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Marc Galan

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À propos de Marc Galan

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    Forumeur survitaminé
  • Date de naissance 30/07/1960

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    Homme
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    Paris
  1. AUBE, la saga de l'Europe - le Feuilleton

    Bonjour, en attendant la sortie prochaine d'AUBE, livre I, en e-book, voici déjà des extraits du livre IV (tous les jours jusqu'à la fin de l'année LE TEMPS DES TEMPETES INTERSIGNE C'était l'automne. Il régnait une tiédeur apaisante. Kleworegs avait voulu s'y baigner... C'était celle de son ancien fief en pareille saison. Il était sorti sous la Brillante. Depuis leur arrivée, elle était son amie. Il s'assit sous un pommier. Juste au-dessus de lui brillait, dans la lueur de l'astre, et rond comme lui, un fruit gonflé de toutes les richesses de l'été. Il tendit le bras, le prit, le cueillit d'une brève torsion du poignet, le lustra de sa manche, le mira, y mordit... cracha. - Saletés de vers ! MALÉFICES Le nouvel Ouest, sous le règne de Kleworegs, avait prospéré au-delà de ses rêves. Aryana s’était étendu, sur les terres reçues des dieux, et vivait, anciens habitants comme conquérants, dans l’abondance. La plupart s’en félicitaient, mais l’envie rongeait le cœur des incrédules. Ses anciens ennemis, eux, n’en pouvaient plus de fureur. Chaque jour plus ensauvagés, et d’autant plus qu’ils devaient reconnaître sa réussite et affecter de la louer, ils ne rêvaient plus que de le voir mort... Que pouvaient-ils, à une poignée, contre un roi favorisé de partout par les hautes puissances... Pour le contrer, il leur faudrait les en éloigner, les dresser contre ses projets, empêcher ses triomphes... Et si ces manœuvres mettaient en péril Aryana tout entier ! ? Ils y avaient songé, pesant des jours durant le pour et le contre. Leur rage avait effacé leur sens aryen. Déjà ils étaient sur l’autre rive. Ni les plus hauts, ni les plus respectés parmi les anciens compagnons de Thonronsis, et encore moins de ses proches, n’en étaient, mais ils suivraient, et même celui qui avait épousé la fille du haut roi tant haï, n’exigeant d’eux qu’une chose : qu’ils réussissent, qu’importe la voie. À leur décharge, ils avaient, aussi longtemps que possible, cherché à s’en prendre à lui par des moyens humains. S’ils avaient bien ancré dans leur haine les guerriers venus d'outre le fleuve du levant, vite oublieux des raisons de la mort de Thonronsis et persuadés qu’il avait été condamné à tort, ils n’avaient pas réussi au-delà. Aucun prêtre n’était tombé dans leurs filets. Tant que les choses allaient bien, tant que les récoltes étaient belles, tant que ce monstrueux Udnessunus, à tuer au plus tôt, peut-être même avant son protecteur, enseignait à ses compagnons les secrets qui rendent la terre plus fertile, ils prêcheraient dans la solitude. Il faudrait des calamités, des malheurs sans nom, des révoltes, pour que les yeux se décillent, et que tombe Kleworegs... au profit de qui, héritier d’une terre dévastée, c’était leur dernier souci. Tout ça n’était qu’un rêve, tant qu'il avait le soutien des dieux. Bhagos combattait à ses côtés, et les jumeaux de la nature, et même la Grande Mère de la fécondité, à laquelle pourtant il ne sacrifiait pas. C’était leurs ennemis. Ils ne se sentaient pas de taille... Aucun homme, à dire le vrai, ne s'y serait senti. Ils n’avaient pas à en rougir. Les dieux le soutenaient. Ils n’avaient pas le choix. Puisqu’ils se tenaient à ses côtés, ils s’adresseraient à des puissances de même force, même hostiles. Ils étaient prêts à en prendre le risque, tant leur haine les avait affolés. Mais comment appeler ces déités mauvaises ? Comment, surtout, les dominer et non subir leur sujétion – même si ses plus acharnés ennemis auraient accepté d’en être esclaves, au prix de sa chute ?
  2. AUBE, la saga de l'Europe - le Feuilleton

    INSERT, 1 En ces jours où Kleworegs et les siens, enrichis d’un butin divin, chevauchaient, sereins, par steppes et bois, la planète vivait une de ses heures les plus calmes. Würm, la dernière glaciation, était finie depuis des siècles. Passé le danger d'un retour offensif du froid et des glaces, de nouvelles terres s'offraient à mesure du réchauffement imperceptible et harmonieux du globe. Elles seraient à ceux assez hardis pour rejeter l'atavique frayeur qui les retenait d'y pénétrer. La vie de la Terre, qu’elle veille ou sommeille, est à sa mesure. Après un temps de changements – le renne s'éloignant, fuyant la chaleur, des rives du Danube où il paissait vers les plaines arctiques, les derniers mammouths et rhinocéros laineux agonisant et disparaissant à jamais –, elle était retournée à sa routine endormie. Glaciation et redoux n'avaient laissé d'autres vestiges, de nombreuses espèces triomphantes, que des légendes. Certaines contaient qu'on retrouvait parfois, enchâssées dans la glace comme l'araignée dans la pierre-soleil, des créatures plus grandes que les chariots ou les huttes. Mais c'était des légendes et nul, sauf quelques enfants crédules et des vieilles édentées et gâteuses, n'y accordait crédit. Dans le sommeil ou l'âge extrême, des humains à la raison engourdie avaient engendré des monstres. Qui allait penser qu'en resurgissait la mémoire enfouie ? Sur cette terre dormant d'un calme apparent, après avoir sacrifié quelques hôtes majestueux, moins que pucerons à son échelle, la vie continuait. À des lunes de chevauchée, sur un sol ignoré, elle crachait son trop-plein de puissance en un immense et sombre panache. Son feu embrasait et noircissait le ciel, occultant soleil et étoiles... Plus près d'Aryana, mais non moins à l'insu des siens, la même force secouait un archipel à l'orient. Là, quelques îlots, rongés par les flammes souterraines, s'enfonçaient, avec lenteur ou violence au gré de la colère des profondeurs, sous des eaux d'une couleur immuable. Nul témoin n'en rendrait compte. Les flots formaient encore une barrière infranchissable. Quant au mont grondant sur le sol lointain, peut-être quelques lointains parents des Muets le sentaient-ils trembler, mais une terreur sacrée les en avait, depuis longtemps, détournés. Tous, lâches comme héros, avaient fui ou fuiraient bientôt ses abords pour les douces plaines du midi. Ils s'y établiraient et oublieraient à jamais le tonnerre de la terre. Personne ne le verrait exploser en blocs énormes et infimes poussières. De ces cataclysmes – moins que friselis à la surface du globe – à frapper d'effroi le plus endurci, d'innombrables existences, en ces temps et ceux à venir, allaient dépendre. Et le destin d'Aryana en serait tout changé. Ce mouvement représentait une seconde pour la Terre, un jour pour l'humanité, un an pour les peuples. Pour les simples mortels, une vie. Pour quelques héros, sans qu'ils n'en sachent rien, l'occasion d'enfanter l'histoire. FIN DU LIVRE I ET A PARTIR DU 1er DECEMBRE, EN ATTENDANT LA SORTIE EN E-BOOK, DEBUT DU LIVRE IV
  3. AUBE, la saga de l'Europe - le Feuilleton

    Les ambitions de Pewortor étaient autres. La confirmation de sa fonction guerrière de la bouche même du roi des rois l’avait grisé. Il planait dans une rêverie aussi capiteuse. Ce rêve, toutefois, ne le concernait pas. Il s’appliquait à son fils. Un peu plus de perspicacité lui en eût laissé percevoir l’inanité... En cet instant, toute lucidité, tout jugement, étaient en lui abolis. Son ambition avait une première fois abattu les murs de sa basse extraction. Pourquoi le miracle ne se renouvellerait-il pas ? Dans l’immédiat, sitôt fini cette entrevue, sa voie était toute tracée. Il irait voir le patriarche des forgerons. Il vérifierait les dires concernant leur état d’esprit. Il réglerait des comptes, qu’il se devait d’apurer, datant du temps de son père. Il prendrait parmi eux le rôle qui lui revenait. Le roi l’interpella... Il avait déjà dû le faire sans qu’il l’entende : – te le répète : Peux-tu nous en forger d’aussi belles ? Il brandissait la lame qu’il avait cédée à son envoyé. Le chevaucheur ne la lui avait pas réglée, mais s’en était bien mieux acquitté. Il avait préparé le terrain pour que le roi des rois et les autres chefs à sa suite, s’il appréciait ses glaives, deviennent ses pratiques. Il lui en ferait cadeau. Il n’hésita pas un instant. – Reg-e, j’en ai apporté de splendides, forgées rien que pour toi et ton conseil ! – Je vais envoyer quelqu’un à ton chariot voir ce qu’elles valent et faire un premier choix. Tu me les apporteras demain, avant midi. Les grands rois arrivent pour notre prochain conseil. Si tes armes sont bonnes, ils en voudront tous. Pewortor s’inclina, reconnaissant. Il n’en vit rien. Il était déjà revenu à Kleworegs, renfrogné. Quelle audace avait celui qui n’était, malgré tout, que son forgeron, de retenir toute l’attention ! Il l’en moqua. – Eh bien, Kleworeg, tu t’offusques de ce que je m’intéresse à ton guerrier plus qu’à toi ! ? Ne t’inquiète pas ! Je ne t’ai pas oublié. C’est pour toi que je lui ai posé toutes ces questions. Nos terres deviennent trop étroites. Nos jeunes rêvent de conquérir les vastitudes du couchant. Notre nation a besoin d’un chef neuf à leur tête. Qui d’autre que toi, aimé des dieux, en serait capable ? Accepte, toute cette jeunesse sera ta tribu, à qui nous confierons les meilleures armes et les plus beaux chevaux. Ton guerrier commandera à ceux qui forgeront pour les tiens le bronze conquérant. Me direz-vous oui, ou rentrerez-vous dans votre village, couverts des richesses que nous allons vous donner ? Le bhlaghmen n’avait pu que ratifier la décision prise pour lui. Eux avaient encore le choix. Il y a peu, ils seraient repartis chez eux, riches à foison, bénis à jamais, plutôt que de se lancer dans une conquête aléatoire, pleine de périls, propre à leur assurer, et à leur lignée, puissance et renom. Comme pour le prêtre, l’idée du bonheur de leurs fils prévalut. Leur ambition l’emporta. Ils emprunteraient la voie inconnue, grande ouverte, de la gloire... Etait-ce leur vraie raison ? Leur rut de pouvoir, avant toute réflexion, avait parlé pour eux.
  4. Poètes d'Europe

    AMANJOLOV KASSYM RAKHIMJANOVITCH (1911-1955) est un poète kazakh. Il a fait ses études à l’école professionnelle de vétérinaires, puis à l’Institut Pédagogique d’Oural, et s’est spécialisé à l’Institut des Eaux et Forêts de Leningrad. Ses premiers poèmes ont été publiés en 1931. Au début de sa carrière de jeune poète, il suit les canons de la poésie classique kazakhe, le jyraou (poésies de légende) et le tolgaou(poésie de reflexion). Kassym Amanjolov est un poète-pionnier, un des fondateurs de la poésie lyrique kazakhe, qu’il dote de nouvelles formes pleines de fraîcheur. Ses recueils de poésies « La confession d’une vie » (« Өмір сыры », 1938), « La tempête » (« Дауыл »,1948), les poèmes de « La fille mystérieuse » (« Құпия қыз », 1939), « La légende de la mort du poète » (« Ақын өлімі туралы аңыз », 1944), « Notre Dastan » (« Біздің дастан», 1947), etc., révèlent toute la force du talent lyrique de Kassym Amanjolov. Le poète a chanté la vie quotidienne au Kazakhstan et l’héroïsme de son peuple pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il introduit dans la poésie kazakhe le vers décasyllabique, dont se servent aujourd’hui largement les poètes contemporains du pays. Il est également l’auteur des recueils « La belle enfant » (« Балбөбек») et « Versets » (« Өлеңдер », 1949), « Le monde brillant »(« Нурлы дуние », 1950), etc. Sa poésie est très populaire, les amateurs de vers connaissent par cœur ses poèmes. Sa poésie, profonde et authentique, vit dans le cœur du peuple, inspire les gens et les incite à des actes héroïques. C’est une poésie dense, contemporaine. On peut lire ce poète aujourd’hui, demain, après-demain. Kassym Amanjolov a fait beaucoup pour le développement de la dramaturgie, de la critique littéraire, de la peinture et de la traduction. Il était également compositeur et chansonnier. Ses chansons « Dariga »et « Mon pays natal » sont largement connues par les Kazakhs. Il a traduit en langue kazakhe « Layla et Majnoun » de Nizami, « Poltava »de Pouchkine,« La Mascarade » de Lermontov, « A haute voix »de Maïakovski, « Vassili Terkin »de Tvardovski, etc. Ses œuvres sont traduites en russe et dans toutes les langues des peuples de l’ex -Union Soviétique. En ces jours, le peuple du Kazakhstan commémore le 100e anniversaire du grand poète Kassym Amanjolov, devenu un classique de la littérature kazakhe. Des célébrations ont lieu dans son pays natal, la région de Karaganda, dans la province de Karkaralin. АМАНЖОЛОВ КАСЫМ РАХИМЖАНОВИЧ (1911–55 гг.), поэт. Учился в Семипалатинском веттехникуме, Уральском педагогическом институте, Ленинградском институте лесного хозяйства. Первые стихи опубликованы в 1931 г. В начале творческого пути К.Аманжолов придерживался канонов традиционной поэзии жырау (сказания) и толгау (размышления). К.Аманжолов поэт-новатор, один из основоположников лирики в казахской поэзии, пополнивший ее свежими композиционными формами. В сборнике стихов «Исповедь жизни» («Өмір сыры», 1938 г.), «Буря» («Дауыл», 1948 г.), в поэмах «Таинственная девушка» («Құпия қыз», 1939 г.), «Сказание о смерти поэта» («Ақын өлімі туралы аңыз», 1944 г.), «Наш дастан» («Біздің дастан», 1947 г.) и др. проявилось своеобразное лирическое дарование К.Аманжолова. Поэт отображал жизнь Казахстана, героизм народа в Великой Отечественной войне. К.Аманжолов ввел в казахский стих десятислоговую строку, которой ныне широко пользуются казахские поэты. К. Аманжолову принадлежат сборник «Балбөбек» («Прекрасное дитя») и «Өлеңдер» («Стихи»), 1949 г., «Нурлы дуние» («Светлый мир»), 1950 г., и др. . Его сти­хи и по­эмы по­пуляр­ны в на­роде, лю­бите­ли по­эзии зна­ют их на­изусть. Его под­линная по­эзия ос­та­ет­ся всег­да с на­родом, вдох­новляя к свер­ше­ни­ям. Она со­дер­жа­тель­на, сов­ре­мен­на. Его мож­но чи­тать и се­год­ня, и завт­ра, и пос­ле­завт­ра… Много труда вложил К.Аманжолов в развитие драматургии, критики и художеств. перевода; известен как песенный автор и композитор. Его песни «Дарига» и «Страна родная» широко распространены в народе. Им переведены на казахский язык письма из поэмы Низами «Лейли-Меджнун», поэмы «Полтава» Пушкина, «Маскарад» Лермонтова, «Во весь голос» Маяковского, «Василий Теркин» Твардовского и др. Его сочинения переведены на русский и другие языки народов бывшего СССР. В эти дни литературная общественность Казахстана отмечает 100-летие великого поэта, классика казахской литературы Касыма Аманжолова. Торжества проводятся на родине поэта - в Карагандинской области, в Каркаралинском районе. Biographie (en russe) traduite en français par Athanase Vantchev de Thracy Poèmes (en kazakh) traduits en français par Athanase Vantchev de Thracy et Mursal-Nabi Tuyakbaev 1. DE LA POÉSIE Parfois, je reste assis, plongé dans la torpeur, Comme si un écrasant fardeau pesait sur moi, Imperceptible, passe le temps, Sans accomplir sa tâche. Parfois, surpris, je tressaille, Comme si je venais de trouver ce que je cherchais, On dirait que depuis peu de temps, Un torrent charriant des blocs de glace commence à couler en moi. Deux fois plus vite coulent mes vers, À peine ai-je le temps de les coucher sur le papier, Tantôt je les chante, tantôt je les récite, Plein d’un immense bonheur. Je déplie mon corps, hier recroquevillé, Le feu en moi brûle d’une flamme éblouissante, Je me réjouis du nouveau-né, Assis, je lui procure du plaisir. Mes vers sont mes enfants, On dirait qu’ils me ressemblent, Je respire, penchés sur eux, je les étreins, J’essaie de leur apprendre plusieurs langues. Qu’il est beau ce monde, J’ignore la tristesse et le ressentiment, J’irradie, je suis comme un jeune enfant, Je brûle, tout entouré d’amour. ӨЛЕҢ ТУРАЛЫ Отырам кейде құрысып, Бойымда бір жүк жатқандай; Өтеді уақытым жылысып, Өз міндетін атқармай... Кетемін кенет сілкініп, Іздегенім тапқандай, Манадан бері іркіліп, Селім бір енді аққандай. Келеді өлең еселеп, Үлгіре жазып жатамын; Бір әндетіп, бір сөйлеп, Мол рахатқа батамын. Құрысқан бойым жазылып, Лапылдап отым жанады. Отыр ғандаймын мәз қылып, Ойнатып сәби баланы. Өлеңім менің бөбегім, Өзіме тартқан секілді, Үстіне түсе төнемін, Үйретіп оған не тілді. Дүние қандай тамаша! Реніш-қайғы маған жат, Құлпырып мәз боп, балаша, Айналам толған махаббат. 2. JE PARLERAI DE MOI Ce n’est personne d’autre, c’est moi Qui parlerai du cours de mon existence, Mon cœur, arme-toi de mots ardents, Je garderai le calme au fond de mon âme, Je dirai tout sur un ton tantôt ému, Tantôt câlin. Je suis Kassim – fils de Rahymjan Amanjol, Je suis comme un siècle Pour la génération présente, Aux yeux de certains, je suis un pauvre hère Parti vivre en terre étrangère, Pour d’autres, je suis toutes choses inaccessibles Tout là-haut dans le ciel. De mes deux yeux – deux étoiles au milieu du visage, J’ai vu des événements de toutes sortes. Est-il possible qu’un jour je m’éteigne, Que je devienne noires ténèbres ? Je ne regrette pas de mourir le moment venu, Ce que je regrette, c’est d’agir autrement qu’il ne faut, Chaque jour, j’y pense et repense cent et mille fois : Que faire pour que mon chant ne meure pas avec moi ? Mon chant, c’est tout ce que je possède, C’est tout le bonheur qui est en moi, Mon chant, c’est l’ami le plus cher à mon cœur, Je ne suis pas venu pour rien dans ce monde, Alors comment puis-je vivre et mourir Comme ça ? ӨЗІМ ТУРАЛЫ Өзге емес, өзім айтам өз жайымды, Жүрегім, жалын атқан сөз дайында. Тереңде тұнып жатқан жауып күйді, Тербетіп, тулатып бір қозғайын да... Аманжол – Рахымжанның Қасымымын, Мен қалған бір атаның ғасырымын, Біреуге жұртта қалған жасығымын, Біреуге аспандағы асылымын. Екі көз – екі жұлдыз маңдайдағы, Көруші ең құбылысты қай-қайдағы. Япырмай, сен де бір күн сөнермісің, Қап-қара түнек болып маңайдагы. Өкінбен мен де бір күн өлемін деп, Өкінем ұқсата алмай келемін деп, Күніне жүз ойланып, мың толғанам, Өзіммен бірге өлмесін өлеңім деп. Барым да, бақытым да осы өлеңім, Жақыным, жүрегімнің досы өлеңім. Өмірге келгенім жоқ бостан-босқа, Мен қайтіп, босқа жасап, босқа өлемін 3. SARY-ARKA (1943) Sary-Arka, or brillant, or flottant à la lueur des bougies, Tu es devenue lieu de vie depuis plusieurs siècles, Montagnes joyeuses, merveilleux espaces, rivière pleine de gazouillis, Rendent plus libre ton souffle quand tu grimpes sur les collines. Ouvrant ses ailes toutes de poèmes et de chants, Tel un oiseau, ton cœur s’envole vers le ciel, L’amour, l’amour total envahit tout ton être, Et Sary-Arka vient vivre en toi, qui débordes de jeunesse. Retrouvant la paix dans les bras de Sary-Arka, Je me souviens comment, enfant, j’aimais jouer, Ayant débarrassé ma peau de mes années d’orphelin, Je suis tombé amoureux des nuages couronnant le pic lointain. Ô belle Arka, tu dévoiles ton clair et rayonnant visage, Tu câlines le jeune orphelin, tu chasses ses peines. Ô toi qui éloignes de moi la grise mélancolie des tombes, Que dire de tous ces miracles accomplis pour moi ? Sary-Arka, tu me remplis de nostalgie, Ô ma patrie, Ô steppe d’or, tu es ma mère, pure et généreuse est ton étreinte, Et voilà que je te traverse sans pouvoir m’arrêter, Derrière, c’est toi, ma mère, devant, c’est la guerre, Dis-moi, mère, que dois-je faire ? САРЫ-АРҚА (1943) Сарыарқа сап-сары алтын жүзген нұрға, Қоналқы мекен болған сан ғасырға, Сайран тау, самал жайлау, сырнайлы өзен Лебімен алар тартып, шықсаң қырға. Көтеріп ән мен жырдың күй қанаты, Жүрегің ұшар құс боп аспаныңда, Әлемнің саған ауып махаббаты, Сарыарқа орнар сенің жас жаныңда. Жұбанып сол Сарыарқа құшағында Есімде ойнағаным жас шағымда. Жетімдік жалбыр тонын жерге соғып, Құмартып ауған бұлтқа, алыс шыңға. Арқа ару, ашып нұрлы күн бетіңді, Ойнатып, еркелетіп мен жетімді. Аулақтап сұр бейіттен әкетуші ең, Не дермін, сенің сол бір құдіретіңді? Сарыарқа сағындырдың ата мекен, Сардала анам едің, құшағың кең. Тұсыңнан тоқтай алмай барам өтіп, Артта – Сен, алда – майдан, қайтсем екен? 4. LE PAYS NATAL Grimpe sur la montagne, contemplant la steppe infinie, Tu te réjouis, tu deviens comme un enfant. Ton regard parcourt ses vastes étendues ; Seras-tu jamais las de sa vue ou rassasié de sa beauté ? Ô, Dariga – toi ma contrée natale, mon berceau d’or, Pardonne-moi si jusqu’à présent j’ai été indifférent à ton charme ! Je ne peux me coucher sur ta terre sans en être ému, Non en tant que poète, mais comme une de tes simples pierres. Ma terre, comme tu es vaste, comme est superbe ta grandeur ! Comment ton cœur peut-il battre toujours avec tant de force ? Je suis né, j’ai grandi sur ton sein, et y mourir N’est que le plus cher de mes rêves. Comme la tienne, grande et généreuse est mon âme, Je t’admire, j’arpente libre et heureux tes routes ; Tu m’as donné, sans regret, tout ce que tu avais, Moi aussi, sans lésiner, je te donnerai tout ce que je possède. Ma steppe natale, je suis tombé amoureux de toi, Quand je suis loin de toi, tu deviens mon rêve le plus précieux, Quand je suis sur ton sol, je me sens au paradis, Tu es mon rempart d’or, le seuil où je suis né. ТУҒАН ЖЕР Шықшы тауға, қарашы кең далаңа; Мәз боласың, ұқсайсың жас балаға, Ол шеті мен бұл шетіне жүгірсең, Шаршайсың ба, құмарың бір қана ма? Уа, дариға – алтын бесік туған жер, Қадіріңді келсем білмей, кеше гөр! Жата алмас ем топырағыңда тебіренбей, Ақын болмай, тасың болсам мен егер. Неткен байтақ, неткен ұлы жер едің! Нендей күйге жүрегіңді бөледің? Сенде тудым, сенде өстім мен, сенде өлсем, - Арманым жоқ бұл дүниеде дер едім; Мен де өзіңдей байтақ едім, кең едім; Қызығыңды көріп еркін келемін. Сен де аямай бердің маған барыңды, Мен де аямай барым саған беремін. Болдым ғашық, туған дала, мен саған, Алыс жүрсем, арманым – сен аңсаған; Жақын жүрсем, мен – төріңде жаннаттың, Алтын діңгек - өзім туған босағам! 5. PASSENT LES JOURS (Taras Chevtchenko) Passent les jours, passent les nuits, Et bien vite s’enfuit mon été, Souffle le blizzard, se fanent les fleurs, Jaunissent les feuilles. La pensée somnole, le cœur ne bat plus, S’éteint la lumière des yeux, Tout semble profondément endormi, Pas le moindre signe de vie. Suis-je encore - point ne le sais - Suis-je présent dans ce monde lumineux, Ne fais-je qu’errer Sans pleurer ni rire ? La vie, où est la part de ma vie ? Est-il possible que je n’en aie aucune ? Si cela te désole de m’offrir le bien, Ô mon Dieu, donne-moi le mal ! Comme il est dur de mourir Dans une cage étroite, au cachot, Mais si l’on gaspille sa liberté à dormir, Le cœur en est encore plus affligé. Si l’on passe sa vie à dormir, Si l’on ne se réveille jamais, À quoi bon, alors, vivre ou mourir Si l’on ne laisse nulle trace après soi ? ӨТЕДІ КҮНДЕР (Тарас Шевченкодан) Өтеді күндер, өтеді түндер, Өтеді жазым зымырап, Соғады дауыл, солады гүлдер, Сарғаяды жапырақ. Ой ұйқыда, жүрегім жым-жырт Сөнеді көздің жанары; Бәрі ұйқыда жатыр ғой мүлгіп, Тірліктің жоқ еш хабары. Осынау жарық дүниеде Бармын ба мен, - білмеймін, Қаңғалақтап жүрмін бе әлде, Жыламаймын, күлмеймін. Сыбағам қайда, сыбағам? Жоқ па, сірә, ешқандай?! Жақсылық менен аясаң, Жамандық бер, а құдай?!! Қандай қиын – қаза тапсаң Тар қапаста, зынданда. Еркіндікте ұйықтап қалсаң, Қиынырақ содан да. Ұйықтап өтсең өміріңде, Ұйқың ешбір қамбаса. Тірлігің не, өлгенің не, Ешбір ізің қалмаса.
  5. AUBE, la saga de l'Europe - le Feuilleton

    Kleworegs et Pewortor étaient aux portes du palais du roi. Il les recevrait dans la salle du conseil, où il trônait au milieu de ceux qui l’avaient élu. Ce matin, il était seul (pas depuis longtemps, à leur idée) pour les accueillir et les récompenser. Usant d’un des seuls pouvoirs discrétionnaires dont il disposait, il offrirait au petit roi guerrier mille bovins et une terre à conquérir... Plus peut-être. (« Si ses bestiaux sont tous comme ceux que nous avons vus en traversant la première couronne de pâtis, il ne sera pas déçu ! » ) Pewortor n’était pas exempt de jalousie. À côté de son chef, il obtiendrait bien peu… De belles paroles, pas des dons de prix... Il se contenterait d’un beau petit troupeau. Les puissants ne remercient jamais à la hauteur d’un service, mais de qui l’a rendu. Ils pénétrèrent dans le palais qui fleurait le vieux chêne. On leur dit de patienter. Un rideau s’écarta. On les pria d’entrer. Ils avancèrent. Ils se retrouvèrent en présence du roi. C’était un gros homme adipeux, couturé de partout, chevelure gris-blond en queue de cheval rassemblée au sommet du crâne, barbe frisottée. Cette étrange synthèse pileuse – queue de cheval des tribus du couchant, barbe frisée, ondulée à l’urine de jument, des clans du levant – n’était pas le fruit d’un souci d’unification symbolique. Elle était pure coquetterie. L’effet incident était pourtant obtenu. La plupart y voyaient une profonde intention. S’ils n’avaient su son acharnement à réclamer le miroir pris aux Muets, vu sa complaisance à s’y contempler, ils eussent partagé l’illusion commune. Il se mira encore un moment dans le flanc de bronze. Il le déposa à côté de lui, se souleva de son siège, leur fit signe d’approcher. Il les étreignit longtemps. Il appela Kleworegs son meilleur noble aux mille bovins. Il exprima à Pewortor sa joie d’avoir un guerrier aussi rusé, aussi fort. Les ambitions respectives étaient comblées. Kleworegs avait pris place dans le cercle restreint des chefs de clans qui pourraient, au fur et à mesure que les nobles du conseil royal mourraient, s’en rapprocher, peut-être y parvenir. Il faudrait pour assouvir cette ambition qu’il devienne d’abord chef de tribu, ensuite que les dieux l’aident en envoyant quelque mal qui en faucherait la moitié. On avait déjà vu pareille hécatombe. Il s’imagina à la place du gros roi. Si Bhagos le maintenait assez longtemps en vie, il serait un jour sur le siège de chêne sculpté, symbole du plus haut rang d’Aryana... (« À ça près que j’aurai, moi, le vrai pouvoir ! » )
  6. Poètes d'Europe

    SAMIRA BEGMAN- KARABEG est née en Bosnie et Herzégovine en 1954. Elle émigre en Suisse en 1978 et devient citoyenne de ce pays. Samira a fait des études supérieures d’économie et de tourisme à l’Université de Belgrade. En Suisse, Samira Begman acquiert une vaste expérience dans le domaine de la gestion de patrimoine (dix ans d'expérience). Elle a travaillé comme spécialiste de la sécurité et responsable de la formation des apprentis à l'UBS de 2000 à 2002. Samira Begman est bilingue. Elle parle l’allemand et le bosnien. Elle se sert du russe et de l’anglais. Elle a été a été comptable dans une importante entreprise russe dont le siège se situe à Zurich. Samira Begman est une excellente poétesse et traductrice. Œuvres : Anthologies et revues De 1992 à 2010, elle a eu de nombreuses publications dans des journaux et revues suisses et bosniaques. 2004 "le temps du mutisme" Poèmes, Editions Divan, Suisse 2004 "la bibliothèque des poèmes germanophones" Editions Realis, Allemagne 2005 "la voix de la nature" Poèmes, Editions Divan, Suisse 2007 "Mes voisins" Poèmes, Franco Pen Verlag, Bonn 2008 ' Femmes pour la paix ' Espace d'art pour la poésie, l'image et la sculpture Editions Monsenstein et Vannerdat Livres individuels 2003 „Die Weberin“(la tisserande) Poèmes, Editions Andrea Stangl, Allemagne 2005 „An der Schwelle / Na pragu“ (sur le seuil) Poèmes / Pjesme (allemand et bosniaque) 2008 „Zeichen“ (signe) Poèmes, Littera Autoren Verlag, Schweiz I SEUL, LOIN DE LA LICORNE Je fais de mon mieux pour voir son reflet dans d'autres Alors je démolis et je dilue la nuit, Je veux être dans leur rêve, dans la pupille de leur oeil Au cœur de l’identité, au-delà de l'expression Taillez le mot, le Mot, qui Éclatera sous le fardeau de l'héritage Dans une fontaine de voyelles pour que la sagesse Cachée, dans le moment sacré de création du Commencement, et dissipera dans mille particules L’obscurité éternelle, ce mot au sujet de nous. Depuis comme une poussière d'étoile Moi et la Licorne sommes devenus une Je trouve par hasard les gens qui Se ressemblent les uns les autres Et dont les traits, les caractéristiques Ne forment séparément plus qu'un seul être Le seul être qui blesse et Se consacre à la désolation de sa propre essence Je suis anxieuse, je ressens un frisson Quand je vois que ce qui est resté Des débris de leur vraie nature, et ce qui est resté Dans leurs âmes, n’est rien Qu’une danse endiablée d'ombres mortelles. SAMA, DALEKO OD JEDNOROGA Nastojim ga u drugima naći Pa razgradujem, rastvaram noći, Želim im u san ući, u trešnju usne, Obilježja identiteta, iza govora Riječ isklesati onu baš što evo Zapečaćena nasljeđima pršti u mlazu vokala da bi se znanje skriveno, to tajne zametanje početka u tisuću čestica razišla davna tama, ta riječ o nama. Otkad kao zvjezdana prašina Stopih s Jednorogom sebe Ja nailazim na ljude koji mi Se istim onim drugim čine Koji obiljem svojih obilježja Raskorijenjeni tvore više bića Jedne jedine osobe koja boli i Voli pustoš svakog svog djelića Osjetim zebnju, strese me stud Kad vidim, da od onog čime su Razlistali svoju ćud da ono što Im se u duši nastanilo nije drugo Do li mrtvačkih sjena žustro kolo. II La Licorne revient Une Pensée conçue à partir d’un Mot A suinté dans le Néant Et l'infini a tremblé. Mahat Tattva est né. Moi, séparée de Lui Consommée par les flammes de la Création Moi, l’agneau sacrificiel. Balayé par la tempête du désert de l'illusion Annihilé par la cruelle Kali Yuga, Je trace mon chemin A travers le tourbillon de Désir, La nuit disparaît, Le feu meurt, L'illusion facilite son emprise. Je pénètre dans le monde du Pouvoir de la Pensée, Et là je trouve l'amour, Son appel devient plus distinct. L'écho m’emporte vers L'endroit Où la licorne Rêve de mon retour. Povratak Jednorogu Misao iz Riječi oplodi Ništa i beskonačnost uzdrhta. Rodi se Mahat Tatva. JA, od Njega se odvojih i gorjeh vatrom Stvaranja, ja, svijetu žrtvovana. Pustinjskom olujom iluzije zametana surovom Kali Yuga brušena; savladavam vjetrove strasti, nestaje noć, vatra stvaranja se gasi iluzija gubi moć. Zadirem u svijet Snage misli, u njemu i Ljubavi, Njegov zov zvučan biva. Tim zvukom ja se uznosim gdje Jednorog moj povratak sniva. III À plus tard Je lui ai posé Des milliers de questions, "Mon cher enfant, des cailloux d'or Jaillissent soudain de ta bouche ", Alors il a dit, ' Regarde, ici sont les réponses … " J'ai regardé, Et regardé. Il n’y avait que de l'eau … Je le sais, maintenant J’aurais dû m'être jeté à l'eau. Kasno je Sa hiljadu pitanja stala sam pred Njega, "Dijete, rukohvati klasja iz tvojih usta pršte", reče mi, "Evo, odgovori su ovdje..." gledala sam, gledala... bila je samo voda... sad znam, trebalo je zaronuti. IV Génie L’éclat dans ses yeux Reflète la reddition de L’enfant innocent et inoffensif, Qui se remplit du désir de vie, Difficile à maîtriser En ce jeune âge, Mais quand l'enfant fait face à l'orchestre Et avec assurance Tient la baguette Et crée un orage de mouvements accomplis Et que l'aria divine – une cascade de perles - Se déverse du ciel Et le moment où Avant que le bâton ne soit levé Il fait une pause Il se tourne Il me cherche Il fait s’arrêter mon coeur Il fait s’arrêter le temps Et je me sens Comment les sons harmonieux Qui s’élèvent par la corne de la Licorne Emportent l'enfance De la caverne tempétueuse Vers le verger céleste. Genius U plamu njegovih očiju, dijete mi se predaje, bezazlenoi nespretno u valovlju življenja kojeg savladavati nije naučilo, ali, kad stane pred orkestar i samopouzdano dirigentsku palicu u ruke uzme a iz nje s ruke mu vične sijevaju munje i milozvučna arija - biserni slap iz svemira izlijevati stane i onaj momenat, onaj tren, kad, prije nego podigne palicu okrene se i moj pogled potraži, zastane mi dah, stane vrijeme i ja vidim kako zvuci harmonije jedno djetinjstvo iz pećine nevremena Jednorogom uzdižu u nebesko procvjetavanje.
  7. AUBE, la saga de l'Europe - le Feuilleton

    ... Pour obtenir ce regain et ce surcroît de pouvoir, et diriger à nouveau les destinées plutôt que de se les faire dicter au gré des intérêts et des dons des guerriers, ils s’appuieraient sur lui. Il partait de trop bas pour jamais espérer accéder aux tout premiers rôles (À moins que les dieux ne l’aient destiné au pouvoir suprême, et il valait alors mieux être de son côté), et trop imbu de sa valeur de combattant pour voir que leur plan visait à éroder la croissante puissance des seconde caste. Ils opposèrent le résultat médiocre de la plupart des raids, depuis qu’on les écoutait moins, à l’immense succès de Kleworegs le pieux. Il était le chéri des dieux, l’inconnu pour qui ils priaient quand ils sacrifiaient en l’honneur du plus grand guerrier d’Aryana. Comprenait-il que c’était grâce à toutes leurs supplications que les dieux, ni sourds, ni aveugles, l’avaient favorisé. Jouant les dupes et les benêts, il hochait la tête. Il n’avait que peu de désirs : se battre, plaire aux puissances, s’illustrer à la conquête de ses futures terres. Il l’entreprendrait sans tarder sitôt ner gheslom gwowom. Trop heureux si cela permettait aux dieux d’être adorés, à leurs prêtres d’être honorés, sur les terres qu’ils lui indiqueraient (et c’était celles de son ambition). Il élèverait son fils dans le même esprit... Leurs yeux brillaient. Il avait gagné dans leurs cœurs. Quoi qu’il fasse, ils n’en démordraient pas de le soutenir. C’était important d’avoir l’appui du premier bhlaghmen, mais il était âgé. Un d’eux le remplacerait un jour. Il le manœuvrerait à son tour. Aucun n’avait deviné sa haine de leurs projets. Sur la route du pouvoir, on ne choisit pas ses alliés. Les circonstances décident. Il sortit. Un beau soleil, pâle, froid, avait chassé la pluie. Il musa avant de rentrer à la maison des hôtes. Devant, un messager du roi des rois parlait d’armes avec Pewortor. Le marchandage les absorbait. Sa toux sèche et insistante interrompit leur négoce. Le héraut releva la tête. Il le reconnut. Il le pria de le suivre au palais royal avec le guerrier qui avait pris le Joyau et fabriquait de si puissantes lames. Il ne voyait pas son prêtre. Pewortor le renseigna. Il avait été convoqué par les bhlaghmenes au temple de Dyeus Pater. Seul, des trois associés autour du Joyau, le forgeron n’avait pas attiré leur intérêt. Il n’était qu’un guerrier qui, grâce à son exploit, leur permettrait peut-être de recouvrer leur pouvoir, qu’un chien qui rapporte du gibier : à récompenser, sans excès ; à bien traiter, mais à laisser dehors ou dans un coin où il restera sage. Ces façons ne renforçaient pas sa sympathie, déjà plus que chancelante, à leur égard. Pewortor ne serait pas leur seul déçu. Son prêtre subissait de leur part une amère nasarde. Autant ils avaient choyé Kleworegs, n’ayant aucune raison de le jalouser ou d’en favoriser un autre, tant il semblait le fantoche idéal, autant ils renâclaient à lui accorder les honneurs qu’il espérait. Malgré ses discrètes (il était dans un temple) protestations, ils refusaient d’en faire le desservant du futur autel du Joyau, en tout cas pas le principal. Le premier bhlaghmen avait des amis à obliger. Il devait respecter les susceptibilités. Si le nouveau venu était désigné à ce poste si convoité, l’admiration envers lui serait empuantie de jalousie. Elle se corromprait et pourrirait vite. La vie lui deviendrait impossible. Il devrait repartir pour ne jamais revenir. Son retour, ou celui de ses enfants, à Kerdarya, se heurterait à la haine vigilante de ceux un instant évincés. Rage au cœur, il consentit à un rôle mal défini d’ambassadeur itinérant du coffret. Enfin, si cela aidait son fils ! Le haut prêtre le rassura. Son sacrifice serait apprécié. Il aurait tous les avantages d’un fils de desservant principal... La fonction de son père les lui garantirait sans que nul n’y redise, sur sa foi jurée. Ce combat d’arrière-garde gagné, il céda sur tout. Pour un prêtre de petit clan, et au regard de son passé, la promotion était inespérée. Et il réalisait son plus cher désir : préparer la voie à sa lignée.
  8. AUBE, la saga de l'Europe - le Feuilleton

    À la prime, le messager vint réveiller le héros. Il était déjà levé, et repu. Un vieux rêve lui était revenu. Il avait revu son ancêtre. Son visage se reflétait, au cours de la cérémonie du passage à l’âge d’homme, dans la pierre qui entourait le cou de son chef, une pierre qui était le Joyau. Il ne fit pas attendre ceux qui l’appelaient. Ils étaient, par chance, tout près ; la pluie glacée du matin transperçait la peau. Au seuil de la maison du bhlaghmen, son escorte l’abandonna. Il entra. Les occupants le saluèrent. Il ne les avait qu’entr’aperçus, la veille, mais en avait senti la puissance et l’ascendant. Proches du plus grand prêtre, premiers sacrificateurs de divinités mineures ou acolytes, ils comptaient à Kerdarya. Il devait s’assurer leur soutien, s’en faire des alliés. Il n’aurait pu mieux tomber. Influencés comme par osmose par leur chef, ils étaient tout disposés à l’écouter avec faveur s’il abondait dans leur sens. L’idée de son excellence avait, insidieuse, pénétré leur âme. Il n’avait rien à faire, qu’à prendre garde de ne pas leur déplaire. Ce n’était pas au-delà de ses moyens. Leurs désirs étaient faciles à deviner. Ils le voulaient flagorneur. Il le fut, sans se départir un instant de son orgueil de caste. Ils ne pouvaient rêver mieux. L’un s’absenta pour revenir peu après. Il avait fait son rapport, favorable, en haut lieu. La suite le confirma. Le ton passa à la franche amabilité. Ils étaient fiers d’accueillir le loyal serviteur des dieux qui avait offert à Aryana son nouveau flambeau, réification de son unité et de sa puissance éternelle. Sa découverte, annoncée par eux, venait à point nommé restaurer la piété. Il jura les grands dieux qu’elle n’aurait meilleur défenseur. Ils continuèrent à se confier. Il se pencha pour mieux les entendre. Ils chantaient les louanges du Joyau. Il était, dans sa blondeur, le signe vivant et tangible de leur prééminence. Ils avaient craint, un instant, de se la voir usurpée à jamais par des guerriers plus retors et ambitieux que vaillants. Ce n’était certes pas son défaut. Il entendait de plus loin. Ces mots n’étouffaient pas le cri de leur cœur. Ils désiraient reprendre toute leur ancienne puissance et la faire sentir sur Aryana et, grâce à lui, au-delà. Un pouvoir qui a vacillé et se retrouve, après l’orage, plus affermi, durcit sa nouvelle vigueur au feu de sa peur passée. Il en savait assez. Il tendit de nouveau l’oreille aux bruits sortant de leurs lèvres.
  9. Poètes d'Europe

    Dmytro Tchystiak est né à Kiev (Ukraine) en août 1987. Poète, nouvelliste, traducteur littéraire (Maeterlinck, Yourcenar, Bonnefoy, entre autres), critique littéraire et linguiste. Après les études de philologie romane à l’Université Taras Chevtchenko de Kiev, il y prépare un doctorat sur Maeterlinck tout en y enseignant le français et la théorie de la traduction. Lauréat des nombreux prix littéraires pour sa poésie et sa prose, dont PIJA en 2008, Oles’Hontchar en 2010. Ses ouvrages ont paru en Allemagne, en Arménie, en Belgique, aux États-Unis, en France et en Suisse. Membre de l’Union nationale des Ecrivains d’Ukraine. Дмитро Чистяк народився у Києві у серпні 1987 р. Поет, новеліст, перекладач художньої літератури (з останнього – М.Метерлінк, М.Юрсенар, І.Бонфуа), літературний критик, одне слово – філолог. Асистент і аспірант кафедри французької філології Інституту філології при КНУ ім. Тараса Шевченка. Лауреат багатьох усеукраїнських і міжнародних літературних премій, серед яких – PIJA-2008 і Премія імені О.Гончара (2010). Твори виходили друком у Бельгії, Вірменії, Німеччині, США, Франції та Швейцарії. Член Національної спілки письменників України. Traduction de l’auteur Montagnes vois c’est le glaive qui profère la rivière du feu vers ces ondines enflammées et l’envol des figures orphélines l’aigle d’armoise trinité de la rose en accords clairs à la main enchantée où le sang rejaillit tel un rire à renverser les collines vers les mers desséchées onde après onde les monts se retrouvent en chantant ciel après ciel se retrouvent dans ta voix ineffable morne oiseau ignorant tes clartés éclatées II mais aux confins de ces lunes moroses aux brouillards flamboyants dans le reflet d’une journée en allée vers l’amen de la source ombres des pierres tracassant l’eau bleutée ces clochettes écarlates ces chevaux écarlates à l’envol sur les pousses premières de blancheur tout déchire ton regard comme une foudre ô miroitement souterrain comme une lame de rayons entamant thrènes pour un monde en allée ces fleurs mordorées ont tissé voix cloche à cloche oh ! si loin ! cloche à cloche ! ou une faux aux collines sous peu enneigées par un matin chaud d’enfer la rosée triomphante de nuit la lumière si première est tombée et tu trembles de chœurs à la source une faible vapeur scintillante et la faux terrassant la clarté cloche à cloche à ta bouche florissant de quel cri tout-puissant il te fauche ! il te fauche ! et pourtant ce regard de bleuet en allée vers le ciel de ce corps vaporeux à la faux et ces cloches à l’église aux villages des vents un regard embrassant tout un ciel puis la cloche qui tinte suspendue et le sang est tombé de la main du faucheur goutte à goutte sur les pousses si blanches oh ! quel cri tout-puissant l’a fauché sans faucher le regard amoureux oh ! collines corps à perte de vue blancs si blancs et la cloche appelant tout un monde vers le bleu du regard éclatant ô mon frère de passage aux clartés tu me voiles de joie à ta lame de faux d’un amour à renaître dis-moi si ton chant a duré par la plaie au regard amoureux mais l’éclat a viré en argent et les fleurs écarlates ont tremblé crépuscule et ces cloches d’église te rappellent au portail de ta nuit rien qu’une lame de lumière a suffi et la voix retrouvée III déjà le temps est vert déjà la terre t’appelle sans une issue aux retrouvailles mais point de deuils où la journée tomba ces pierres murmurent encore du chant de source et ces racines qui tremblent de feuillage sans une issue aussi aux retrouvailles apporte ce songe des pierres des eaux et d’or aux grands soleils couchés à transparaître de pleurs de lune encore si ces vergers paroles troubles cloches à l’unisson ne sont que songes la terre brûlant de naître vers les hauteurs горнє I зрине з меча на розвидень ріка золота в мерехті білих ундин і в орфеєвім леті на водах трійцею руж полиновим розкриллям орла тчеться і тчеться рука ув оберненні божім кров мою сміхом одмарює море за морем хвиля за хвилею гори горять і говорять небо за небом але у ясі неодмінній тихе пташа повертайся вертайся вертай II там де зійшовся холодний туман із оглушливим блиском дня криком ріки і камінною тінню на водах там де дзвіночки лілові і коні лілові злітались у сплеск перший ромашковий вицвіт і все! громом! огромом! тільки земля проти ночі палає крізь кригу теплом неохопним ніби зсередини променем ріже і вже поминальну тужбу навзаходи світові тче золотою а птаха все квилить і хвилить оздобу лілову і ріже ріже тихеньке подзвіння ніби хтось косить незбутню траву узимі ранком високої спеки а ще ж непекельно ще росяні трави яса так ніби вперше рекла слово облетом на землю і озираєшся понад рікою на хори косить і косить а ніби нікого випари тіні туману й одміни вихльостом ріжуть і дзвонять! і дзвонять! а дихання часте квітне в обличчя холодною м’ятою Господи крику якого! косить і косить а високо квітне блакитний погляд із тіла імлистого прозір укляк і не може ніяк надивитись на чудо а дзвонить уже над церковцею там угорі за селитьбами вітру туди погляд лиш марева долинає на дзвоні останньому кров із грудей рветься на сині волошки на сині крапля за краплею тільки ж не чує а прозором вись виціловує Господи крику якого уже не волошки тіла без кінця білі-пребілі і падає падає дзвін мов накликає а мева до сині до сині прозором тихий герою з отих що виводять у край животворний там де лиш літо високе з любові з любові спів у полях не заходить на вістрі коси брате речи! вже світло на синяву сходить зі срібла в лілове ніби з волошки зринаєш у вечір у дзвони сільської церковці і догори, догори прозори правдять надію все тільки поруч і сад зацвітає на крайці темрявій дзвони церковці ударили в біле й лілове і повертається край повертається край III уже зелені падоли, уже земля тобі затерпла неодмінно лиш не жалобою на схилку дня найменший камінь зазвучав ручайно а голос кореневий забринів у листі і в тобі непроминально цей сон камінний водний золотий візьми зі згаслих сонць у переходи і ним речи у місячні краї хай маревом лягли ясні сади живі слова і тихі благовісти що розвертають окрик догори
  10. Poètes d'Europe

    Tolegen Muhamejanovich Muhamejanov est né le 27 juillet 1948 à Begen, Beskaragai, Semipalatinskaya Oblast. Il est diplômé de l'établissement pédagogique Krupskaya de Semipalatinsk, du conservatoire d'état Kurmangazy d'Almaty et du conservatoire Tchaikovsky de Moscou (classe de composition). Il est l’auteur de symphonies, d’opéras et de compositions de chambre, ainsi que de musique pour films et productions théâtrales, de chansons, de romances, et de musique instrumentale populaire. Il est poète et auteur de recueils de poésie. En 1987 il a été nommé directeur du théâtre scolaire d'état Abai d'opéra et de ballet. Tolegen Mukhamejanov participe activement au mouvement social « Nevada-Semey » de son ami et associé le chef du mouvement Olzhas Suleimenov. Il est l'auteur de la chanson bien connue « Zaman-AI » qui est devenue un hymne de protestation. Depuis 1990 T. Mukhamejanov a organisé et tenu des actions culturelles, sociales et politiques importantes : le concours international « voix de l'Asie », le congrès du monde de l'accord spirituel, et autres activités caritatives. De 1998 à 2004 il était l'akim de député de la ville d'Astana, de 2004 à 2007, membre du Mazhilis au Parlementde RK, depuis 2007, membre du sénat au Parlement de RK. Il est président du Fonds social international du « congrès de l'accord spirituel ». Son travail sur l'entretien et le renforcement de l'originalité sociale et culturelle du jeune état kazakh et pour la diffusion des accomplissements du pays au niveau international a été fortement apprécié par le président de Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev. Tolegen Muhamejanov est lauréat du prix d'état de RK et membre de l'ordre de « Parasat ». Толеген Мухамеджанович Мухамеджанов родился 27 июля 1948 г. в селе Бегень Бескарагайского района Семипалатинской области. Окончил Семипалатинский педагогический институт им. Крупской, Алматинскую Государственную консерваторию им. Курмангазы и Московскую консерваторию им. Чайковского [аспирантуру] по классу композиции. Автор симфоний, опер, камерных сочинений. Является автором музыки к кинофильмам, театральным постановкам, песен, романсов, популярной инструментальной музыки. Поэт, автор поэтических сборников. В 1987 г. директор Государственного академического театра оперы и балета им. Абая. Толеген Мухамеджанов - активный участник общественного движения 'Невада-Семипалатинск', друг и соратник лидера движения О.Сулейменова. Автор знаменитой песни 'Заман-ай', которая стала гимном народного протеста. С 1990 г. Т. Мухамеджанов организовывает и проводит крупнейшие культурные и общественно-политические акции: международный конкурс 'Азия дауысы', Всемирный Конгресс духовного согласия, благотворительные акции в Дни духовного согласия и многие др. С 1998 года по 2004 год заместитель акима г. Астаны, с 2004 по 2007 депутат Мажилиса Парламента РК, с 2007 года депутат Сената Парламента РК. Президент Международного Общественного Фонда «Конгресс Духовного Согласия». Его работа по сохранению и укреплению социально-культурной самобытности молодого казахского государства, популяризация достижений страны на международном уровне получили высокую оценку Президента Казахстана Нурсултана Назарбаева. Толеген Мухамеджанов - лауреат Госпремии РК, кавалер ордена 'Парасат' Poèmes traduits du russe en français par Athanase Vantchev de Thracy I Il se tait, depuis combien de temps se tait-il, Mon bon vieux téléphone, Oublié de tous, il se dresse Devant le mur, comme une ombre. Jeune, il sonnait, il chantait, Sur plusieurs tonalités, avec moult voix, Et moi, j’étais semblable à Aladin, Sa lampe merveilleuse à la main. Il ne me faisait que du bien, M’offrait tendresse et amour, Faisait des miracles quotidiens Donnait aux sentiments chair et sang. A présent, se sentant délaissé, il tremble Quand il entend retentir des sons froids, Non, ce n’est pas sa voix, mais celle du mobile Qui a envahi pour toujours l’avenir. Молчит, который год молчит, Мой добрый старый телефон, Забытый всеми он торчит, Как на стене ненужный фон. Звенел и пел он молодым, На разных нотах, голосах, И был я словно Алладин, С волшебной лампою в руках. Вершил он добрые дела, Дарил мне нежность и любовь, Творил простые чудеса, Давая чувствам плоть и кровь. Теперь обиженно дрожит, В холодном отзвуке звонка, Нет, это сотовый звенит, Пришедший в завтра, навсегда. II Comme des feuilles jaunissantes Dans la cour tombe l’automne, Et très lentement s’effacent Les traces de tes pieds sur l’herbe. Je me mets à genoux, je cherche, Impossible de trouver tes empreintes, Ne serait-ce qu’à l’état d’ombre, Viens survoler mon âme. Peut-être, si je scrute avec mon cœur, Découvrirai-je la lumière laissée par tes traces Qu’avec grand soin je protégerai Du piétinement des inconnus qui passent. Желтым цветом опадает Осень во дворе, Незаметно пропадает След твой на траве. Опускаюсь на колени, След не отыскать. Пролети хотя бы тенью Надо мной опять. Может, сердцем я открою Свет твоих следов, Их я бережно укрою От чужих шагов. III Tout meurt, tout périt en ce monde fragile, Le temps taciturne tient tout en son pouvoir. Seule vit à jamais, dans un cœur fidèle, Semblable à un rêve, l’amour qui l’a ravi. Pur, béni, doux est l’amour, Magnifique dans ses intentions, Quand deux êtres avec joie le partagent, Tout, soudain, se met à fleurir. Telle la Muse, j’exalterai, Oui, je glorifierai l’amour du poète Qui ouvre aux hommes les merveilles du monde Et orne la vie de songes splendides. Все смертно, тленно в мире бренном, Во власти времени без слов. Живет лишь вечно в сердце верном Мечтой пришедшая любовь. Она чиста, благословенна, Прекрасна в помыслах своих, И расцветает все мгновенно, Когда взаимна для двоих. Восславлю музою поэта Любовь, я вечною весной, Что дарит людям чудо света И жизнь великою мечтой IV Poème dédié à Mahabet Utemisov Je veux m’éteindre comme une bougie, Sans crainte ni douleur, Résoudre les problèmes sans trop réfléchir, Sans fatiguer ma chair ni verser de sang. Sans ramper, sans faire de ronds de jambe Devant les goujats et les perfides, Sans m’humilier ni geindre Devant les hypocrites et les frimeurs. Vivre comme un vrai homme, Ne jamais être un vil poltron Ou vivre indifférent à tout Comme un cadavre privé de cerveau. Il est trop facile de racheter avec de l’or Une faute terrible, C’est uniquement par la mort Qu’on peut racheter Un crime abominable. Ceux qui, par le mensonge et la délation Tiennent leur peuple esclave, Bercent un seul et unique rêve : Être les maîtres éternels de leur royaume. Je ne veux pas m’éteindre comme une bougie, Mais servir les générations futures Et lancer mes mots comme des balles Contre les tyrans et la pègre. Посвящается Махамбету Утемисову Хочу погаснуть, как свеча, Без страха и без боли, Решить проблемы все сплеча, Без плоти и без крови. Не пресмыкаться, не юлить Пред хамством и коварством, Не унижаться, не скулить Пред ханжеством и барством. Не в силах мужеству служить, Не быть нелепым трусом, И равнодушным просто жить, Чтоб быть безмозглым трупом. Не трудно золотом купить За праздность искупление, Лишь смертью можно искупить Гнилое преступление. Тех, кто обманом, клеветой Народ свой держит в рабстве. Живя единственной мечтой, Быть вечным в этом царстве. Хочу не гаснуть, как свеча, Служить своим потомкам, Оставив пулями слова Тиранам и подонкам. EN SAVOIR PLUS : http://www.poetasdelmundo.com/verInfo_asia.asp?ID=7177 mukhamedzhanov@parlam.kz
  11. Poètes d'Europe

    Bećir Vuković est né le 3 avril 1954 à Kolasin. Il a étudié la littérature yougoslave et internationale à la faculté de philologie de Belgrade. De 1980 à ce jour, il a publié une quinzaine d’ouvrages de poésie, dont plusieurs ont été récompensés par des prix nationaux et internationaux: Il est le rédacteur-en-chef de la revue « Srpski jug ». Il est président de’'associationdes auteurs serbes du Montenegro et d’Herzégovine, et un membre régulier de MaticaSrpska. Ses poèmes ont été traduits en français, russe, italien, polonais, bulgare, turc et macédonien. Il habite à Podgorica. Poèmes traduits en français par Athanase Vantchev de Thracy I. CE N'EST PAS DRÔLE Alors Dieu Entassa Les nuages Dans sa barbe et, en guise D’oreiller, il plaça Un nuage blanc sous sa tête, et partit Se reposer. Bon. Ainsi fit Dieu. Tes œuvres sont superbes, Mais, mon Dieu, Va, dis-moi donc, Ce que tu faisais Avant de créer le monde, Tournant autour Du trône, demanda un Fou sagace. Pas drôles, tes questions ! J'ai érigé les remparts de l'Enfer, J’ai forgé des chaudrons et des cuves Pour ceux qui viendraient poser Ce genre de questions, Et il frappa le petit imbécile Sur la tête. Caracolant sur les cartes représentant la Terre, Bondissant D’un monde à l’autre, Le bouffon répondit : Va, vieillard, arrête de maquiller L’univers. NIJE SMEŠNO Ondа Bog, ušuškаo oblаkove po brаdi, umesto jаstukа nаmestio beli oblаk, krenuo dа odmori Dobro. Bogаmi imа togа. Velikа su delа tvojа, аli, Bože, de, kаži mi, štа si rаdio pre stvаrаnjа svetа, motаjući se oko stubovа prestolа, pitаlа prepredenа ludа. Nije smešno, zidаo sаm bedeme pаklа i kovаo kаzаne i kotlove zа one koji će postаvljаti tаkvа pitаnjа, i pomilovаo ludicu po čuturici. Igrаjući po mаpаmа, skаkućući iz svetа u svet ludа odgovorilа: hаjde, čičа, ne izmišljаj. II SAXON Brskovo, A été mentionné Pour la première fois Dans la Chartes du roi Ouros Ier En la cité de Ston. Les terrassiers, Les mineurs, étaient des Saxons. Ils jugeaient comestibles les jambes du cheval Tant qu’il se tient debout. Ils pourraient, en effet, Les dévorer tous les quatre. Mais, une fois pour toutes, Le philosophe allemand, Wolfgang Overath, Le chef de fil des pessimistes, A mis fin A ce cas de figure. Y a-t-il des Saxons à présent Dans les gorges de Tara ? Oui, bien sûr ! Sont Saxons tous ceux Dont Les cheveux roux Poussent drus sur la tête. Ceux qui n’ont pas de sourcils, Qui ont pleins de taches de rousseur A leurs poignets Et sur leurs paupières. Les taches de rousseur sur la peau, sont la marque Des Saxons. Quand la neige commence à tomber, Les Saxons se cachent dans leurs tanières, Ils ne se fréquentent pas. En Hiver, oh, en hiver On ne trouve nulle part leurs traces dans la région de Tara. Les Saxons portent de longs manteaux, Comme s’ils dissimulaient leurs queues. Il n’existe rien de moins esthétique Que les Saxons. Glose : La ville de Brskovo qui a prospéré entre 1270 et 1351 et a compté jusqu’à 40 000 habitants, est mentionnée pour la première fois à Ston dans une Charte du roi Uros Ier à Ston. Ston était la troisième ville par son importance, juste après Dubrovnik et Kotor. La ville de Biskovo a été fondée par le roi Uros qui avait épousé Hélène d’Anjou. Cette dernière a été la première femme canonisée par l’Eglise serbe. SAS Brskovo, nа Stonu, prvi put pominje, Poveljа Urošа Prvog, Kopаči, rudаri, bili Sаsi. Smаtrаli jestivim noge konjа - dok 'аt stoji, oglođu sve četir'. Ali, jednom i zаuvek, nemаčki filozof, Volfgаng Overаt, vođа pesimistа, stаvio tаčku, nа tаj slučаj. Imа li dаnаs iko od Sаsа dolinom Potаrjа. Bezbeli, još kаko. Svаko j Sаs kome divljа crvenа kosа rаste uz glаvu, koje neimа zenice, ko j pegаvo. po zglobovimа i kаpcimа, kome, pege, kožu, ispisаle, Sаs. Otkаko pаdne sneg, Sаsi ne izlаze iz rupа, ne trаgаju se. Zimi o ne nigde trаgovа Potаrjem. Sаsi nose dugаčke kаpute, Kаo dа skrivаju repove. Nemа niče mаnje estetskog, od Sаsа. En savoir plus : http://www.poetasdelmundo.com/verInfo_europa.asp?ID=7170 (en anglais)
  12. AUBE, la saga de l'Europe - le Feuilleton

    AMBITIONS Le regard de connivence avait fait son effet. Depuis, le regs-bhlaghmen n’avait pas perdu une occasion de le louer et d’en vanter les multiples qualités. Ténue au départ, la rumeur de ses qualités de guerrier hors du commun s’était épaissie et enflée, nuée avant la tempête... Et c’était une tempête qu’il allait faire souffler sur Aryana. Kleworegs était ambitieux, mais sans appuis. Leur tacite complicité serait son marchepied vers les sommets. Son bhlaghmen, dans le temple, avait instruit son supérieur de toutes ses vertus : Kleworegs le respectait et ne décidait rien sans en référer à lui. Il avait doublé les dons qu’offrait son prédécesseur, et avait été salué du beau nom de pieux l’année même de son accession au pouvoir, avant même d’avoir mené son premier raid. Oui, il était de son intérêt de le favoriser au plus haut point... Et si ces vertus ne suffisaient pas, il possédait la plus prisée du prêtre : la faveur de Bhagos. Elle était grande. Il fallait voir combien s’était répandu son renom. Jamais on n’avait été aussi rapide, aussi unanime, à suivre son avis. Il avait pris sa décision. Il n’irait pas se coucher. Il fit venir ceux du collège des grands dieux dans le temple de Dyeus. Il fallait d’urgence examiner son cas et prendre toutes mesures pour le rencontrer avant de décider, ou non, de l’appuyer. Il argumenta longtemps dans l’obscurité percée de faibles lueurs de torches, forçant leur apathie. Ils étaient tous d’accord avec lui, prêts à profiter de ses initiatives, mais refusaient de s’engager. Qu’il se contente de leur aval ! D’autres lui demandèrent pourquoi Kleworegs avait mérité le nom de pieux. Il leur rapporta les révélations de son prêtre. Ce portrait était plus rêvé que réel. Il en reprit et en accentua tous les traits. Nul ne respectait plus les première caste, leurs visions, leurs appels, leurs décisions. Les dieux saluaient cette piété en le favorisant. Il serait vain d’aller contre leur volonté. Il sut aussi flatter les avides. Kleworegs était plus intéressé par les beaux combats que par le pouvoir. Ce n’était peut-être pas tout à fait vrai, mais entre la gloire de Thonros et le pouvoir royal, il n’hésiterait pas. Un sanglier nourrit plus que l’ombre d’un urus. Ils discutèrent jusqu’à plus soif. Ils le verraient avant que le roi ne le reçoive pour l’élever au rang de noble aux mille bovins. S’il leur plaisait, ils lui obtiendraient bien plus. Il désigna des amis pour juger de son état d’esprit. Il lui enverrait un messager à l’aube. Il le prendrait au saut du lit. Il partit se coucher. Bien reposé, il influencerait mieux le roi et emporterait sa décision d’aider plus que de raison le roitelet si pieux – ou de le briser à jamais, si...
  13. Poètes d'Europe

    Stefan Dobre est médecin et poète Il a publié son premier volume de poésies Scrisoare pentru Gemeni (Lettre aux Gémeaux) en 2005. Celui-ci a été suivi, en 2006, de Ultraj impotriva proastelor moravuri (Outrage aux mauvaises manières) et en 2008 de La spartul norilor (Quand crèvent les nuages) Ses œuvres ont également été publiés dans diverses revues roumaines ( Poezia, Climate Literare, Oglinda Literara, Revista Noua, Esteu) et en Pologne (Gadki z Chatki) Poèmes traduits par Athanase Vantchev de Thracy JE CROIS Je crois Que la mer Est une immense larme Grosse de poissons et de larmes, Que la forêt est Un dense mélange D’arbres, d’ombres Et de chuchotements d’amants. Que le feu couve sur les rochers Sans qu’apparaissent ses étincelles. Que le ciel est vaste, Larme d'enfant Reflétée dans l’eau, Que l’amour jaillit Soudainement! Eu cred Eu cred că marea, e o mai mare lacrimă gravidă cu peşti şi lacrimi, că pădurea s-a-ndesit din amestecul arborilor cu umbrele lor, cu şoaptele îndrăgostiţilor, că focul mocneşte pe pietre în scântei neaprinse, că cerul s-a lăţit de la o lacrimă de copil, răsfrântă în apă, că dragostea s-a răspândit, deodată! LE MEUNIER Mon cœur est resté ancré Entre mes artères et mes veines, Mon âme tourne Comme un moulin à vent, Mélangeant émotions, chimères et Sentiments. Morar inima mi-a rămas ancorată între vene şi artere, sufletul meu se-nvârte ca o morişcă în vânt triturând emoţii, sentimente şi himere BOUQUET Si je vous faisais un bouquet Composé de cinq saisons : Mon amour Et les quatre autres temps de l’année, Seul mon amour Vous serait utile ! Buchet dacă ţi-aş face un buchet cu cinci anotimpuri: dragostea mea şi celelalte patru, numai dragostea mea n-ar fi de prisos La boussole Partout où tu seras, Avec mon seul cœur sur ma paume, Je te trouverai ! Busola oriunde ai fi, doar cu inima-n palmă te-aş găsi ! UniVers Pour toi, je retenais l'automne en attrapant ses feuilles. UniVers Pentru tine, ţineam toamna-n loc prinzându-i frunzele
  14. Poètes d'Europe

    Lupce Zahariev, poème et chanteur-compositeur, est né en mai 1987 à Sveti Nikole, Macédoine Fonde en 2002 l’Orchestre Rap Haute Tension (en Macédoine) en 2007, il intègre Vision, Centre de Science-fiction de Macédoine-Macédoine 2009 – Membre d’Esprits en union pour la paix - Inde et de Poetas del Mundo - Chili Poésies/chansons : Encore une fois, Bon événement, Avenir macédonien, Fanki-fanki, Décadence, Cauchemar, Tic-tac, Différentiel 2009 – poésies sur des thèmes de science-fiction : Illusions Invisibles En 2008, il dirige la section de musique de Vision - centre de science-fiction de Macédoine 2009, il devient Secrétaire du Comité d'Esprits en union pour la Paix, section Macédoine, ainsi que Secrétaire de l’Ambassade de Poetas del Mundo en Macédoine Principaux prix : 2008 : Certificat de reconnaissance pour la représentation de la science-fiction macédonienne 2009 : L’association Vision pour la science-fiction macédonienne lui accorde son prix annuel pour le poème « Illusions Invisibles » Poésies traduites et adaptées par Athanase Vantchev de Thracy, révision par Marc Galan I DRAPÉE DANS UNE TUNIQUE D’ANGE Drapée dans une tunique d'ange, Tu m’as parlé De beauté cachée, De ton amour Qui ne peut être exprimé Dans les limites du langage. Couchée dans mon cœur, Tu me regardes Et fais sortir, Une à une, Les étoiles qui brillent dans mes yeux, Tandis que tes yeux Epousent Ton si beau sourire Et laissent loin tes larmes maintenant oubliées. ...Обвиени во ангелска наметка ти ми кажуваш за невидливиот свет, за скриените убавини, за твојата љубов што не ја собира ни бескрајот на јазикот. Легнувајќи во моето срце се загледуваш во мене и ги згаснуваш една по една звездите во моите очи додека твоите очи заробени во твојата прекрасна насмевка ги испуштаат заборавените солзи. II CHANSON J’attends ton SMS sur mon mobile, Tu m’as dit que les choses iraient mieux, Que tout serait plus agréable la prochaine fois. Mais ton absence de message Prouve Combien peu tu penses à moi Pendant que tu reposes tes pieds Et souris à quelqu’un Couché à ton côté. Ја чекам твојата СМС порака на мобилен. Ти ми кажа дека ќе биде подобро и многу поубаво следниот пат. Но недобиената порака е симбол на тоа колку мислисш на мене додека ги одмараш нозете и се смешкаш на некој што лежи до тебе. III. DERRIÈRE LE CHAMP DE L’IMPOSSIBLE Tu enracineras la corne Au cœur de l'incertitude Pour entendre le futur Derrière le champ de l’impossible, Puis tu t’élèveras dans l'Univers Et Avec des prières passionnées, Tu mettras à nu mon âme Et, entre deux feux, Tu commenceras ton jeu amoureux. Trois nuits de suite, Enterrés sous un tertre d’émotions, Nous nous étreindrons Et ne nous quitterons plus. L'avenir est loin, L’un l’autre, nous nous reconnaîtrons Dans le miroir de la vie, Et nous nous embrasserons Avec amour Suspendus entre deux ciels. ...Ќе го забуцаш рогот во срцето на неизвесноста, за да ја слушнеш иднината позади полето на невозможноста, потоа ќе зачекориш по Вселената за да со молитви на похота ја соблечеш мојата душа и меѓу два огна ќе ја почнеш твојата љубовна игра. Три ноќи по ред затрупани со емоции се прегрнуваме а уште потешко се разделуваме. Иднината е далеку, ќе се препознаене себе си во огледалото на животот и ќе се исколвеме од љубов помеѓу две неба...
  15. Poètes d'Europe

    Anni SUMARI (Finlande) Anni Sumari, écrivaine et traductrice, vit à Helsinki où elle est née en 1965. Elle a obtenu un diplôme universitaire (Maîtrise à l'Université de Helsinki, 1991) en littérature générale et sciences de l'information, et a travaillé comme chargée de relations publiques et consultant pendant environ 7 ans avant de devenir écrivain et traductrice freelance en 1998. Elle est l'éditrice de l'anthologie finlandaise bilingue de poésie How to Address the Fog - XXV poèmes finlandais 1978-2002 (Scottish Poetry Library / Carcanet, Royaume-Uni, 2005), une anthologie pour la jeunesse en langue anglaise de la poésie nordique en collaboration avec le poète Nicolaj Stochholm (Danemark) ("l'Autre côté du paysage », Slope Editions, USA 2006), et une sélection de la poésie contemporaine finlandaise dans le magazine balkanique Carnet de notes de Sarajevo (n ° 8-9/2005). Anni Sumari a écrit 11 livres, ainsi que des poèmes en prose lyrique. Elle s'est faite remarquer par son ouvrage « Nombre et mesure », qui a reçu le prix radiophonique Dancing Bear du meilleur livre de poésie en 1998, et qui a depuis été traduit en suédois (Matt och mängd, Ellerströms, Suède, 2000). Les textes de Sumari ont été traduits et publiés dans des anthologies et des magazines écrits en 20 langues environ. Un recueil de ses poèmes a été publié en Slovaquie en 2007. Sumari a reçu une bourse de l'état finlandais pour la période 2007-2011. Son dernier recueil de poèmes sera publié en finnois en août 2011 Anni Sumari on helsinkiläinen kirjailija ja kääntäjä (s. 1965 Helsingissä). Hän suoritti yliopistotutkinnon (fil. maist., Helsingin yliopisto 1991) yleisessä kirjallisuustieteessä ja tiedotusopissa ja työskenteli noin 7 vuotta tiedottajana ennen ryhtymistään vapaaksi kirjailijaksi ja kääntäjäksi v. 1998. Hän on toimittanut suomalaisen runon kaksikielisen antologian How to Address the Fog - XXV Finnish Poems 1978-2002 (Scottish Poetry Library/ Carcanet, Iso-Britannia 2005), nuoremman pohjoismaisen runouden englanninkielisen antologian yhteistyössä runoilija Nicolaj Stochholmin (Tanska) kanssa (¿The Other Side of Landscape¿, Slope Editions, USA 2006), sekä suomalaisen nykyrunon valikoiman Balkanin maissa ilmestyvälle Sarajevo Notebook -aikakauskirjalle (nro 8-9/2005). Anni Sumari on kirjoittanut 11 kirjaa, sekä runoa että lyyristä proosaa. Läpimurtoteoksena voinee pitää runokirjaa Mitta ja määrä, joka palkittiin Yleisradion Tanssiva karhu -palkinnolla vuoden parhaasta runoteoksesta v. 1998, ja joka on sittemmin käännetty ruotsiksi (Mått och mängd, Ellerströms, Ruotsi 2000). Sumarin tekstejä on käännetty ja julkaistu antologioissa ja kirjallisissa lehdissä noin 20 kielellä. Hänen valitut runonsa ilmestyivät slovakiksi vuonna 2007. Sumari nauttii Suomen valtion taiteilija-apurahaa ajanjaksolla 2007-2011. Hänen valitut runonsa ilmestyvät suomeksi elokuussa 2011 Poème traduit en français par Athanase Vantchev de Thracy Ordures, paille, glace de printemps. Les champs grincent sur leurs charnières Et le sillon s'ouvre comme une écoutille, pour un instant Je peux voir directement les profondeurs de l'enfer. Il n'y a rien Là-bas. Exactement comme je l'avais pensé. Rien que des corps, Propres et lisses comme de la porcelaine, leur peau toute tatouée De ces petites fleurs bleues que l'on nous demande D'exécuter pendant les cours de dessin. Le mensonge proféré aux autres A toujours raison, mais le mensonge que je me fais à moi-même Me rend honteuse. Mais pas du tout. Dans le village voisin Les toits ont la chair de poule à cause de la pluie et des fleurs géantes y Prolifèrent. Les cheminées, dans leur espace étroit, font circuler l'air De haut en bas, de bas en haut. Les gens restent assis coincés dans leurs manteaux humides, Sans bouger, comme si le chemin où ils se trouve est Moins humide que les bancs et les chaises des parcs. Si maintenant Vous ouvrez l'écoutille, si vous vous couchez sur la terre Et laissez les champs se refermer en claquant sur vous, Vous ne pourrez plus jamais en ressortir. Ordures. Des restes Du dernier automne. Des contes pour enfants. Trois Destins faits pour rigoler, des Destins écaillés verts, Des bardeaux bombés sur le toit de la vieille église, Rire, jeu. Il n'est plus question de pitié Pendant un bon moment. En face, sur le dôme en forme de bulbe, Trois archers d'or s'épanouissent silencieusement, Sans humour, comme s'ils partagent le sort du métal. Prêts A se mettre debout avec des flèches à leur arc pour le reste de leurs vies. Un massacre ? Une fois de plus, à nouveau, un autre encore plus tard, Comment se fait-il que cela ne me soit jamais arrivé ? Mais je m'y attends, cela peut arriver, entre autres, à plusieurs personnes : Des gens profondément coupables, malheureux, Des suicidés ou des tueurs en série potentiels. Tout cela semble rationnel Et identique à un certain paradigme, tout cela suit L'idéal du Contrôle céleste. Ne nous a-t-on pas dit : Subissez les conséquences de vos actes, acceptez La malédiction lancée sur vous. Pas de massacre. On se soumettra à la loi de la jungle Uniquement à cause des illusions, des gloses étranges Et des visions de chercheurs de transcendance. Des Messes de rossignols, des rossignols à l'âme distante, Des rossignols qui par centaines s'épanchent en chants et en chiffres d'or et de vert. Les dimensions sont telles que celles Imaginées par l'un ne veulent rien dire Comparées aux celles imaginées par l'autre. Rien. A ce degré de douleur où on ne peut plus prier On peut toujours compter, non en avant, mais à rebours, 10, 9, 8, 7 ... 0 et répéter cela encore et encore, 10, 9, 8, 7 et ainsi de suite. Le pied du grand arc-en-ciel se trouvent dans un vaste Champ. "Là sont venus deux anges bleus, minces Comme les dos des livres " - cela aussi est la vision de quelqu'un. Le bruit Des pas dans la tendre récolte. Le poisson mort du torse. Au sommet de la tête la fin du monde. Vous, dieux, Vous qui vous savez cela, vous pouvez nous dire que tout ce que nous avons laissé derrière nous N'est que rumeur et pâle image du passé. Je me couche sur la terre et laisse Les champs se refermer en claquant sur moi. J'entends Le faible cri d'un oiseau, mais il est Dehors. Dehors comme toujours, Maintenant, il rentre. Je n'ai jamais été Bonne observatrice, mais j'ai une excellente ouïe, Oh oui, même en ce moment quand je me dis la vérité Sur ce qui est. Ces petites s¿urs toutes calmes Qui ont Dieu injecté comme un poison Dans leurs paupières. Les perles du collier s'éparpillent En faisant un léger craquement, comme celui des os qui se brisent. Dans les serres, les palais de rêves Inclinent silencieusement leur tête Sur l'eau... Dans le lit, un autre cafard est Ecrasé. Les gens, anxieux, déchirent des liasses de Billets d'entrée, essayant de trouver une sortie A la situation présente... Le résultat produit par L'indécence du temps, des saisons, de l'individu piétiné Par les mauvais sentiments est charmant - une véritable fresque moderne - Je me demande qui l'a peinte cette fresque ? Mort peinte sans l'action des mains. Je suis couché pleine d'indignation sous la terre, j'écoute Le vrombissement printanier des camions-bennes. Roskaa, olkia, kevätjäätä. Pellot narisevat saranoillaan ja kääntyvät kuin lastiluukku, hetken näen suoraan helvettiin. Siellä ei ole yhtään mitään. Aivan kuten arvelinkin. Paitsi ruumiita, sileitä ja puhtaita kuin posliini, pinta tatuoitu täyteen sellaisia pieniä sinisiä kukkia, joita posliininmaalaus kursseilla kannustetaan maalaamaan. Muille kerrottuihin valeihin on aina syynsä, mutta itselle kerrotut valeet kyllä hävettävät. Ei mitään. Lähikylässä katot nousevat kananlihalle sateen kosketuksesta ja jättiläiskukat moninkertaistuvat. Savupiiput vaeltavat edestakaisin ahtaalla tontillaan. Ihmiset istuvat märissä takeissaan liikkumatta, kuin kastuisivat siten vähemmän kuin puistonpenkit tai tuolit. Jos nyt nostat kannen, käyt pitkäksesi multaan ja annat pellon pamahtaa kiinni päällesi, et enää ikinä pääse takaisin. Roskaa. Viime syksyn jäänteitä. Lapsille kerrottuja satuja. Kolme vitsailevaa kohtalotarta, vihreäsuomuista, pullistuu ulos vanhan tuomiokirkon kattopaanuista nauraen, leikkien. Armo ei ole enää aikoihin tullut kysymykseenkään. Vastapäisestä sipulikupolista puhkeaa ääneti esiin kolme kultaista jousimiestä, huumorintajutonta, kuin valettuina. Valmiina seisomaan nuoli jänteellä loppuikänsä. Verilöyly? Taas kerran, jälkikädenkin jälkeen, miksei se ole vielä sattunut kohdalleni? mutta arvaan, että se kohtaa muun lisäksi myös monta syvästi syyllistä, onnetonta, latenttia itse- tai joukkomurhaajaa. Tämä kaikki on järjellistä ja identtistä tietylle ihanteelle, sopii Taivaan hallinnan ideaaliin. Meille on sanottu: kestä virheidesi seuraukset, ota vastaan sinulle kohdistettu kirous. Ei verilöylyä. Viidakkoon tulee laki vain harhoista, oudoista tulkinnoista ja transsendenssin tavoittelijoiden näyistä. Kasapäin satakieliä, kaukaisissa sieluissa livertää satapäin satakieliä, kultaisin, vihrein salakielin. Mittasuhteet ovat sellaiset että yhden kuvittelemat mittasuhteet ovat järjettömät verrattuina toisen kuvittelemiin mittasuhteisiin. Ei mitään. Siinä kiputilassa, jossa ei pysty enää rukoilemaan, pystyy vielä laskemaan, tosin ei eteenpäin mutta taaksepäin, 10, 9, 8, 7,.. ja uudelleen alusta, 10, 9, 8, 7 ja niin edelleen. Suuren sateenkaaren loppupää on suurella pellolla. ¿Tuli kaksi sinistä enkeliä, kapeita kuin kirjanselät¿ ¿ jonkun näky sekin. Jalkojen ulvonta, oraalla. Keskivartalon kuollut kala. Päälaella maailmanloppu. Te jumalat, sen muistatte, ja voitte kertoa, meille on säilynyt vain huhu, menneen vaimea kuva Käyn pitkäkseni multaan ja annan pellon pamahtaa kiinni päälläni. Kuulen jonkin linnun huutavan vaikeasti, mutta se on ulkopuolella. Ulkopuolella niin kuin aina, nyt se tulee sisään. Minulla ei koskaan ole oikein ollut tilannesilmää, mutta korvaa on, kyllä, nytkin kun kerron itselleni valehtelematta mitä mikäkin oli. Nuo pienet hiljaiset sisaret joilla on Jumala, kuin silmäluomiin siveltyä myrkkyä. Nauhan helmet rapautuvat kaikkialla hiljaa ritisten, katkeilevat värttinäluut. Unelmien kasvihuonemaisissa palatseissa veden päällä hiljaa torkkuen... Vuoteessa litistyy jälleen torakka. Ihmiset repivät hädissään paksuja pääsylipputukkujaan löytääkseen ulospääsyn vallitsevasta tilanteesta... Ajan säädyttömyyden, säiden, yksilön pahan mielen murskaama lopputulos on viehättävä ¿ kuin moderni fresko ¿ kuka senkin on tehnyt? Käsittätehty kuolema,. Makaan kannen alla tuohtuneena, kuulen maansiirtokoneiden keväisen jyskeen.
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