éteins mes yeux
qui ne te verront plus
vivante et debout près de moi
comme une tour agile
partant à l'assaut du ciel vide. Ferme mes paupières en partant.
Ferme ma bouche
qui ne pourra plus rien :
ni te dire, ni t'embrasser.
Efface ma bouche d'un revers¿
Retire mes mains de tes hanches,
jette-les au loin,
laisse-les aller en partance
puisqu'elles n'ont plus rien
désormais pour s'attacher,
pour s'arrimer à la terre ;
laisse-les dériver avec le reste
vers la mer, le grand large,
pour qu'elles n'y soient plus qu'un point
qui disparaît,
qui s'efface¿
Jette tout : la tête et la lyre,
puisque ma tête chante encore¿
Je n'ai plus besoin de corps.
Je n'ai plus ni corps ni sexe
puisque tu ne m'aimes plus,
que je ne m'inscris plus
dans l'espace pour toi,
quand tu me croises,
quand je suis en ta présence.
De ce corps, je n'ai plus besoin
puisqu'il ne t'est plus rien,
qu'il n'est plus pour toi
qu'un fantôme
que tu traverses sans le voir
en passant d'une pièce à l'autre.
Libère-moi.
Libère m'en.
Il me pèse tant !
Il me pèse tant¿
Laisse-moi dans ce corridor glacé du Temps
qu'est l'absence
pour au moins y rêver
parfois que je dors,
que je dors encore
avec toi,
pour que je crois que le silence,
ce silence,
c'est encore toi.
*