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angelique5

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  1. angelique5

    Nell, à la découverte de Magimel

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    La 15eme Arcane : Prologue

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    Nell, à la découverte de Magimel

    Prologue J’ai froid, mon corps repose sur le sol, je sens l’humidité sous mes doigts. Un murmure flotte et me demande : « pourquoi ». Non… Ce n’est que le vent qui s’insinue dans ma tête, et la fin de ce rêve qui n’en finit plus. Une lumière aveuglante me brûle la peau. Je froisse un tissu dans ma main, j'y vois des mots. Je me redresse, tourne sur moi-même, ma tête est lourde. La forêt de toutes parts domine, noyée dans un bruissement d’eau. On a écrit sur ce tissu taché de sang, il ne reste que quelques mots : ta trahison… brûle… pourquoi… Je marche droit devant, vers l’eau, pour me laver de tout ce sang, le mien et celui d’un coeur de bête que je ramasse avec dégoût... tout est toujours flou. Pourquoi est-il là ? La source, révélée par la lumière, se laisse tourmenter par des roches, témoins endormis du passé. Toutes les forêts parlent le même langage et par leurs sèves elles sont liées. Quel pouvait être le nom de celle-ci ? Son pays ? Une ancienne vie me rappelle à elle. Cette forêt m’est inconnue mais si familière qu’elle en est glaçante. Au loin, des chevaux sont lancés au galop. Leurs sabots claquent sur les pierres des chemins, ils entrent dans l’enceinte de la forêt, ils se rapprochent. Les cris des cavaliers troublent l’eau souillée de sang, son instinct frissonnant m‘induit à fuir. Sur le bord, un saule pleureur laisse ses branches à la dérive du vent et du courant, créant un rideau où se cache l’âme perdue. Les claquements deviennent plus forts, jusqu’à en être étourdissants. Sur le haut de mon sein, près du coeur, se fait sentir une entaille. Le sang s‘évade sur ma chair, il coagule autour de la plaie saillante et ruisselle vers mon ventre. Le rouge envahit toujours plus le blanc de ma chemise. Je déchire un bout de celle-ci pour faire pression. La douleur se réveille et moi avec elle. Tout revient alors à mon esprit : les chevaux, le cavalier, l’épée, le sang sur mes mains… Un cri, j’entends un cri d’appel : « sorcière ». On attend une réponse. Le silence un instant puis : - Sorcière, tu dois payer ton crime, rends-toi ! La voix résonne, le vent se lève plus fort, les feuilles frémissent sur son passage. Le vent s‘engouffre à travers les bois changeant l‘atmosphère. Un frisson me traverse. Ils sont trois, peut être quatre à attendre, à guetter un signe, un mouvement. Que dois-je faire ? Rester là ? Courir ? Où ? De l’entaille ruisselle toujours un peu de sang, je remarque que je porte une croix celte. Mes assaillants ne sont plus très loin. Ils sondent le bois du bout de leurs épées tranchantes, les faisant ratisser toutes les fougères, buissons, talus des alentours. Des contusions s’observent à la surface de ma peau, ainsi que de très légères marques rouges dans la pliure de mon coude. Avant de penser à leur provenance, je prends une impulsion. Dans un élan, je prends la fuite. Courir ! Courir plutôt qu’être brûlée vive sur leurs bûchers devant la populace huant et crachant. Dans ma course, des ronces me déchirent la peau, les arbres défilent, une clairière scarifie l‘étendue, puis je m‘arrête ! Le vide, la fin, le néant sous mes pieds. La falaise rongée depuis des centaines d’années s’ouvre sur la mer. Une larme coule sur ma joue. Derrière moi, alors que mon accablement règne, j’entends déjà rire les cavaliers brandissant de leurs fourreaux quelques armes pour m’assassiner. L’un d’eux, descendu de cheval, engage ma défaite. Je recule d’un pas, puis de deux sans trop savoir. Un courant d‘air remonte des eaux alors que je regarde mon tombeau. Il avance d‘un pas assuré, son arme rangée. Il sait qu‘à ce moment il n‘y a plus d‘issue. Sa main prend mon cou avec force, ma gorge se sert, mes larmes coulent le long de cette main qui m’oppresse. Plus qu’un pas et c’est le vide, la chute est inéluctable. Leurs sourires satisfaits alors que je perds pied, contemplent ma descente aux enfers. Une vague frappe la craie de la falaise, de la rupture du monde, de l’en deçà et me ramène vers ses profondeurs pour l’au-delà. L’eau, l’eau qui pénètre partout, dans mon nez, dans ma bouche, et une mort lente et douloureuse qui se laisse attendre. Le voile sur mon passé s’évanouit alors que la mort approchait. Rappelle-toi de l’assassin. Au début… Chapitre I Un matin d‘automne, alors qu’elle traversait la forêt de Brocéliande, où jamais aucun chevalier ne s’aventurait seul par peur de quelques maléfices, une vieille femme trouva dans le creux des racines d’un chêne, un enfant langé. Ce bébé, de peut-être 6 mois, ne paraissait pas troublé par sa situation. Il arborait un sourire qui faisait pétiller ses deux petites prunelles bleutées. L’ayant pris dans ses bras, elle avait fait de lui sa petite, comme si elle-même l’avait enfantée. Elle l’avait élevé jusqu’à mes onze ans. Toute sa vie, elle m’avait soutenu que le hasard l’avait conduite à moi, mais je savais qu’il n’en était rien : elle m’avait cherchée. La nuit, dans mes rêves, je la revoyais pester dans sa petite barbe de grand-mère contrariée : - Nell ! je te tiens, enfin ! je t’ai bien cherchée toute la matinée. L’aube de ma vie avait dépendu d’elle. Macha était ma bonne fée, mais sa vie avait déjà vu trop d’hivers, de guerres et de famines. Sa perte me laissa sans mot, avec pour seule consolation le savoir qu’elle m’avait enseigné et l’habitude de monter très haut dans les arbres. Au village, elle était bien connue et crainte. On disait d’elle qu’elle aimait le Diable, que c’était une jeteuse de sort, une sorcière. Bien sûr, il n’en était rien, mais on le disait, donc on le croyait. On est toujours personne et tout le monde à la fois. La peur du Diable, si présente chez les villageois, les poussait souvent à utiliser ce on. Cependant, on savait la trouver pour résoudre ces problèmes. À sa mort, le propriétaire de la petite ferme où nous vivions me posa sur une estrade à la foire. Pour lui, une enfant c’était trop de travail et d’argent surtout. Il espérait me trouver une bonne famille, des parents qui sauraient bien s’occuper de moi, dans ces lieux où tout s’achète et se vend. Des enchères, des prix retentissaient à mes oreilles, sans que cela ne veuille dire quelque chose. Naïve, je pensais qu’il allait me trouver ce qu’il disait : des parents. Un homme d’âge mûr sortit de l’ombre d’une ruelle. Vêtu de noir, les épaules surmontées d’une peau de loup, il posa quarante pièces d’or sur les planches de l’estrade. Voyant la somme, le propriétaire se rua sur le butin. Un trésor contre une orpheline ! C‘était une aubaine pour lui. Sans même observer ni regarder l’homme, il lança un « vendue », la tête déjà concentrée au comptage des pièces. L’homme m’avait saisie par la main et accompagnée à monter sur son cheval. Sur les chemins gelés de l’hiver, dans le silence de la conversation, je m’étais remémorée ce propriétaire avide, comptant ses quarante pièces offertes contre moi. Tel était ce monde. À la nuit tombée, l'homme rompit le silence : - Macha m’a demandé d’assurer ton éducation. Jamais je n’avais vu cet homme, alors comment connaissait-il ma nourrice ? Arrivés près des remparts d'un château vieillissant, il avait fait un geste fluide de la main, le pont-levis s‘était alors baissé. Fronçant les sourcils, j’avais pensé : « je ne crois pas avoir vu d’homme à la barre du levier ! ». Il m’avait alors répondu: « non il n’y en a pas ». Son destrier mis aux écuries, nous avions monté des escaliers de granite noir jusqu’à l'avant-dernier étage de la tour d’angle ouest. De cette tour l’on pouvait voir le soleil mourir au-delà de la forêt qui s’étendait jusqu’à l’horizon. Alors que la lune était déjà haute dans le ciel, des rondes avaient commencé au-dessus de nos têtes. Placés dans une chambre sous-jacente aux gardes, j'entendais leurs pas résonner le long des poutres de bois. Dans cette petite chambre, l'homme avait fait installer un lit, un coffre et une planche sur deux tréteaux, couverte de livres. - Voici ta chambre. J’avais onze ans et c’était la première fois que l’on me donnait une chambre. C’est alors que l’homme commença un discours sans le moindre sens pour moi : - Dès demain, je t’enseignerai ce que je sais, en échange de quoi, plus tard, après avoir remboursé ta dette envers moi, tu seras libre. Cela voulait-il dire que je n'étais plus libre ? - Tu dois savoir comme moi que tu devras être plus vigilante que Macha pour tromper ce monde, j’espère que ton instruction te le permettra. Je ne comprenais rien, il le vit bien. Il n’essaya pas de se justifier, il voulait juste que j’accepte ce qu’il m’imposait : - Tu devras toujours te rappeler que ce que tu apprends te sauvera. Ma vie était-elle en danger ? - Dors maintenant. Il était mal à l’aise d’en avoir trop ou pas assez dit, comme s’il savait qu’il avait raison mais ne pouvait m’en apporter la preuve. Il sortit, me laissant dans le noir malgré la bougie qui éclairait la pièce. Les réponses viendraient plus tard. Rappelle-toi du rêve de Nell. Apparition Chapitre II Le soleil était à peine levé que l’on entendait déjà la relève de la garde dans la tour. N’ayant pas mangé depuis la veille, mon estomac m’incita à faire ma première sortie. Dans la cour, les rayons de l’aube m’éblouissaient quand je pris conscience que le château était vide. Pas une seule personne aux fenêtres, pas un seul cheval dans les écuries et surtout pas un seul garde sur les chemins de ronde. - L’illusion n'est-elle pas parfaite ? Un frisson me traversa le corps, et d’un geste brusque je m’étais retournée. - Es-tu prête pour recevoir ta première leçon ? Celle qui te sera d’ailleurs essentielle pour vivre ici. Surprise, j’avais bégayé mes premiers mots : « Pou-pourquoi y a-t-il per-personne ? ». Il n’avait rien répondu, m’avait tendu une miche de pain et invitée à monter sur son cheval. La chevauchée dura peu de temps, cependant je vis que le château était bordée d’un immense lac. Devant le premier arbre de la forêt, face au château et au bord de la route menant à celui-ci, il me fit glisser au sol. - Ce chêne est la marque réelle entre deux mondes : un monde jusqu’à ce château en ruine et un autre, où tu vas dès lors apprendre à vivre, dit-il. Pour y entrer, tu devras connaître certaines formalités dont je vais te faire part. Il descendit à son tour pour poser le pied sur la limite. - Le monde où tu vivais se déroulait au XIIIème siècle, celui dans lequel tu vas entrer est intemporel, présenta-t-il. Nous vivons toujours en 1248, bien sûr, mais ici, tout vit ensemble : les croyances, les inventions, les pouvoirs, les créatures. Si cela effraie au début, on en devient vite partie intégrante. Sur l’écorce de l’arbre était inscrite une formule en latin. Il m’expliqua qu’elle servait habituellement aux hommes pour retrouver les trésors enfouis des korrigans, mais, ici, elle représentait un mot de passe pour accéder à une dimension secrète : Ten. - Il faut placer tes mains sur le tronc de l’arbre et répéter plusieurs fois ces deux mots inscrits : Alphis, Alphaus. Jusqu’à ce que t’apparaissent... Les mots n’avaient pas été dits plus de deux fois qu’une onde d’un bleu clair opaque, puis fluide et transparent avait recouvert le paysage jusqu’au pied de l’arbre. Au travers, elle laissa apparaître une civilisation en pleine effervescence. Le château s‘était animé : Je vis les gardes, je vis du monde aux fenêtres, je vis des champs cultivés là où il n’y avait que de la forêt, je vis une femme avec une queue de poisson sortir de l’eau du lac. - Bienvenue Nell, au château de Magimel. Il savait mon nom mais je ne savais toujours pas le sien. - Qui êtes-vous ? - Je m’appelle Merlin. Rappelle-toi qui a envoyé Merlin chercher Nell. 1ére Leçon Chapitre III Merlin m’avait conduite sur une surface ocre, éloignée du château, comme pour m’en écarter. - Je te présente Yann, c’est le fils du forgeron, il va t’enseigner l’art de combattre. Étant une fille, j’ai pensé qu’une arme offensive te serait plus utile pour commencer. Merlin avait placé une arbalète entre mes mains et m’avait laissée, sans plus de formalités à mon professeur. Le sage avait un projet pour moi, je le comprendrai plus tard. Pour l'instant, je me rappelai que ce que j’allais apprendre me sauverai. Yann s'avança, rompant la confusion. J’avais une arbalète entre les mains ! - Ton maître n’a pas choisi l’arme la plus facile à manipuler pour ta première fois, dit-il. Le jeune homme eut un sourire compatissant et m’invita à avancer vers une cible. - Comme il l’a dit : mon père est le forgeron du château, confirma-il en se positionnant près de moi. Il est connu principalement pour ses épées, c’est d’ailleurs pour cela que viennent tous les pages de la région ainsi que des écuyers et quelques chevaliers. Il me positionna. C'était la première fois qu'un garçon était si proche de moi. - L’arbalète est une arme de trait, de jet. Celle-ci est petite, elle ne sera pas trop difficile à charger. Avec ça, tu peux toucher une grenouille sur un nénuphar à cent mètres. Si tu sais viser bien sûr, se corrigea-t-il. Tu prends la poignée dans la main droite de sorte que l‘extrémité intérieure soit bien calée contre ton bras… Il s’était mis derrière moi, avait placé sa main droite sur la mienne. De sa main gauche, le bras tendu par-dessus mon épaule, il m'avait indiqué la cible de chiffon et de paille à quelques mètres. Il avait ensuite tiré la corde de l’arc d’acier perpendiculaire à la poignée jusqu’à entendre la gâchette s’enclencher en un clip. Puis, pris le carreau, la flèche des arbalètes, dans le carquois pour charger. - A ce moment, tu prends appui en décalant tes jambes et tu actionnes la gâchette. La flèche était partie avec une puissance telle, qu’elle me fit reculer jusqu’à basculer… En me relevant, je n’entendis qu’un grand rire. - HA, ha, pathétique, qui a pu lui mettre ça dans les mains, ha, ha !!! Je me relevai rapidement et, frottant la terre battue qui maculait mes vêtements, je tournai la tête pour voir qui se moquait. - Tu n’as rien d’autre à faire Mat ? rétorqua Yann. Un jeune garçon se tenait le ventre, il riait tellement qu’il en avait mal. - Excuse-moi Yann, désolé mais c’était… Le rire ne lui passait pas. Mes joues rougissaient de colère, quand, de petites flammes me montèrent aux bouts des doigts. Je secouai mes mains, il rit de plus belle. - Ha, ha, ooooh ! Une sorcière, cela manquait ici… Ces mots stoppèrent le processus. Je n'étais pas une sorcière ! - Bonjour sorcière, répéta-t-il. Je n'étais pas une SORCIERE ! Les flammes reprirent ! - Je m’appelle Matthieu, Sorcière, et toi ? C'était comme s'il avait lu dans mes pensées, comme s'il savait que je ne voulais pas entendre ce mot. Il avait causé trop de tort à Macha. Les flammes disparurent de nouveau. - Je suis page au château, sous les ordres du père de Yann et du seigneur Victor, enchanté, sorcière. Ses yeux bleus verts captèrent mon agacement. Un instant, il ne rit plus. Puis, ce fut plus fort que lui, il repartit à rire. Son humour sembla le satisfaire, mais, après requête de la part de Yann, il nous fit grâce de sa présence en quittant le terrain d’entraînement. La leçon avait duré toute la journée, à force de tirer la corde de l’arbalète mes doigts avaient rougi jusqu’au sang. Yann monta de l’eau fraîche du puits et me plongea les mains à l’intérieur. - Merlin m’a dit que tu te nommais Nell et que tu venais de l’Erèbe ? - L’Erèbe ? Ce mot m’était inconnu. - C’est le monde des hommes, m’avait-il répondue. - Oui, pourquoi ? - Non pour rien, c’est…non pour rien… Tu comptes vivre ici ? avait-il poursuivi. - D’après ce que j’ai compris, je n’ai pas le choix. Pourquoi appelles-tu mon monde : l’Erèbe ? - Dans une légende grecque, c’est une région obscure où rôde la mort. Et tout le monde sait que le monde des hommes peut être dangereux pour nous. - Mais moi je suis bien un homme, enfin non, une fille ! J'étais confuse. Comment lui faire comprendre que je ne lui voulais pas de mal. - Pourquoi dis-tu ça ? Je ne suis pas dangereuse ? - C’est plus compliqué, je ne peux pas t’expliquer cela en quelques mots. Pour détourner la conversation, il avait dit : - Si tu veux, demain, je te ferai visiter le château en même temps que Matthieu. Il n’a toujours rien vu à part les écuries et les terrains d’entraînements. Je demanderai à Isabel aussi. Si sa mère ne lui interdit pas une fois de plus de descendre dans les basses cours du château, commenta-t-il. Rappelle-toi qu’elle doit apprendre si elle veut se sauver. Racines Chapitre IV Les flous et les insinuations de Merlin et Yann m’avaient fait prendre conscience que bien des choses ne m‘étaient pas dites. Le lendemain, déterminée, je m'étais présentée devant Merlin. Je lui avais demandé en quoi mon monde pouvait-il être dangereux et pourquoi fallait-il craindre les hommes. Je lui avais aussi parlé des petites flammes sorties du bout de mes doigts lors de l’entraînement. Il m’avait répondu très sereinement que pour moi les deux mondes resteraient dangereux tant que je n’aurais pas atteint un certain niveau de connaissance. Pour les flammes, il ne me dit rien de précis. Il prit mon bras, tira la manche de ma chemise vers l’épaule et examina l’intérieur de la pliure de mon coude. On voyait apparaître un liseré rougi, comme un tatouage donnant l’impression que quelque chose croissait sous la peau. Il était soucieux et pas très sûr du diagnostic. - Tu dis que tu étais en colère ? - Oui, qu’est-ce que c'est ? Merlin n’ajouta que : - Cache-le en attendant la fin de mes recherches. Sans grande réponse, je pris le chemin de la tour flanquante, point de rencontre pour la visite. Matthieu, en appui contre le mur m’observait. - Bonjour sorcière, pas trop mal aux fesses ? - Une petite sorcière d’Erèbe, c’est impossible. Une ravissante jeune fille avait fait son apparition derrière Matthieu qui attendait l’effet de sa provocation. Elle ajouta : - Je me nomme Isabel, tu es Nell ? - Oui, dis-je un peu perdue. Mais, pourquoi je ne peux pas être une sorcière d’Erèbe ? Après tout, des flammes étaient venues à mes mains. - Merlin n’a pas dû lui dire, s'introduisit Yann. Il était arrivé devant la tour, un peu en retard au rendez-vous. - Seuls ceux qui appartiennent à Ten peuvent entrer dans son espace, dit Yann. - Sauf quelques rares dérogations de nos seigneurs, compléta Isabel. Ils se turent un instant pour voir ma réaction. - La mère de Mat protège les eaux de Ten. Mon père peut faire fondre de l’acier avec un simple souffle d’air. Isabel conclut : - Ce que nous voulons te dire, c’est que si tu peux entrer ici, tu es née ici, où tes parents sont nés ici, énuméra la jeune fille. Pour entrer, Tu dois appartenir à Ten et avoir un minimum de sang magique, affirma-t-elle. J'étais une sorcière. Je ne réalisais pas très bien ce qu’ils venaient de m’expliquer. J’étais orpheline, alors imaginer que des parents, que mes parents, m’avaient mise au monde ici et rejetée dans le monde des hommes, ce monde que je croyais être le mien, c’était beaucoup d’informations à avaler d’un seul coup. Il était clair que comme tout le monde j’avais des parents, les filles ne naissent pas dans les roses, mais qui étaient-ils ? Macha ne le savait pas. J’avais gardé l’idée de savoir qui ils étaient dans un coin de ma tête et aujourd’hui des réponses se présentaient. - Alors je suis comme vous ? - Oui, tu es une éréale, répondit gentiment Isabel. Matthieu déjà pressé dit : - Bon, nous la commençons cette visite ? - Attends, Léo doit nous rejoindre, dit Yann. Je questionnai : - Qui est Léo ? - C’est mon frère, en quelques sortes, corrigea Yann. On l’a adopté avec mon père. Sa mère était une troll et son père, nous présumons que c’est un homme, un savant de surcroît car Léo est un vrai scientifique. Avec lui, tout s’explique, pas de hasard, ou plutôt si ! Enfin bon, il t’expliquera tout cela mieux que moi. Je voyais arriver un jeune enfant frêle, maigrichon, blond, avec deux bouts de verres ronds transparents accrochés à son nez. - C’est lui ? - Oui, me répondit Yann d'un ton franc. - Mais il n’a rien d’un troll ? Sur les dessins de Macha, les trolls étaient grands, forts, poilus ! - Ne te base pas sur les apparences, sa mère a été privée de son pouvoir de force avant qu’elle n’accouche, elle n’a pas pu le lui transmettre. Pour le manque de pilosité il a dû hériter cela de son père, me dit tout naturellement Yann. - Comment ça, privée de son pouvoir ? - On lui a volé. - On lui a volé ? C’est possible ? avais-je demandé. - Oui, certains l’ont fait, finit sombrement Yann à l’arrivée de Léo. Le petit garçon d’environ huit ans s’était approché sans timidité. De plus près, je pus voir que les deux bouts de verre qui trônaient sur son nez étaient rattachés par une tige de fer qui lui passait de chaque côté des oreilles. Voyant mon air curieux Léo avait dit : - Tu es nouvelle ? Comment t’appelles-tu ? Ce sont mes lunettes que tu regardes ainsi ? - Ce sont des lunettes ? Je le questionnai sur leurs utilisations. - Eh bien, dit-il en les remontant d'un doigt précautionneux. La rétine de mon oeil n’est pas bien sphérique, je suis astigmate. Alors, pour voir normalement, je dois porter des lunettes. Pour ne pas paraître idiote, j’avais répondu bêtement : - D’accord ! Léo s'était laissé convaincre, satisfait d'avoir été clair. Pendant nos présentations mutuelles, Mat nous interrompit : - Bon, on y va ? Son impatience avait repris le dessus. - Ouiiii ! avait répliqué le groupe. OOOO La visite guidée du château n’en finissait plus, Mat, déjà lassé de l’excursion, tressaillait d’impatience comme l’aurait fait un jeune enfant. Il exprimait son envie de se retirer quand, par une large double porte ornée au pourtour d‘entrelacs celtes, notre petit groupe entra dans une bibliothèque. La quantité de livres était impressionnante. Dans un coin sombre de la pièce, une bougie éclairait un livre vieilli par le temps, tout autant que son lecteur, resté impassible à notre irruption. La pénombre ne permettait pas de voir son visage, sa tête demeurait assombrie par la capuche d’un manteau retombant sur son corps hivernal. Il se retourna vers nous d’un mouvement léger presque fantomatique. Il s'éleva de sa chaise et brandit son bâton. - Chien, chien, chien, chien. L’homme s'approcha. - Chien, chien, chien, chien. Voyant l’arrivée du vieil homme qui répétait, comme lors de lecture de mauvais sort, le mot chien, tous, nous reculâmes. - Pourquoi dites-vous chien ? avais-je demandé. - Tu n’entends donc que chien ? - Oui ! Chien, que vous répétez sans cesse. Il se rapprocha encore. Du visage squelettique, la peau s’était retendue, la chair avait rempli les joues. Le nez et le menton crochus s’étaient éloignés et affinés pour finir. Le vieil homme avait laissé place à un homme familier. - Merlin ? Qu’est-ce que vous êtes ? - Merci pour le qu’est-ce que vous êtes ! avait-il répondu. Merlin déclara : - Nell, c’est bien ce que je pensais, tu es une olfeust. - Une quoi ? - Je t’ai dit le mot chien en quatre langues différentes : français XIIIème, argot, anglais du XXème et latin. Pour en revenir à votre cas, chère enfant, si tu entends le mot chien quatre fois, c’est que tu es irrévocablement, et sans aucun doute… Il avait interrompu son raisonnement. D’un simple regard il fit sortir tous les spectateurs de la salle. Cette fois, il ne s’agissait pas de magie mais juste d’un peu d’autorité. Isabel, Léo, Yann et même Mat avaient filé droit vers la porte. La place déserte, il reprit la parole : - Tu es une olfeust ! révéla-il. Je m’étais précédemment interrogé sur ta capacité à parler ma propre langue. Comme ce pouvoir a peu de défauts, on peut mettre du temps à le détecter. Macha l’avait prévenu que je ne parlais que son dialecte du nord des pays celtes. - Ta première leçon est donc toute trouvée : je vais t’apprendre à lire sur les lèvres pour bien comprendre chaque langue qui existe de par le monde. Cela te permettra de distinguer les différents protagonistes que tu pourras rencontrer. Puis, cela te permettra aussi de t’ouvrir à notre culture. Tu ne le sais sûrement pas, nous sommes en relation avec un voyageur du XXIème siècle qui nous donne accès à toute la culture française et même aux cultures mondiales… Mes yeux écarquillés avaient suspendu l’étalement de connaissances de Merlin. J’avais répondu à cette tirade : - C’est quoi un olfeust, une protagoniste, la culture, un voyageur, mondial ? Il sourit comme pour excuser son déballage. - Alors, pour commencer, nous disons un protagoniste et l’olfeust est une personne qui est dotée de facultés lui permettant de lire des textes et parler des langues qui lui sont inconnues. Je dirais plutôt étrangères. Cela, de manière instinctive, inconsciente et non contrôlée si les détenteurs du pouvoir ne sont pas informés. Quand l’olfeust utilise son pouvoir, des études ont prouvé qu’il retraduit ce qu’il lit ou entend dans sa langue maternelle qui peut être parfois limitée, d’où l’intérêt de s’en émanciper, de s‘en détacher. Chez les olfeusts, la langue maternelle est prédéfinie, elle n’est pas acquise lors de l’apprentissage du langage, elle est prédéfinie par ses parents de manière génétique et évolutive… À ce moment, ma bouche suivit mes yeux en s’ouvrant d’un air abêti. - C’est quoi des facultés, émancipé, prédéfinie, génétique ? - Bon ! Reprenons depuis de début… Pendant des jours, il m’avait faite articuler des mots invraisemblables que je devais entendre en me concentrant sur les gesticulations de sa bouche. Quand son humeur ne pouvait plus me supporter, il appelait Yann pour prendre le relais. Yann avait fait des études de linguistique avec Merlin, il savait parler couramment le Latin, l’Hébreu, le François, le Gaélique… avec Milo, le voyageur venu du futur, il avait même appris le Français du XXIème siècle. Rappelle-toi que Nell est une éréale et que sa famille aussi. Pouvoirs Chapitre V Un raclement de gorge m’extirpa de mon sommeil. M’extirpa, c’était le bon mot face à ce sommeil de plomb. Un oeil ouvert, je vis Léo redresser d’un doigt ses lunettes. - Nell, Merlin t’attend à la bibliothèque. Il m’a chargé de te réveiller. - Oui, répondis-je la bouche pâteuse et le deuxième oeil paresseux. - Tu te rappelles où se trouve la bibliothèque ? - Euh oui, oui, je me rappelle. Alors que je reprenais mes esprits, je remarquai un énorme chat sur mon lit. - Qu’est-ce que c’est ? - C’est Cunégonde, la chatte de Marion, répondit Léo avec méfiance et dégoût. En effet, le chat avait beau avoir un magnifique pelage roux, son nez aplati et ses yeux globuleux ne le rendaient pas très sympathique. Une jeune fille très soignée entra en trombe dans la chambre. - Cunégonde ! dit-elle d’une voix gentille. Que fais-tu ici ? Tu sais qu’il ne faut pas venir dans cette tour, il n’y a que des personnes de basse condition et ils mangent les chats quand les rats se font rares. Viens là mon amour. Léo n’avait pas une expression très avenante pour cette jeune fille qui semblait penser que manger du chat au petit déjeuner était courant pour nous autres : personnes de basse condition. Elle avait une attitude très hautaine. Elle appartenait sûrement à la haute condition et possédait un goût douteux à en juger par l’aspect physique de son chat. Prenant son félin dans les bras, elle nous toisa l’un après l’autre en insistant sur mon visage inconnu, puis sortit. - C’était Marion, commenta Léo. - Enchantée ! dis-je. - Lève-toi, m’encouragea-t-il avant de sortir. - Ha oui ! J'avais déjà oublié qu'il fallait que je me rende à la bibliothèque. Il repassa la tête dans l’entrebâillement : - Et ne mange pas de chat ce matin, Louise nous a préparés des tartes aux prunes. - Entre les tartes et du chat mon coeur balance, plaisantai-je. La grande porte ouverte de la bibliothèque me laissait entrevoir un Merlin d’humeur songeuse. Plus loin, un père lisait pour sa fille. La petite paraissait l’exaspérer avec des questions sans fin : « et pourquoi et parce ce que… ». Sur leur table, une drôle de petite bête trônait. Comme ça, j’aurais dit que c’était un furet mais ses poils et ses yeux étaient bizarres. - Nell, viens t’asseoir, dit Merlin. Dans la bibliothèque, une grande table de lecture s’étalait entre deux rangées de livres. J’écartai un long banc de chêne de la table et m’assis les mains réunies sous celle-ci. Merlin, resté debout, arpentait de long en large l’allée centrale. Les mains derrière le dos, il gardait son air soucieux. Mettant ses interrogations de côté, il recommença une de ses longues tirades dont lui seul avait le secret. - La magie se manifeste grâce à l’esprit. Par un geste, tu guides ton esprit vers l’objet. L’objet englobe toutes choses sur lesquelles tu veux agir : l’eau, un être humain, un arbre, un livre …il existe deux catégories de pouvoirs : les pouvoirs propres à tout Eréal et le pouvoir spécifique. Les pouvoirs propres ont généralement une action faible sur l’objet, leur maîtrise nécessite beaucoup de travail. Le pouvoir spécifique est lui, unique et illimité, il n‘est acquis que quand le corps est prêt à l‘assumer. Une fois acquis, il demande une exploration de ses étendues. Certains acquièrent leur pouvoir spécifique très jeunes, d‘autres jamais. Ces derniers doivent se contenter de leur savoir et des pouvoirs propres. Ils restent des élèves très limités en magie. Merlin reprit sa mine songeuse. - L'autre jour, tu m’as dit que de petites flammes s’étaient manifestées aux bouts de tes doigts quand tu t‘es mise en colère contre ce garçon. Comme je te l‘ai dit, un Eréal ne peut avoir qu‘un seul pouvoir spécifique. Tu es une olfeust, normalement tu ne devrais pas maîtriser le feu, mais je préfère en être sûr. Son regard se porta derrière moi sur un bureau surélevé habituellement habité par la sentinelle de la bibliothèque : Lyse. En son coin, il y avait une bougie éteinte. Au vue de sa petite taille, elle avait accompagné Lyse toute la nuit, surveillant lecteurs nocturnes et rats affamés. - Tu vois la bougie sur le bureau ? me demanda-t-il. - Oui. - Tends ton bras vers elle. Elle représente l’objet. Pince le pouce et l’index en visant toujours l’objet et… écarte-les. Une petite flamme dansante d’une couleur or avait alors fleuri sur la bougie. C’était surprenant comme phénomène mais mon premier sentiment fût : cela va-t-il me causer des ennuis ? - C’est impossible ! Ce n’est pas possible ! Repince ces deux doigts pour voir, demanda-Merlin. Un fil de fumée grise remplaça la petite flamme dorée. - Ce n’est pas possible. Je ne comprends pas, dit-il. - Il n’y a peut-être rien à comprendre ? tentai-je. - Tu peux reprendre tes occupations, clôtura Merlin. Il reprit son visage songeur et sortit de la bibliothèque. En s’éloignant, je voyais ses cheveux châtains s’allonger et blanchir, son corps se rabougrir et son pas ralentir. Des questions lui faisaient perdre tout contrôle. Lui, qui savait tant de choses, qui avait souvent réponse à tout, il se trouvait déstabilisé par une enfant. OOOO Les mains de nouveau rangées sous la table, j’avais un peu honte. Merlin m’avait prise avec lui, il me protégeait et apparemment je ne lui causais que des ennuis. Si je me débarrassais de ce pouvoir, tout rentrerait dans l’ordre. - Bonjour damoiselle. - Qui êtes-vous ? demandai-je. - Un fou. - Un fou ? répétai-je. - Noah le fou. Il portait une chemise ample noire à manche rouge. Ses cheveux tressés et agrémentés de perles semblables à de petits fruits multicolores, flottaient ! Il avait les yeux cernés de noir, une moustache finement enroulée sur les pointes, les oreilles ornées et les poignets renforcés de cuir noir. Sur le banc qui se décala de lui-même, il s’assit et posa ses mains sur la table. Des mains dont tous les entre-doigts étaient percés et ornés de tiges métalliques. Autour de ses mains se baladaient sans fin des petites billes métalliques brillantes et argentées. Certaines de la taille d’un grain de blé, d’autres allant jusqu’à la taille d’une noisette. - Tout le monde est fou, mais moi, je suis le fou de mon seigneur, commença-t-il. Pas que je lui appartienne, mais je suis sa folie, son divertissement, parce que finalement tout le monde est fou, mais de manières et dans des proportions différentes. Je le suis peut-être plus que les autres puisque je suis le fou de mon seigneur…Oui je suis très clair. - Oui ! - N’est-ce pas ? Une plume et un encrier rejoignirent ses mains. La plume se trempa dans l’encrier et entreprit un dessin sur son index par la simple intervention de sa pensée. La plume flirtait avec les billes métalliques qui anticipaient les moindres ses déplacements. - Donnez-moi vos mains. Je lui tendis mes mains légèrement recroquevillées. - Vous avez peur de leur puissance, constata-t-il. J’acquiesçai de la tête. - Elles sont belles et jamais elles ne feront souffrir ceux que vous aimerez. Bien sûr, elles seront maîtresses de grands pouvoirs, mais vous ne devez jamais en avoir honte sinon ils se retourneront contre vous. Ils sont en vous, vous devez apprendre à les connaître, les comprendre, les maîtriser, les utiliser sera secondaire, commenta-t-il. Faites leur confiance et suis ton instinct, conclut-il en déposant mes mains sur la table. La plume acheva son dessin et Noah fut satisfait. - Vous êtes un peu…m'aventurai-je. - Bizarre ? Allumé ? - Fou ? tentai-je. - C’est très perspicace ! Vous êtes devineresse ? - Comment ? - Clairvoyante ? proposa-t-il. - Je ne pense pas. Je n’avais pas assez de deux pouvoirs qu’il voulait m’en affubler un troisième. - Peut-être êtes-vous aussi une fée ? Non, bien sûr, vous êtes trop lourde. - J’aurais dit trop grande, rectifiai-je. - C’est vrai, c’est vrai, un troll peut être ? Non, pas assez poilue. - Mais que cherchez-vous ? - Eh bien, je cherche vos pouvoirs. Au fait, quel pouvoir possédez-vous ? - Je suis une olfeust et je possède le pouvoir du feu. - Vous êtes une olfeust et une élémentaire feu, surprenant ! en conclut-il. - Surprenant ? - Oui ! Surprenant ! - Mais ? - Mais ? Il était tellement confus. - Vous allez répéter tous mes mots ? ajoutai-je pour ramener de l’ordre dans cette conversation. - Tous vos mots ? Non, bien sûr, dites-m’en plus. - Qui sont les élémentaires ? demandai-je. - Vous maîtrisez aussi la terre, l’eau, l’air, le métal ? - Comment ? - Quoi comment ? Les maîtrisez-vous ? Le bois peut-être ? - Non ! Je ne crois pas. - Vous ne croyez pas ou vous ne savez pas ? - Je ne sais pas. J'étais perdue. - Comment se fait-il que vous ne sachiez pas ? se déconcerta Noah. - Quelle chose ? - Que vous ne sachiez pas ? Comment se fait-il que vous ne sachiez pas si vous avez à votre disposition les autres pouvoirs ? - Comment le saurais-je ? - Vous êtes sur le registre des pouvoirs ? - Un registre ? - J’ai du mal à vous suivre damoiselle. - Moi aussi ! répondis-je. Il se dirigea vers les livres et sortit un grand ouvrage. - Voici le registre des pouvoirs, dit-il en déposant le lourd pavé. Merlin entra avec vigueur dans la bibliothèque. - Noah, qu’est-ce que tu fais? questionna sévèrement Merlin. - Je montre à cette damoiselle le registre référant des pouvoirs. Noah, interrompu, se retourna vers moi et reprit ses explications. - Vous pouvez voir les élémentaires : feu, air, métal, terre, eau, photon, électron. Les pouvoirs sensitifs, les pouvoirs d’invulnérabilité, les pouvoirs de guérison. Vous, vous avez un pouvoir de communication comme ceux qui parlent aux animaux. Les pouvoirs mimétiques sont aussi très intéressants. Ensuite, pour chaque pouvoir, vous avez des registres de possesseurs en plus de ce registre de base. Chaque personne recevant son pouvoir spécifique s’inscrit dans le registre correspondant à son pouvoir. - Noah tu n’as pas à… - A lui parler de sa pierre magique ? Je l'ai vu tu sais. Merlin était sacrément irrité par l’intervention de Noah, mais tout de même intéressé par son avis. Il le laissa poursuivre. - La marque du feu en cercles concentriques est sur la pliure de son coude, dit-il en pointant mon bras du doigt. Quand la pierre tombe dans l’eau des ondes concentriques naissent. Ta peau est l’eau, les éléments les ondes. Le point central représente le feu, les deux cercles concentriques représentent les deux éléments amis du feu : la terre en premier et l’air ensuite. L’eau, ennemie du feu est un cercle entre l’air et la terre mais il n’est pas présent sur le symbole du feu, précisa Noah. La marque est encore rouge mais bientôt elle sera blanche. - Une pierre magique ? répétai-je. J'avais une pierre magique sous ma peau ! - Ce ne sont peut-être que des bouts d’os cassés ou des brûlures de dragons ! réagit Merlin. Noah pointa de nouveau son index sur mes marques. - La trace rouge que vous avez dans la pliure du coude marque la présence d’une pierre magique. Mon pouvoir spécifique est la télékinésie, je déplace les objets par la pensée, et grâce à cela, je peux te montrer ma pierre magique. Les parties visibles de sa peau se mirent à scintiller. Les petites brillances se rassemblèrent dans le creux de sa paume pour composer une pierre magique en forme de sphère autour de laquelle tournoyèrent ses billes métalliques. - Comme vous pouvez le voir les pouvoirs sont dilués dans le sang. Si la pierre se matérialise d’elle-même c’est que le pouvoir n’appartient pas au porteur. - Alors, le pouvoir du feu ne m’appartient pas ? compris-je. - Non, il n'est pas issu de votre famille. - C’est peut-être des bouts d’os cassés ou des brûlures de dragons ou des piqûres ou encore une allergie ! s’exaspéra Merlin. - Comment être sûr que c’est une pierre magique ? interrogeai-je. - Si ces rougeurs s’estompent en Erèbe c’est que c’est bien une pierre de pouvoir. Elles se cachent des hommes pour garder la présence magique de son porteur. - Si je vais en Erèbe je saurais si cette pierre est magique ? - Oui. - Non ! Tu n’iras pas en Erèbe. Tu dois rester dans les limites de Ten et du territoire de Magimel aussi, rétorqua Merlin. - Mais la frontière n’est pas si loin ! suppliai-je. - Tu restes ici. Si les hommes voient ces traces, qui se prouveront ne pas être magiques, tu pourrais avoir de gros problèmes. - Mais Merlin ! protestai-je. - Il n’y a pas de mais ! Et puis Victor souhaite te rencontrer. Noah, tu devrais aller préparer ton spectacle pour ce soir et arrête de… - Renseigner la damoiselle ? - Noah arrête c’est tout ! Nell, suis moi. - Il y a un registre pour les dons de pouvoir. Ce pouvoir du feu c’est un don, ajouta le fou. - Noah, rien ne nous confirme que tu aies raison, s’interposa Merlin. - Mon instinct me le dit, se justifia Noah de manière convaincue. - Ton instinct t’a aussi dit de démonter la toiture du château la semaine dernière. - Ce château manque cruellement de lumière. Les toits sont secondaires, se légitima Noah. - Comme ta raison ! Nell, viens. Merlin me poussa vers la sortie. - Mon coeur a ses raisons que les raisons de ce château ignorent, expliqua le fou. - En tout cas tu ne manques pas d’esprit, rétorqua le mage. Merlin m’emmena au sommet du donjon principal. Derrière une grande porte, au fond d’une salle de distribution, une serre s’ouvrait sur le ciel. Le plafond transparent préservait du froid toute une myriade de plantes : certaines connues, d’autres insolites. Sur le côté, un homme d’une cinquantaine d’années prenait soin d’un petit plan de romarin perdu dans un grand pot. Il était grand, châtain, sa barbe courte, poivre et sel, contrastait avec son teint hâlé. Ses cheveux courts, mais un peu trop long sur le devant, commençaient à cacher ses yeux en amande verts foncés. L’homme qui termina de tasser la terre autour du petit pied de romarin se concentra. À ce moment, je vis le romarin grossir et prendre bonne place dans son grand pot. Merlin me posa une main rassurante sur l’épaule. Puis, observant l’homme, je remarquai un transfert entre lui et la plante. Sa barbe rentra dans sa peau, ses cheveux raccourcirent pour libérer son front, sa peau s’éclaircit et ses ongles terreux s’alignèrent à ses pointes de doigts. Il regarda ses mains puis le beau pied de romarin fleuri. Satisfait, il se mit sur ses jambes et prit le pot dans ses bras. Il se tourna vers nous et afficha un sourire accueillant. - Merlin, voici donc notre nouvelle pensionnaire. Victor s’avança vers moi. J’eus un pas de recul, par précaution. - Je me présente, Victor de Magimel, seigneur et maître de ce château. Sois la bienvenue. J’espère que ton séjour se passe bien. Tu t’es faite des amis ? - Oui mon seigneur. - Lesquels, dis-moi ? - Yann, Léo, Isabel et Matthieu. - Très bien. Tant mieux si ton intégration se passe bien. J’espère ne pas te voir souvent et tout ira bien, dit-il en riant. Encore la bienvenue, termina-t-il. Il retourna à ses activités botaniques et Merlin me dirigea vers la sortie. C’était étrange comme attitude. Je demandai : - Merlin ? - Oui, dit-il en descendant les escaliers devant moi. - Qu’a-t-il voulu dire avec j’espère ne pas te voir souvent et tout ira bien et qu’est-ce qu’il s’est passé avec la plante ? - Victor est un iudex, un juge. Comme tu as pu le voir en entrant, il transfert du temps entre lui et les plantes mais aussi entre les plantes et entre les êtres. Il peut servir de passerelle comme être directement receveur ou donateur de temps. Et s’il est un juge c’est parce qu’à Ten nous punissons par le temps : nous privons les criminels de temps. Il est aussi décisionnaire des peines de prisons et de travaux forcés mais, celle du temps reste la plus marquante et la plus symbolique. - Sûrement, acquiesçai-je perdue dans mes pensées. Du jour au lendemain, Victor pouvait me rendre vieille, du jour au lendemain, Victor pouvait avoir mon âge. - Je t’ai prévu une séance de lecture à la bibliothèque, interrompit Merlin. Cela nous renseignera peut être enfin sur ta langue maternelle. Ton professeur de lecture t’attend dans la bibliothèque. Je te laisse, je m’en retourne à mon laboratoire. Il reprit son habituel air soucieux et se dirigea vers la tour ouest. OOOO La petite fille et son père étaient toujours dans la bibliothèque. Le père lisait, sa fille et le furet sur la table, étaient absorbés par ses paroles. - Êtes-vous mon professeur de lecture, demandai-je au père. - Oui, répondit, à ma grande surprise, la petite fille. Le furet m’observa avec application et l’homme se dirigea vers moi. - Bonjour, je suis Raphaël le père de Marguerite, tu es Nell ? - Oui. - Je vous laisse, tu seras gentille mon coeur ? dit-il à sa fille. - Bien sûr, dit la petite l’oeil rieur. Son sourire remonta ses jolies joues couvertes de taches de rousseurs et me laissa découvrir ses toutes petites dents de lait. Elle avait de jolies boucles rousses éparpillées sur la tête et des yeux verts clairs pétillants de malice. - Viens t’asseoir Nell, nous allons lire le Chat botté, dit-elle surexcitée et impatiente. Je m’assis sur la chaise de son père. Marguerite voulut commencer la lecture mais rapidement quelques mots lui posèrent problème. Assise sur sa chaise, ses petits pieds ne touchaient pas le sol et ses coudes, posés sur la table pour tenir le livre, se retrouvaient à la hauteur de son cou. Marguerite était chargée de mimiques de concentration. Tantôt les yeux plissés et la bouche pincée, tantôt la bouche ouverte les yeux écarquillés. Puis, ayant apparemment retrouvé les mots du livre, elle me regarda fixer sa bête bizarre. - C'est Arthur que tu regardes comme cela ? J'acquiesçai. - C’est Arthur, mon furet peluche. La petite bête continuait de me regarder comme si j’étais une bête curieuse. À l’évidence c’était cet animal la bête curieuse. - Peluche ? - Les peluches sont de faux animaux pour les enfants. Normalement ils ne bougent pas mais papa l’a rendu vivant grâce à Adam l’anime. Il l’a acheté à Milo le voyageur du futur, tu le connais ? - J’ai déjà entendu parler de lui. - Donc mon papa l’a acheté à Milo, c’est un jouet du futur, ma peluche. Et Adam l’a réveillé comme un vrai furet et mon furet, maintenant, il est immortel. Jamais il ne me laissera toute seule. Par contre, comme il est en plastique (le mot était difficile à dire pour une petite fille du XIIIème siècle), il ne faut pas qu’il prenne trop chaud, sinon, Milo a dit qu’il pourrait fondre ! Arthur se cacha sous le livre. Marguerite me chuchota : - Arthur n’aime pas trop ce mot fondre. Arthur, qui entendit quand même le mot, fit trembler le livre qui l’abritait. - Je vais commencer le livre, dit Marguerite en découvrant le furet. Alors que la petite allait lire, sur la première page je lis : - Il était une fois. - Mais tu sais lire ? se surprit l’enfant. - Apparemment ! Moi aussi j’étais surprise. Ce devait être un nouvel aspect de mon pouvoir. Les olfeusts parlaient toutes les langues instinctivement, mais maintenant, je découvrais que même dans la lecture, ils étaient instinctifs. Jusqu’au bout, ce pouvoir pouvait masquer la provenance dans l’espace et dans le temps de son possesseur. Si mes parents avaient le même pouvoir, cela devenait finalement de plus en plus compliqué de les retrouver. Marguerite descendit de sa chaise, referma le livre et prit son furet sur l’épaule. - C'est dommage, tu aurais été mon premier élève, confia Marguerite un peu déçue. - Désolé. - Tant pis ! Tu as déjeuné ? demanda-t-elle gaiement. Son comportement avait changé du tout au tout. De froissée, elle avait maintenant un enthousiasme débordant. - Non ! - Viens, me dit-elle en m’attrapant la main pour me tirer vers l’extérieur. Louise a préparé des tartes aux prunes ce matin. - J’en ai entendu parler. Nous entrâmes dans la cuisine. Une grande table contre le mur avec un bac de pierre, une grande table centrale avec deux grands bancs rangés dessous, deux cheminées, une petite et une grande. La cuisinière lavait des choux dans le bac de pierre rempli d’eau. Elle était ronde et charnue, mais qu’on ne s’y trompe pas, elle était alerte et à l’aise avec ses formes généreuses. Sa peau claire et fraîche lui donnait une expression de bonne humeur permanente. Cette femme montrait prestance et fermeté mais aussi maternité, douceur et empathie. - Bonjour jeunes filles. - Bonjour Louise, c’est Nell et elle voudrait goûter ta tarte aux prunes et moi aussi. - Bonjour Nell, dit-elle gentiment. Margot, il est un peu tard, fit remarquer Louise. Une grande déception s’afficha sur le visage de Marguerite. - J’en ai gardée à la cave, ajouta la dame en souriant. - Trop bien ! dit Marguerite le visage illuminé. Louise descendit à la cave. Marguerite me reprit la main pour me conduire à l’extrémité de la cuisine. - Viens voir. De la cuisine, il y a un accès au lac. En haut des escaliers, une porte s’ouvrit sur le bord du lac. Nous étions sur un bout de terre qui entrait dans l‘étendue d‘eau. Il y avait un puits, un quai, une petite tour de surveillance orientée sur le quai, un terrain d’entraînement, un parc à bêtes et derrière nous, la muraille reliant la tour sud et ouest ouvrait plusieurs petites portes sur le château. Je m’avançai sur le quai. D’ici on pouvait voir une petite île. De l’autre côté, on observait un autre quai et une chaumière accolée à une forge, les cheminées fumantes. - Regarde ce que je sais faire, dit-Marguerite. Marguerite était postée à côté du petit parc où cohabitaient poules, canards, oies et lapins. Elle se concentra un instant sur un lapin et un canard proche de la clôture. Le canard se mit à bondir sur ses deux pattes comme un lapin et le lapin coordonna ses deux pattes gauches et ses deux pattes droites pour se dandiner comme le font les canards. - C’est… Je ne savais pas quoi dire : extraordinaire, surprenant, étrange ? - C’est drôle ! compléta Margot. - Comment fais-tu ça ? - Je suis un échangeur d’âmes. Je peux échanger toutes les âmes que je veux. Louise passa la tête par la porte extérieure. Margot remit tout en place. Le canard se dandina et le lapin bondit. - Marguerite, j’espère que tu ne fais pas de bêtises sinon la tarte pourrait te passer sous le nez. Louise paraissait accoutumée au fait que Marguerite jouait souvent avec ses animaux. - Non, non, s’innocenta la petite les mains derrière le dos. - C’est prêt, vous pouvez venir, informa Louise. - Trop bien ! répéta Marguerite qui s’était précipitée dans la cuisine. Rappelle-toi que le fou n’est pas celui qu’on croit.
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    La 15eme Arcane : Prologue

    Et ça se passe bien?
  5. angelique5

    la 15e arcane tome 2 chapitre 4

    Parle-moi Chapitre IV Les couleurs des vitraux frappés par le soleil de printemps, inondaient la bibliothèque. Le cuir des fauteuils Club, ramolli par la chaleur, nous invitait à prendre place. La bibliothèque n’avait pas changé, son contenu non plus, pas de nouvelles étagères. Si de voir une chose qui n’avait pas changé me rassura, cette absence de nouveaux ouvrages depuis ces trois dernières années m’interpella. Léo comprit. - Plus de Milo ! Plus de nouveaux ouvrages ! - Il n’est jamais revenu ? - Non, dit-il. Sa vengeance prise sur Morgane, le voyageur ne s’était plus aventurer dans ces temps médiévaux. Au grand damne de Léo, plus de nouveaux ouvrages, mais aussi plus aucun contact avec le futur, ni d’invention d’autres temps. Dépourvu mais pas sans idée, Léo était parvenu à soutirer le contact en lien avec le Corsaire à Merlin. De temps à autre, il allait quémander quelques livres à ce nouveau fournisseur. Il les gardait précieusement dans sa bibliothèque personnel, bien trop inquiet que l’on ne l’accuse de contrebande. Margot s’assit, nonchalante, dans le fauteuil préféré de sa mère, le plus grand. Je pris celui face à la porte, celui à l’assise la plus profonde. Un instant, le souvenir de me regardant de l’entrée, traversa ma mémoire. Il était devant la porte, il m’attendait, il me sourit. Yann s’assit à côté de moi, il voulait me garder à portée de main, il avait peur que je m’échappe une fois encore. Léo s’assit à côté de Marguerite, Kali à côté de lui. Il manquait bien quelqu’un, une amie. - Quand ? demandai-je. Voyant bien que Marguerite n’allait pas desserrer les dents, Léo répondit pour elle : - Raphaël est mort le même jour que Morgane. - Elle n’a pu le tuer alors ? - Bien vu Sherlock, rétorqua Margot. - Sur quoi travaillait ton père quand on l’a tué ? Je ne voulais pas jouer avec Margot. Le temps perdu ne se rattraperait pas, et des réponses devaient venir. - Toujours pareil, il travaillait sur le village des coupés. Il cherchait un mode de réparation efficace sur les êtres blessés par des gardiens. - Qui travaille sur ce village maintenant ? - Moi, dit-elle. Avec Laurent, un jeune réparateur. À partir des notes de mon père, nous tentons de faire aboutir son projet. - D’autres cas d’empoisonnement depuis ? - Pas d’empoisonnement, mais un suicide provoqué, révéla Léo. Une lettre signée du clan des 11 loups a été retrouvée près du cadavre d’Erik, l’un des fils de Guillaume. C’était un élémentaire terre, précisa-t-il. Il a scellé son cœur dans la pierre. Erik était aussi le frère de Simon, l’un des nôtres. - Cette lettre disait : Nous savons qui tu es. Et plus loin : Ils avaleront le soleil et le néant régnera sur le monde, termina Margot. Le clan voulait faire grande impression, le clan voulait nous faire peur. - Donc soit Raphaël a été tué par un membre du clan, soit par un gardien, recentrai-je. Les coupés étaient la clé. Soit ils avaient un lien étroit avec le clan, soit avec les gardiens, peut-être même les deux. Mat, vêtu en ombre, était venu chercher la carte pointant le village des coupés pour le clan. Thomas avait surveillé les coupés pour les gardiens. - Les gardiens s’interdisent de tuer, rappela Léo. - Les gardiens ne sont pas parfaits, rétorquai-je. - Ils sont censés l’être, répliqua-t-il. Il tentait de protéger les gardiens, et au travers d’eux, le souvenir de son père. Je touchais à l’interdit, à l’image de Thomas. Yann ne répondait rien, il attendait la fin de mon raisonnement. - S’ils ne tuent pas, peut-être chargent-ils de tuer ? - Ils détourneraient les règles ? intégra Yann. Le fils avait espionné le père, il savait que celui-ci avait de nombreux secrets, que les gardiens avaient de nombreux secrets. Il savait aussi que les gardiens pouvaient transgresser les règles, comme le jour où son père avait coupé la langue de la conteuse. - Une idée Sherlock ? Demanda Margot. - Rencontrer le Corsaire pour savoir si un gardien a tué ton père, et déloger les 11 loups les uns après les autres pour leur faire avouer leurs crimes. - Vantarde, lâcha Margot. - La menace de la poudre d’Helween les fera parler, signai-je. La carte pour rejoindre Helween attendait dans ma chambre, elle nous guiderait jusqu’à lui. La poudre argentée serait cette fois, de notre côté. - Tu crois que le gardien déchu qu’il est trahira ? demanda Léo pour le Corsaire. - Tout le monde a un prix, proposai-je. Il suffit de le connaître. - Et pour le clan ? Comment vas-tu « déloger » les loups, relança la petite. - Nous devons les démasquer. - Je te trouve décidément présomptueuse Sherlock, termina la rancunière. Je n’avais rien de plus à proposer. Léo se dit qu’il était temps d’ajouter des cartes à mon jeu. - Ce que je ne t’ai pas dit, commença le scientifique, c’est que ce loup tatoué sur le crâne de Morgane portait un nombre. - Un nombre ? Mat avait un loup entre les omoplates, mais pour moi, le second symbole n’avait pas été un nombre, c’était l’infini : ∞. - Le 11. Le 11 ! Encore ce nombre, et il était porté par Morgane. Un onze sous la bête nous prouvait que Morgane était bien à la tête du Clan des 11 Loups. Kali énuméra : - Brice a un 4 sur le sternum, Gwen un 5 sur le mollet droit, Hugo un 6 sur le mollet gauche. - Mat, un 8 entre les omoplates, terminai-je. J’avais réalisé que cet infini, retourné, donnait un 8. - Tu l’as vu ? me demanda Kali. - Oui. Le spectre réalisa que j’avais été très proche de son frère. - Tu t’es souvenue ? demandai-je à Kali. - Oui, révéla-t-elle. Le dernier 11 juin, je me suis rappelée la scène qui m’a value mon sort. Ses yeux se perdirent dans le passé. OOOO Ce jour-là, Catherine avait une annonce à faire à ses frères. Elle voulait commencer par eux, car elle savait qu’elle aurait besoin de leur soutien quand elle l’annoncerait à leur père. L’année précédente, elle s’était secrètement mariée à un gardien et elle ne pourrait bientôt plus le lui cacher. Pour cette famille alliée au diable, cette alliance n’était pas acceptable. Elle savait qu’elle risquait l’exclusion, l’appui de ses frères pouvait l’en préserver. Catherine les savait proches d’elle, elle devait les rendre complices pour qu’ils la protègent de la colère du patriarche. Alors qu’elle descendait dans les sous-sols du château, la buée chaude du bain de vapeur de ses frères remontait dans l’escalier. À la porte, Catherine vit Brice et Gwen chahuter avec leurs serviettes ; Hugo entretenait la vapeur en versant de l’eau sur les pierres chaudes. Ils ne la virent pas entrer et elle fut surprise de les voir s’amuser de nouveaux attributs. - Je sais qui tu es ! cria Brice à Gwen. Un tatouage apparut sur le mollet du second : un loup aux yeux rouge sang. Gwen fouetta le torse de son grand frère. - Moi, aussi ! répliqua-t-il. Un loup aux dents acérées se dessina sur le sternum de Brice. Ces tatouages réagissaient aux soupçons, aux révélations. Ils apparaissaient à l’accusation, ils disparaissaient au silence. La mort aussi les révélait. Par eux, Morgane se débarrassait des démasqués, des imbéciles, des imprudents, des traîtres. - Hugo ! interpella Gwen. Tu es un traître ! Les trois partirent à rire quand un loup aux yeux fermés se piqua sur la peau du mollet d’Hugo. - Qu’est-ce que c’est ? demanda Catherine à ses frères. Ils se surprirent à ces mots, ils n’avaient pas vu leur sœur venir. Brice sut tout de suite qu’elle saurait tout ce qu’elle voulait savoir, car il savait sa sœur être une conteuse. - Qu’est-ce que c’est ? demanda de nouveau l’intruse. - La marque de notre alliance au Clan des 11 Loups. - Qui mène ce clan ? - Petite sœur, ne pose pas trop de questions, prévint Brice. Une inquiétude habita le regard de la belle. Elle avait toujours été mise à l’écart de leurs trames. Même si ses frères étaient proches d’elle, ils l’étaient bien plus encore du démon. - Oui, Morgane, lâcha Brice. Et arrête de vouloir entrer dans ma tête, petite sœur, rabroua-t-il. - Tu veux dire… - Ne dit pas son vrai nom Cat, où je serai obligé de… - Je suis ta sœur Brice. - Tu utilises ton pouvoir sur nous depuis toujours et je ne pourrais poser un voile sur ta mémoire ? Il regarda sa sœur droit dans les yeux, matérialisa le souvenir de ce nom et l’attrapa. Il serra le poing jusqu’à l’écraser. - Tu l’as pris ! dit Catherine. - Quel est ce nom ? cingla Brice. Catherine fronça ses yeux bleu-vert, les mêmes que son dernier frère Matthieu. - Notre allégeance au clan est plus importante que notre filiation, petite sœur. - Je vois. Ses frères ne comprendraient pas, ses frères ne l’aideraient pas. Catherine décida qu’elle serait seule face à son père. Elle lui annoncerait seule son mariage avec Guilem. Elle tourna les talons. - Cat, tu n’as rien à me dire, dit Brice. La petite sœur ne se retourna pas, elle était plus inquiète encore. Elle avait si souvent lu dans les pensées de son grand frère que là, tout de suite, elle n’avait pas besoin de le faire pour savoir qu’elle était en danger. - Tu en as profité pour lire dans mes pensées, constata-t-elle. - Je ne vais pas le faire à cause de ce que j’ai lu, introduisit Brice. Je vais le faire parce que tu sais trop de chose et que ton gardien va le savoir, même si je pose des voiles sur ta mémoire. - Qu’est-ce que tu vas faire ? - Les gardiens sont trop malins, ils ont trop de pouvoirs. - Qu’est-ce que tu vas faire ? réitéra Cat. Gwen et Hugo avaient les yeux rivés sur leur grand frère. - Ce que je dois, petite sœur. OOOO Je demandai à Kali : - Si tu sais qui tu es et pourquoi tu es morte, pourquoi l’Ankou n’est-elle pas venue te chercher ? - Il me manque toujours un nom sur ma tombe, rappela Kali. - Encore une chose à demander aux Kerdasclémon. - Ils ne le diront jamais, dit-elle lasse. Même morte, elle sembla fatiguée. Plus elle cherchait, plus les limbes tentaient de l’absorber. Margot posa sa main dans son spectre. - On va trouver Kali, l’encouragea la petite. Garde confiance. - Les frères vont nous le dire, assurai-je. D’une manière ou d’une autre, ils vont nous le dire. Elle luit légèrement. Le scientifique avait une autre annonce. - Reprenons, relança Léo. Nous avons le 4, le 5, le 6, le 8. Morgane était le 11e et dans les rapports du médecin, j’ai pu lire que la clairvoyante Roxane, assassinée par Morgane, portait le nombre 10 dans sa main gauche. 6 loups, nous avions identifiés 6 loups. - Roxane a dû annoncer une bien mauvaise nouvelle à Morgane pour qu’elle tue l’une des leurs, commenta Margot. - Assurément, ajouta Léo. Elle avait la chance d’avoir une clairvoyante à ses côtés, mais n’a pu faire face à l’avenir. - Dône saurait nous dire, proposai-je. - Plus de trace non plus de Dône, révéla Léo. J’eus un pincement au cœur. - Tu crois qu’elle est morte, m’alarmai-je. - Elle nous guidait sur le chemin de l’héritier, rappela Léo. - Tous ceux qui se dressent sur le chemin du clan doivent s’attendre à croiser la mort, dit Kali. Le silence s’installa. A côté de moi, une idée trottait dans la tête de Yann et ce, depuis les révélations du fantôme ce dernier 11 juin. Quand il avait su pour Kali, tout de suite, il avait pensé à moi. Cette idée était bonne, mais accepterai-je de me prêter à l’expérience ? - Nell, commença le chevalier. Kali t’a révélée qu’elle était conteuse. Il attendait une réaction de ma part. Je rassemblai mes jambes dans mes bras. - Elle a pu lire dans nos mémoires, révéla-t-il. Acceptes-tu qu’elle lise dans la tienne ? Une longue expiration douloureuse sortit de mon nez, un léger tremblement l’accompagna. - Tu veux ? me demanda Kali. Je respirai profondément. - Oui ! lâchai-je. Tout le monde retînt son souffle. De ses mains, Kali orienta mon visage pour que ses yeux plongent dans les miens. Elle fronça ses yeux devenus aigue-marine, puis sourit. Ce qu’elle vit ne l’a surpris pas. - Alors ? demanda Yann. - Rien ! dit Kali. Elle ne pouvait me faire parler. - Les gardiens ! comprit-il. Son père avait coupé la langue de la conteuse pour qu’elle ne révèle rien de ce qu’elle avait lu dans sa mémoire, mais aussi pour qu’elle ne dise rien de ce qu’elle aurait pu lire dans ma mémoire. Les gardiens ne souhaitaient pas que l’on sache ce qu’il y avait dans celle-ci. Si c’était son père qui m’avait protégé des conteuses, sa protection aurait dû mourir avec lui, Yann comprit la même chose que moi : un autre gardien était intervenu. Son père lui avait demandé de veiller sur moi, mais il sut que d’autres gardiens viendraient ou même que d’autres étaient déjà là. - Seul un gardien pourra me dire qui je suis, présentai-je. - Oui, confirma Yann. Il comprit plus de chose encore : - Le temps ! Il nous tint en haleine. - L’une des tâches des gardiens est de protéger le temps. Les gardiens maintenaient tant bien que mal la paix entre les peuples et les mondes, surveillaient les frontières magiques comme celle du monde de Ten ou celle du monde des morts, et veillaient à ce que le temps ne soit pas trop mal mené, les créateurs de portes étant leurs plus féroces bêtes noires. En dehors de ces ennemis, ils surveillaient les clairvoyantes qui avaient libre accès à ses secrets, et avaient surveillé de très près les allers-venues de matériel du futur avec le voyageur Milo. Yann présenta les choses ainsi : - Ce que tu sais doit être gênant pour sa préservation ou, si l’un de tes parents vient du futur comme tu le pensais, une porte du temps a dû être ouverte, et les gardiens veillent à ce que l’on ne la rouvre pas. Les créateurs de portes créaient des brèches dans le temps et l’espace, que les gardiens se faisaient foi de contrôler, celles-ci, une fois mise en place étant indélogeables. - La lumière était une porte du temps ! compris-je. Je revis un rêve, je revis la lumière. La lumière était le fruit d’un sortilège et la matérialisation du passage, d’une porte entre cette scène sanguinaire qu’avait vu Merlin dans ses visions et le moment où Thomas m’avait récupérée dans la forêt. - Tu t’en souviens ? - Oui. - Alors tu vas avoir des problèmes avec eux. - Seulement si je cherche et rouvre cette porte. - Et qu’est-ce que tu vas faire ? - Chercher et rouvrir cette porte ! La réserve de Victor serait le point de départ de mes recherches, c’est là que l’on trouvait tous les documents à usage limité, et je comptais bien sur les gardiens pour limiter l’accès à des informations sur les portes. J’avais déjà pensé l’atteindre pour obtenir des informations sur un sort lié au temps, mais ce serait sur les portes du temps que se concentreraient mes recherches. Peut-être ces recherches feraient-elle sortir le clan du bois et les gardiens de leur palais ? OOOO Je retrouvai ma chambre, mon lit, la carte vers les volcans sous le matelas et l’écharpe de Mat sous mon oreiller. Elle n’avait plus son odeur, il n’était plus là. Depuis sa mort, personne ne se battait au portillon pour devenir héritier du château de Magimel. Deux héritiers morts, cela avait installé une certaine crainte à occuper le poste. Il y avait bien une agitation indéniable autour de cette décision, mais aucun positionnement. Victor, notre seigneur tergiversait, tournait en rond, il n’oubliait cependant pas de rajeunir de temps à autre. Isabel, l’absente de ces retrouvailles avait été mariée à Gwen, le frère de Matthieu, en réparation. Malgré la pression de Grégoire, son fils n’avait pas non plus été proclamé héritier de Magimel. Sa fille mariée, Mathilde s’était écartée de la cour de Solanne et rapprochée de Louise qui l’avait accueillie comme une amie. L’âme tourmentée s’apaisait auprès de la cuisinière. Elles se donnaient des conseils pour le jardin et la cuisine. Louise lui racontait tout ce qui se passait, Mathilde se permettait même de sourire à ses histoires. Mais dès que la cuisine se peuplait, la suivante s’effaçait pour rejoindre le cimetière où elle errait entre les tombes. Yann l’avait aussi souvent surprise à rôder autour de la forge. A plusieurs reprises, il l’avait interpellé pour la faire parler, jusqu’à même la faire captive entre 4 miroirs. Elle avait baissé les yeux, comme si la vérité s’était lue sur ses reflets. Avec la chaîne qu’elle portait autour du cou, il l’avait empêché de se plaindre, on put voir un anneau au bout de celle-ci écraser sa trachée fine. Il avait réussi à lui faire avouer ce pourquoi elle était venue voir son père la veille de sa mort. Mathilde avait su de source sûre que Thomas était un gardien. Ce jour-là, elle s’était présentée devant lui, pour lui demander pourquoi. Pourquoi il n’avait pas sauvé son mari Alexandre, pourquoi il les avait contraintes à quémander les faveurs de Victor. Elles avaient dû vivre parmi des éréals, alors que les gardiens auraient pu simplement sauver son aimé. En tant que gardien, Thomas avait répondu ce qu’ils répondent toujours : nous ne luttons pas contre la mort. Ils veillaient même à son bon déroulement en protégeant la rive, la frontière entre les morts et les vivants. - Qui était sa source sûre ? Avais-je demandé. - Le Corsaire, avait répondu Yann.
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    la 15e arcane tome 2 chapitre 3

    chapitre 1 sur octobre 2013 et décembre 2015 chapitre 2 sur novembre 2013 Le Code Chapitre III J’ouvris la porte du laboratoire, je n’arrivai pas à entrer. Léo était là. Physiquement, il n’avait pas tant changé, mais son répertoire musical ne correspondait pas à sa personnalité, ou tout du moins pas à la personnalité qu’il avait quatre ans plus tôt. - Le duc de Bordeaux ressemble à son frère, Son frère à son père, et son père à mon cuuul ; De là je conclus qu' le duc de Bordeaux ressemble à mon cuuul comme deux gouttes d'eau. Taïaut Taïaut Taïaut! Ferm' ta gueule, répondit l'écho. Nous étions bien loin de Mozart ! Ses longs cheveux blonds étaient crépus, d’un blond brûlés comme la crinière des lions. - Margot, où est le manuel sur la numérotation et le fonctionnement des gènes ? Margot était concentrée, l’œil emboîté sur un microscope. Elle allait avoir 17 ans. - Je ne sais pas et ça peut attendre, lui répondit-elle. - Tu ne sais pas, et cela peut attendre ? dit l’offusqué. Tu es la dernière personne à t’en être servi. - Je sais. Léo s’emballa : - Tu as juste la flemme d’aller le chercher. - Oui, et alors ? - La flemme engendre la dispersion d’erreurs ! Par la copie flemmarde d‘un support non certifié, nous répandons l’erreur d’un seul homme. Le savoir de l’humanité est ainsi contaminé ! Il faut toujours vérifier à sa source une information, et si l’on ne peut le faire, c’est que l’information source est à tout jamais perdue ! Quand les vérités sont perdues, il ne reste que des légendes incertaines. Calmement, l’œil toujours fixé au microscope, Margot signala : - Ce n’est pas moi qui vais faire une erreur si je ne vais pas chercher ce manuel, c’est toi. Et arrête de dramatiser. Il est rangé à la bibliothèque, révéla-t-elle. - Mais je ne dramatise pas, je constate. - Et bien moi, je constate que c’est toi qui a la flemme de descendre chercher ce manuel et qui va contaminer notre savoir. Léo leva les yeux au plafond et reprit sa chanson. S’il avait songé descendre à la bibliothèque, il m’aurait vu les observer. - Le duc de Chevreuse ayant déclaré que tous les cocus devraient être noyés, Madam' de Chevreuse lui a demandé s'il était certain de savoir bien nager. Taïaut Taïaut Taïaut! Ferm' ta gueule, répondit l'écho. Il s’interrompit pour répliquer ceci : - Si tu arrêtais de voir les multiples problèmes d’une solution et que tu te concentrais sur les multiples solutions du problème, tu enverrais une mouche ou un canard cherche ce livre. - Une mouche ou un canard ne seraient jamais capable de nous remonter ton livre ! Même avec mon âme à l’intérieur ! Et celui qui multiplie les problèmes et ne veut pas voir les solutions c’est toi, le demi troll ! Va chercher toi-même ce livre. Moi, je l’ai rangé ! - Mais il était très bien ici ce livre ! Léo soupira. Il se résigna à aller à la bibliothèque. - Madam' la duchesse de la Trémouille, Malgré sa pudeur et sa grande piété, a patiné plus de paires de cou… - Ouille, ouille, ouille, dit-il en se retournant sur moi. Dites-moi pas, que ce n’est pas, qui je pense que c’est. Léo me sourit. - Nell ! Marguerite enleva son œil ébloui du microscope mais ne se retourna pas. - Mon pauvre Léo, tu débloques vraiment. Nell est dans le lac depuis … Léo lui fit signe de se retourner. Il se dirigea vers moi avec un visage soulagé. - Tu n’es pas morte toi ? me demanda-t-il en me serrant dans ses bras. Il avait pris de la force, beaucoup de force pour un ancien gringalet. - J’ai des ressources, dis-je simplement. - Enfin, tu es là ! J’ai tellement de choses à te dire. On a su pour… Mat, dit-il rapidement. Nell, je suis content que tu sois rentrée. - Je n’étais pas très loin. - Tu étais trop loin. Alors que Léo ne voulait plus me lâcher, Marguerite se dirigea vers la porte et sortit. Elle ne s’était pas retournée vers voir, je n’appartenais plus à sa vie. Léo regarda Marguerite partir. - Tu lui as manquée longtemps, me dit-il. - Elle me déteste ? - Non, bien au contraire, mais elle se préserve. Comme une certaine personne la fait il y a plus de 3 ans en se cachant dans un lac, dit-il le regard astucieux. Tu vas prendre le temps de te faire pardonner, mais avant, tu vas venir voir les avancées de mon travail depuis que tu nous as lâchés. - Merci Léo, tu as toujours le mot juste. En grand expert, il commença son développement : - Quand Morgane est morte, Merlin a étudié son corps. De cette manière on a pu savoir qu’elle avait été empoisonnée à l’arsenic mais cela tu le savais déjà. Milo, le voyageur du futur, s’était vengé à leur manière : celle des poisons. Il sortit plusieurs petites boites. - J’en ai profité pour lui prélever des mèches de cheveux et de la peau, dit le scientifique en ouvrant les boites. Je les ai utilisés dans le cadre d’analyses. Il sortit une feuille avec quarante-six croix classées par taille et par paire, couvertes de petites barres horizontales. - J’ai étudié le caryotype de Morgane et j’ai observé plus particulièrement deux groupes de gènes situés sur deux chromosomes complémentaires. Apparemment les croix représentaient des chromosomes, les barres des gènes. - Ils sont récessifs et ils ne s’activent que si les deux groupes sont présents. De plus, ces gènes sont uniques, ils n‘ont été répertoriés par aucuns scientifiques du temps de Milo. - Qu’est-ce qu’il faut comprendre ? - Morgane est la première de son genre. Elle avait beaucoup de caractéristiques particulières : un pouvoir unique, la capacité de pouvoir utiliser ses pouvoirs en dehors de Ten, pas de perte de coloration de la peau après privation de pouvoir, l’aucune nécessité du sort de don pour utiliser les pouvoirs volés, énuméra Léo. Cela confirme qu’elle pouvait être la fille du diable. - La légende rejoint la réalité. - Oui, posa le scientifique. Par chance, poursuivit-il. À cause de cette récessivité, l’héritier de Morgane ne peut avoir son pouvoir. - L’héritier n’est pas un guide des damnés ? - Non, certifia Léo. Cette combinaison génétique est unique et non reproductible sur une branche première, c’est-à-dire sur une descendance de mère à enfants. - Morgane ne pouvait avoir un enfant avec son pouvoir, réalisai-je. - Sauf, présenta Léo, si elle avait pu trouver un père comme elle pour son enfant… mais j‘en doute. - Et en plus clair, professeur Léo ? - Disons que Morgane a reçu un gâteau entier. Elle n’a pu, à cause des lois de la génétique, n’en transmettre qu’une moitié à son enfant héritier. Et partagé, le gâteau n‘a plus de goût, révéla Léo. L’information qui nous construit, qui construit les êtres vivants, fonctionne en général par deux. Quand le mâle et la femelle ont un petit, chacun d’eux donne à celui-ci une moitié de ce qu’il a, pour, au final, former un tout. Dans le cas de Morgane, ce qu’elle avait de différent fonctionnait uniquement parce qu’elle avait les deux parties. Comme elle n’a pu en transmettre qu’une partie, ses pouvoirs sont annulés sur sa descendance directe. L’héritier ne peut avoir que l’éducation et le savoir de Morgane, pas ses pouvoirs. - Morgane a passé des années en prison, comment aurait-elle pu élever un enfant ? Morgane avait perdu dix-sept ans, il ne fallait pas la regarder comme une vieille dame mais comme la femme qu’elle avait été. Léo suggéra une proposition : - Il y a une possibilité. Quand Morgane était jeune, elle a pu élever cet enfant. - Alors l’héritier est un adulte. - On sait aussi que Kali, notre joli spectre, n’a pas reçu le temps de la peine de Morgane. Il l’a peut-être reçu. - 17 ans c’est énorme, l’héritier pourrait être un enfant. - Peut-être, répondit Léo. - Il n’a peut-être plus le souvenir de cette éducation, supposai-je. - Peut-être, répondit une nouvelle fois Léo. - Son âge est indéfinissable selon s’il a reçu ou non c’est 17 ans. Son éducation a peut-être été perdue au changement d’âge ou pu être faite par un disciple. - On peut supposer qu’il est tatoué, révéla Léo. - Tatoué ? - Mat l’était, Morgane aussi, énuméra-t-il. - Elle aussi, réalisai-je. - J’ai trouvé son tatouage sous sa chevelure, au moment des prélèvements. Une belle louve de style médiéval aux yeux jaunes, la base étant noir bleuté, me montra-t-il sur un dessin. C’était une louve dite ravissante en héraldique, elle était en appui sur ses pattes arrière, le poitrail dressé. Je me rappelais que le loup de Mat avait les yeux noirs. - Il faudrait déshabiller tout le monde ! - C’est une idée, termina Léo en visualisant la chose. - Ce serait sympathique, répondit Kali, émoustillée par la proposition. - Kali ! Dis-je. - Je ne te sers pas dans mes bras, répliqua le fantôme. - Toujours parmi nous ? - Bien sûr, répondit Kali. Tu devrais aller voir Marguerite, elle a échangé toute la basse-cour de Louise. La cuisinière est folle. Nous parlerons plus tard. - J’y vais. Kali me sourit. - Je suis contente de te voir, me dit-elle. - Moi aussi. - File. Je sortis du labo. Margot allait m’échanger avec un dindon et Louise allait me faire éplucher toute sa réserve de pomme de terre. Pas de doute, j’étais bien de retour. - Kali, tu peux me remonter un livre de la bibliothèque ? demanda Léo. OOOO Dans la cuisine, un certain bordel régnait. Louise brandissait une louche sur Marguerite, Yann esquivait les plats qui volaient, Vivien, le petit frère de Marion, était venu compter les points. Margot échangea le goût du yaourt de Yann, avec le goût des crottes du rat échangé avec une couleuvre qui se noyait dans le bac d’eau de vaisselle. Le beau brun cracha sa cuillère de yaourt au milieu de la cuisine. Léo arriva derrière moi. - Fait sortir ce rat ! Gronda Louise entre deux hurlements. - Non, dit Margot. Espérant onduler, le rat roulait par terre. L’esprit du rat syncopait dans le corps de la couleuvre presque noyée. Vivien se tordit de rire quand le rat échappa malgré lui au troisième plat jeté sur lui. - Sort de cette cuisine, imposa Léo au malvenu. - Non, répondit celui-ci. Léo attrapa un œuf resté entier sur la table. - Cet œuf va finir sur ta tête de crétin si tu ne quittes pas cette cuisine. Léo n’était pas d’âme agressive, avant. - Non, confirma Vivien. Celui-ci avait les mêmes traits peu sympathiques que sa sœur. - Et je te jure qu’aux vues de ton activité cérébrale, il n’est pas près d’être cuit. - Alors mets le sur la tienne, rétorqua l’autre sans le regarder. Léo attrapa Vivien par le col et le jeta dehors. Léo n’était pas agressif, avant ! Il ferma la porte et tenta de ramener un peu de calme. - S’il vous plaît. - Nell ! réagirent Yann et Louise. Margot sortit côté lac. - Tu es revenue, dit Louise en me serrant dans ses bras. Yann, les yeux un peu brouillés, me pris à son tour dans les siens. - Je t’ai attendu trop longtemps. Léo interrompit les retrouvailles. - Si tu veux que l’ordre revienne dans ta cuisine, Louise, tu devrais demander à Yann de la libérer. Yann me sourit. - Tu lui as manqué, commenta le chevalier. - Et elle nous le fait payer, rétorqua Louise en frappant sa prothèse de bois sur le sol. C’est insupportable cette façon qu’elle a de communiquer, ajouta-t-elle en regardant sa cuisine dévastée. La couleuvre était morte, le rat avait pris le quatrième plat. Dehors, Marguerite était assise au bout du quai. À ma droite, la basse-cour avait été déplacée. À sa place, Léo avait installé une fine tour surmontée de faux tournant au vent : une éolienne comme il disait. Les bêtes étaient maintenant à gauche et tous les lapins agitaient les oreilles en espérant voler. - Marguerite, une place pour chaque chose et chaque chose à sa place, tu te rappelles ? - Ta place était ici, et tu l’as oubliée, pendant plus de trois ans, appuya-t-elle. - J’étais ici, répondis-je en regardant le lac. - Tu nous as abandonnés Nell, tu m’as abandonnée, dit la petite. Si tu avais été ici, avec nous, tu aurais pu trouver l’héritier. - Je vais le trouver, promis-je. - Si tu l’avais trouvé il y a trois ans, mon père ne serai pas mort. Raphaël, le réparateur, était mort. Celui qui travaillait au plus près du village des coupés pour les guérir de leur mauvais sort avait été éliminé comme le dernier rempart qu’il représentait. Quelque chose gardait les coupés dans leur état, quelque chose comptait bien les utiliser dans leur état. Pour fuir le moment où elle allait pleurer, Margot s’échangea avec une pierre. Inerte, elle était là, dans mes bras. Elle était belle. Sa longue chevelure rousse reposait en boucles sur ses épaules. Elle avait fait percer le creux de son menton. Comme une tache de rousseur précieuse, une petite bille d’or y trônait. Elle dessinait aussi une ligne noire sur ses paupières pour durcir son regard. Elle avait grandi. Léo arriva derrière moi. - Comment ? lui demandai-je. - On l’a empoisonné, révéla-t-il. Comme Thomas. Margot revînt. - Tu crois que parce que tu reviens, tout va redevenir comme avant. Qu’il suffit que tu reviennes pour que tout s’arrange. Tu ne ramèneras pas mon père, Nell. - Je ne ramènerai pas ton père, mais je peux le venger. Quelque chose de sombre s’était installé en moi, Margot le vit dans mes yeux.
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    la 15e arcane tome 2

    «Raconte-moi notre histoire.» Léonor Chapitre I - Grand-mère Léo, dis-moi que ce n’est pas fini. Léonor resta secrète. Emmitouflée dans sa couverture de laine, elle se redressa pour rassembler les braises au centre de la cheminée. Dans la forge, il faisait froid, c’était l’hiver, c’était aussi la première fois que sa petite fille venait lui rendre visite. Elle devait tout lui dire, tout lui raconter depuis le début. Avant de lui parler d’elle, Léonor devait lui parler de Nell, cette vieille amie qu’elle s’était permise d’incarner le temps de conter son histoire. Nell faisait partie de sa vie et ses aventures avaient captivé sa petite fille Luce. Léonor répondit : - Non. - Alors elle est morte ? Demanda Luce désespérée. Luce perdait une amie. Les mains crochetées sur les accotoirs de son fauteuil, elle ne voulait pas laisser partir Nell. - Non, ce n’est pas fini, corrigea Léonor. L’histoire n’est pas finie. Léonor voulait savoir pourquoi Nell était si importante aux yeux de sa petite fille et pour cela, elle jouait avec ses émotions pour l’obliger à dévoiler son jeu. Pourquoi Luce était-elle venue la voir ? Elle ne parvenait pas à se dire que ce ne fut que pour l’histoire ou pour elle. Léonor était une vieille dame que ses pressentiments ne trompaient plus. - Alors elle n’est pas morte ? L’espoir revînt dans les yeux bleu marine de Luce. - Si, confirma la vieille femme. L’espoir s’enfuit encore. - Elle est morte, se résigna Luce. La petite semblait avoir placé beaucoup d’espoirs en Nell, et c’est-ce qu’avait voulu voir Léonor. Elle ne retint pas plus longtemps ce farouche espoir, elle savait ce qu’elle voulait savoir. - Elle est morte l’espace d’un instant. Luce était soulagée à cette nouvelle, mais plus intriguée encore. Elle sentit que sa grand-mère avait lu en elle, mais la curiosité était trop grande pour faire marche arrière. - Que s’est-il passé ? - Que manque-t-il à cette histoire ? Éluda sa grand-mère. - Une fin heureuse, ironisa Luce. - Cherche bien. - Ses amies l’ont sauvée, une sirène l’a ramenée à la surface, énuméra-t-elle. - Cherche mieux. - Il manque le quatrième pouvoir, réalisa Luce. - Qui est ? - L’Eau. - Le mieux n’est pas toujours l’ennemi du bien, signa Léonor. “L’ennemi du bien”, cette expression eut un écho troublant pour Luce. OOOO Loin, dans les profondeurs du lac, les rayons de la lune ne sont plus visibles. Le froid est plus prenant. Maintenant, mes lèvres sont sûrement d’une belle teinte bleutée. Hésitantes, elles s’entrouvrent. Décidées, elles laissent l’eau entrer. Nell s’agite sous le stress de la noyade, elle lutte, elle s‘abandonne, l’espace flou devient net : il se précise dans ses formes, ses couleurs et dans ses êtres. Quelques poissons nagent autour, indifférents. De nouveau, la lune est visible, trop lumineuse, trop présente. L’eau n’entre plus, pas parce que son corps est noyé, mais parce que sa gorge s’est modifiée. Elle est l’eau qui entre, elle est l’eau qui sort de manière rythmée. Le dernier pouvoir, le pouvoir de l’Eau est là pour l‘emmener plus profondément. Une onde se dégage violemment de son buste provoquant sur son être des spasmes. Nell se rassemble en position fœtale quand une seconde onde se libère, l‘obligeant à s‘ouvrir. Sa peau, puis sa chair, ses os se dissolvent. Elle est devenue eau, elle est larmes.
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    Joyeux Noël 2013 !

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    La 15eme Arcane : Prologue

    bonjour, si vous voulez lire assez facilement le début ( sans mots collés) le site qui a publié le livre propose un "google aperçu", il est sous la couverture il y a facile 100 pages : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342006735 bonne lecture
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    Le 15e arcane : tome 2. chapitre 2

    Printemps Chapitre II La nuit, dans l‘église, le père Baptiste s’était inquiété : une présences’était faite sentir. On ne la voyait pas, mais parfois, on l’entendait errer dans un souffle glacial. L’âme vagabonde séchait ses larmes dans les chapelles sombres de la tour est. Souvent, elle allumait des bougies, mais celles-ci fondaient en un instant. À l’aurore, elle s’évanouissait dans les rayons du soleil qui traversaient les vitraux. Elle retournait dans les eaux du lac comme un vampire sans victime revenait à son cercueil. Elle y attendait un nouveau printemps. Pour une affaire de spectre, Baptiste avait décidé de consulter un spectre. - Catherine, je m’excuse de vous dérangez, mais… Peu de personne se permettait de la nommer Catherine.Baptiste considérait que ce surnom hérétique n’était pas convenable pour une dame de famille catholique. Dans la bibliothèque, au milieu de la nuit, Kali se demanda ce que pouvait bien lui vouloir le prêtre de Magimel. - J’ai un ennui, exposa-t-il. Il soupira, hésita, puis finit par se lancer. - Je pense que mon église est hantée. Baissant la tête, il poursuivit un peu gêné : - Je ne veux pas en parler à Victor, il ferait venir la Mort et je ne pense pas que cette âme soit malfaisante. Les Iudex avaient aussi le pouvoir de faire venir l’Ankou,la Mort. Ce squelette habillé d’une cape noire capuchonnée, moissonnait de sa faux au tranchant retournée les âmes des mourants. Son crâne virait telle une girouette sur sa colonne vertébrale à la recherche d’âmes perdues. Sur sa charrette, il les emmenait jusqu’à la rive, où elles prenaient une barque pour l’Au-delà. - Pourriez-vous venir ? Cette nuit ? Pour attendre ce visiteur…avec… moi ? Tâtonna le prêtre. Kali eut un sourire réjouit. Baptiste ne le comprit. Elle fit semblant de prendre le menton du prêtre. - Baptiste, dors tranquille, ce n’est pas un fantôme. - Que pensez-vous que ce soit ? S’inquiéta-t-il. - Ne la dérange pas, elle rentre à la maison. - Mais qui ? - Je connais quelqu’un qui pourra la convaincre. - Qui ? Demanda Baptiste exaspéré par l’attente. - Mais qui, mais qui ! Rétorqua Kali sans plus de détails. Plus de 3 années sont passées, il est temps. Le Clan place ses pions, elle doit placer les siens. Elle revient nous montrer un autre chemin, nous dire que nous avons le choix. C’est le printemps, l’hiver est terminé. Baptiste abandonna l’idée de comprendre : - Bon, je vous laisse, je vais me coucher. Je n’ai rien compris,mais vous avez l’air de gérer totalement la situation. OOOO Cet hiver était marqué, comme les trois précédents. Chaque fois,le printemps avait baissé les armes face à tant de froid. Le lac restait couvert de sa glace hivernale et les arbres se gardaient bien de sortir de leur torpeur saisonnière. Ils ne bourgeonnaient plus qu‘au milieu de l‘été. Depuis 3 années, le château de Magimel ne sortait de l’hiver. Les stalactites pendues aux mâchicoulis touchaient maintenant la glace du lac. Cette nuit là, Noah était face à lui. Il lançait de petites pierres sur sa glace qui chantait à leurs passages. Un vent glacial s’était levé à la tombée du jour. Plus qu’une heure et le premier jour du printemps 1259 serait conclu. - Regarde le loup et protège les mondes. La lumière de la lune traversait la glace plus qu’à son habitude. - Regarde le loup et protège les mondes, répéta une voix. La couche de glace sembla s’affiner. - Regarde le loup et protège les mondes. La voix résonnait dans l’eau. - Arrêtez, demandai-je. Les rayons de la lune m’éblouirent. - Regarde le loup et protège les mondes. Cette voix résonnait dans ma tête. - ARRETEZ ! La lumière devînt aveuglante. Je regardai mes mains, mon corps s’était séparé de l’eau. Il faisait froid. - Nell, il est temps. Une voix dans l’eau parlait dans ma tête. - Qui est là ? Demandai-je. - Il est temps que tu quittes le lac. La voix devenait douloureuse, elle vibrait dans les os de mon crâne. - Regarde le loup et protège les mondes, c’est bien ce que tu entends tous les jours dans tes rêves ? Les os vibrèrent plus fort. - ARRETEZ ! Elle voulait me forcer à sortir. - Mon fils n’a pu tant aimer une lâche. Égyness prit mes mains. La mère de Mat prit mes mains. Elle avait les mêmes longs cheveux blonds blancs que Kali, les mêmes yeux bleu-vert que son fils Matthieu. - Nell, remonte, il est temps. - Je… - Ne fuis plus ton destin, sort. Je ne voulais pas sortir, c’était trop tôt. J’essayais de libérer mes mains, mais elle les maintenait. Elle voulait que je l’écoute, elle voulait que je comprenne, elle voulait que je sorte. - Tu dois sortir ! Un enfant vient, il faut que tu le protèges. - Ce… - Je ne peux pas sortir, révéla Égyness. Elle était enfermée dans les eaux du lac. En représailles, son mari l’avait enfermée ici. Grégoire avait scellé Égyness dans ses eaux comme ultime punition pour avoir détourné ses enfants de lui. - Protège-le de Grégoire. Protège mon petit-fils de son grand-père,supplia-t-elle. Mes enfants sont morts, protège l’enfant à venir. Tu es la seule qui puisse le faire. Nell, aide-moi, aide l’enfant à venir. La glace se fissura, craqua. Les petites pierres que Noah avaient jetées tombèrent au fond de l’eau. Une couche de vapeur couvrit la surface de l’eau.Les yeux brillants d’une meute de loup luirent au bord du lac, ils s’en retournèrent dans la forêt. Le givre des branches fondit, quelques bourgeons pointèrent. Assit au bord du lac, Noah sentit de l’herbe sous ses mains. Un petit oiseau se posa sur son épaule, il s‘essaya au chant, un chant timide et hésitant.Les grands sapins tremblèrent pour chasser la neige qui les écrasait. Le pinson siffla plus fort, les eaux de fonte se rassemblèrent dans le lac. Dans la vapeur, on put voir une jeune femme nue. - Nell, enfin ! dit Noah. C’était le printemps. OOOO Noah avait su que ce serait pour ce soir. - Personne ne devrait dormir si longtemps! Avait-il dit en m’accueillant sur la rive. Il avait apporté des vêtements, puis posé une couverture sur nos épaules pour attendre avec moi le levé du jour. Il m’avait prise dans ses bras, pour être bien sûr que j’étais avec lui. La lumière du soleil perça les nuages matinaux, brilla en rayons dispersés et puissants. Un vent chaud d’ouest se leva. Un frisson monta jusqu’à mon cou. La brise releva mes cheveux et libéra mon visage du sommeil.Mes yeux étaient trop sensibles à la lumière, ma peau d’une blancheur extrême. - Je suis content de te voir, me dit Noah. Bien dormi ? - Je crois. - Regarde un peu le soleil, me dit-il. Je crois que ton teint en a besoin. Il était magnifique, il engageait son chemin dans le ciel. Il n’y avait plus de nuage. Les oiseaux étaient sortis et commençaient à piailler sur les arbres en éveil. Leurs bourgeons se développaient à vue d’œil et certains arbres présentaient déjà quelques petites feuilles d’un vert tendre. Sous mes pieds, l’herbe couchée par la neige se redressa. Son vert se fit plus pimpant et quelques petites fleurs s’ouvrirent, offrant des notes de couleurs au pré qui bordait le lac. - Ton élément Feu est devenu très fort, constata Noah. - C’est lui qui fait ça ? - Oui, il vit avec toi, si tu dors, il dort aussi. - Alors… - Non, ne t’inquiète pas, la nature à d’autres ressources. Cela fait juste trois ans que les températures d’été ne dépassent pas les vingt degrés Celsius, minimisa le fou. - Désolé ! - Il est temps, dit Noah en se levant. Rentrons. - Quel jour sommes-nous ? - Le 22 mars 1259. - 59 ! J’étais resté presque 4 ans dans le lac, il était temps ! Tzar était là. Le chien de Mat m’accueillit. Cirrus planait au-dessus de nous. Un gros Cha, bien gonflé par son poil d’hiver attendait en boule sur une pile du pont-levis. Je le pris dans mes bras, sa chaleur réchauffa mon cœur. Je passai les porteries, tours à l’entrée du château. Noah fit signe aux gardes, ceux-ci hochèrent des têtes hostiles. Malgré la présence rassurante du fou, leurs regards refroidies par l’hiver persistant virent d’un mauvaise œil cette entrée imprévue. Le soleil brilla plus fort, ils ne virent plus que lui.
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    Le 15e arcane : tome 2. Prologue

    Ya un tome 1 déjà! il est dispo. et le tome 2, je suis sur le 7eme chapitre.
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    Le 15e arcane : tome 2. Prologue

    «Raconte-moi notre histoire.» Léonor Chapitre I - Grand-mère Léo, dis-moi que ce n’est pas fini. Léonor resta secrète. Emmitouflée dans sa couverture de laine, elle se redressa pourrassembler les braises au centre de la cheminée. Dans la forge, il faisaitfroid, c’était l’hiver, c’était aussi la première fois que sa petite fillevenait lui rendre visite. Elle devait tout lui dire, tout lui raconter depuisle début. Avant de lui parler d’elle, Léonor devait lui parler de Nell, cettevieille amie qu’elle s’était permise d’incarnée le temps de conter sonhistoire. Nell faisait partie de sa vie et ses aventures avaient captivé sapetite fille Luce. Léonor répondit : - Non. - Alors elle est morte ? Demanda Luce désespérée. Luce perdait une amie. Les mains crochetées sur les accotoirs de son fauteuil, elle nevoulait pas laisser partir Nell. - Non, ce n’est pas fini, corrigea Léonor. L’histoire n’est pasfinie. Léonor voulait savoir pourquoi Nell était si importante aux yeuxde sa petite fille et pour cela, elle jouait avec ses émotions pour l’obliger àdévoiler son jeu. Pourquoi Luce était-elle venu la voir ? Elle ne parvenait pasà se dire que ce ne fut que pour l’histoire ou pour elle. Léonor était unevieille dame que ses pressentiments ne trompaient plus. - Alors elle n’est pas morte ? L’espoir revînt dans les yeux bleus marine de Luce. - Si, confirma la vieille femme. L’espoir s’enfuit encore. - Elle est morte, se résigna Luce. La petite semblait avoir placé beaucoup d’espoirs en Nell, et c’est-cequ’avait voulu voir Léonor. Elle ne retint pas plus longtemps ce faroucheespoir, elle savait ce qu’elle voulait savoir. - Elle est morte l’espace d’un instant. Luce était soulagée à cette nouvelle, mais plus intriguée encore. Elle sentit que sa grand-mère avait lu en elle, mais la curiosité étaittrop grande pour faire marche arrière. - Que s’est-il passé ? - Que manque-t-il à cette histoire ? Éluda sa grand-mère. - Une fin heureuse, ironisa Luce. - Cherche bien. - Ses amies l’ont sauvée, une sirène l’a ramenée à la surface, énuméra-t-elle. - Cherche mieux. - Il manque le quatrième pouvoir, réalisa Luce. - Qui est ? - L’Eau. - Le mieux n’est pas toujours l’ennemi du bien, signa Léonor. OOOO Loin, les rayons de la lune ne sont plus visibles. Le froid estplus prenant. Maintenant, mes lèvres sont sûrement d’une belle teinte bleutée.Hésitantes, elles s’entrouvrent. Décidées, elles laissent l’eau entrer. Nells’agite sous le stress de la noyade, elle lutte, elle s‘abandonne, l’espace flou devient net. Il se précise dans ses formes,ses couleurs et dans ses êtres. Quelques poissons nagent autour, indifférents.De nouveau, la lune est visible, trop lumineuse, trop présente. L’eau n’entreplus, pas parce que son corps est noyé, mais parce que sa gorge s’est modifiée.Elle est l’eau qui entre, elle est l’eau qui sort de manière rythmée. Le dernièrepouvoir, le pouvoir de l’Eau est là pour l‘emmener plus profondément.Une onde se dégage violemment de son buste provoquant sur son être des spasmes.Nell se rassemble en position fœtale quand une seconde onde se libère, l‘obligeantà s‘ouvrir. Sa peau, puis sa chair, ses os se dissolvent. Elle est devenue eau,elle est devenue larmes.
  13. angelique5

    la 15 ème Arcane chap 7

    Je sais, c'est un peu galère à lire! google a mis une bonne 60 aine de pages à dispo pour les courageux! dont ce chapitre 7 : http://www.monpetite...n=9782342006735 prenez le google aperçu avec un petit livre bonne lecture plus facile!
  14. angelique5

    Le Salon Fantastique

    Est-ce qu'il y en a un cette année?
  15. angelique5

    faire connaître un livre SYFY, des astuces?

    Nouvelle question pratique : quels magazines font foi de bonnes critiques pour les livres fantastiques?
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