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La Passion de Simon Kimbangu 1921-1951

yacths

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La Passion de Simon Kimbangu

Préliminaire de la deuxième édition

Cette nouvelle édition du livre de Jules Chomé « La passion de Simon Kimbangu » que nous publions de nouveau, intervint plusieurs années après l'édition originale de l'auteur lui-même. Il va de soi que pendant ces années, quelques détails de l'histoire parfois présentés de manière peu probable, ont connu des précisions dans leurs matérialités par d'autres sources auxquelles l'auteur n'avait pas forcément eu, à l'époque, connaissance. Dans le souci d'éclairer le lecteur, nous portons quelques précisions sur certains faits pour lequel l'auteur de l'ouvrage n'avait que peu d'informations ou encore n'avait recouru qu'à des sources peu dignes de foi.

1. La date de naissance de Simon Kimbangu. Son Eminence Joseph Diangienda Kuntima, dans son ouvrage : « L'Histoire du Kimbanguisme », a fixé l'opinion sur la date de naissance de son père qu'il affirme au Mercredi 12 septembre 1887 à Nkamba. Cette date est célébrée chaque année par les fidèles kimbanguistes du monde entier.

2. La première guérison miraculeuse.

La guérison miraculeuse qui a enclenché la mise en route du ministère religieux et de la renommée de Simon Kimbangu le 06 avril 1921 est partie de la guérison d'une femme du nom de Nkiantondo qui

agonisait depuis plusieurs jours dans le village de Ngombe-Kinsuka, situé sur la colline en face de Nkamba.

Cette version confirmée par son Eminence Joseph Diangienda Kuntima renvoi celle de Budimbu telle que rapportée au pasteur P.H.J. Lebrigo M.D. citée dans l'article « Prophet Mouvement » in Congo, publié dans the International Review of missions 1922, pp. 270 et suivant.

3. Le Refuge de Simon Kimbangu et son arrestation.

Après la tentative échouée d'arrestation de Simon Kimbangu le 06 juin 1921 par l'Administrateur du Territoire de Mbanza-Ngungu, Monsieur Morel, Simon Kimbangu s'est réfugié pendant plus de trois mois à Mbanza - Nsanda qu'il a quitté définitivement le samedi 10 septembre 1921 pour retourner à Nkamba et se livrer le lundi 12 septembre à l'autorité coloniale (Monsieur Snoeck) contrairement à la date de son arrestation.

4. La Relégation de MANDOMBE Mikala. Bien que le jugement du Conseil de Guerre rendu par le Juge De Rossi ait condamné Mandombe à deux ans de servitude pénale, en réalité, elle a été déportée à Lowa dans la province Orientale avec les autres relégués où elle a passé 39 ans de prison. Sa peine a été donc injustement et irrégulièrement ajoutée.

Avertissement de l'Editeur

Notre propos, en publiant l'écrit de Jules Chomé n'est pas, on le pense bien, d'entretenir le climat d'agitation qui existe au Bas-Congo. Au contraire, nous croyons que le fait de réhabiliter Simon Kimbangu ne peut favoriser l'apaisement souhaité par tous. Les autorités coloniales, cet ouvrage le prouve à suffisance, ont commis une grave erreur en faisant condamner injustement un homme qui personnellement était extrêmement pacifique. Durant des années, des milliers de personnes furent reléguées, parce que membres du mouvement kimbanguiste. Cependant ce mouvement, s'il s'est montré parfois xénophobe du fait de la répression qui s'exerçait sur lui, restait fondamentalement religieux et non politique.

Sans doute, l'Etat a-t-il cru que l'ordre public était menacé et que l'on risquait d'aboutir à des troubles graves ? C'est le réflexe de tous les pouvoirs coloniaux et l'histoire nous prouve assez combien ils se sont trompés. Ces mesures se révélèrent être une erreur, et le maintien encore actuellement de milliers de relégués pour le seul fait d'appartenir à un mouvement religieux prophétique constitue une injustice grave. Les autorités semblent d'ailleurs avoir compris l'inefficacité et le danger d'une telle politique, puisqu'elles envisagent, sous la pression de l'opinion africaine, de rendre au mouvement kimbanguiste une existence légale en

lui attribuant la personnalité civile.

Jules Chomé a défendu dans ce livre une cause qui lui est chère, celle de la liberté et des dignités humaines. Ce faisant, il témoigne de préoccupations qui sont les nôtres à Présence Africaine.

S'il n'a pas eu accès à toutes les archives de l'Etat qui contiennent les procès-verbaux et rapports établis à l'occasion de la répression, ces archives ne se trouvant ni au ministère du Congo ni au Musée de Tervueren, nul plus que lui ne souhaite la publication de ces documents qui, sans aucun doute, apporteront une confirmation à l'étude qu'il nous livre.

La dénonciation faite par l'auteur, du procès inique et de la condamnation de Kimbangu contraire à toutes les règles du droit, ne peut qu'être versée à son crédit. Il fut le seul jusqu'ici à avoir le courage de percer le mur de silence créé autour de la personne de ce prophète. Il était important qu'un belge dise à ce sujet la vérité et se désolidarise de l'action répressive entreprise par l'autorité coloniale, sous la caution des pouvoirs métropolitains successifs.

Sur le plan religieux enfin, il est également important pour l'avenir des Eglises catholique et protestantes autochtones que des chrétiens soient associés à cette réhabilitation de Simon Kimbangu, écrite par un incroyant.

Voyant les joueurs de flûtes et une foule qui faisait grand bruit, il leur dit : « Retirez-vous, car la jeune fille n'est pas morte, mais elle dort » et ils se riaient de lui. Lorsqu'on eut fait sortir cette foule, il entra, prit la main de la jeune fille et elle se leva. Et le bruit s'en répandit dans tout le pays.'

Simon Kimbangu est né à Nkamba, au Nord de Thysville (actuel Mbanza-Ngungu), probablement le 24 septembre' 1889.3 Dans la région, les missions catholiques n'ont pas pénétré.

Le pays est évangélisé par la « Baptist Mission Society » (B.M.S) de Wathen (Ngombe - Lutete à 12 km de Nkamba). A la mère de Simon, pendant sa grossesse, un missionnaire protestant a dit : « Femme, cet enfant que vous attendez, sera appelé à de grandes choses4 ». Simon, après avoir été le boy attitré du Révérend Philipps, deviendra catéchiste de la B.M.S en son village natal de Nkamba. Il semble qu'il ait aussi exercé divers métiers à Kinshasa et Matadi. Mais l'on ne dispose, à cet égard, d'aucun renseignement précis. Il aurait été boy au service d'européens, travailleur aux Huileries de Kinshasa (HCB), peut être même au Chemin de fer du Bas-Congo.5 Dans ces centres où toutes les races du Congo se rencontrent, il prendra contact avec le monde extérieur. C'est de là que datent sans doute des préoccupations qui, au-delà de son ethnie Mu-kongo, embrasseront le

Congo tout entier, voire l'Afrique elle-même.

De ses fonctions de catéchiste, il à gardé une connaissance personnelle et profonde de la Bible. Le protestantisme, surtout celui de l'Eglise baptiste, rejette toute autorité extérieure en matière religieuse. Simon Kimbangu a pris l'habitude d'interpréter librement l'Ancien et le Nouveau Testament dans lesquels il puise des conseils et des enseignements pour toutes les circonstances de la vie. 6 Il est marié. Il a trois enfants.

Au début de l'année 1921, il est de retour au pays. C'est à ce moment et plus précisément, le 18 mars, que se produit l'événement merveilleux qui va marquer sa vie.

Budimbu, un noir parlant anglais, rapportera au pasteur P.H.J. Lebrigo M.D' l'histoire8 qui lui a été racontée par Simon Kimbangu lui-même : Un de ses amis était mort dans un autre village. Simon Kimbangu s'était rendu à son enterrement, porteur, selon la coutume, d'un cadeau consistant en vêtements. A son arrivée, les gens en étaient à la danse. Au cours de la cérémonie, il s'évanouit et sombra dans l'inconscience. Son père et sa mère9 le ramenèrent à la maison. En chemin, la famille rencontra un homme « qui n'était ni noir, ni blanc et qui n'était pas non plus un mulâtre. ».

Il était très bien habillé.

- « Où emmenez-vous le jeune homme » demanda-t-il.

- « Nous le ramenons à la maison, il est malade »

répondit le père de Kimbangu.

- « Non, dit l'étranger, il n'est pas malade. Il sera bientôt tout à fait bien. »

La famille continua sa route. Le soir, il fallut

camper. Au milieu de la nuit, Simon eut soif et dit :

- « Mère, je m'en vais chercher de l'eau. »

Il se dirigea vers le fleuve mais tomba dans un trou profond.

Après quelque temps, sa mère et son père l'appelèrent :

- « Fils, pourquoi restes-tu si longtemps pour chercher de l'eau ?-»

Ses parents se mirent à sa recherche. Bientôt, il s'aperçut que sa mère était tombée à coté de lui dans le trou. Mais tout à coup, ils se sentirent, tous les deux, soulevés jusqu'à l'orifice, sans faire eux mêmes aucun effort.

Après son retour à la maison, il tomba malade de la « makwanza » et son corps fut recouvert de pustules. Un homme vint, vêtu d'une mince couverture, lui aussi tout couvert de pustules. Il demanda de l'eau et la mère de Simon, qui était une bonne chrétienne, prit l'écuelle du ménage et donna à boire à l'étranger. Il partit et Simon demanda à sa mère :

- Pourquoi lui as-tu donné à boire dans notre écuelle ?

Il est couvert de pustules. L'étranger l'entendit et revint sur ses pas.

- Pourquoi parles-tu ainsi ? Demanda-t-il. Toi aussi, tu es recouvert de pustules. Si tu t'enduis d'huile de palme, tu seras guéri. Cette nuit-là Simon a une vision. L'étranger lui apporte une Bible. Lui dit :

- « Voici un bon livre ! Tu dois l'étudier et prêcher. »

- « Non, répond Simon. Je ne suis ni prêcheur ni professeur. Je ne puis faire cela. »

- « Alors, porte le livre à ta mère et dis-lui qu'elle doit prêcher ! »

- « Pourquoi ne lui parles-tu pas toi-même ? répond Simon. Alors l'étranger lui parle d'un enfant malade dans un village voisin, lui disant d'y aller et de prier pour sa guérison. Mais Simon refuse, alléguant que les gens ne le croiraient pas et pourraient le persécuter et le tuer.

Plus tard, l'homme apparaît en rêve à la mère de Simon et lui dit que son fils doit prêcher et guérir mais qu'il s'y refuse. Enfin il revient à Simon et lui dit : « Il y a un enfant malade dans un certain village. Tu dois aller là-bas, prier, poser tes mains sur l'enfant et le guérir. Si tu n'y vas pas, je réclamerai ton âme. » C'est ainsi que le lendemain, Simon s'en fut et trouva l'enfant malade, comme il lui avait été dit, dans son rêve. Les gens étaient assemblés, pleurant et se lamentant. Simon les écarte, prie un long moment pour l'enfant. Ensuite il lui impose les mains. Au même moment, il subit

une secousse extrêmement violente.

L'enfant est guéri et, blotti contre le sein de sa mère, commence à téter. « Alors, racontait Kimbangu à son ami Budimbu, ils m'ont amené d'autres malades ; j'ai prié. Je les ai touchés et ils furent guéris. »

Il prêchait l'Evangile du royaume de Dieu et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. Sa renommée se répandit dans toute la Syrie et on lui présentait tous les malades atteints d'infirmités et de souffrances diverses, des possédés, des lunatiques, des paralytiques et les guérissait.'

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La nouvelle de ces guérisons miraculeuses se répand comme une traînée de poudre.

Dès mars 1921, d'interminables caravanes sillonnent les routes qui conduisent au village de Nkamba. De toutes les directions les foules accourent vers le guérisseur. On lui apporte les malades, les mourants, des morts même parfois. Les gens bien portants viennent aussi pour le voir ou pour intercéder en faveur de leurs parents malades et intransportables. Entre Matadi et Léopoldville (actuel Kinshasa), les trains sont bondés. La compagnie du chemin de fer doit mettre en service des voitures supplémentaires." Lon dit même qu'elle fit circuler des trains spéciaux pour les pèlerins de Nkamba. Des milliers de noirs, de deux à cinq milles, se pressent quotidiennement autour du prophète." Dès le mois de mai quatre mille pèlerins doivent trouver chaque jour un logement dans le village et les environs immédiats. On se serre dans les cases. On loge à la belle étoile. On organise un service de ravitaillement. 13




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