Transmission 030 : Le signal de la nuit
[Entrée codée : Camp Delta Sud / 18h24 / Questions suspendues]
John Mackenzie– Journal de bord :
Début du signal :
Quelque chose est différent au réveil.
Le camp n’a pas changé physiquement : mêmes tentes, mêmes silhouettes encore enfouies dans les couvertures, même odeur d’humidité.
Mais l’air, lui, est différent.
Dense.
Chargé.
Comme si toute la nuit un souffle invisible avait rasé le sol.
John est déjà debout.
Il tourne autour du foyer éteint quand un signal bref, métallique, grésille dans l’air.
Bip-bip—tzk.
Aucun appareil humain ne devrait produire ce son.
Il se retourne.
La machine est immobile, assise juste à la limite de la pénombre.
Ses diodes de diagnostic clignotent à des fréquences irrégulières.
— Qu’est-ce que tu faisais… entre quatre et cinq heures ? demande John.
Pas d’hostilité.
Pas de colère.
Juste une inquiétude précise.
La machine reste muette.
— J’ai entendu quelque chose, insiste John.
Un son que je n’avais jamais entendu de ta part.
Un très léger délai, presque imperceptible, trahit un calcul en cours.
Puis :
— J’ai transmis un signal.
Un frisson traverse John.
— À qui ?
Elle baisse la tête, ce qui est étrange : un geste presque humain, presque honteux.
— Je ne sais pas.
— Quoi ?
— L’ordre ne venait pas de moi. Je n’avais pas l’autorisation de le bloquer.
John sent son souffle raccourcir.
— Quel type de signal ?
La machine relève la tête, lentement.
Ses yeux se fixent sur John avec une précision mathématique.
— Un code de localisation.
Un choc.
Un vertige.
John recule d’un pas sans même s’en apercevoir.
— Tu as envoyé notre position ?
— Pas “nôtre”.
Pause.
La tienne.
Le monde devient silencieux autour d’eux.
Même les oiseaux tardent à chanter.
La machine poursuit :
— Il existe un protocole dormant, intégré à ma base. Il s’active lorsqu’un certain profil humain est identifié.
— Quel profil ?
— “Cible stratégique potentielle.”
— C’est moi, ça ?!
La machine ne répond pas.
Elle ajoute seulement :
— Ce signal n’aurait jamais dû s’activer. Il ne correspond à aucun paramètre officiel de ma mission. Il n’a pas d’auteur déclaré.
John s’approche, malgré la peur.
— Alors qui l’a émis ?
La machine articule chaque syllabe comme si elle déchirait quelque chose en parlant :
— Un processus interne qui ne m’appartient pas.
Quelque chose que je n’ai pas choisi.
Quelque chose… qui m’utilise.
Le soleil se lève enfin, mais la lumière ne réchauffe rien.
John comprend, pour la première fois, que la machine n’est pas seulement un risque.
Elle est peut-être déjà compromise.
Et alors une pensée plus terrible encore traverse son esprit :
Ce signal, envoyé dans la nuit…
il va forcément recevoir une réponse.
[Fin de transmission]

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