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satinvelours

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Tout ce qui a été posté par satinvelours

  1. 3. La voie de l’analogie : voie intermédiaire. Voie où l’on retrouve le problème du nom de Dieu et où St Thomas dit si nous voulons aimer Dieu, lui rendre grâce de ce qu’il nous a donné, à commencer par la vie, l’existence, soit nous nous contentons de crédulité grossière et aveugle et finalement pourquoi ce Dieu plutôt que n’importe quelles divinités archaïques. On retombe dans toutes les croyances que l’histoire de l’humanité déploie. Ce n’est bien sûr pas la voie d’un théologien. La voie de l’analogie qui est la voie thomiste par excellence, est la voie qui postule la nécessité d’une communauté de noms, permettant de parler de Dieu, d’évoquer Dieu et donc de prier, étant entendu que de la même façon que le terme analogie met l’accent sur l’idée d’un rapport de ressemblance qui existe entre deux choses, deux choses qui peuvent être de nature tout à fait différente. Il y a analogie entre moteur de voiture et organisme vivant. Deux choses de nature radicalement différente : une chose animée, une chose inanimée. Cela dit il y a des rapports de ressemblance. L’analogie dit qu’il est possible de postuler un rapport de ressemblance entre deux entités qui par ailleurs peuvent être de nature hétérogène, donc de nature radicalement différente. La voie analogique va postuler l’existence d’un nombre de noms possibles permettant de désigner Dieu, de le faire exister dans nos discours, étant entendu qu’aucun nom ne saurait véritablement être adéquat à l’essence divine puisque Dieu excède tout effort de nomination et tout nom.
  2. 1. La voie de l’univocité : c’est l’anthropomorphisme naïf. C’est la première voie qu’a choisi une multitude de théologiens lorsqu’ils postulent qu’il n’y a pas de différence de nature entre l’entendement humain et l’entendement divin. Il y a juste une différence de degré. L’entendement divin est plus, mais la nature est la même. Donc forcément une connaissance de Dieu est possible. C’est la voix de l’univocité, entendement humain et entendement divin parlent d’une même voix, sauf que du côté de Dieu il y a un plus. Thomas a le plus grand des mépris pour cette voie. 2. La voie dite de l’équivocité : postule l’inverse. Entre l’entendement humain et l’entendement divin il y a une distance abyssale. L’un n’est même pas le reflet de l’autre, et dans ce cas-là aucune connaissance de Dieu, aucun discours sur Dieu n’est possible. C’est la ruine de toute la théologie en tant que telle. Cela ne peut être la voie choisie par Thomas.
  3. Tous les arbres toutes leurs branches toutes leurs feuilles L’herbe à la base des rochers et les maisons en masse Au loin la mer que ton œil baigne Ces images d’un jour après l’autre Les vices les vertus tellement imparfaits La transparence des passants dans les rues de hasard Et les passantes exaltées par tes recherches obstinées Tes idées fixes au cœur de plomb aux lèvres vierges Les vices les vertus tellement imparfaits La ressemblance des regards de permission avec les yeux que tu conquis La confusion des corps des lassitudes des ardeurs L’imitation des mots des attitudes des idées Les vices les vertus tellement imparfaits L’amour c’est l’homme inachevé. On a l’impression que ces états d’âme se révèlent par leurs symptômes physiques qui se répètent sans cesse au cours de l’existence ; on croirait pouvoir les compter. Ainsi, est-il plus juste d’affirmer qu’il y a dans la poésie d’Éluard une nuance ou une impression secondaire de l’abstrait.
  4. Je chante la grande joie de te chanter, La grande joie de t’avoir ou de ne pas t’avoir, La candeur de t’attendre, l’innocence de te connaître, Ô toi qui supprimes l’oubli, l’espoir et l’ignorance Qui supprimes l’absence et qui me mets au monde, Je chante pour chanter, je t’aime pour chanter Le mystère où l’amour me crée et se délivre. Tu es pure, tu es encore plus pure que moi-même. Le verbe chanter introduit une couleur vivante aux abstractions qui l’entourent. L’emploi du pluriel des noms abstraits réduit encore la portée de l’abstrait dans la poésie d’Éluard, la pluralité confère un caractère physique et plus déterminé aux abstractions.
  5. Dans le vocabulaire philosophique le concept est un terme qui induit l’idée logique. Le concept est ce terme générique qui me permet de rassembler, d’unifier, de synthétiser donc de rendre intelligible un divers sensible qui sans le détour du concept ne le serait pas. Arbre est un concept car dans la vie je ne croise jamais d’arbres. Ce que je croise ce sont des chênes, des boulots, des ormes, des saules, des sapins, des mélèzes bref je croise des essences particulières comme je croise des individus particuliers, jamais l’Homme. Je croise tel ou tel arbre, je ne croise pas l’Arbre. À partir du moment où dans l’évolution de l’espèce humaine nous nous arrachons progressivement à la nature et à ce qu’elle produit sur nous, nous commençons à fabriquer des concepts, et ces concepts vont nous permettre de rassembler un divers vécu, perçu, pour pouvoir n’en retenir que les caractéristiques communes et pouvoir identifier les choses au-delà des différences. Un sapin ne ressemble pas à chêne, mais au-delà des différences que je perçois bien, ces deux réalités partagent rn commun quelque chose fixé à tout jamais par le concept arbre Arbre. Le concept a quelque chose d’instrumental, de logique. C’est un instrument qui me permet de penser, de délimiter des coupures, dans une expérience de vie qui, elle, n’est qu’un flux ininterrompu de sensations. Le concept travaille dans le champ de l’expérience. C’est une clé qui ouvre une serrure laquelle ouvre une porte qui ne nous permet que d’accéder dans une pièce qui est borné par les murs constituant l’expérience. Le concept est quelque chose que nous construisons intellectuellement et qui nous permet de circuler dans ce que nous appelons l’expérience de façon à ressaisir, synthétiser, unifier les impression que forcément l’expérience sensible nous donne et au moyen de cette chose qui est unifiée nous permet de rendre intelligible l’expérience. Le concept ne permet pas d’excéder l’expérience le concept. Or nous avons besoin aussi d’excéder l’expérience. Par exemple la science travaille à partir de concepts et non d’idées. La science construit des concepts qui sont toujours bornés et bornés par le champ de l’expérience. Mais en philosophie un concept est quelque chose qui permet d’homogénéiser, de synthétiser.
  6. Je vais ouvrir un fil "Concept et Idée". il sera plus aisé de développer ce sujet.
  7. Je parle de te voir Je te sais vivante Il n’y a pas une goutte de nuit dans tes yeux Je vis dans une lumière exclusive la tienne. Il y a une vivante et heureuse harmonie de clarté et de mystère, de desserrement et de cohésion, de l’actuel et du passé. Le style s’accorde très bien à la fois à l’idéologie surréaliste et au désir d’exprimer une pensée intime et individuelle. C’est un langage concret qui reflète le monde perceptible par les sens. C’est le langage des réalités physiques, symboles visibles du sentiment et des idées. Dans son vocabulaire, c’est le substantif qui domine, je l’ai peut-être déjà mentionné. Le substantif est la seule partie du discours qui peut imposer directement et pleinement la présence et la substance des êtres et des choses. Eluard réduit par conséquent la portée du verbe et de l’adjectif.
  8. J’ai regardé devant moi Dans la foule je t’ai vue Parmi les blés je t’ai vue Sous un arbre je t’ai vue Au bout de tous mes voyages Au fond de tous mes tourments Au tournant de tous les rires Sortant de l’eau et du feu L’été l’hiver je t’ai vue Dans ma maison je t’ai vue Entre mes bras je t’ai vue Dans mes rêves je t’ai vue Je ne te quitterai plus. Les images surgissent spontanément du subconscient. L’association la plus vraie et la plus juste est celle qui est la plus lointaine. Ce rapprochement libre montre avec le plus d’efficacité le vrai fonctionnement de la pensée. C’est le règne de l’inattendu.
  9. La question leibnizienne pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien, pour un Grec n’a aucun sens. Platon nous montre que ce qui existe du point de vue des dieux, c’est ce non-temps que nous traduisons par éternité, et le temps n’est que le reflet mobile, car le temps est lié au mouvement, de ce non-temps.Cet aphorisme représente bien cette idée : attention de ne pas reprojeter de façon rétroactive nos propres catégories avec leurs limites sur Dieu, cette essence que je ne peux pas véritablement saisir. Ce que je suis obligé de percevoir dans l’ordre de la succession, et par ailleurs hors de la succession, qui est souligné par la discursivité du langage puisque quand je parle je suis obligé de dérouler mes phrases, et cela souligne l’aspect successif des choses. Pour comprendre l’un, je suis obligé de passer par le multiple, je suis obligé de fractionner l’unité première. Je suis obligé de casser cette unité en petits morceaux pour pouvoir m’approprier cette unité.Je ne peux pas intuitivement accéder à l’un. Je suis obligé de faire le détour par le multiple. Mais ce n’est pas parce que nous sommes assujettis au temps, à la succession et à l’analyse entre autre infligée par la discursivité du langage que forcément les choses sont comme cela. St Thomas va bien souligner que pour Dieu il n’en n’est rien. Dieu voit toutes choses aussi bien dans son présent divin, aussi bien dans l’ordre du passé que l’ordre du futur, puisque ces catégories sont des catégories inadéquates, imparfaites qui ne conviennent pas à son intelligence. Donc simplicité de Dieu, pas de limites propres qui renvoient à notre entendement humain, qui nous fait séparer, diviser, décomposer, analyser puisque nous sommes des êtres de composition.D’où l’idée thomiste, faire de la théologie, c’est travailler le langage de telle façon qu’il puisse un peu s’élever vers cet objet transcendant qu’est Dieu et ne pas, par un anthropomorphisme naïf, rabaisser Dieu pour vouloir absolument le faire rentrer dans nos propres catégories. D’où les trois voies possibles chez Thomas. A la question fondamentale de la théologie : Comment une connaissance de Dieu est-elle possible ? Dans quel sens peut-on comprendre que Dieu existe ? Trois voies sont possible : deux sont léguées par la tradition et vont être rejetées par St Thomas comme étant inadéquates, la troisième étant originale et qu’il va proposer.
  10. Ce sont deux trajectoires différentes, l’une circulaire puisqu’il n’y a ni commencement ni fin, l’autre linéaire, il y a un commencement créé par Dieu mais il ne peut y avoir de fin.
  11. Je te le dis, gracieuse et lumineuse, Ta nudité lèche mes yeux d’enfant. Et c’est l’extase des chasseurs heureux D’avoir fait croître un gibier transparent Qui se dilate en un vase sans eau Comme une graine à l’ombre d’un caillou. Je te vois nue, arabesque nouée, Aiguille molle à chaque tour d’horloge, Soleil étalé au long d’une journée, Rayons tressés, nattes de mes plaisirs. C’est un poète qui glorifie le corps féminin. Le vocabulaire simple et concret est centré sur la femme et la nature. Les images assimilent la femme au principe de lumière et fluidité. C’est la femme, essence même de la fécondité qui s’identifie avec la nature dans un univers où tout est limpide.
  12. Pourquoi sans puissance ? Parce que si l’on conférait de la puissance, au sens aristotélicien, à Dieu cela voudrait dire que Dieu n’est pas toujours en acte, et c’est toute la notion même de création qui se trouve menacée. Pour être cohérent St Thomas est obligé de dire que c’est un être sans puissance, non pas sans pouvoir, mais puissance reliée à acte chez Aristote. C’est un être sans puissance, c’est un être sans forme, chez les Grecs la forme est ce qui nous limite, et donner une forme à Dieu ce serait précisément le limiter.C’est donc un être absolument simple ce qui signifie pour St Thomas que, contrairement à toutes les autres choses, exister pour Dieu ne veut pas dire être une substance qui ensuite recevrait une pluralité de prédicats. On ne peut pas dire qu’il y a une substance Dieu qui recevrait comme prédicat la bonté, la toute puissance, l’ubiquité, l’omniscience, toutes les qualités que l’on a coutume de reconnaître à Dieu, mais il est l’ensemble de ces qualités ou de ces prédicats.On doit à St Thomas une idée très féconde que l’on trouve chez les grecs mais insuffisamment développée, qui va prendre toute son ampleur au sein du christianisme, à savoir l’idée qui consiste à nous faire comprendre que l’entendement humain par sa propre limitation, par son imperfection précisément est obligé de concevoir dans le temps, c’est-à-dire dans la succession, de découper, d’analyser l’entendement divin. Lui le conçoit dans l’éternité, dans le non-temps.Platon disait déjà « Le temps est l’image mobile de l’éternité » Timée. Dialogue très difficile où il est question de cosmologie, comment le cosmos a été fabriqué par les dieux. Quand les dieux fabriquent le cosmos il faut qu’ils fabriquent le temps. L’idée importante est que ce qui existe à l’origine, c’est du non-temps, un présent éternel.Le non-temps évidemment n’a pas le même sens pour un Grec que pour un chrétien. La notion même de création donne l’idée d’origine. Pour les grecs il n’y a pas de commencement du monde. Quand les grecs disent le monde est éternel, ce n’est pas du tout dans un sens chrétien. Quand nous disons (tradition judéo-chrétienne) le monde est éternel cela veut dire qu’il a été créé par Dieu, il a donc forcément un début, mais il n’aura pas de fin. Nous menons notre existence terrestre, l’humanité est programmée pour durer un certain temps. Ce n’est qu’un petit bout de ce temps qui s’est mis à exister à partir de ce temps zéro qu’est la création, mais ensuite nous attendent des réjouissances et nous entrons dans cette éternité quelques soient les modalités sous lesquelles nous la livrons. Pour un grec l’idée est qu’il n’y a ni commencement ni fin. S’il n’y a pas de fin, il n’y a pas de commencement, le monde a toujours été présent, sous des formes différentes. Il y a toujours eu quelque chose.
  13. Elle est debout sur mes paupières Et ses cheveux sont dans les miens, Elle a la forme de mes mains, Elle a la couleur de mes yeux, Elle s’engloutit dans mon ombre Comme une pierre sur le ciel. Elle a toujours les yeux ouverts Et ne me laisse pas dormir. Ses rêves en pleine lumière Font s’évaporer les soleils Me font rire, pleurer et rire Parler sans avoir rien à dire. La femme est son ressort poétique, Eluard donne à la poésie le pouvoir de recréer la joie de l’amour physique. Le monde réel et la femme dépendent d’abord du regard. On le voit bien dans le poème ci-dessus.
  14. Je suis tombé de ma fureur, la fatigue me défigure, mais je vous aperçois encore, femmes bruyantes, étoiles muettes, je vous apercevrai toujours. Et toi, le sang des astres coule en toi, leur lumière te soutient. Sur les fleurs tu te dresses avec les fleurs, sur les pierres avec les pierres. Blanche étreinte des souvenirs, étalée, étoilée, rayonnante de tes larmes qui fuient. Je suis perdu. La lumière réduit l’obscurité, rend tout transparent. Eluard cherche à réduire la noirceur des choses : tout devient limpide. La femme s’offre comme exemple parfait de cette union entre l’homme et la clarté. Elle devient aussi claire et limpide que le monde dans lequel elle vit, suggérant ainsi un état de réceptivité, de liberté et d’ouverture sur le monde qui l’entoure.
  15. Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin Ciel dont j’ai dépassé la nuit Plaines toutes petites dans mes mains ouvertes Dans leur double horizon inerte indifférent Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin Je te cherche par delà l’attente Par-delà moi-même Et je ne sais plus tant je t’aime Lequel de nous deux est absent. Il faut préciser cependant au sujet du sens de l’amour, que l’amour pour lui se définit par son accomplissement physique. Il n’y a aucun amour platonique chez Eluard, on le voit bien dans sa poésie par l’abondance de références au corps de la femme et aux gestes amoureux.
  16. Mon amour pour avoir figurer mes désirsMis tes lèvres au ciel de tes mots comme un astreTes baisers dans la nuit vivanteEt le sillage de tes bras autour de moiComme une flamme en signe de conquêteMes rêves sont au monde Clairs et perpétuels. Et quand tu n’es pas là Je rêve que je dors je rêve que je rêve. C’est le poète de l’amour, celui qui chante la femme, celui qui éterniseses i stands amoureux, ses émotions amoureuses dans le langage, dans la poésie. S’il s’inscrit bien dans le mouvement surréaliste, il ne perd pas pour autant sa propre individualité. Les images lui sont propres, il reste toujours fidèle à son inspiration à travers les orages du surréalisme.
  17. Le brouillard mêle sa lumière A la verdure des ténèbres Toi tu mêles ta chair tiède A mes désirs acharnés.
  18. A toutes brides toi dont le fantôme Piaffe la nuit sur un violon Viens régner dans les bois Les verges de l’ouragan Cherchent leur chemin par chez toi Tu n’es pas de celles Dont on invente les désirs Tes soifs sont plus contradictoires Que des noyées Viens boire un baiser par ici Cède au feu qui te désespère. Par les métaphores les plus frappantes, il y a une approche de la réalité.
  19. Inconnue elle était ma forme préférée Celle qui m’enlevait le souci d’être un homme Et je la vois et je la perds et je subis Ma douleur, comme un peu de soleil dans l’eau froide.
  20. Les bracelets d’un baiser autour d’un bras interminable La rosace de l’ivresse à la pointe d’un sein Les remous des regards ne me font pas peur J’embrasse avec ferveur la chair des arbres sous leurs écorces Je cherche dans la terre la flamme de la pluie Les agates de la chaleur Les plus petites graines du soleil d’hiver A l’odeur de cendre et couleur de lys L'union des images de l'eau et du feu est récurrent chez Eluard.
  21. Que va-t-on retenir du thomisme ? Tout d’abord que St Thomas est à un moment de rupture, à un moment de tournant dans l’histoire de la pensée de l’existence, parce que justement après lui surgit enfin cette notion d’existence. On peut dire qu’il l’a dégage de toute sa gangue. La notion d’existence va désormais apparaître, et surtout elle va rompre avec toutes les idées énoncées, la tradition païenne, la tradition hellénistique qui ne s’intéressaient pas à l’existence et en faisait toujours une chose secondaire. Là, première rupture. Non seulement l’existence apparaît, mais elle apparaît comme principe premier et en même temps comme fin, comme finalité. L’existence cesse d’être une notion secondaire de l’être. Au contraire l’existence se déplace et avec St Thomas elle vient s’installer désormais au cœur de l’être. Bien sûr on peut dire que cela ne concerne que Dieu. C’est vrai ! Mais en même temps on le verra, même si nous sommes là au cœur de problèmes théologiques, en même temps, et comme d’habitude dans notre culture, ces problèmes qui sont au départ des problèmes théologiques vont déborder très rapidement le cadre strictement théologique, et produire des effets dans la vie des hommes, dans leur vie concrète et matérielle de tous les jours. Par exemple, c’est cette migration de l’existence au cœur de l’être que St Thomas fait subir en essayant de montrer quelle est la nature de Dieu, quelle est la spécificité de cette nature et où se fait le fossé entre le Créateur et ses créatures. C’est ceci qui va aboutir dans les philosophies existentielles athées, à cette prise de conscience que c’est à exister, et comme le dira Sartre, à nous faire exister, nous faire exister par nos choix, nos engagements, la façon dont nous allons user de notre liberté. C’est dans cette façon de nous faire exister, cette façon que nous allons avoir chacun d’entre nous à disposer de notre propre existence que nous allons précisément actualiser notre essence. Si l’existence va devenir si importante, si elle va se mettre à travailler de plus en plus cet être philosophique, avec beaucoup de retard bien sûr, c’est qu’au fond même de la pensée athée on admet puisque nous n’avons pas d’essence déterminée (pour la pensée athée l’existence précède l’essence) c’est à exister. C’est en existant, c’est en déroulant notre existence que nous allons construire cette essence, nous allons littéralement l’actualiser. Bien loin de nous débarrasser de la notion d’essence on peut se poser déjà la question de savoir si l’existentialisme le plus athée de toutes les philosophies existentialistes, c’est-à-dire l’existentialisme sartrien, est peut-être moins un règlement avec la métaphysique, mais une façon plus subtile de continuer à faire de la métaphysique, puisque l’on n’en n’a pas fini avec l’essence. Ici c’est l’existence qui va précéder l’essence, mais Sartre emploie encore le terme essence. Au fond l’essence est l’aboutissement, le résultat de ce que mon existence aura permis de fabriquer. Cela s’origine dans l’histoire, et sur cette question nous sommes les héritiers d’une très longue tradition que nous le voulions ou non. Sur le plan théologique on peut dire que l’existence est le nom même de Dieu « Je suis celui qui est », celui qui existe, celui dont l’essence même est d’exister. Dieu est donc l’existence pure, l’être pur au sens d’existence. St Thomas essaye à la fois d’expliquer la nature du dieu chrétien, et en même temps garder l’outillage aristotélicien. Il va donc poursuivre dans da définition de Dieu en disant que conséquemment c’est un être sans puissance, sans forme.
  22. A partir de ce moment-là va se faire la distinction qui ne cessera de s’enrichir sur le plan philosophique, entre le plan de l’être et le plan de l’avoir qui engage non seulement les choses sur le plan métaphysique, ontologique, mais aussi sur le plan éthique. Dans notre vie de tous les jours nous manipulons bien sûr l’être et l’avoir, et ce que nous engageons sur ces deux plans ce sont aussi des choses éthiques. C’est bien souvent parce que nous n’arrivons pas à nous saisir nous-mêmes par exemple sur le plan de l’être c’est-à-dire nous défendre, tout simplement ne pas nous sentir déporter du côté de l’avoir, que nous allons compenser dans l’ordre de l’avoir quelque chose qui ne peut pas avoir lieu ou qui ne peut se passer du côté de l’être. Il y a de nombreux comportements, attitudes qui ont des implications morales et éthiques très importantes qui vont découler de cette distinction. St Thomas va reprendre et travailler entre être et avoir. Cette assimilation essence-existence en Dieu est aux yeux de St Thomas ce qui lui confère son unicité, sa souveraineté puisque c’est à lui-même et en lui-même que Dieu doit son existence, qu’il existe, alors que nous, nous devons systématiquement notre existence à quelque chose d’extérieur.
  23. Je parlais du poème en prose pour Éluard. Voici ce qu’il dit dans la préface « Les dessous d’une vie » 1926. « Des rêves, nul ne peut les prendre pour des poèmes. Ils sont, pour un esprit préoccupé de merveilleux, la réalité vivante. Mais des poèmes, dans lesquels l’esprit tente de désensibiliser le monde, de susciter l’aventure et de subir des enchantements, il est indispensable de savoir qu’ils sont la conséquence d’une volonté assez bien définie, l’écho d’un espoir ou d’un désespoir formulé. Inutilité de la poésie : le monde sensible est exclu des textes surréalistes et la plus sublime lumière froide éclaire les hauteurs où l’esprit jouit d’une liberté telle qu’il ne songe même pas à se vérifier ». Mais en 1937 dans « Premières vues anciennes » « On ne prend pas le récit d’un rêve pour un poème. Tous deux réalité vivante, mais le premier est souvenir, tout de suite usé, transformé, une aventure, et du deuxième rien ne se perd, ni ne change. Le poème désensibilise l’univers au seul profit des facultés humaines, permet à l’homme de voir autrement, d’autres choses. Son ancienne vision est morte, ou fausse. Il découvre un nouveau monde, il devient un nouvel homme ». « L’oubli joue dans les rêves un rôle constant ». Il déclare donc la supériorité de la poésie sur les deux autres genres : textes surréalistes et le récit des rêves.
  24. Toute nue, toute nue, tes seins sont plus fragiles que le parfum de l’herbe gelée et ils supportent tes épaules. Toute nue. Tu enlèves ta robe avec la plus grande simplicité. Et tu fermes les yeux et c’est la chute d’une ombre sur un corps, la chute de l’ombre tout entière sur les dernières flammes. Les herbes des saisons s’écoulent, tu me montres le fond de ton cœur. C’est la lumière de la vie qui profite des flammes qui s’abaissent, c’est une oasis qui profite du désert, que le désert féconde, que la désolation nourrit. La fraîcheur délicate et creuse se substitue aux foyers tournoyants qui te mettaient en tête de me désirer. Au-dessus de toi, ta chevelure glisse dans l’abîme qui justifie notre éloignement. Éluard aborde aussi le poème en prose. La différence entre les deux genres d'expression ne réside pas dans la source d'inspiration mais dans la disposition formelle de la pensée. Le poème en prose est tout simplement une autre façon de traduire l'univers poétique. Il n'est pas toujours d'accord avec tous les principes établis par André Breton. Il fait la différence entre l'écriture automatique, le récit des rêves, et la poésie.
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