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Annalevine

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Tout ce qui a été posté par Annalevine

  1. Il y a « quelque chose » qui est coextensif au monde, à l’univers. Nous aimerions faire de ce quelque chose une présence, mais si cela est présence c’est présence au monde, ce n’est pas présence pour nous, ou du moins ce n’est pas présence pour nous seuls, c’est même aussi présence pour qui pourrait vouloir notre destruction. Il est impossible d’annexer ce quelque chose, cet effort d’annexion est le fait des croyants, de ceux qui disent : Dieu, pour annexer ce quelque chose. Mais ce quelque chose échappe à toutes les volontés, à tous les désirs.
  2. Il semble que nous soyons le lieu d'expérience de « quelque chose ». Chaque vie est une expérience menée, semble t il, par quelque chose. Cela ramène aux formules de Hégel : la ruse de la Raison, la ruse de Dieu. Bien sûr il est aisé de constater que les sociétés , dans leur devenir, ne se retrouvent jamais où elles pensaient aller. Il en est souvent de même pour les individus. Comme si quelque chose suivait son chemin... Mais ce quelque chose nous le percevons dans le cadre social, voire le cadre de notre espèce. Cette perception nous ramène à Dieu, ou à la Raison ou au sens de l’Histoire, bref à quelque chose qui pilote ou qui guide, mais qui reste toujours humain. Les humains sont fascinés par l’idée d’un surhomme qui aurait une intelligence infinie, qui serait immortel etc. Les humains restent fascinés par ce qui ne peut sortir que de leur imaginaire... humain. Même leur surhomme est un être dérisoire. Même leur Dieu, quand ils y croient, est un encore le Dieu des hommes, seulement des hommes. Ce qui agit dans le monde est aussi hors du monde. CELA est trop immense pour que nous puissions même en apercevoir un atome.
  3. Il y a dans tout ce qui est une permanence, une identité qui échappe au temps. C’est cette permanence, cette identité qui confère, par exemple, à chaque âge de la vie son authenticité. L’enfance ne peut pas être jugée à partir du devenir de l’enfance par exemple. Dire à un enfant que, plus tard il pensera ou agira autrement n’a pas de sens. Mais nous pouvons dire la même chose des générations différentes, des espèces différentes, et même cette identité est présente aussi bien dans l’inanimé que dans l’animé. Cette permanence est curieuse, je la ressens par moments, pas toujours, j’en ai l’intuition, et cette identité qui reste identique à elle-même dans le temps semble tout unir en elle. Pourtant il y a aussi le changement, la transformation, il y a l’évolution. Je constate rationnellement l’évolution, le progrès ou la régression, et je perçois, intuitivement, la permanence. Deux modes de perception différents et contradictoires, apparemment. À moins que cette identité dont j’ai l’intuition soit là, toujours présente, dans le changement. C’est ainsi que, même si le transhumanisme parvenait à créer un homme nouveau et immortel, même en cet homme nouveau règnerait cette identité qui nous habite déjà aujourd’hui.
  4. Quand nous sommes sur le mode « pensée » nous doutons que nous puissions être libre. Quand nous sommes sur le mode « sentiment » nous ressentons l’expression d’une liberté en nous : le dieu agit librement, en nous.
  5. Même les contempteurs de l’Esprit obéissent toujours ( ou ont foi en) à un esprit. Même celui qui proclame : rien n’est que désir et plaisir, jouissons de la vie, suit la voie du prophète qui, un jour, dit : seul le plaisir doit être votre guide. Derrière tout comportement il y a l’ordre d’un prophète pour le subalterne, ou l’ordre de l’esprit pour les meilleurs, les aristocrates. L’ homme, loin d’être déterminé, est une espèce encore en devenir. Une espèce en devenir doit sans cesse ouvrir de nouveaux chemins, guidée par ses prophètes, inspirés ou athées, peu importe. Ou guidée par son propre génie.
  6. L’effort de Heidegger, partir du verbe pour cheminer vers le sujet du verbe semble vain. Je peux partir du verbe néantir, que je peux même définir au moyen d’autres verbes, mais je ne peux pas dévoiler le sujet, que je nomme alors néant, par commodité ou par nécessité liée au langage lui-même. Le sujet, le néant, reste voilé. Mais il en est de même de toutes les abstractions. Je peux parler d’Amour sans jamais parvenir à lever le voile sur l’Amour. Ce qui est premier c’est le verbe « aimer ». Aimer a du sens, l’Amour s’échappe du sens et ne veux plus rien dire. Dans la vie quotidienne il y a ceux qui aiment, et ceux qui discourent sur l’amour. Tout est dans le verbe. Idem pour la Raison. Je peux discourir toute ma vie sur la Raison sans jamais parvenir à en dévoiler le sens. Tout là encore est dans le verbe : raisonner. Le dévoilement que poursuit Heidegger est vain. Il peut créer en lui une disponibilité : l’Etre ne viendra pas. Tout, là encore, est dans le verbe : « est ». Nous sommes tous conduits à en revenir à l’action. Toute philosophie qui n’éclaire pas sur l’action à entreprendre ou entreprise est vaine. Elle n’est plus alors que divertissement, une façon, comme une autre, de passer le temps.
  7. Le sentiment est une empreinte. Mais « ce » qui imprime n’est pas saisissable. Nous ne pouvons saisir de « ce » qu’une action. Pour l'angoisse Heidegger discerne une action, le « néantir » décrit comme l’acte d’expulser le monde. Le sujet, qui néantit ? n’apparait que comme contrainte syntaxique. Nous posons comme sujet, le néant, mais de ce sujet nous ne pouvons rien dire. Si nous appliquons cette méthode pour identifier l’Etre alors nous devons recourir au verbe être, le « être » comme verbe. Ce qui est discernable c’est « est ». Mais quel est l’acte, dans ce verbe, seul, sans sujet, « est »? L’acte est d’être, sans cesse. C’est : présence. Présence de ce qui est. Mais alors « est » n’est plus du tout un verbe passif, c’est un verbe actif, comme si « est » résultait d’un effort permanent. Le « monde » « est » et c’est tension, effort permanent à être. Je regarde par exemple un paysage, et le paysage devient présence parce que ce paysage « n’est » pas passivement, mais il « est » activement. L’être résulte d’un effort permanent à être. C’est en cela que la nature devient Présence. Il ne s’agit donc pas d’une projection de soi sur le monde quand je ressens la présence du monde : il y a bien quelque chose, qui est présent, et qui est présent en acte. Face à moi il y a présence de la nature en acte. Et c’est parce qu’il y a acte d’être que j’ai le sentiment de cette présence.
  8. Le fait que toutes nos perceptions soient construites pour le sujet que nous sommes et l’impossibilité, au moins apparente, de pouvoir sortir du sujet que nous sommes, laisse entendre que nous ne maîtrisons rien. Et d’ailleurs si nous regardons la fin ultime et radieuse décrite par les scientifiques, cette fin étant l’immortalité enfin conquise, nous voyons que cette fin, même si nous l’atteignons un jour, ne nous avancera en rien quand aux réponses possibles aux fameuses questions métaphysiques, dont la principale : où allons-nous? Que le commun soit ébloui par cette perspective radieuse: l’immortalité, ne doit pas nous éblouir à notre tour. L’immortalité ne nous fera avancer en rien dans l'élucidation des questions métaphysiques fondamentales.
  9. Que le sentiment révèle des « objets » ou des « réalités » d’un autre monde que le monde matériel me paraît évident. Le commun ne pense pas cela car il pense que le sentiment n’est jamais rien d’autre qu’un état d'âme, qu’une disposition cérébrale qui doit tout à la chimie, d’où cette croyance que le sentiment est une perception intérieure. C’est d’ailleurs souvent le cas, (que le sentiment est l’expression d’une disposition chimique). Mais ce n’est pas toujours le cas. Parfois ( souvent ?) c’est une réalité autonome par rapport à soi qui imprime sa marque, et donc la chimie conséquente, à notre esprit. Heidegger à mon avis a raison de postuler qu’il existe des sentiments qui révèlent des réalités autonomes par rapport à nous. Il est vrai que ces réalités autonomes paraissent impossibles à saisir. Mais nous sommes dans la même impossibilité concernant les objets dits extérieurs. L’arbre par exemple qui occupe mon esprit est une image construite en fonction du sujet que je suis. Il n’existe pas de sujet transparent ainsi que le pensent tant de philosophes. Un autre sujet qu’un sujet humain verra autre chose qu’un arbre, un sujet qui n’aurait aucune matérialité ne verrait aucune matérialité d’ailleurs, toutes nos perceptions sont construites en fonction du sujet que nous sommes même si ce fait échappe aux « scientifiques ». Toutes nos perceptions sont construites en fonction de la réalité que nous sommes, elles sont même construites POUR le sujet que nous sommes.
  10. La philosophie populaire, celle qui a vogue ici, n’a t elle pour but que de ramener toute l’attention du lecteur sur l'auteur du texte philosophique ? Toutes les philosophies nietzschéennes qui s’extériorisent ici semblent n’avoir en effet que cette intention : glorifier l’auteur du commentaire nietzschéen. Mais n’en est-il pas de même quand à la production de l’œuvre d’art ? Peut-on mettre dans une même communauté celui qui se sert de son art pour se glorifier ou un homme comme Kafka, prêt à détruire sa production littéraire ?
  11. À partir de ce que je peux lire ici mais aussi à partir de discussions privées je me rends compte à quel point pour moi la culture, l’art, l’histoire n'évoquent en rien ce que cela évoque pour les occidentaux. Ceux-là se comportent par rapport au passé culturel, par exemple, en développant les mêmes méthodes que la méthode scientifique. Le passé culturel est composé d’objets qu’ils considèrent comme ils considèreraient un objet scientifique. Ils sont donc dans l’analyse, jusqu’à faire de l'esthétique un objet scientifique. Ils ont aussi un sentiment de valeur et même d'enrichissement personnel lorsqu’ils parlent « scientifiquement » des objets culturels sans doute parce que l’intérêt porté vers ce type d’objet réfère à un mode de consommation ( des objets culturels) valorisé par la norme dominante sociale. Quand je leur dis qu’un monument en soi m’indiffère en tant que monument ils me regardent avec des yeux ébahis. Ils me disent : alors Notre Dame te laisse indifférente ? Alors je leur parle des innombrables sculptures qui ornent les frontons et je leur dis : j'imagine les milliers d’artisans en train de réaliser leurs œuvres, je les vois tendus vers leur labeur créatif, je communie avec leur esprit, je constate l’ anonymat de leurs réalisations et j’entends l'écho de leur appel lointain : l’oeuvre d’art n’a pas à être rapportée à un nom, l’art est anonyme, l’art dévoile non pas un nom, l’art dévoile des réalités qui sont au-delà . Mais dans un monde occidental où l’esprit n’existe plus, où l’art a pour seule fonction de révéler le nom du réalisateur, et d’attirer sur lui l’admiration et la reconnaissance, l’oeuvre d’art n'étant plus qu’une technique de communication, nul ne comprend rien à ma parole. Je les laisse continuer parler de culture comme de bons techniciens qu’ils sont. La technique tient lieu d’horizon suprême pour les occidentaux.
  12. Je ne suis pas d’accord avec ce fait que le seul facteur discriminant ce soit l’argent. Il y a certes des parents qui vivent vraiment dans une précarité quotidienne qui leur rend difficile l’enseignement de leurs enfants. Mais il y a aussi des parents ne disposant que de peu de moyens et dont il est manifeste que la raison pour laquelle leurs enfants ne s’en sortent pas est uniquement culturel. Il y a aussi le « bagage » culturel qui importe. Dans l’Histoire certaines communautés ont tout perdu sur le plan financier, perdu même le droit de vivre dans leur pays d’origine. Pourtant arrivés dans leur nouveau pays parfois ils accèdent rapidement à des postes sociaux créatifs. J’ai des exemples dans ma famille même avec une génération ayant tout perdu, une grand-mère issu d’une classe aisée étrangère, obligée de gagner sa vie en faisant des ménages à Paris, mais capable de porter ses enfants au plus haut. Grâce au patrimoine culturel séculaire parfois millénaire qu’elle a su transmettre. Des familles pauvres au sens niveau de vie modeste mais possédant un patrimoine culturel « historique » parvienne à sortir leurs enfants de la précarité financière et culturelle. Il ne suffit pas de transmettre des moyens financiers à ceux qui n’en ont pas, il faut aussi transmettre des savoirs culturels séculaires à ceux à qui nul n’a rien transmis sur le plan culturel.
  13. Dans la conduite de sa propre pensée, dans notre monde, le monde actuel français, l’inclination est de construire une vision du monde qui parte de soi, de l’homme en général, de l’individu. Cette inclination est encouragée par la philosophie occidentale qui tend à tout construire à partir de soi. Les raisons de ce choix ne sont pas liées à l’égoïsme mais à cette idée que l'être que l’on connaît en premier c’est soi. Tout part de l’individu dans la culture occidentale de type grecque. L’autre versant de réflexion c’est partir de la communauté, c’est à dire partir du couple l’autre-soi. Avec cette idée que l’individu ne peut exister que dans une relation avec l’autre. La perception de l’autre comme constituant de soi est probablement l’une des origines de l’esprit religieux. L’Occident est traversé par deux attitudes qui finalement s’opposent. Attitude philosophique grecque : l’individu est le point de départ, l’attitude religieuse : la communauté, même réduite à deux, est le point de départ. Le sens de la communauté participe du religieux ( je ne dis pas Dieu en l’occurrence, le sens religieux est à distinguer du monothéisme), le sens « individu » participe de la philosophie ( grecque).
  14. Il faudrait aussi s’entendre sur ce que entendons par « pauvres ». Si nous appelons pauvres les personnes en situation de forte précarité comme j’ai pu souvent en rencontrer dans l’un de mes métiers alors que je sillonnais le bassin minier, alors là oui, il y a de grandes difficultés à transmettre valeurs et savoirs. Mais dans un tel cas il est nécessaire d’agir dans l’aide et le soutien aux parents qui souvent vivent dans une sorte d’enfer. Petits boulots, problèmes récurrents d’argent, angoisse qui parfois emportent les hommes dans des addictions, vulnérabilité sociale ( cette population est une proie pour les commerciaux de tous poils, elle est aussi souvent méprisée dans le travail, méprisée par les « notables », nous avons vu cela avec les gilets jaunes, nous avons vu l'indifférence des gens « bien » devant les yeux crevés, les mains arrachées : qui va maintenant s’occuper de ces familles blessées ?). Il y a donc, d’abord, s’agissant des vrais pauvres un immense travail à faire en direction des familles, des parents : écoute, compassion, respect, aides matérielles, etc. Agir en direction des parents pour leur permettre d’être eux mêmes plus disponibles pour leurs enfants. Je pouvais rentrer dans le domicile de ces vrais pauvres et ce que j’ai pu voir m’a bouleversée. Des familles entières vivent dans une marginalité morale, affective et matérielle inouïes. Les enfants de ces familles sont en danger.
  15. Rien que ce concept : « réussir sa vie » témoigne d’une culture dégradée. Il ne me vient pas à l’idée de me poser cette question : est ce que j’ai réussi ma vie ? La question que je me pose : ai je réalisé ce que je pouvais et devais réaliser étant donné les circonstances ? Et dans ce pouvoir et ce devoir il y a qu’une chose qui importe : ai je transmis le meilleur de moi même ? Ai je communiqué force, courage, beauté morale à ceux qui à un moment dépendirent de moi ?
  16. Je continue à développer mes réflexions à partir de mon expérience. Les élèves dont j’hérite, dans le cadre d’une activité bénévole, sont tous des élèves en difficulté. Soit difficulté purement scolaire soit difficulté à la fois scolaire et familiale. Si je prends de la distance et que je tente de distinguer et ce que je transmets et la manière dont je transmets ( car dans le domaine de l’enseignement tout est dans la transmission) j’adopte une culture propre à mes origines, lesquelles origines ont permis à certaines lignées de traverser les siècles en réussissant toujours à s’adapter. Tout est dans le transmission du « sens ». Non pas le sens dans son contenu mais dans sa forme, chaque élève étant invité à trouver lui-même le contenu de ce sens. L’effort de l’enseignant est aussi de guider l’élève en l’invitant à regarder au plus loin devant lui. À dépasser les valeurs du moment ( tu vas gagner combien ? Tu auras quel titre? Quel statut) pour atteindre des valeurs plus stables dans le temps : que vas-tu apporter à la communauté, quelle va être la marque de ton action, dans quel secteur donneras-tu le meilleur de toi ? L’invitation porte à une certaine transcendance, au dégagement du court terme dans lequel tant d’élèves souvent se débattent. Offrir de belles perspectives, souligner les possibles, réveiller un bel imaginaire... éveiller chez lnenfant et l’ado un espoir d’action qui ait un sens humain, communautaire, pas communautaire au sens étroit mais au sens tous les êtres humains forment une communauté.
  17. Dans l’ensemble je suis d’accord avec Durkheim, nous apprenons au contact de nos parents. D’où bien sûr une reproduction de classe. La manière de penser, d’agir, de réagir, etc. est primordiale. Plus que les conditions de vie. Vous avez des immigrés ou des personnes en « revers de fortune » qui vivront pauvrement et dont les enfants pourtant, assez rapidement, auront dans la vie sociale des positions autonomes et choisies. La complexité de la chose réside dans l’appréhension du problème. Dans les articles que vous proposez et dans les réponses même des foromeurs nous voyons à quel point il y a des disparités culturelles. Par exemple la classe moyenne va penser que devenir un bon cadre moyen ou supérieur est la réussite. Cela nous donne ainsi aujourd’hui des médecins par exemple qui passent leur vie à rentabiliser leur métier en dépassant les honoraires si possible et en travaillant comme des stakhanovistes à prendre client sur client ( car leurs patients ne sont plus que des clients). Ce genre de réussite malheureusement donne un exemple catastrophique pour les enfants puisque ces cadres exhibent la vacuité du sens de leur action. Ces personnes n’ont pas réussi à dépasser les handicaps de leurs origines. Et leur descendance n’augure rien de bon. C’est donc compliqué de définir la transmission idoine, telle que ceux à qui nous transmettons soient capables de se transcender et de réaliser des vies pleines et telles qu’ils puissent mettre en action toute l’étendue de leurs aspirations les plus profondes. Vous demandez des retours d’expérience. Pour m’occuper, quant à l’enseignement, d’enfants de milieux « classe moyenne » je puis vous dire que ce qui est colossal à surmonter c’est la manière de vivre et de penser des parents, manière qui imbibe leurs enfants. En revanche vous seriez surprise d’apprendre que les enfants d’immigrés , dont certains vivent vraiment dans une précarité terrible, sont plus aisés d’accès, tant leurs parents aspirent à se hisser hors de leur difficile condition. Néanmoins ces enfants-là demandent beaucoup d’attention et d’amour. Il est nécessaire de leur en donner.
  18. Encore un qui ne peut pas parler en son nom. Le désir d’esclavage est le propre des classes moyennes. Il leur faut un maître, sinon ils ne sont rien.
  19. Exact, je suis en phase avec vous. La surprise du chef. En effet. Mes enfants m’ont surprise, je ne m’attendais pas à ce qu’ils écrivent une telle histoire. Je me suis sans doute projetée au début sur eux, mais j’ai cédé très vite, car des l'origine avant qu’ils soient conçus, je les ai aimés. Cela ne signifie pas que je ne tente pas de les influencer, ni de leur transmettre des valeurs. Mais en fin de compte l’ultime valeur que je leur transmets, en phase avec la sensibilité asiatique, mon fils, ma fille, tu veux être un Yakusa ? Ok mais soit la meilleure ou le meilleur. Rien à voir avec la morale petite bourgeoise d’une mère incapable d’aimer ses enfants a priori.
  20. Il est possible de voir où veut en venir Heidegger. Il est possible selon lui de sortir du monde, du monde dans son ensemble, comme il serait possible, pour s’appuyer sur une image commode, pour un poisson, de sortir du monde de l’océan. L’homme ou plutôt le Dasein « transcende » écrit-il. C’est parce que le Dasein peut transcender, c’est à dire émerger hors du monde dans son ensemble qu'il acquiert sa liberté, qu’il affirme sa liberté. Si je remplace Dasein par homme, alors il est possible pour l’homme d'émerger hors de notre monde ( transcendance). C’est cette hypothèse qui fonde la métaphysique. Nous retrouvons là l’idée de Kant qui affirme que l’homme est capable de sortir de son « état de nature », que cette possibilité fonde le concept de liberté, et c’est à partir de ce concept que Kant va écrire la Critique de la raison pratique, c’est à dire qu’il va fonder son éthique. Cette possibilité d’une émergence hors de notre monde pose implicitement d’autres hypothèses : l’existence d’un autre monde, le caractère spirituel de l’homme puisque, ce qui en l’homme peut émerger hors de notre monde ne peut pas être matériel. Est posée ainsi la réalité de l’esprit, de l'immatériel. La démarche de Heidegger est originale en ce qu’il s’appuie non pas sur la pensée ( sur l’entendement en tant que faculté de créer des concepts) pour fonder ses hypothèses mais sur le sentiment, le « senti », le « ressenti ». Il existe des sentiments qui révèlent les « êtres » métaphysiques. La question qui brûle les lèvres : quel est le sentiment qui révèle l’Etre ? Apparemment Heidegger n’a pas trouvé la réponse puisque, à la fin de sa vie, il attendait toujours que l'Etre se révèle ( ou se dévoile pour reprendre son vocabulaire). Il semble que, in fine, Heidegger ait rechercher à se mettre dans un état contemplatif, seul état pouvant révéler l’Etre. Nous retrouvons là l’attitude des philosophies orientales qui s’appuient sur la contemplation pour ressentir une totalité, présente, co- extensive au monde.
  21. Vous posez là le problème actuel. La contradiction entre les droits de l’homme et le droit à une communauté d’imposer ses règles. C’est une question idéologique. Soit les droits de l’homme, de l’individu sont absolus et donc vous devez accepter que viennent sur le territoire Français tous ceux qui le désirent soit vous faites passer la volonté identitaire ou sécuritaire de la communauté avant le droit individuel. Si toutefois la France réussit à créer chez elle une identité communautaire. Si tel est le cas la communauté décidera et non pas l’immigré.
  22. Vous posez là un vrai problème. Un problème qui se pose à tous les pays qui reçoivent des immigrés clandestins. En général nous finissons par régulariser les clandestins. Même aux USA. En effet quand quelqu’un est à ce point intégré, qu’il a fait ses études en France, qu’il a un métier, etc. comment le renvoyer ? Sauf bien sûr s’il s’agit d’un délinquant ou d’une personne indésirable pour quelque raison. En fait ce qu il faudrait c’est parvenir à ce qu’aucun clandestin ne puisse rentrer sur le territoire. Où les renvoyer le plus tôt possible. Mais même là ce n’est pas forcément simple. Il y a des immigrés qui sont dans des situations personnelles si difficiles que je ne vois pas comment il serait possible de les renvoyer. On peut avoir des positions de principe. Il est normal qu’un État souverain garde le contrôle de son immigration. Cela dit la réalité parfois écorne la volonté souveraine.
  23. Non ce n’est pas vraiment ça. La gauche « extrême » à l’origine est internationaliste, elle ne raisonne pas à l'échelle de la nation mais à l'échelle du monde. Ce n’est pas là seulement l’effet du trotskisme mais l’effet de la révolution française qui eut une répercussion mondiale. Il ne s’agissait pas seulement d’une révolution française à l’époque mais d’une révolution à dimension mondiale. La gauche radicale a toujours eu cette dimension mondialiste. Aujourd’hui bien sûr les choses ont changé, le France ne peut plus prétendre à une telle puissance culturelle. Ce mondialisme de la gauche radicale est un écho lointain de la puissance morale, politique et militaire de la France. Aujourd’hui nous sommes devenus un pays de puissance moyenne. Nous n’avons plus les moyens de prétendre à l’universel. La position de la gauche radicale ne peut plus tenir.
  24. J’en reviens à Heidegger et au sentiment d’angoisse. L’angoisse que cite Heidegger n’est pas l’angoisse devant quelque chose. Ce n’est pas l'angoisse devant un drame, c’est l’angoisse sans cause, l’angoisse que certains appellent l’angoisse existentielle. Ce n’est pas forcément un sentiment courant. Si je tente de repérer en moi ce type d’angoisse, quand elle m’arrive, j’ai alors le sentiment d’une présence qui s’en va, qui disparaît. Mais il est impossible de déterminer de quelle présence il s’agit, sinon que sa disparition progressive engendre une forte angoisse qui culmine dans un sentiment d’absence. Puis cela cesse, le sentiment d’une présence revient, puis ce sentiment, d’une présence, disparaît à son tour mais sans engendrer un sentiment d’absence. Il est absolument impossible de déterminer qui est présent, et même, cet effort à déterminer qui est présent, annihile le sentiment de présence. Quand il s’agit de sentiment la causalité est impuissante. Je sens une présence, mais le sentiment ne permet pas de déterminer qui est présent.
  25. Oui c’est ça ( me semble t il ) la logique du refus du droit du sol. Logiquement un enfant né de parents étrangers qui vit en France ne peut plus prétendre automatiquement à devenir français. À moins de prouver que ses parents ont obtenu la nationalité française. Il n’y a pas si longtemps ( sous Sarkozy quand il y a eu le débat sur l’identité française) il a été difficile à certains Francais qui étaient nés en France de parents nés à l'étranger d’obtenir le renouvellement de leur carte d’identité. Moi je n’ai pas eu de problème mais ma sœur oui ( comme quoi tout dépend du fonctionnaire qui traite votre dossier). Notre mère, décédée, était née à l'étranger et impossible de trouver des papiers justifiant son acquisition de la nationalité française. Je crois que ma sœur s’en est sortie parce que notre père était français. Mais je me souviens qu’un journaliste français koponacki ( excusez l’orthographe) née d’un père et d’une mère juives polonaises ne parvenait plus à avoir des papiers français.
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