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Chamonix 2012

yacinelevrailefou

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Chamonix, Juillet 2012.

Un éboueur trouva au sol un sac de sport noir. A l’intérieur, près d'un million d'Euro. On ne sait si c'est par honnêteté ou maladresse mais on eut vent de cette découverte et ce sac fut remis au service de police... Le sac disparut avec tout ce qu'il contenait.

Quelques jours plus tôt, un très gros casse fut orchestré par une équipe de quatre à cinq personnes dans la région. En effet, plus de dix-neuf millions d'euro furent dérobés lors d'un braquage resté hors toutes médiatisations pour les besoins de l'enquête.

La gendarmerie nationale s'occupant de l'affaire recoupa les deux faits car l'équipe de braqueurs avaient pris , quelques temps après le casse, des chambres d’hôtel à Chamonix. Vivant en incognito, ils se planquaient. Le sac noir fut trouvé le matin, après leur départ, à côté de cet hôtel. Il semblerait que ces grands voyous auraient oubliés un peu de leur butin.

Les gendarmes sont sur le qui-vive...

C'est en ce contexte que je suis dirigé par le 115 d'abord sur Aix-les-Bains où je dormis sur les berges du lac du Bourget puis Annecy. A Annecy, c'est au commissariat que je passa la nuit à cause d'un homme promenant son chien vers les deux heure du matin. En effet, il me surpris allongé, caché sous les boites aux lettres dans le hall son immeuble. J'essayais de dormir sans grand succès malgré les nombreuses mauvaises nuits que j'avais alors collectionnées. Me menaçant avec son gros chien, il réussit à me mettre dehors... S'en suit une altercation verbale dans laquelle je me posais en victime, plaidant que je n'étais qu'un vagabond à bout de force. Lui, avec son chien, me tint des propos racistes, se félicitant de connaître la famille Frison-Roche dont l'un des membres briguait un mandat politique. Sa fierté tenait dans le fait que cette personne était d'extrême droite. Je l'ai traité de nazi. Sûrement alertée par le voisinage, une voiture de police arriva à vive allure vers nous. Le nazi se mit au milieu de la route et encouragé par mes provocations fit le salut nazi à maints reprises en direction des policiers.

Je fis ma version, lui la sienne. Je fus emmené au commissariat où l'on m'installa libre, à l'accueil,sur un banc pour dormir après m'avoir donner à manger. Les policiers étaient très compréhensifs, on m'offrit même plusieurs cigarettes que je fumais à l'extérieur, côté cours. J'eus le plaisir de rencontrer l'ami d'un homme placé en garde à vue pour conduite en état d'ébriété... On parla. La nuit touchait à son terme et c'est donc au petit matin, après avoir été entendu par un officier, que je quittais cette ville non sans avoir le 115 au téléphone.

Après avoir décliné mon identité,on me demanda si je pouvais aller à Chamonix. Je répondis par l'affirmative. Un chalet était mis à la disposition des services sociaux et il restait une place. Ce serait pour une dizaine de jours,pas plus. Je devais m'y rendre le jour même avant 17 heure. J'avais rendez-vous à la mairie avec une certaine dame. On devait m'y enregistrer et me donner dix euro en bons d'achat -hors alcool- dans une épicerie de la ville.

En train, au départ d'Annecy, il faut prendre jusqu'à La Roche-sur-Foron puis changer en direction de St-Gervais-le-Fayet pour enfin prolonger vers Chamonix. J'arrive un quart d'heure en avance.

Assis sur un banc en pierre, dos à la mairie, un homme fume sa pipe en bois. Lui aussi attend d'être conduit au chalet Saint-Michel. C'est alors un retraité aux traits tirés, coiffé d'un bonnet bleu, il portait un manteau de marine. La cause de sa misère était, d'après lui, que sa pension de retraite ne lui avait pas été versé depuis des mois. Il venait de Saint-Malo.

Les formalités faites, à l'abri dans ce beau chalet, je pris une douche. De plain-pied, ce chalet était une ancienne dépendance de l'église... Quatre lits étaient disposés dans deux pièces suivant la cuisine. Nous y serons alors quatre personnes. Les mêmes à cohabiter pendant dix jours.

Une fois sorti de la salle-de-bain, je fis la connaissance de Thomas. Il sortait de trois années de prison pour hacking. Il avait la vingtaine, rêvait de fonder un foyer... Il se rendait souvent sur Genève. Il me confia qu'il s'adonnait à un trafic de cartes-bleues achetées en Suisse. C'était de toutes évidences un escroc... Mais un escroc sympathique.

Peu avant la nuit, Eddy apparut. De petite taille et d'allure propre, une casquette pour cacher son début de calvitie, il me salua. Je me présenta en lui montrant ce que j'avais épinglé sur une porte : un tract que j'avais écrit pour le parti communiste français. Après quelques notes d'humour,on décida des places que chacun allait prendre pour cette nuit...Cette nuit, je dormis très mal. J'ai écouté un opéra retransmis à la radio : le festival d'Orange, avec les chœurs des opéras de Marseille et de Nice, fut cette année-là magnifique... Avignon était aussi en fête et je pus même écouter la folle jalousie d'Othello sur les ondes de Radio-France.

Le lendemain, Eddy, qui avait garder son sac à ses pieds toute la nuit tel un paquetage, se réveilla. Il me retrouva attablé dans la cuisine à écrire sur mon petit ordinateur portable. En effet, j’avais acheté cette« machine-à-écrire » premier prix avec l'argent de mon chômage. Dans cette vie de vagabond où peu d'espoir vient vous occuper, je me mis en tête d'écrire. Écrire pour ne pas devenir fou, pour avoir un lien avec le monde, celui de l'écriture.

On discuta longuement, et c'est alors que je compris que Eddy n'était pas un vagabond ; bienqu'officiellement il l'était. Les gens de la rue ont une sagacité très poussée du fait de leur malheur et de ces conséquences. Leurs sens se sont aiguisés au fur-et-à-mesure des nuits sans sommeil passées dehors, à errer...

Il est évident que Eddy évoluait dans notre sphère sociale sans lui appartenir... Trop de détails clochaient. Il y avait une différence entre ce qu'il était et ce qu'il montrait... De plus, il savait énormément de choses sur la survie, la Corse, les pays asiatiques, le pétrole, le sultanat de Bruneï, etc... Et il ne peut y avoir que quelqu'un de réellement très bien informé pour donner ce genre de détails.

Il me dit notamment une chose à propos d'une famille saoudienne. Les riches saoudiens vont souvent de leurs personnes jusqu'en Suisse déposer des lingots d'or. Mais parfois,les hôtels correspondant à leurs attentes sur Genève sont complets. Ils doivent donc prendre une chambre dans un des grands hôtels en France, non loin de leurs banques.

Un jour, un équipier d'étage travaillant dans un de ces hôtels fit l'erreur qu'il paya de sa vie : tenter de voler les Ben Laden. Un grand coups d'épée suffit.

Je vis dans les yeux d'Eddy, lorsqu'il me fit part du nom de cette famille, beaucoup de peur... Il exprima le regret de me l'avoir dévoilé ainsi qu'il me prévint qu'ils étaient très dangereux.

Bref, Thomas se leva, puis ce fut autour du malouin. Et Eddy, le regard fuyant nous raconta qu'un million d'Euro avait disparu dans Chamonix il y a quelques jours et que les gendarmes surveillaient la ville. Après nous avoir dit un peu sur ce qu'il savait sur cette affaire, je lui demandais comment cela était-il possible. Il me répondit : « Tu sais,même les flics aiment le fric... »

Qui était-il vraiment ? Que venait-il faire en notre compagnie au pied du Mont-Blanc ?


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