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PassionDriver

Les derniers chars se retiraient, laissant derrière eux un amas de ruines et de désillusions. Des bâtiments étaient complétement explosées, les vitrines des magasins avaient la façade détruites par les éclats d'obus. Plus aucun son n'émanait de cette ville devenue fantôme. On ressentait seulement la crainte, et la colère de ce million d'habitants enfermés dans son enclos de 360 km2. C'était la taille de ma cellule, condamné dès la naissance à perpétuité. Le grillage qui bâillait notre avenir mesurait 10 mètres de hauteur et était fait de béton, de ciment et de haine.

Les raids aériens avaient cessés de faire pleuvoir sur nos têtes des bombes, nous laissant enfin entrapercevoir le ciel bleu azur. Le Hamas avait également cessé d'envoyer ses roquettes inefficaces qui ne nous protégeait aucunement. Au contraire, les représailles étaient de plus en plus terribles au fur et à mesure que les tirs de roquettes s'intensifiaient. Comment voulez-vous parvenir à un accord de paix avec un mur de séparation de 700 km, qui encerclaient les terres palestiniennes de la bande de Gaza et de Cisjordanie. On ne trouve pas la paix en enfermant les hommes dans des camps de concentration à ciel ouvert, on contourne juste le problème. C'est comme quand un robinet fuit et qu'on y place un récipient en dessous. Nous sommes débarrassés du problème quelques temps, mais le récipient finira par déborder. À quelle allure, avec quelle force et dans combien de temps, nous n'en savons rien, mais il finira bien par déborder.

"Viens Nayef, il faut y aller maintenant, dépêche-toi". Ghassan, mon père, portait sous son bras un volumineux paquet contenant quelques victuailles, de quoi tenir quelques jours. Il portait également une imposante besace dont j'ignorais le contenu. Nous fuyons vers le sud de la bande de Gaza, espérant l'ouverture prochaine de la frontière égyptienne. Ma mère, Chirine, et ma sœur Dounia de 8 ans avaient fuies il y a déjà 15 jours. Mon père leur avait donné toutes les économies du foyer pour s'assurer qu'elles ne manquent de rien. Deux cousins avaient fait le voyage avec elles. Nous ignorions ce qu'elles étaient devenues, l'armée israélienne avait coupée l'électricité à Gaza. Mon père s'inquiétait énormément. Il taisait sa crainte, mais elle transpirait. Je la voyais dans ses yeux. Il n'était pas tranquille. Quelque chose n'allait pas. Ces derniers jours, pendant que nous dormions tous les deux dans un petit garage abandonné, il faisait les 400 pas devant la porte d'entrée. Il n'était assurément pas tranquille. Pendant les premiers jours, après que notre maison fut détruite par un raid aérien, nous avions mis plusieurs jours avant de trouver ce vieux garage défoncé, situé dans une cour bordé de bâtiments en ruines. L'autorité palestinienne voulait que tous les habitants ayant perdus leurs maisons rejoignent un camp de réfugiés plus au sud. Il en était hors de question pour mon père. Il m'avait répété encore hier qu'on ne pouvait pas vivre dans ces camps de réfugiés, où les pauvres gens s'entassaient les uns sur les autres, à plusieurs milliers dans un seul kilomètre carré. Les conditions y étaient épouvantables, surtout l'hiver, où la boue venait se mêler au manque d'hygiène et aux habitations de fortunes. Les familles s'entassaient et attendaient des jours meilleurs. En vérité, très peu sortaient de ses camps, car très peu en avaient les moyens, et les bâtiments étaient reconstruits après des années, si ils étaient un jour reconstruits. Nous maudissions le drapeau bleu à l'étoile de David. Il était responsable de tous nos maux. Je me mettais parfois à rêver de ce que serait une Palestine arabe et juive. Sans murs, sans checkpoint, sans que mon père est à attendre deux heures avant d'aller travailler pour un salaire de misère en Israël.

"Maintenant, il faut y aller Nayef". Il me montra du doigt une grosse valise à prendre. Je la pris à deux bras, elle était sacrément lourde. "Où allons-nous ?". "Loin". Je le suivais, il marchait rapidement d'un pas sûr. Nous passions près de l'école qui servait maintenant d'hôpital. Des urgentistes de l'autorité palestinienne et quelques médecins bénévoles d'ONG étrangères étaient devant l'"hôpital". L'épicerie d'un ami de mon père affichait rideau clos. Certaines rumeurs couraient comme quoi son fils serait un membre du Hamas. Les troupes israéliennes étaient venus le chercher. Certains disaient qu'il avait été exécuté, d'autres qu'il se serait enfui à temps et que l'armée israélienne aurait saccagé le magasin par vengeance. Je n'en savais rien, nous n'avions aucune information. Mon père commença à forcer l'allure. Je n'en pouvais plus. Cela faisait maintenant près d'une heure que je marchais avec un énorme sac, et mon épaule commençait à devenir douloureuse. Mon père s'approcha près d'un groupe d'hommes regroupés autour d'un vieux pick-up blanc. Un homme nous pointa du doigt.

"Qui êtes-vous ?" nous interrogea un homme à la stature impressionnante

"Ghassan et Nayef" répondit calmement mon père

"C'est bon, ils font partis du convoi" répondit un homme d'une trentaine d'années portant barbe et moustache

"Papa, où est-ce qu'on va ?"

"Tais-toi Nayef, je t'expliquerais plus tard"

Mon père me fit signe de me coucher à l'arrière du pick-up. Je l'entendis discuter d'argent. Il devait donner une grosse somme à notre passeur. Il ouvrit sa besace, et fouilla dedans pendant plusieurs minutes. Je le vis sortir un petit paquet, contenant plusieurs billets. Il les donna au passeur, et me rejoignit à l'arrière du pick-up. L'homme à la stature imposante referma l'arrière d'une bâche noire. Seuls quelques rayons de soleil nous permettait de nous voir.

"- Écoute, Nayef, soit attentif à ce que je vais te dire. J'ai vendu la petite boutique de vêtements que ta mère tenait tant bien que mal. J'ai réussi à en tirer un bon prix, j'ai revendu la marchandise à des membres du Hamas et..."

- Mais tu avais dit qu'ils étaient mauvais ?"

- Écoute Nayef, je te dis d'écouter. Peut-être que ta mère et moi, nous n'avons pas toujours été d'accord avec le Hamas. Mais en ce moment même, ce sont les seuls qui peuvent nous aider.

- Ce sont des personnes du Hamas ?"

- Oui, mais laisse-moi t'expliquer. Ta mère et Dounia ne sont pas allées rejoindre l'oncle Abdel dans le sud. Elles ont réussies à passer en Israël. Elles sont actuellement chez un collègue de travail juif, à Jérusalem. Il va essayer de nous procurer de faux-papiers, et je continuerais mon travail en Israël, puis dans quelques années, nous partirons. Je voulais aussi te dire que tes cousins sont morts, et ta tante et ton oncle aussi. Leur maison a été bombardée. Ils n'ont pas eu la chance d'être prévenus par téléphone comme nous. Beaucoup de personnes de notre quartier ont été tuées pendant les bombardements. Nous ne pouvons plus vivre ici. Il n'y a plus rien, plus d'école, plus de travail, plus d'avenir. Pour ne pas arranger la chose, les partis extrémistes montent. Il faut que nous nous en allions, à tout prix Nayef. Ces gens vont essayer de nous faire passer en Israël par un des rares tunnels qui n'a pas été détruits. Mais ce sera compliqué, et très dangereux."

Je l'écoutais parler. J'avais en même temps très envie de commencer cette nouvelle vie qu'il me promettait, mais j'avais en même temps extrêmement peur, c'était terriblement dangereux de passer clandestinement en Israël. Et si on se faisait remarquer par l'armée israélienne, c'était soit 20 ans de prison, soit la mort, au choix. À mesure que les minutes passèrent, mon père paressait de plus en plus inquiet. Il ferma les yeux, longtemps, très longtemps même. Ça devait bien faire une bonne demi-heure qu'on roulait. Un des trois hommes qui étaient montés à l'avant cria "Plus que 10 minutes", et quelque chose d'autre que je n'avais pas bien entendu. Je regardais mon père. Il n'avait pas ouvert les yeux. À croire qu'il dormait. Ou qu'il s'était évanoui. Mais une question me taraudait l'esprit : 10 minutes avant quoi ?

Le pick-up s'arrêta. Mon père ouvrit les yeux. Un homme retira la bâche noire. Le soleil me fit cligner les yeux. L'homme nous informa qu'il fallait continuer à pied pendant deux heures. Deux heures éprouvantes sous un soleil de plomb. Ces deux heures furent silencieuses, les combattants du Hamas et mon père semblaient appréhender ce moment où nous passerions la frontière. Après quelques efforts, nous arrivions enfin. L'entrée du tunnel se trouvait derrière des broussailles, sous un vieux rocher remplie de mousse. Un homme aida mon père et moi à descendre. La galerie était étroite et humide. L'homme barbue et l'homme à la stature imposante ne nous suivirent pas. La galerie avait l'air de faire des kilomètres de long, et avait été construite rapidement, certains endroits étaient vraiment bas de plafond. Après près d'une heure de marche, j'étais épuisé, je ne tenais presque plus debout. J'ignorais l'heure à laquelle nous étions partis, ni l'heure qu'il était. L'homme nous fit signe de nous accroupir et de rester silencieux, et surtout de ne pas bouger. L'homme continua quelques mètres, et disparu. On attendit bien dix bonnes minutes qu'il revienne. Il revînt armé d'une vieille kalachnikov : le bois était moisi, et le canon rouillé. Il nous fit signe de le suivre à genoux. Il donna un coup à l'aide du canon de son arme dans une plaque métallique. Elle s'ouvra. Nous tombions dans un vieux hangar. L'homme aide à nouveau mon père et moi à remonter à la surface. L'homme alla se poster à l'entrée. Il surveilla pendant deux bonnes minutes que personne n'était posté aux alentours. Il nous fit signe de le suivre. Il pointa du doigt une colline en face. "Il faut se dépêcher, il y a souvent des patrouilles ici.". Il nous donna le signal. Nous commencions à courir. Nous courrions le plus vite que nous pouvions. Il faisait bientôt nuit, le soleil commençait à se coucher.

Soudain, une balle perça la poitrine de l'homme. Il tomba à terre, mort sur le coup. Mon père était pétrifié. Son plan avait échoué. On ne pourrait jamais entrer en Israël. Les soldats nous avaient repérés depuis l'entrée du tunnel en Palestine. Mon père ne bougeait plus. Il ne fallut pas attendre plus longtemps pour qu'une balle lui transperça le crâne. Cet évènement marqua la fin de mon enfance, et le début de ma vie d'adulte qui commença dans un déluge de haine et de tristesse. Ma haine se nourrissait de toutes mes peines, c'était la seule qui dorénavant me ferait avancer. Ni bien ni mal, ma colère était spéciale, elle était palestinienne. Et ce qui la nourrissait ne l'était pas. Mes jambes ne pouvait plus supporter ma fatigue et ma peine, je tomba à genoux devant la dépouille de mon père. Les soldats m'arrêtèrent. Je fus menotté, et mis en prison malgré mon jeune âge. Je sortis finalement miraculeusement au bout de 6 ans. J'étais devenu grand. J'avais maintenant 22 ans. Mes 22 années n'auront été que enfer, tristesse et haine.

Tout ce dont à quoi nous aspirons, nous, les enfants de Palestine, c'est à un avenir serein et sûr. Pendant la guerre, j'ai vu des fillettes écrasées sous les décombres, les os brisés, des mères en sueur et en larmes devant les dépouilles de leurs fils. De jeunes frères ayant trempé leur désespoir dans la haine, s'armant et allant combattre contre l'envahisseur. Les sirènes d'ambulances remplaçait au fil des saisons les cloches des écoles, l'appel des instituteurs étaient remplacés par des appels au combat.

Un mur ne pourra jamais concilier deux peuples. C'est justement ce même mur qui divise, et en plus de cette barrière, il faudra également franchir la barrière de toutes ces années gâchées par les tirs d'obus et d'armes lourdes qui ont étouffés les appels au calme. En vérité, les politiques israéliens n'ont pas peur des palestiniens, ils ont peur que les israéliens s'unissent avec les palestiniens contre eux.

Hommage aux 2310 morts palestiniens, à ses 300 femmes et à ses 530 enfants morts, ainsi qu'aux 10 626 blessés. Une pensée aux 6 civils israéliens morts et à ses 87 civils blessés.

Paix en Israël ✡, Palestine libre ★ Unissons-nous !

PassionDriver

Chapitre 1 - Le train

20h37. Sarcelles, sur les quais de la gare.

La nuit était presque tombée, le brouillard et ses nuages éparses collées aux quais de la gare. Je n'y voyais rien à dix mètres. Seule une jeune fille était assise à quelques mètres de moi, sur un banc. Capuche vissée sur la tête, écouteurs collées aux oreilles, pied droit soudé au poteau. Elle, jambes croisées, bonnet sur la tête, écharpe autour de son cou. Malgré mes quelques regards appuyés, ses yeux restèrent accrochés sur l'écran de son téléphone. Je pouvais aller lui parler, on habitait la même ville, mais nous venions d'un autre univers. Dix mètres nous séparaient, mais nos chemins étaient parallèles comme les rails d'un train. Je détournais les yeux, et les posa sur l'horloge de la gare. 20h41. Le train avait du retard.

Pleins phares allumés, cette énorme carcasse de métal grise inanimée entrait en gare, dans un fracas métallique et strident. Les portes s'ouvrirent. Des hommes, des femmes, quelques fois des enfants descendirent. Toujours la même crispation qui se lisait sur leurs visages, toujours le même agacement qui s'entendait dans leurs pas. Le train était presque vide. Vide de sourires, vide de couleurs, vide de sons, vide de vie.

Je m'installais sur un siège côté fenêtre. Dans le wagon, trois personnes seulement. Une vieille dame, le silence, et un emballage de Big Mac. La première personne était muette et vêtue de noire. La deuxième faisait remarquer sa présence par un silence soutenu et continu. La troisième gênait, et encombrait le wagon. Je ne savais décidément pas de quelle personne je parlais. Elle se ressemblait pourtant. Les paysages dehors défilaient, laissant découvrir toujours le même décor, la même bande magnétique qu'on tirerait, rembobinerait pour nous présenter à chaque fois la même tristesse sur un format noir et blanc. Des nuages de pollutions, où les tours venaient se baigner, se laissant bercer par une mélodie de klaxons et de sirènes de voitures de flics. La même grisaille qui s'imprimait depuis dix sept ans sur ma rétine, le même gris qui depuis dix sept ans me fatigue.

Je devais aller voir un pote à Paris. Il avait peut-être quelque chose pour moi, un emploi en tant que manutentionnaire du côté de Pantin. Ce serait forcément mal payé, et dur, mais j'avais besoin d'argent. Et puis, je commencerai à 6 heures pour terminer à 13 heures. Je devrais me lever très tôt, mais je quitterai aussi tôt, ce qui m'était profitable. Il paraissait aussi que le patron et ses cadres étaient de véritables ordures. Mais bon, de toute façon, je n'ai jamais fait confiance aux patrons. Et le moment n'était pas venu pour parler de ça. J'avais besoin d'argent. J'arrivais bientôt à la Gare du Nord. Dehors, il faisait nuit noire. Je contemplais à travers les vitres du train la ville. Des lumières, des bruits, des ombres lancinantes dansaient entre celles-ci. Personne ne se pressait la nuit. Le jour, des milliers de personnes noircissaient les gares, les boulevards, les rames de métro, scrutant d'un œil leur montre, et de l'autre le raccourci qui leur permettra d'économiser quelques secondes pour ne pas être en retard à leur travail. La nuit, c'était différent. Les hommes prenaient le temps de respirer. Prenaient le temps de parler aux gens autour d'eux, remarquaient les hommes et les femmes autour d'eux, assis près d'eux. Ils prenaient également le temps de respirer, s'arrêtaient quand ils étaient fatigués.

"Gare du Nord. Terminus du train. Faites attention à la marche en descendant du train". J'ouvrais les yeux. J'étais arrivé.

PassionDriver

Bienvenue à tous sur Florent'Blog.

Florent'Blog est un blog personnel, où je posterai des textes, qui changeront suivant mes humeurs. Ce blog se veut participatif, n'hésitez donc pas à commenter, et à donner des idées pour les prochains textes.

Un nouveau billet paraîtra chaque semaine, environ. Il y aura en tout trois thèmes :

• le premier thème sera "Romans". Ce thème présentera un chapitre d'une longue histoire.

• la deuxième partie sera la partie "Nouvelles". Une nouvelle sera publiée chaque à chaque nouveau billet, et le thème changera à chaque fois, ainsi que la longueur de la nouvelle, qui se fera suivant l'inspiration.

• la troisième partie est une partie nouvelle, jamais vue sur ce blog. La partie "Textes" présentera mes écrits, assez révolutionnaires sur la forme et le fond. Je vous en dirais plus dans le troisième billet.

Maintenant que chaque thème est spécifié, je vous souhaite à toutes et à tous une bonne lecture. J'espère que ça vous fera plaisir de me lire.

N'hésitez pas aussi à me donner des livres à lire, des films à écouter ainsi que des albums à écouter.

En vous souhaitant bonne lecture,

Florent

Je tiens juste à rappeler que cette partie n'est pas fixe. Elle bougera tout le temps. C'est ici que vous devrez vous rendre pour lire les informations du blog.