En fait, il f
it un si bon repas, et ses h
ôtes se montrèrent si charmants et si attention
nés à son égard que, le souper fini, il voulait les remercier et leur faire savoir à quel point il est heureux et satisfait.
Il ne connaissait pas leur langue. Il savait juste assez d'espagnol pour demander ce qu'il voulait ¿ et encore il devait prendre garde à ne pas vouloir trop de choses. il
n'en était pas encore au stade des sentiments et des
émotions. En conséquence, il décida
t de mettre en scène sa reco
nnaissance. Il se leva et désigna la table vide sur laquelle on avait servis son repas, puis ouvr
it la bouche et désigna sa g
uorge. Il caressa ensuite la région de son anatom
ie où, au dire des s
cientifiques, va la nourriture, et sourit.
Mon ami souriait de façon plutôt biz
zare. Lui-même reconnait que son sourire a quelque chose de tout à fait en
jeôleur, bien qu'également un peu triste. Ils s'en servent dans sa famille, préten
d-il, pour « tenir » les enfants.
Les personnes de l'auberge parurent plutôt surpris par son comportement. On le regarda d'un air inqui
et
e et on se réunit pour délibérer à voie basse.
«De toute évidence, je ne me suis pas exprimé assez clairement devant ces simples paysans, se dit mon ami. Il faut que je mette plus de
conviction dans ma démonstration.
En conséquence, il se caressa et se frotta cette partie de lui-mêm
e à laquelle j'ai déjà fait référence ¿ et dont, étant un jeune homme pudique et de bonne éducation, je ne dirai
s rien de plus ¿ avec une énergie redoublée, et ajouta encore cinq ou six centimètres de sourire ; il ex
écuta également différents mouvements gracieux, révélateur
s, d'après lui, de ses sentiments amicaux et de sa satisfaction.
Finalement
, une lueur de compréhension poigni
t (moi pas comprendre mais tenter quand même
) sur les visages de ses h
ôtes, et tous se précipitèrent vers le buf
fet pour en ramener une petite bouteille noir
e.
¿ Ah, ils ont compris, se dit mon ami. Je me sui
s fait comprendre. Ils se réjoui
ssent de mon bonheur et vont insister pour que je boi
s le dernier verre de vin de l'amitié avec eux. Le
s braves gens!
Ils lui versèrent un plein verre de vin et le lui tendirent en lui faisant signe qu'il devait le vider sans délais.
« Ah! se dit mon ami en prenant le verre et en l'élevant à la lumière tou
t en
clignant mali
cieusement de l'¿il, voici quelque rare et vieil
le alcool typique de la région ¿ quelque vieil
le héritage réservé spécialement aux h
ôtes de choix. »(...)
Trois secondes plus tard, il découvri
t qu'il venait d'avaler un puissant vomitif
e. Son audi
ence avait pris
ses signes de gratitude pour une tentative de sa part de leur expliquer qu'il s'était empoisonné, ou, à tous le moins (

), qu'il souffrait d'une violente et terrible indigestion, et avaient fait ce qu'il
s pouvaient pour le remettre d'aplo
mb.
Le remède qu'ils lui avai
ent donné n'était pas un
e de ces vu
lg
aires médicaments bon
s marché qui perdent leur pouvoir dans la demie-heure
qui suit leur in
gestion. Il sentit qu'il serait inutile de se remettre à table pour l'instant et il alla se coucher en
core plus af
famé et nettement moins en forme que quand il était arrivé à l'
auberge.
Jerome K, Jerome,
Journal d'un touriste, arléa, 1997.
(J'aurais écrit "Jérôme" mais je ne sais pas s'il faut corriger le nom de l'auteur aussi
)