent un rôle cosmique : ils recueillent la Lumière libérée et la transportent vers le Royaume de la Lumière.

Cette vision est très différente de l'astronomie moderne, mais elle occupe une place centrale dans leur symbolisme religieux.

• La fin du monde

Selon Mani, le processus de libération de la Lumière se poursuivra jusqu'à ce que presque toute la Lumière ait été séparée de la matière.

Alors viendra le jugement final.

Un grand feu purifiera le monde matériel.

Les Ténèbres seront enfermées afin qu'elles ne puissent plus se mélanger à la Lumière.

La Lumière retournera définitivement au Royaume de la Lumière.

• Les mystères encore débattus

Malgré les découvertes archéologiques, plusieurs questions restent ouvertes :

• Comment Mani interprétait-il exactement certains passages de Jésus et de l'Évangile ?

• Quels enseignements étaient réservés aux Élus et lesquels étaient publics ?

• L'Arzhang, son célèbre livre illustré, à quoi ressemblait-il exactement ? Nous savons qu'il existait, mais aucun exemplaire complet n'a survécu.

• Combien de ses ouvrages sont définitivement perdus ? Les chercheurs pensent qu'une part importante de son œuvre a disparu.

C'est pourquoi le manichéisme continue d'intéresser les historiens des religions : de nouveaux fragments de manuscrits peuvent encore modifier notre compréhension de cette tradition.

L'organisation de l'Église manichéenne était remarquablement structurée. Mani voulait créer une religion capable de durer et de se diffuser dans le monde entier.

• Mani à la tête de l'Église

Mani était considéré comme le dernier grand messager de Dieu après Bouddha, Zoroastre et Jésus.

Il dirigeait personnellement la communauté et envoyait des missionnaires dans différents pays. Après sa mort, ses successeurs prirent sa place à la tête de l'Église.

• Une hiérarchie très organisée

Les sources anciennes décrivent une organisation comprenant notamment :

• un chef suprême (successeur de Mani) ;

• 12 Maîtres, rappelant symboliquement les douze apôtres ;

• 72 évêques, évoquant les soixante-douze disciples mentionnés dans l'Évangile selon Luc ;

• des prêtres ;

• des diacres.

Sous cette hiérarchie vivaient les deux grands groupes de fidèles :

• les Élus ;

• les Auditeurs.

Cette organisation permettait de maintenir une religion présente sur un immense territoire.

• Les Élus

Les Élus représentaient une minorité.

Ils faisaient des engagements très stricts :

• célibat ;

• pauvreté ;

• non-violence ;

• longues prières quotidiennes ;

• alimentation réglementée ;

• interdiction de tuer des êtres vivants autant que possible ;

• vie itinérante ou communautaire selon les régions.

Ils étaient considérés comme les modèles spirituels.

• Les Auditeurs

Les Auditeurs constituaient la majorité des fidèles.

Ils pouvaient :

• se marier ;

• travailler ;

• avoir une famille ;

• posséder des biens.

Ils soutenaient matériellement les Élus en leur fournissant nourriture et vêtements.

Beaucoup espéraient devenir Élus après plusieurs vies ou à un stade plus avancé de leur cheminement spirituel.

• Les prières

Les manichéens priaient plusieurs fois par jour.

Ils se tournaient vers le Soleil pendant la journée et vers la Lune lorsqu'elle était visible la nuit. Il ne s'agissait pas d'adorer ces astres, mais de les considérer comme des symboles et des instruments du salut.

Les prières étaient souvent accompagnées de prosternations.

• Les jeûnes

Les Élus observaient régulièrement des périodes de jeûne.

Les Auditeurs participaient également à certains jeûnes, mais avec des règles moins exigeantes.

Ces pratiques étaient vues comme une aide à la purification de l'âme.

• La confession

Les manichéens pratiquaient aussi une forme de confession des fautes.

Reconnaître ses erreurs permettait de progresser spirituellement et de mieux lutter contre les influences des Ténèbres.

• Les grandes fêtes

L'une des principales fêtes était le Bema.

Elle commémorait la mort de Mani.

Au centre de la cérémonie se trouvait un trône vide représentant symboliquement la présence spirituelle de Mani.

Des lectures de ses écrits, des prières et des chants étaient organisés.

• Les chants

Le manichéisme accordait une place importante à la musique.

Des hymnes et des psaumes étaient chantés lors des cérémonies.

Des fragments de ces chants ont été retrouvés en copte, en moyen-perse et en chinois, montrant que cette tradition s'était adaptée à de nombreuses cultures.

• Une religion missionnaire

L'un des aspects les plus impressionnants est la capacité des missionnaires manichéens à s'adapter aux peuples rencontrés.

Ils traduisaient leurs textes dans les langues locales et adaptaient parfois leur vocabulaire sans abandonner le cœur de leur doctrine. C'est en partie grâce à cette souplesse que le manichéisme s'est diffusé de la Méditerranée jusqu'à la Chine.

• Pourquoi le manichéisme a-t-il presque disparu ?

Plusieurs facteurs expliquent son déclin :

• il ne disposait pas d'une armée ni d'un État puissant pour le protéger ;

• ses communautés furent régulièrement persécutées par des pouvoirs politiques et religieux ;

• ses livres furent souvent détruits ;

• ses membres durent parfois pratiquer leur foi en secret ou se convertir pour survivre.

Malgré cela, le manichéisme a subsisté pendant plus d'un millénaire dans certaines régions d'Asie, preuve de sa remarquable capacité de résistance.

Il reste encore aujourd'hui des questions non résolues, notamment sur certains rituels, des textes perdus et l'étendue exacte de l'influence du manichéisme sur d'autres courants religieux et philosophiques. Les découvertes archéologiques continuent d'enrichir notre compréhension de cette religion disparue.

Le manichéisme, fondé par Mani au IIIᵉ siècle, est l'une des plus grandes expressions historiques du dualisme. Il affirme l'existence de deux principes éternels et opposés : la Lumière et les Ténèbres. Malgré les persécutions, la destruction d'une grande partie de ses écrits et la disparition progressive de ses communautés, son héritage continue de susciter la réflexion.

À mon tour, je propose une réflexion dualiste, mais sous une forme assymétrique. J'y présente le Bien comme Créateur de tout ce qui se crée, tandis que la souffrance ne crée rien d'autre que la souffrance. Cette démarche est inspirée par la tradition dualiste et constitue un hommage à la quête de vérité de Mani ainsi qu'à la mémoire d'une œuvre dont une grande partie a été perdue.

La Religion du Bien ; 

 

Le récit de la Religion du Bien : de la première inclinaison à la victoire du Bien

Introduction — Le principe premier

Dans la Religion du Bien, il n'existe qu'un seul et unique Créateur de tout sauf de la souffrance : le Bien et non pas la souffrance.

Le Bien n'est donc pas le créateur de la souffrance. La souffrance est une entité éternelle et distincte, animée par une volonté contraire : elle cherche à faire souffrir et ne crée que de la souffrance. Le Bien, au contraire, crée tout ce qui existe en dehors de la souffrance et oriente la création vers les conditions favorables, la formation harmonieuse, la protection, la stabilité, la coopération, la compréhension, le bien-être et le bonheur.

Cette distinction est fondamentale : dire que le Bien n'a pas d'associé ne signifie pas que personne ne puisse agir avec Lui. Cela signifie que la souffrance n'est pas associée au Bien dans Sa création. Elle n'est ni Son égale, ni Son origine, ni une partie de Lui. En revanche, une créature peut devenir un « associé du Bien » au sens où elle choisit de faire le bien, de protéger et de ne pas faire souffrir.

La Religion du Bien repose ainsi sur une opposition fondamentale : le Bien cherche à faire le moins souffrir possible afin de permettre le bien-être ; la souffrance cherche à faire souffrir afin de produire davantage de souffrance. Le Bien et la souffrance ne sont donc pas deux formes équivalentes d'une même réalité : ils sont contradictoires dans leur volonté fondamentale.

Mais la souffrance peut pénétrer le monde du Bien en détournant ce que le Bien a créé. C'est cette intrusion qui explique le récit originel.

I. Adam et Ève : la première inclinaison

Dans cette lecture symbolique, Adam représente la Terre, tandis qu'Ève représente la Vie.

Au commencement, la création se trouve entièrement dans les conditions favorables du Bien. La vie existe dans un état d'harmonie : elle n'a pas encore besoin de connaître la souffrance pour rechercher le bien-être. La foi au Bien n'est pas encore une lutte, puisque les créatures vivent naturellement dans les conditions favorables de leur Créateur.

La souffrance ne peut alors pas simplement apparaître devant elles comme souffrance. Si une créature n'a jamais souffert, pourquoi choisirait-elle spontanément la douleur ?

Elle doit donc se présenter autrement.

Elle se présente comme une possibilité séduisante : comme une expérience nouvelle, une autonomie supplémentaire, une puissance, une connaissance, une force ou même comme quelque chose qui serait nécessaire à la vie.

Elle cherche ainsi à convaincre les créatures que les conditions défavorables pourraient être préférables aux conditions favorables déjà présentes.

C'est ici que se produit ce que la Religion du Bien appelle la première inclinaison.

Le péché originel n'est donc pas seulement, dans cette interprétation, le fait d'avoir désobéi à une interdiction. Il représente surtout un déplacement de la foi : au lieu d'avoir exclusivement confiance dans les conditions favorables du Bien, la créature commence à accorder du crédit aux conditions défavorables proposées par la souffrance.

La souffrance parvient ainsi à faire croire qu'elle pourrait être nécessaire.

Elle peut alors pénétrer dans le plan du Bien.

Et c'est à partir de cette pénétration que la douleur devient une possibilité réelle de l'existence.

Le piège est alors complet : la souffrance produit la douleur, puis utilise cette douleur pour prétendre qu'elle est indispensable à la vie.

Elle peut dire :

« Vous voyez maintenant pourquoi vous avez besoin de moi : je vous avertis du danger, je vous rends plus forts, je vous protège. »

Mais la Religion du Bien répond que l'utilité d'une réaction face à la souffrance ne prouve pas que la souffrance elle-même soit nécessaire.

On peut apprendre à éviter un danger grâce à une douleur sans conclure que la douleur devait nécessairement exister. Le Bien peut composer avec une souffrance qui s'impose pour éviter une souffrance plus grande, sans avoir créé ni voulu cette souffrance.

C'est précisément la différence entre composer avec la souffrance et vouloir la souffrance.

Dans cette lecture, le serpent peut ainsi représenter les conditions défavorables qui viennent se proposer à la vie. Dans une lecture rapprochant les traditions biblique et islamique, il peut également être rapproché de la figure du Shaytan ou du djinn associé à la tentation : non pas nécessairement comme une identité historique entre les récits, mais comme une même fonction symbolique, celle de la condition défavorable qui se propose afin de détourner la créature du Bien.

Adam et Ève représentent alors le moment où la création, initialement harmonieuse, devient vulnérable à l'intrusion de la souffrance.

II. Abel et Caïn : la souffrance devient relationnelle

Après la première inclinaison vient une conséquence décisive : la souffrance ne se contente plus de toucher directement une créature ; elle peut utiliser une créature pour atteindre une autre créature.

C'est le sens que la Religion du Bien peut donner à l'histoire d'Abel et de Caïn.

Abel représente celui qui demeure dans l'orientation du Bien, tandis que Caïn représente la possibilité pour la souffrance de détourner une volonté humaine jusqu'à faire souffrir autrui.

Le meurtre devient alors le symbole d'une nouvelle étape.

La souffrance comprend qu'elle peut atteindre indirectement une créature en poussant une autre créature à lui faire du mal.

Et quelque chose de plus profond apparaît : faire souffrir quelqu'un peut ensuite produire de la souffrance chez celui qui fait souffrir.

Celui qui fait souffrir peut connaître la peur, la culpabilité, la vengeance, la réaction de celui qu'il a blessé, l'isolement, la perte de confiance et les conséquences de son propre acte.

La souffrance met donc en place une boucle :

souffrance → faire souffrir → souffrir en retour → faire davantage souffrir.

C'est le mécanisme central de la propagation de la souffrance dans le monde humain.

La réponse du Bien n'est pas de reproduire cette boucle.

Le Bien ne se défend pas en torturant ceux qui torturent. Il cherche à mettre hors d'état de nuire ceux qui font souffrir, afin de protéger ceux qui pourraient être atteints, sans transformer la justice en vengeance.

Ainsi apparaît progressivement la distinction fondamentale entre :

la justice, qui neutralise la capacité de nuire,

et

la vengeance, qui cherche à rendre la souffrance par la souffrance.

La première cherche à restaurer les conditions favorables ; la seconde entretient les conditions défavorables.

III. Noé : lorsque la souffrance devient systémique

Après Caïn et Abel, la souffrance ne reste plus limitée à quelques individus. Elle peut devenir collective.

Les conditions défavorables peuvent se généraliser jusqu'à produire une société où la violence devient elle-même une condition de fonctionnement.

C'est dans cette logique que vient Noé.

Le Déluge représente alors une image particulièrement forte de la manière dont la souffrance peut finalement se retourner contre ceux qui l'entretiennent.

Lorsque les êtres humains font souffrir, ils ne contrôlent plus nécessairement les conséquences de la dynamique qu'ils ont déclenchée.

La souffrance qu'ils produisent peut revenir vers eux par les conséquences de leurs propres actes, jusqu'à devenir une force qui les dépasse.

Le Déluge peut ainsi être interprété comme une image de la souffrance devenue systémique : les conditions défavorables se sont tellement développées qu'elles finissent par détruire l'environnement même dans lequel ceux qui les ont entretenues vivent.

Noé représente alors celui qui conserve la foi au Bien et respecte les conditions favorables alors même que le monde autour de lui se dégrade.

L'Arche représente la protection du Bien.

Elle ne signifie pas que la souffrance n'existe plus ; elle signifie que la fidélité au Bien permet de traverser une situation dominée par les conditions défavorables sans devenir soi-même leur instrument.

Ce qui sauve Noé n'est donc pas la vengeance.

C'est la fidélité.

Le récit devient ainsi une première représentation de l'idée selon laquelle le Bien protège contre la souffrance ceux qui choisissent de ne pas la reproduire.

IV. Abraham : l'unicité du Créateur

Avec Abraham apparaît un autre élément fondamental : l'unicité du Créateur.

Dans la Religion du Bien, Abraham permet d'affirmer :

Il n'y a qu'un Seul et Unique Créateur de tout sauf de la souffrance : le Bien et non pas la souffrance.

Cela permet de distinguer définitivement le Créateur de la souffrance.

Les « bons créateurs », les « bonnes créatrices », ou toute autre formulation conduisent finalement à la même réalité : le Bien est le Créateur de tout sauf de la souffrance.

La souffrance, elle, est une entité malveillante éternelle qui ne crée que de la souffrance en détournant ce que le Bien a créé pour se faire ressentir.

La foi d'Abraham devient ainsi la foi dans l'unicité du principe créateur du Bien.

Il ne s'agit pas seulement de croire qu'il existe un Créateur unique ; il s'agit de comprendre quel est ce Créateur unique :

Il est Celui qui crée sans créer la souffrance.

Cette distinction deviendra ensuite essentielle pour comprendre Moïse, Jésus et l'Islam.

V. Moïse : le commandement de ne pas faire souffrir

Avec Moïse apparaît la formulation normative de cette intuition.

La souffrance rôde pour faire souffrir, afin de pousser celui qui souffre à faire souffrir à son tour et ainsi à souffrir encore.

Face à cette dynamique, le Bien dit à la créature :

Rappelle-toi de Moi.

Chaque fois que tu souffres, garde foi au Bien afin de ne pas transformer ta souffrance en volonté de faire souffrir.

Le commandement fondamental devient alors :

Ne pas faire souffrir.

Le peuple élu du Bien n'est donc pas défini par une origine ethnique, territoriale ou biologique. Il est constitué de ceux qui sont fidèles au Bien et qui ne font pas souffrir.

Être « élu » signifie ainsi choisir les conditions favorables.

La foi n'est plus seulement une croyance intérieure : elle devient un comportement.

Avoir foi au Bien = vouloir ne pas souffrir = ne pas faire souffrir = respecter les conditions favorables.

Cette conception rejoint le développement plus général de la Religion du Bien : la foi est validée par l'orientation concrète de la volonté.

VI. Job : la résilience face à la souffrance

Vient ensuite la figure de Job, dont la datation historique est incertaine et qui appartient, dans la tradition, à l'horizon des récits anciens.

Job est essentiel parce qu'il permet d'aller plus loin que la simple neutralisation extérieure de la souffrance.

Job souffre.

Et pourtant il ne transforme pas nécessairement sa souffrance en volonté de faire souffrir.

C'est précisément là que la Religion du Bien trouve une conception de la résilience.

Être résilient ne signifie pas ne plus souffrir.

Cela signifie que la souffrance n'a pas besoin de déterminer entièrement notre volonté.

Une personne peut être frappée par une souffrance qu'elle n'a pas choisie. Elle peut la ressentir réellement et intensément sans devenir complice de la souffrance.

Ainsi :

Subir n'est pas choisir.

Ressentir n'est pas consentir.

S'adapter n'est pas devenir complice.

La foi au Bien ne promet donc pas nécessairement que toute souffrance disparaîtra immédiatement.

Elle permet plutôt de conserver l'orientation fondamentale :

« Je souffre, mais je ne vais pas faire souffrir pour autant. »

C'est là que se trouve la résilience religieuse de la Religion du Bien.

Même lorsque la réalité extérieure ne peut pas immédiatement être changée, la volonté peut continuer à être orientée vers le Bien.

La souffrance peut donc être présente sans devenir une nouvelle volonté de souffrir ou de faire souffrir.

Cette distinction est centrale dans la formulation actuelle de la Religion du Bien.

VII. Lao Tseu — Le Tao dans la Religion du Bien

Avec Lao Tseu et le Tao Te King, la Religion du Bien retrouve une intuition qui peut être relue à travers sa distinction fondamentale entre la douleur et l'Indolore.

Le premier chapitre affirme que la voie que l'on peut définir n'est pas le Tao, la Voie éternelle, et que le nom que l'on peut prononcer n'est pas le Nom éternel. Il parle ensuite du sans-nom, origine du ciel et de la terre, du nommé, mère de tout ce que nous percevons, puis du désir, de l'Obscurité, du Mystère et de la porte de l'absolu merveilleux.

La Religion du Bien propose de relire ces notions ainsi :

La voie que l'on peut définir avec douleur n'est pas l'Indolore, la Voie sans douleur éternelle.

Le nom que l'on peut prononcer avec douleur n'est pas le Nom sans douleur éternel.

Ce qui ne porte pas de nom avec douleur, le non-être de la douleur, est l'origine sans douleur du ciel et de la terre.

Ce qui porte un nom sans douleur est la mère de tout ce que nous percevons sans douleur, choses et êtres sans douleur.

Puis le rapport au désir et à la perception est également relu à travers la douleur :

Celui qui est habité avec douleur par le feu de l'amour avec douleur a une vision bornée par la douleur.

Et :

Désir sans douleur et non-désir de la douleur, ces deux états sans douleur procèdent d'une même origine de tout sauf la douleur.

Les deux états sont alors :

l'Obscurité pour la douleur et le Mystère pour la douleur.

Enfin, le passage conduit vers ce qui constitue le rapprochement essentiel avec la Religion du Bien :

Au plus profond de cette obscurité pour la douleur — la souffrance — se trouve la porte de l'Indolore. La porte de tout sauf la douleur, du merveilleux sans douleur. L'Indolore : le Bien.

Ainsi, la Religion du Bien ne prétend pas que Lao Tseu disait littéralement « souffrance » ou « Bien ». Elle propose une relecture du premier chapitre du Tao Te King, dans laquelle les notions du texte sont mises en relation avec la distinction fondamentale entre ce qui est avec douleur et ce qui est sans douleur.

Le Tao devient alors, dans cette interprétation, l'Indolore : le Bien.

VIII. Jésus-Christ : incarner le Bien

Avec Jésus apparaît une étape nouvelle.

Le Christ représente, dans la Religion du Bien, l'incarnation du Bien sur Terre, non parce qu'il serait le créateur de la souffrance, mais précisément parce qu'il ne fait pas souffrir.

Le Christ devient ainsi l'exemple de celui qui, même lorsqu'il souffre, conserve sa foi au Bien.

Il ne répond pas à la souffrance par une nouvelle souffrance.

Il ne transforme pas la douleur qu'on lui impose en volonté de faire souffrir.

Il demeure dans la logique :

souffrir sans faire souffrir.

C'est ici que prend sens une interprétation particulière de la crucifixion.

Peut-être Jésus n'a-t-il pas « voulu » la souffrance en elle-même.

Peut-être a-t-il composé avec une souffrance qui s'imposait afin d'éviter une souffrance plus grande.

La crucifixion devient alors une révélation adressée à l'humanité :

un être innocent peut être torturé lorsque l'humanité abandonne la foi au Bien et accepte de faire souffrir.

La souffrance imposée au Christ devient ainsi la démonstration de ce que produit l'absence de foi au Bien.

Ce n'est donc pas la souffrance du Christ qui serait bonne.

C'est sa manière de répondre à cette souffrance qui devient exemplaire.

Il aurait pu répondre à la violence par la violence.

Il ne le fait pas.

Il démontre ainsi qu'il est possible de rester fidèle au Bien même lorsque la souffrance s'impose.

Dans cette perspective, la crucifixion devient un avertissement :

si l'humanité croit que la souffrance justifie de faire souffrir, alors la souffrance se reproduira indéfiniment.

Mais si l'humanité comprend que même celui qui souffre doit continuer à ne pas faire souffrir, alors elle peut interrompre la boucle.

Le Christ est donc l'exemple absolu de la formule :

« Même lorsque je souffre, je ne ferai pas souffrir. »

C'est pourquoi il incarne le Bien.

IX. Le Christ, l'Antichrist et la lutte eschatologique

La lutte du Bien contre ceux qui font souffrir peut alors prendre une dimension géopolitique et eschatologique.

Dès les premières civilisations, les humains ont compris que le contrôle des territoires, des ressources et des populations constituait une source majeure de puissance.

On peut alors imaginer symboliquement une progression :

contrôler un territoire → contrôler plusieurs territoires → chercher à contrôler le monde.

Si la lutte entre le Bien et la souffrance existe dans chaque décision individuelle, il devient alors possible de représenter son extension à l'échelle des civilisations comme une lutte pour le contrôle du monde.

C'est dans cette logique symbolique que peut être compris le conflit entre le Christ et l'Antichrist.

L'Antichrist représente alors la volonté de domination qui fait souffrir.

Le Christ représente la force qui protège sans faire souffrir.

Mais la victoire du Christ ne signifie pas nécessairement qu'un individu historique régnera matériellement sur toute la planète.

Elle peut représenter une réalité beaucoup plus fondamentale :

à chaque instant, le Bien peut gagner sur la souffrance lorsqu'une personne choisit de ne pas faire souffrir.

La « fin des temps » devient alors aussi la fin de chaque épisode de lutte intérieure.

Chaque fois qu'une personne souffre mais choisit de ne pas faire souffrir, une petite victoire du Bien est remportée.

Chaque fois qu'une personne neutralise une menace sans vengeance, une petite victoire du Bien est remportée.

Chaque fois qu'une personne choisit la justice plutôt que la vengeance, la force qui ne fait pas souffrir remplace la force qui fait souffrir.

La fin de la lutte arrive donc chaque fois que le Bien reprend le dessus.

Et pourtant la lutte recommence, car de nouvelles souffrances peuvent toujours se présenter.

L'eschatologie devient ainsi une image de la dynamique quotidienne de l'existence :

la lutte est perpétuelle, mais chaque acte de bien peut mettre fin à une séquence de souffrance.

X. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit : cause, conséquence et causalité

La Trinité peut alors recevoir une interprétation particulière dans la Religion du Bien.

Le Père représente la cause et donc le passé.

Le Fils représente la conséquence, c'est-à-dire l'effet et donc le futur.

Le Saint-Esprit représente la causalité, c'est-à-dire la relation qui permet à la cause de produire sa conséquence.

Ainsi :

Père = cause = passé.

Fils = conséquence = futur.

Saint-Esprit = causalité = relation entre les deux.

Dans le Père se trouve donc le Fils de la même manière que, dans une cause, se trouve déjà la possibilité de sa conséquence.

Si une cause bonne est produite dans le passé, elle contient la possibilité d'une bonne conséquence dans le futur.

Si, dans le passé, une personne souffre mais conserve sa foi au Bien et ne fait pas souffrir, alors elle ne transforme pas sa souffrance en nouvelle cause de souffrance.

Elle maintient une cause orientée vers le Bien.

Le futur peut alors devenir la conséquence de cette orientation :

agir bien → ne pas aggraver la situation → favoriser les conditions favorables → se rapprocher du bien-être.

Tout cela se produit par l'Esprit du Bien, c'est-à-dire par la causalité qui relie l'action à sa conséquence.

XI. L'Islam : retour explicite à l'unicité

L'Islam reprend ensuite, dans cette lecture, l'unicité affirmée par Abraham.

Il réaffirme qu'il n'y a qu'un seul Créateur.

La Religion du Bien traduit cette unicité en disant :

Il n'y a qu'un Seul et Unique Créateur de tout sauf de la souffrance : le Bien et non pas la souffrance.

Les notions de protection, de jugement, de rassemblement, de feu et d'Enfer peuvent alors recevoir une interprétation particulière.

L'Enfer n'est pas nécessairement compris comme une souffrance créée arbitrairement par le Bien.

Il peut être compris comme la conséquence de la souffrance qui se retourne contre ceux qui la produisent.

Ainsi, lorsqu'une personne souffre mais refuse de faire souffrir, elle demeure dans l'orientation du Bien.

Lorsqu'une personne choisit volontairement de faire souffrir, elle entretient les conditions défavorables et s'expose aux conséquences de cette dynamique.

Le feu devient alors l'image de la souffrance qui consume celui qui l'a entretenue.

La Religion du Bien peut ainsi lire certains passages coraniques comme une représentation de son principe :

la souffrance se retourne contre ceux qui la produisent.

Dans cette perspective, le « châtiment » n'est plus nécessairement une vengeance exercée par le Bien.

Il peut être compris comme la conséquence de la dynamique même de la souffrance.

La justice du Bien, elle, consiste à protéger et à neutraliser ceux qui font souffrir, sans les torturer.

L'Islam ajoute enfin la figure du prophète comme messager du Bien : celui qui rappelle aux êtres humains la voie qui mène vers le Créateur et les invite à revenir aux conditions favorables.

XII. La Caverne : composer avec la souffrance pour éviter pire

L'épisode de Moïse et du maître mystérieux dans la sourate Al-Kahf peut alors être rapproché d'un principe essentiel de la Religion du Bien.

Le maître accomplit des actes qui semblent mauvais à Moïse.

Il endommage un bateau.

Il tue un jeune garçon.

Il répare un mur.

Mais les explications finales montrent que les apparences immédiates ne suffisent pas à déterminer la valeur d'un acte : chaque action est présentée comme destinée à empêcher une conséquence plus grave.

La logique devient :

souffrance limitée et imposée → prévention d'une souffrance plus grande.

C'est exactement la distinction que fait la Religion du Bien entre vouloir la souffrance et composer avec une souffrance qui s'impose.

Le Bien ne crée donc pas la souffrance pour obtenir un bien.

Il peut cependant, lorsque la souffrance est déjà présente et inévitable, composer avec elle afin d'éviter une souffrance plus grande.

C'est le même principe que celui que la Religion du Bien applique à certaines réalités concrètes : une opération douloureuse peut éviter une maladie plus grave ; un effort physique peut produire une douleur temporaire pour favoriser une meilleure condition future ; une brûlure légère peut apprendre à éviter une brûlure plus grave.

Dans tous ces cas :

la souffrance n'est pas la finalité du Bien.

Elle est seulement une réalité avec laquelle le Bien compose lorsqu'elle s'impose, afin de produire une conséquence plus favorable.

XIII. Le principe de justice : neutraliser, jamais se venger

Cette distinction devient particulièrement importante lorsqu'il faut lutter contre ceux qui font souffrir.

Le Bien ne demande pas de laisser faire.

Au contraire, le Bien lutte contre ceux qui font souffrir.

Mais la méthode de cette lutte définit précisément la différence entre le Bien et la souffrance.

Si quelqu'un fait souffrir et que l'on répond en lui faisant souffrir à son tour, on reproduit le mécanisme de la souffrance.

C'est la vengeance.

Si, au contraire, on intervient pour empêcher cette personne de continuer à faire souffrir, sans la torturer, on neutralise la menace.

C'est la justice.

Ainsi :

La vengeance rend la souffrance.

La justice arrête la souffrance.

Le Bien n'a donc pas besoin de torturer celui qui fait souffrir pour le mettre hors d'état de nuire.

Cette idée est particulièrement importante pour comprendre la dimension politique et géopolitique de la Religion du Bien : une force peut être suffisamment puissante pour arrêter une agression sans devenir elle-même une force qui cherche à faire souffrir.

La véritable force du Bien est donc la force qui protège sans faire souffrir.

XIV. La résilience : la victoire intérieure du Bien

Mais il reste une difficulté : nous ne pouvons pas toujours empêcher extérieurement la souffrance.

C'est ici que Job, le Christ et la pratique de la foi se rejoignent.

La réalité extérieure peut rester douloureuse.

Mais la réalité intérieure peut encore conserver une orientation vers le Bien.

Cela ne signifie pas que la douleur est imaginaire.

Cela signifie que subir une souffrance ne contraint pas nécessairement à vouloir la reproduire.

Une personne peut souffrir et continuer à ne pas faire souffrir.

Elle peut être blessée et refuser de devenir blessante.

Elle peut être menacée et chercher une solution sans vengeance.

Elle peut perdre quelque chose et ne pas transformer sa perte en haine.

Elle peut être confrontée à une injustice et rechercher la justice plutôt que la vengeance.

C'est cela, la résilience dans la Religion du Bien.

La résilience ne consiste pas à nier la souffrance.

Elle consiste à empêcher que la souffrance subie devienne une nouvelle source volontaire de souffrance.

La foi au Bien permet alors de relativiser, de positiver lorsque cela est possible, de composer avec ce qui s'impose et surtout de ne pas empirer volontairement sa situation.

Ainsi, même lorsque la souffrance ne peut pas immédiatement être supprimée :

on peut encore choisir le Bien.

XV. La conclusion de toute la révélation
De Adam à Ève, d'Abel à Caïn, de Noé à Abraham, de Moïse à Job, de Lao Tseu à Jésus, puis de Jésus à l'Islam, la Religion du Bien peut lire une même structure apparaître sous des formes différentes.
Adam représente la Terre.
Ève représente la Vie.
La première inclinaison représente l'entrée des conditions défavorables dans la vie.
Caïn représente la souffrance devenue violence exercée sur autrui.
Noé représente la protection du fidèle lorsque les conditions défavorables deviennent systémiques.
Abraham représente l'affirmation de l'unicité du Créateur.
Moïse représente le commandement de ne pas faire souffrir.
Job représente la résilience de celui qui souffre sans transformer sa souffrance en volonté de faire souffrir.
Lao Tseu représente la recherche de la Voie éternelle sans douleur, de l'Indolore identifié au Bien.
Jésus représente l'incarnation du Bien : celui qui, même lorsqu'il souffre, ne fait pas souffrir.
L'Islam représente le retour explicite à l'unicité du Créateur et l'affirmation du message transmis par le prophète.
Et l'eschatologie représente finalement la victoire du Bien sur la souffrance.
Mais cette victoire n'est pas nécessairement seulement un événement situé dans un futur lointain.
Elle se produit à chaque instant.
Lorsqu'une personne souffre et ne fait pas souffrir, le Bien gagne.
Lorsqu'une personne est agressée et cherche à neutraliser plutôt qu'à se venger, le Bien gagne.
Lorsqu'une personne refuse de transmettre la douleur qu'elle a reçue, le Bien gagne.
Lorsqu'une personne protège la vie, répare, soigne, coopère, comprend et restaure les conditions favorables, le Bien gagne.
Lorsqu'une personne souffre mais conserve sa foi et refuse de faire de sa souffrance une justification pour faire souffrir, le Bien gagne.
La « fin des temps » peut alors être comprise comme l'image de cette victoire ultime : la souffrance ne parvient plus à transformer la souffrance subie en nouvelle volonté de faire souffrir.


XVI. Le principe ultime de la Religion du Bien
Tout le récit peut finalement être ramené à une seule logique.
Le Bien ne crée pas la souffrance.
La souffrance pénètre dans la création et tente d'utiliser la création du Bien contre elle-même.
Elle cherche à faire souffrir afin de pousser ceux qui souffrent à faire souffrir.
Puis elle utilise cette nouvelle souffrance pour produire encore davantage de souffrance.
Le Bien rompt cette chaîne.
Il protège.
Il soigne.
Il répare.
Il neutralise.
Il rend justice.
Il compose avec la souffrance lorsqu'elle s'impose afin d'éviter une souffrance plus grande.
Mais il ne transforme jamais la souffrance en finalité.
C'est pourquoi le principe fondamental demeure :
Ne pas faire souffrir.
Et lorsqu'on souffre :
ne pas faire souffrir malgré la souffrance.
Car si je souffre et que je fais souffrir à mon tour, j'entre dans la logique de la souffrance.
Mais si je souffre et que je conserve ma foi au Bien, je reste dans la logique du Bien.
La souffrance peut alors m'atteindre sans déterminer entièrement ma volonté.
Je peux subir sans choisir.
Je peux ressentir sans consentir.
Je peux m'adapter sans devenir complice.
Je peux agir pour supprimer la souffrance lorsque je le peux.
Et lorsque je ne peux pas immédiatement la supprimer, je peux encore préserver en moi la volonté de ne pas la choisir.
C'est là que se rencontrent Adam, Noé, Abraham, Moïse, Job, Lao Tseu, Jésus et le message islamique : sous des formes différentes, ils peuvent tous être relus comme des étapes d'une même recherche humaine.
Chercher le Bien malgré la souffrance.
Et finalement comprendre que le Bien n'est pas celui qui fait souffrir pour produire le bien.
Le Bien est celui qui, même lorsque la souffrance s'impose, cherche encore à produire le moins de souffrance possible et le plus de bien-être possible.
Ainsi, dire « oui au Bien », c'est nécessairement dire :
non à la souffrance.
Et la victoire du Bien n'est rien d'autre que la victoire de cette volonté, renouvelée à chaque instant : faire le bien pour se sentir bien, et ne jamais transformer sa propre souffrance en raison de faire souffrir autrui.

Modifié par Fhink

2 Commentaires


Commentaires recommandés

il y a 19 minutes, Captaine-Jack a dit :

Quel est l'intérêt que tous tes contenus soient engendrés par l'intelligence artificielle ?

Mais ceci n'est pas généré par l'IA, le contenu est de moi, peut être pour ne pas faire des fautes de français en tout genre que ce soit l'orthographe ou le vocabulaire alors oui j'utilise l'IA. Mais le contenu est de moi.:)

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