Tsuge

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La génération précaire au Japon !

Ce phénomène de société m'intéresse énormément, d'une part parce qu'il est assez récent, d'autre part parce que ces jeunes sont quasiment "invisibles" au Japon. Ils s'habillent comme tout le monde, ressemblent a tout le monde, mais vivent dans une quasi-pauvreté.

Dans ma guest house, certains des japonais qui vivent la ne sont pas nés a Tokyo et viennent d'autres parties du Japon. Ils ont un boulot pas très paye, qui leur permet juste de louer leur chambre et de manger.

Contrairement aux précaires français, ces jeunes ne sont pas visibles, ne se font pas entendre, et la société japonaise, attachée a son idéal de "grand pays de classe moyenne" et société compétitive qui n'aime que les gagnants, préféré fermer les yeux ou alors porte sur eux un regard et jugement négatifs qui incitent ces jeunes a se dévaloriser et a se résigner.

Il y a quelque chose de terriblement triste et d'humiliant dans cette résignation. Dans le japon d'aujourd'hui, 2e puissance économique mondiale, ils n'ont même pas la possibilité de vivre une vie seulement décente.

En cours d'économie japonaise, j'avais été très surpris de découvrir que le Japon se classait désormais 2e parmi les pays développés en terme de taux de pauvreté relative (proportion de personne ayant des revenus inférieurs a la moitie du revenu médian). Le pays de classe moyenne n'est déjà plus qu'un fantasme, et ne subsiste qu'en apparence , notamment grâce aux codes vestimentaire et aux interactions humaines toujours très policiers, qui ont tendance a cacher le principal.

Enfin, ce que je trouve réellement triste la dedans, c'est que ces jeunes précaires sont dans une situation totalement opposée a celle de leur parents aux mêmes ages. Si en France, des analystes démontraient que notre génération allait vivre avec un niveau de vie inférieur a celui de nos parents au même age, c'est encore plus vrai pour le Japon et le contraste est encore plus saisissant. Ce rejet de la société ajoute a ce sentiment de n'être pas ne au bon moment, ou d'être en trop, a quelque chose de révoltant, mais les japonais ne se révoltent pour ainsi dire jamais. Ces jeunes acceptent la situation et essaient de s'adapter comme l'on s'adapte aux tremblements de terre ou aux typhons.

Enfin, j'ai récemment lu que les suicides, taux particulièrement élevé au Japon, concernait en deuxième position les collégiens ! et je trouve ça vraiment révoltant. Après une école primaire heureuse et idéale, les enfants sont brutalement plonges dans le grand bain des concours, de la compétition, des tests, examens... et beaucoup ont du mal a s'adapter. Un de mes professeurs m'expliquait (ça sentait l'expérience personnelle) qu'il était très difficile de trouver la bonne méthode pour convaincre des enfants démotives qui ne voulaient plus aller a l'ecole et s'enfermaient (apparemment c'est un problème relativement répandu), et que la société ne savait absolument pas comment gérer ce problème. Elle-même se sentait perdue et ne savait pas quoi faire. Enfin il y a quelque chose de démotivant a devoir étudier comme des malades alors que l'on est pas sur de trouver un boulot stable au final (le travail précaire se développé considérablement au grand bonheur des agences d'intérim et autres), et que les salaires continuent de baisser, que la retraite n'est pas assurée etc. Les japonais vivent dans l'anxiété, et pour ceux qui le peuvent, fuient ces inquiétudes dans leur passions ou la consommation.

Les travailleurs précaires au Japon ne cotisent pas automatiquement, c'est a eux de passer par un organisme prive pour s'assurer et épargner pour la retraite, mais quand on a déjà du mal a se loger...

Apparemment les japonais n'ont jamais été aussi inquiets de leur avenir depuis plus de 30 ans (source taux d'anxiété de la population), principalement a cause de la baisse du pouvoir d'achat et des salaires, de l'accroissement des disparités, des retraites etc.

Enfin, il est évident que cette nouvelle jeunesse n'a pas de quoi construire une famille stable, et ce n'est pas cela qui va augmenter le taux de fécondité déjà très faible des japonais.

Ce contraste entre générations et cette résignation des japonais (enfin a moitie car la défaite humiliante du parti du gouvernement au pouvoir aux dernières élections montre qu'il y a une volonté de changer les choses) ont quelque chose de triste pour quiconque s'intéresse a ce pays.

Voici les articles de Philippe Pons, le "monsieur Japon" du Monde qui a aussi publie des livres intéressants sur le quotidien des japonais (style un peu formel mais très intéressant, j'aime bien le monsieur :)