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Annalevine

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Tout ce qui a été posté par Annalevine

  1. J’ai bien fait d’attendre avant de parler à Samuel de l’antisémitisme. J’étais parti de l’idée que l’antisémitisme commençait avec les rois d’Espagne et l’expulsion des Sépharades. Mais en lisant Heidegger je me rends compte que l’antisémitisme est un phénomène qui apparaît en Europe au XIX siècle et qui culmine en Allemagne au XX siècle. Mon erreur est de m’être placé au sein du christianisme. À partir de ce point de vue spatial je tombe toujours sur l’anti judaïsme, pas sur l’antisémitisme. Bien sûr il faut nuancer car les théories raciales françaises du XIX siècle débordent l’anti judaïsme. Mais en lisant Heidegger force est de constater que sa pensée vient à la suite de celle de Hegel et de Nietzsche et que toute cette filière philosophique s’insurge en fait contre le christianisme. Le judaïsme n’est plus dénoncé comme religion mais comme matrice du christianisme. Le judaïsme est une sorte de monstruosité qui a engendré cette horreur : le christianisme. Heidegger est un esprit bien plus puissant que celui de Nietzsche. Ce dernier, comme nos bons petits Français athées, pense qu’il suffit de tuer Dieu pour se débarrasser de l’esprit du christianisme. Heidegger sait bien que cela ne suffit pas et même que la mort de Dieu ne sert à rien. L’esprit du christianisme continue de régner sur les esprits occidentaux que Dieu soit mort ou pas. L’esprit du christianisme n’a même plus besoin de Dieu pour s’imposer et nos petits athées ne se rendent pas compte qu’ils sont toujours les vecteurs de l’esprit du christianisme. L’ennemi de Heidegger c’est le christianisme et comme le christianisme a pour mère, pour concepteur le judaïsme, il s’en prend aux Juifs. Cette rébellion contre le christianisme est quelque chose que je n’avais vu, concentré que j’étais sur l’antisémitisme. Du coup je ne vois pas pourquoi cette filière philosophique allemande s’en est pris au christianisme parce que je n’ai pas étudié leurs textes anti chrétiens.
  2. Quand je lis les commentaires sur la pensée de Heidegger tous partent de ce constat. Dans les années 30 les Allemands sont dans l’urgence : leur sentiment est qu’ils vont disparaître d’une manière imminente, en tant que civilisation particulière. C’est l’angoisse, l’idée d’une destruction proche menée sur trois fronts : à l’ouest les Américains et leur économie triomphante, à l’est les Russes et leur bolchevisme implacable, à l’intérieur du pays les forces représentantes des empires naissants de l’impérialisme capitaliste américain et de l’impérialisme bolchevique russe. C’est l’angoisse à son paroxysme. L’idée d’une extinction possible de leur culture, de leur identité culturelle, l’idée même que le mot « identité » lui-même est menacé de destruction. Le mot « identité » lui-même est en voie d’être anéanti par les idéologies naissantes triomphantes de l’ouest et de l’est. La réaction de Heidegger est la recherche de l’Etre . L’Etre est le pilier de l’identité allemande pour lui. L’Etre est à chercher dans les origines, chez les Grecs. Mais Heidegger n’a pas le temps de partir à la recherche de l’Etre. Trop tard, la catastrophe est déjà là. Les computers, les scientifiques, la technique, la raison analytique destructrice de la pensée globale, holiste, spatiale est déjà à l’œuvre : les étants sont arrachés à l’Etre. Le déracinement est déjà en cours. Il n’y plus d’Etre il n’y a plus que des étants. C’est la chute. Le monde est une cascade d’étants, une avalanche, une brisure innombrable ... Je sens que Heidegger a raison de dénoncer l’arrachement des étants à l’Etre, mais là où il me stupéfie c’est qu’il rend les Juifs responsables de cette catastrophe ! Pour le coup les Juifs tiennent, dans cette catastrophe, réelle, le rôle facile de boucs émissaires.
  3. Quand, à Moscou, l’Hébreu et le Russe, ensemble étudient ma dernière leçon de maths et prennent conscience que cette leçon leur délivre un savoir qui, comme ils disent, n’est pas même contenu dans les livres, quand je les sens ivres de ce savoir acquis, quand ils s’écrient « nous sommes des tueurs » alors qu’ils sont déjà les meilleurs du lycée, mon plaisir n’est pas d’être reconnu par eux, comme le pense mon épouse, mon plaisir est qu’ils S’APPROPRIENT mon savoir. Ainsi mon individualité se dissout lentement dans leur vie, je peux mourir, j’ai transmis.
  4. Les Allemands savaient depuis longtemps qu’il existait deux modes, deux façons de penser. Peut-être ne se rendaient-ils pas compte que ces deux modes existaient dans le même individu. Les Hébreux le savaient aussi, les Grecs aussi, les Asiatiques aussi. Mais il me semble que ces peuples voyaient ces deux modes campés par des individus différents au sein même de leur population. Ils ne voyaient pas que le même individu pouvait réunir en lui les deux modes principaux de penser. L’exception, c’est-à-dire ceux qui ne savaient pas, sont les peuples issus du christianisme et de l’islam. Ces peuples-là fonctionnaient avec l’idée qu’il existe une unité de penser, un seul mode de penser. C’est là, la grande communauté de penser des chrétiens et des musulmans. Mais aussi des peuples issus de ces deux religions qui, même quand ils deviennent athées restent conditionnés dans leur vision univoque du fonctionnement du penser. Leur conditionnement n’a même plus besoin de Dieu pour se perpétuer. L’aliénation de ces peuples est au comble. Il est moins marqué tout de même chez les Réformés mais il reste marqué chez les catholiques et chez les descendants athées des catholiques. Chez les Réformés c’est différent tout de même. En se révoltant contre l’autoritarisme des Papistes ils ont inauguré une autre façon de penser, ouverte à la multiplicité du penser. Ce sont eux qui ont inventé la démocratie pas les Français. Des 1620 les Quakers par exemple diffusèrent dans la Nouvelle Angleterre le principe de la multiplicité du penser, 160 ans avant la révolution.
  5. Heidegger perçoit bien les deux formes de pensée. Dans son texte de 1959, Sérénité, il écrit : « La pensée qui calcule ne s’arrête jamais, ne rentre pas en elle-même. Elle n’est pas une pensée méditante, une pensée à la poursuite du sens qui prévaut en tout ce qui est. Il y ainsi deux sortes de pensée, dont chacune est à la fois légitime et nécessaire : la pensée qui calcule et la pensée qui médite. Or c’est cette seconde sorte de pensée que nous avons en vue lorsque nous disons que l’homme est en fuite devant la pensée » L’homme, l’homme scientifique pour Heidegger ou plutôt l’homme « technique » pour lui, le « technicien », l’ingénieur en somme, est justement celui-là qui fuit devant la « pensée ». L’homme scientifique est celui qui calcule, qui compte, qui mesure, qui ne s’intéresse pas au sens. Cette pensée est aussi aujourd’hui celle du philosophe qui calque sa pensée sur la rationalité du scientifique. Heidegger finit par accorder le vocable « pensée » à l’autre pensée, la pensée méditante c’est-à-dire à la pensée non verbale, laquelle si j’en crois Sperry n’est pas pour autant aussi méditante que ce qu’en pense Heidegger. Ce n’est pas parce qu’elle ne possède pas le verbe qu’elle est forcément méditante. La pensée qui calcule est la pensée « technique », c’est aussi la pensée verbale, celle qu’en France nos savants tiennent pour la seule existante ( l’autre pensée pour eux est inconsciente, animale, bref c’est de la merde ou c’est une pensée inutile). Je comprends la révolte de Heidegger contre la technique dont l’esprit règne en tyran sur la totalité des potentiels de pensée. Pour le technicien, ils abondent sur le forum, la pensée non technicienne est ravalée dans la case : inconscient, instinct, automatisme etc. Beurk. Bon d’accord. Mais pourquoi rend-il les Juifs responsables de la tyrannie imbécile des techniciens ? Comme si sciemment, intelligemment, les Juifs étaient responsables de l’aveuglement des scientifiques. De toute façon les deux modes de penser coexistent en tout individu. Toute la question c’est : quel rapport parvenons-nous à établir entre les deux modes de penser et comment arrivons-nous à une synthèse et non à choisir la tyrannie d’une pensée contre l’autre ?
  6. Je bifurque de la question juive vers la question philosophique. »Abraham et les Juifs, nous dit Hegel, inventent une opération singulière : la séparation et la coupure entre le fini et l’infini, le transcendant et l’immanent, la différence et l’identité, le rationnel et le sensible « ( Gérard Bensussan, la règle du jeu, numéros 58 59). Ce reproche fait aux Juifs est surprenant. Car aujourd’hui nous savons ( enfin les Francais ne le savent pas car leur pensée s’est arrêtée aux année 50, depuis ils ne s’informent plus) donc je dis que c’est surprenant car nous savons qu’effectivement notre pensée est multiple. Nous ne pensons pas de la même manière avec notre hémisphère droit ou avec notre hemisphere gauche. La division est réelle. Les Juifs n’ont pas fabriqué cette multiplicité. Ils l’ont révélée. La question, et Hegel a bien sûr raison sur ce point : comment réaliser l’unité ? Par un dépassement, par la lutte permanente de la dialectique selon lui. Mais peut-on reprocher aux Juifs une différenciation confirmée deux cents ans plus tard par les prix Nobel américains récents ?
  7. Citer Nietzsche dans un sujet qui s’interroge sur l’antisémitisme ne manque pas de sel. Sinon je reste surpris, en approfondissant la pensée allemande, et sa philosophie, son idéalisme, par la permanence de son attaque contre le judaïsme. Je n’avais pas perçu cette récurrence car il arrive la plupart du temps que l’attaque porte contre le christianisme ( Nietzsche ). Il fallait que je fusse aveugle pour ne pas m’apercevoir que chez Nietzsche, Hegel et Heidegger l’attaque contre le christianisme est aussi et d’abord une attaque contre le judaïsme. Le christianisme est anti judaïque, l’idéalisme allemand est antisémite, nuance, énorme nuance. Il faudrait essayer de comprendre l’antisémitisme allemand en comprenant que cet antisémitisme est d’abord une révolte contre le christianisme. Bref tout cela exige une enquête historique. En relisant Heidegger je me rends compte que les juifs sont surtout des boucs émissaires. La révolte de Heidegger porte sur l’advenue d’une civilisation du calcul comme il dit, du « comptable », du mesurable, une révolte contre la technique et donc une révolte contre la science telle qu’elle s’applique au quotidien. Pourquoi pas d’ailleurs, je communie avec sa révolte, mais qu’il rende les juifs responsables de ce génie du « calcul » m’étonne. Il me semble qu’il devrait s’en prendre à l’idéologie dominante de son époque et de la nôtre ( le despotisme de la raison calculante ) laquelle idéologie ne me paraît pas être le fait du judaïsme.
  8. Dans la vie courante, à moins d’être prise dans des nécessités telles que vous n’avez plus besoin de vous donner à l’incertitude ( les conditions de vie alors dictent ce que vous avez à faire ) dans la vie courante donc, l’incertitude devient le lieu de formation des décisions. Vous êtes là, dans une appréhension non déterminée du monde, incertaine, habitée par une disponibilité mentale, vous laissez l’inspiration faire son chemin, sans encore employer de mots. Il s’ouvre un champ de possibles d’où surgissent d’abord des sentiments. Les possibilités d’action alors apparaissent. Faire ceci, faire cela, partir, errer, risquer, s’engager, ne rien faire, contempler, projeter, aimer. Seulement alors la logique et la raison sont convoquées pour étudier chaque projet possible. Puis vous décidez. Vous tranchez. Vous faites ou vous ne faites pas. La décision appartient au monde du sentiment et de l’intuition, le choix du chemin reste toujours pour moi irrationnel. Si vous aimez en vous l’irrationnel, alors vous ne connaîtrez jamais la certitude vers laquelle vous soupirez pourtant dans l’espoir de ne plus connaître l’inconfort de la recherche. Je préfère l’inconfort de la recherche à la certitude, l’inconfort est souvent pénible, mais lui seul permet de connaître, même brièvement, des intensités rares, celles qui sont propres à l’émerveillement ou au ravissement. Je préfère les moments forts voire violents aux longs états tranquilles et indifférents.
  9. Gunther Anders propose l’idée de décalage prométhéen. « La non-synchronicité entre l’homme et le monde qu’il a produit, l’écart qui les sépare, nous l’appelons le décalage prométhéen » La théorie est en retard sur les rapports effectifs, la représentation est en retard sur l’événement, les sentiments sont en retard sur nos actes. Toute action est suivie d’une adaptation aux conséquences de cet acte. Lorsque les hommes franchissent l’isthme de Suez pour sortir d’Afrique et explorer le monde encore inconnu, qui n’est pas encore le monde qu’ils ont produit, ils lancent une action qui va entraîner d’intenses adaptations et modifications et de l’homme et du monde. L’homme remodelé, y compris dans sa chair, y compris dans son fonctionnement cérébral. En s’adaptant au monde, l’homme modifie le monde. Mais il se transforme aussi. Mais le monde qu’il projette n’est jamais le monde qui apparaît. Dans ce monde changé, qui apparaît dans une singularité inattendue, de nouveau l’homme doit s’adapter. Ainsi change-t-il à nouveau.
  10. Dans toutes les représentations que chacun déclare, la main sur le coeur : voici l’universel, l’autre n’existe qu’en ce qu’il doit être, et non en ce qu’il est. Et s’il est toléré en ce qu’il est, alors c’est en tant qu’il est décidé à devenir ce qu’il doit être.
  11. Dimitri datait les événements, les êtres et les choses. Il connaissait la nostalgie des temps passés, et l’inquiétude ou l’espoir face aux temps à venir. L’espace n’existait pas. Anna situait les événements, les êtres et les choses. En un lieu donné elle vivait et revivait à l’identique les sentiments mêmes du passé. Quand bien même la cause du sentiment fut disparue. Le temps n’existait pas.
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