Polyneuropathie périphérique de type évolutif. C'est ce que le neurologue m'a dit il y a une quinzaine d'années après que j'ai ressenti des désagréments lors de la marche. Ce truc là s'est accompagné de pertes d'équilibre. S'il y en a parmi vous qui ont ce genre de truc, ils doivent savoir à quel point c'est douloureux. Ce qui est bien dans ce truc c'est que ça ne guérit pas. Certains antidépresseurs ou antiépileptiques arrivent à calmer les douleurs jusqu'à un certain point et après on évite de bouger les bras et les jambes si on ne veut pas souffrir.
Depuis quelque temps, mon toubib me parlait de l'éventualité d'un fauteuil roulant. Difficile de s'y résoudre quand on a été actif toute sa vie. Qu'importe, j'ai fini par accepter le truc et c'est là que ça devient amusant car il faut passer par la case prescription si on veut se faire rembourser par la Sécu.
Avant la première prescription d'un fauteuil électrique il faut passer des tests d'aptitude à la conduite du fauteuil et ensuite passer devant un médecin agréé de la médecine physique et de réadaptation qui, à partir d'un compte rendu du médecin (pour moi, un neurologue) va établir l'ordonnance. Cette ordonnance devra comporter le modèle du fauteuil ce qui signifie qu'il faudra avoir pris contact avec un marchand de fauteuil. Il en existe qui sont agréés par la Sécu. C'est mieux d'en choisir un parmi ceux-là car ils pratiquent le tiers payant et ils peuvent faire passer les tests.
La façon dont je m'y suis pris est bien simple. J'ai appelé le vendeur avec son catalogue sous le nez sur Internet. J'ai choisi le modèle et deux jours plus tard le mec est venu chez moi avec un fauteuil identique et nous sommes partis en balade dans le quartier. Habitant en ville, en étage, j'ai pu commencer à apprécier les difficultés que rencontrent les personnes à mobilité réduite. L'ascenseur, pas de problème majeur. Là où ça commence à coincer, c'est pour sortir du bâtiment. S'il n'y a pas une personne avec toi tu attends que quelqu'un arrive.
Après ma balade, retour à l'appart. Comme je ne connaissais pas de médecin de médecine physique et de réadaptation, le mec à pris son téléphone et en a appelé un qu'il connaît. Je devrais dire qu'il connaît très bien, voyez la suite.
Ça a été très vite. Trois ou quatre jours plus tard, avec mon épouse nous sommes allés au centre de santé Saint-Jacques à Paris. Comme nous étions en avance nous nous sommes posés sur un banc à l'extérieur et un mec est sorti du centre en blouse blanche pour téléphoner. Il avait une perruque et ça se voyait comme le nez au milieu de la figure tellement le truc était moche. Ce type là, c'était le toubib avec qui j'avais rendez-vous. Le vendeur est arrivé et nous avons attendu un peu ensemble dans la salle d'attente. Le vendeur nous prévient de ne pas nous étonner, le toubib est un peu spécial. T'étonne ! Nous nous installons devant le bureau et le vendeur reste en retrait sur une chaise. Le toubib rentre, s'installe à son bureau sans dire un mot. Il bricole un peu sur son ordinateur et quand il lève le nez, c'est pour s'adresser au vendeur et il lui demande s'il a le compte-rendu. Il le lit en prenant quelques notes et miracle, il daigne s'adresser à ma femme pour lui demander comment je me déplace chez moi.
Attends, ce n'est pas fini. Le mec, le vendeur je veux dire, se lève de sa chaise et s'adresse au toubib qui pianote sur son ordi et se met à lui parler d'une bonne femme qui a déjà un fauteuil roulant manuel et qui voudrait passer à l'électrique mais qui n'a pas de compte rendu parce que pas de pathologie particulière. L'autre, sans lever le nez, lève le bras en tendant l'index et secoue la main en disant « Non, non, pas de pathologie, pas de fauteuil ». Il pianote encore un peu, imprime une ordonnance, la tend au vendeur, et sans rien dire lève son cul et sort de son bureau.
Je crois que l'intervention du vendeur était juste là pour me faire comprendre que j'avais de la chance d'avoir droit à un fauteuil mais surtout que les deux compères sont en cheville. Rentré chez moi, j'ai recontacté le vendeur pour lui demander une copie de l'ordonnance qu'il m'a envoyée par mail pendant que nous discutions. Là j'ai bien compris le truc. Le toubib avait prescrit le fauteuil que moi j'avais choisi plus une commande tierce personne dont je n'ai rien à faire mais qui vaut 714 euros remboursés par la Sécu. J'imagine que le toubib doit s'arrondir ses fins de mois avec la complicité du vendeur.
Qu'importe, le vendeur s'est chargé de la demande de prise en charge et m'a livré le fauteuil en moins de trois semaines.
Ça faisait des mois que, lorsque je mettais le nez dehors, je souffrais comme un damné et aujourd'hui, je peux dire que la vie est belle, je suis dehors tous les jours et je peux profiter du beau temps ailleurs que le nez à ma fenêtre.