L'évangile de Nicodème partie - 8
20 Maître ! M’écriai-je, si pour te comprendre, il me faut me métamorphoser en femme, alors accomplis ce miracle et que je cesse d’être un homme ! C’est toi seul qui peut réaliser cette transformation. « Il ne s’agit pas de toucher à ta chair et à ton apparence. Il s’agit de faire ce chemin vers le cœur, la femme a juste une petite avance sur toi, mais un long chemin l’attend également. Souviens-toi de tout ce qui s’est passé avec Marie1, la samaritaine, Marthe et la cananéenne et toutes les autres compagnes qui vivent aux côtés de mes disciples. Pour elles, les choses du cœur sont simples, leur compréhension est immédiate et elles n’attendent pas tant d’explications ou de discours que vous les hommes ».
21 Alors je demeurai silencieux, car ses paroles avaient entrouvert en moi un lieu que je ne connaissais pas, et il me semblait qu’une porte s’y trouvait sans que je sache par quelle main elle pouvait être ouverte. Après un temps, je dis au Maître : « Rabbi, si le royaume des cieux est dans le cœur de l’homme comme tu le dis, alors pourquoi si peu le trouvent-ils ? Pourquoi tant d’hommes vivent-ils et meurent-ils sans avoir seulement aperçu cette porte intérieure dont tu parles » ?
1Voir et relire les nombreux passages consacrés à la relation toute particulière de jésus avec les femmes des évangiles.
22 Jésus me répondit : « Parce que le cœur de l’homme est entouré de murailles qu’il a lui-même élevées pierre après pierre depuis les jours de son enfance. Chacune de ses blessures, chacune de ses peurs, chacune de ses humiliations, chacun de ses deuils et chacune de ses colères devient pour lui une pierre qu’il ajoute à son rempart. Et parce qu’il craint d’être blessé encore, il ferme son cœur pour le protéger. Mais en voulant protéger la source de sa vie, il l’enferme et l’étouffe. Ainsi beaucoup d’hommes meurent sans avoir compris qu’ils ont confondu leur prison avec leur demeure ». À ces mots je réagis ainsi : « Rabbi, si cela est vrai, lui dis-je, alors le mal que commet l’homme ne viendrait pas seulement de sa méchanceté, mais aussi de sa souffrance ? » Il inclina légèrement la tête et répondit : « Tu commences à voir plus loin que la surface des actes. En vérité, bien des hommes font le mal non parce qu’ils aiment le mal, mais parce qu’ils ont peur. Ils frappent parce qu’ils se sentent menacés. Ils dominent parce qu’ils craignent d’être dominés. Ils accumulent parce qu’ils redoutent de manquer. Ils humilient parce qu’ils ont été humiliés. Le péché n’est souvent que la peur devenue action ».
Modifié par Don Juan

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