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Le Miroir tranquille

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  1. Le philosophe anglophone Kevin Dorst fait un excellent travail pour désamorcer notre tendance à diaboliser l' adversaire sous prétexte qu'il serait "biaisé" et "irrationnel". Son blog "Stranger Apologies" est disponible ici pour ceux qui comprennent l'anglais : https://www.kevindorst.com/stranger_apologies/plea_for_political_empathy . Sinon, je vais vous présenter brièvement sa façon de penser en traduisant des extraits de son dernier article, qui concerne les désaccords sur la bonne façon de réagir au coronavirus. Il affirme que ces désaccords sont raisonnables. Il parle en particulier du clivage entre Républicains et Démocrates aux États-Unis. Même dans le cas d'un désaccord qui suit une ligne de partage partisane il dit qu'on peut parler d'un désaccord raisonnable. Kevin Dorst écrit ceci : "Dans ce genre de situation, la majorité de nos preuves - c'est-à-dire l'information qui décide de ce que chacun devrait penser - ne vient pas des faits avérés eux-mêmes, mais de la réaction des autres à leur égard" Le partisanisme ici vient des "différentes réactions initiales" dans nos cercles sociaux. "Le processus principal à l'oeuvre est bien compris et a une longue histoire dans la psychologie sociale. C'est 'l'effet de polarisation de groupe': lorsque les gens discutent d'opinions similaires, il y a une tendance à l'uniformisation et à l'intensification de celles ci." L'article wikipédia sur la polarisation de groupe : https://fr.wikipedia.org/wiki/Polarisation_de_groupe En quoi cette influence sociale est-elle "rationnelle" ? Dorst résiste au narratif de "l'humain irrationnel" car si nous avions à repartir de zéro et à créer un bon agent épistémique, il nous faudrait reproduire les "biais" que nous décrions souvent, et surtout que nous projetons sur autrui de toute façon. Décrire l'être humain comme irrationnel c'est décrire l'adversaire politique comme irrationnel, car on ne peut pas s'empêcher de s'exclure de cette critique dès qu'il s'agit de politique. ll est donc plus sage de faire valoir toute l'intelligence dans la façon dont nous abordons des situations complexes. Il explique donc, en prenant un exemple parmi d'autres: "Si j'apprends que tu penses que le coronavirus est une menace à la stabilité sociale, cela me donne une raison de croire que tu à toi une raison de penser que le virus est une telle menace - et si une telle raison existe cela me donne une raison de croire que c'est bien le cas. Surtout si on prend en compte le fait que les preuves à prendre en compte sont si complexes et ambiguës qu'il est normal d'être incertain quant à la réaction appropriée." Il convient donc d'arrêter les accusations d'irrationalité et la diabolisation. Je recommande vivement le blog de Kevin Dorst. Son projet me semble très important.
  2. Si vous aviez le pouvoir de modifier une seule chose à l'architecture des réseaux sociaux, que feriez vous ? Personnellement, ce qui m'inquiète le plus dans l'architecture actuelle des réseaux sociaux, ce n'est pas l'idée que nous serions enfermés dans des "bulles" hermétiques, comme certains décrivent les "groupes sociaux" et autres "niches" qui se forment sur internet, et dont ils imaginent qu'elles s'isolent progressivement les unes des autres. Ce qui m'inquiète le plus c'est l'inverse ! C'est justement le fait que ces cercles se rencontrent et s'intersectent en raison du design de la "toile". Cela a des conséquences fâcheuses parce que être exposé à des croyances avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord est une souffrance (chose que les philosophes comme nous oublions souvent ^^ étant donné que c'est un effort qu'on a appris à aimer). Il faudrait pouvoir se frotter aux croyances qui nous contredisent lorsqu'on est vraiment prêts. Pas lorsqu'on va sur twitter tard le soir parce qu'on s'ennuie. C'est un peu comme lorsqu'on a un stress post traumatique : certes l'un des aspects de la thérapie est de s'exposer de nouveau aux déclencheurs du stress post traumatique, mais il faut le faire intelligemment et pas au petit bonheur la chance. Si je pouvais modifier une seule chose dans l'architecture des réseaux sociaux, je ferais en sorte que la rencontre des groupes se fasse intelligemment et systématiquement, et pas au hasard. Rencontrer des visions du monde différentes c'est bien, mais il y a un temps et un lieu pour tout, et l'organisation sauvage d'internet créé un contre-coup qui ferme les esprits en essayant de les ouvrir quand ils ne sont pas prêts. Notre façon d'interpréter naïve -- qu'il s'agisse de notre "psychologie de village" ou de "l’herméneutique classique" -- est peu adaptée à la façon d'organiser un réseau social qui génère le plus de clics possibles. Il faudrait un ensemble de "bonnes pratiques" qui entre en compétition avec cela. Je ne m'y connais pas assez en nouvelles technologies pour comprendre le détail de ce à quoi cela ressemblerait. Le seul aspect de la question que j'arrive à saisir c'est la façon dont l'ère du numérique devrait réformer notre herméneutique : Si vous lisez l'anglais, je vous conseille de lire cette dissertation de William McClain : "Network Hermeneutics: Interpretation of Texts as SocialPractice and Performance in the Age of Digital Media" digitallibrary.usc.edu/cdm/ref/colle…ll3/id/463734 C'est cet auteur qui m'a fait me rendre compte du défi que pose notre époque à l'herméneutique traditionnelle. Si vous le voulez vous pouvez écouter les deux épisodes de mon podcast qui traitent de la question, peut être que ça aiderait à clarifier mon propos d'ici : https://soundcloud.com/user-930224367/le-miroir-tranquille-episode-8-sentendre-a-lere-du-numeriquepartie-1 https://soundcloud.com/user-930224367/le-miroir-tranquille-episode-9-sentendre-a-lere-du-numeriquepartie-2 Je me demande quelle serait les autres choses à réformer en profondeur dans les réseaux sociaux. Surement l'abondance de stimuli, de notifications, etc. L'espèce de game-ification du réseau. Comme je l'ai dit tout à l'heure : on va parfois sur twitter lorsqu'on s'ennuie. Réduire ce genre de comportement réduit le problème de l'exploration au hasard des croyances d'autrui.
  3. Merci à tous pour vos réponses à ce sujet. C'est très intéressant et ça me donne beaucoup à penser.
  4. Je te remercie pour ces propositions là. Je vais y réfléchir. C'est très intéressant. Ça me fait penser à quatre choses immédiatement : 1) Il y a peut-être gros à miser sur le succès des sciences, c'est vrai. A mon avis, la question "Comment étendre la rigueur scientifique à toute discussion (ou à la plupart des discussions)?" pourrait répondre à la question "Quelle est la question philosophique la plus urgente ?" mais pas à sa variante "*** la plus urgente sur laquelle peu de philosophes travaillent ?" car j'ai l'impression que beaucoup de philosophes cherchent à expliquer le succès des sciences, et qu'une part de ce grand nombre l'explique par des raisons qui font qu'il est possible d'étendre cette rigueur à toute discussion. Donc s'il faut croire les altruistes efficaces, il faudrait tout de même choisir une autre question à régler ^^ ! 2) Si je ne dis pas de bêtise (et il est très possible que ce soit le cas car je n'ai vu l'argument qu'en passant et je n'ai rien lu sur le sujet), le philosophe Kevin Dorst affirme que les clivages sociaux profonds (par exemple aux Etats Unis avec l'élection de Trump) sont causés par la diabolisation de l'adversaire.. et que la sévérité de cette diabolisation est un phénomène nouveau qui est en partie de la faute de la façon dont les scientifiques (parle t'il des scientifiques de la psychologie sociale?) ont systématiquement caractérisé l'être humain de profondément irrationnel dans leurs articles. Irationnels et influencables. Donnant ainsi des munitions à chacun des deux camps, qui traite l'autre de profondément irrationnel ! Encore, une fois, je n'ai pas eu le temps de lire l'article. Mais même si je me trompe, ça serait intéressant comme argument : ça voudrait dire que tenter d'étendre la rigueur scientifique à toute discussion serait très risqué étant donné à quel point il est prévisible que les gens ne le fassent qu'à moitié et soient radicalisés ainsi ! ^^ Et que dire des philosophes ? Ne seraient-ils pas aussi coupables de traiter l'homme d'irrationnel? N'est-ce pas d'eux que les scientifiques tiennent cette idée ? ^^ Dès que j'ai le temps je lirai ceci de Kevin Dorst pour confirmer qu'il a bien dit ce que je lui prête : https://www.kevindorst.com/stranger_apologies/plea_for_political_empathy 3) Moi même je me demande à quoi ressemblerait des discussions ordinaires nourries d'une rigueur scientifique. Pas juste philosophique, mais véritablement scientifique. Et voilà le scénario étrange que j'ai imaginé : Afin de tous être sur la même longueur d'onde, et de conférer plus de précisions aux mots très imprécis (comme par exemple "important" "très" "urgent" "surcoté" "sous estimé" "digne d'attention" "dangereux"... etc...) Plus personne ne prendrait la parole sans être au clair sur "quelles sont les croyances qui portent le plus à conséquence que la plupart des gens ont sur le sujet dont on discute" Ce qui demande des outils statistiques énormes et est probablement impossible ! Au mieux il y aurait beaucoup de jugements provisoires du genre "Dans l'hypothèse où il serait vrai que la plupart des gens ont ces croyances qui portent à conséquence à propos du sujet dont on parle, alors il faut dire que... etc" Ça serait vraiment très étrange. (si jamais quelqu'un est intrigué par ce genre de façon de penser, vous pouvez écouter mes épisodes de podcast sur "les malentendus en politique" pour plus de contexte et clarification") 4) Une partie de moi pense qu'il est évident que le succès des sciences est dû à la grossièreté de leur objet d'étude. J'ai l'impression qu'une planète, bien que plus grande, est tellement moins complexe qu'un cerveau, ou qu'un être humain entier. Et donc même dans les sciences... on arrive à faire des choses impressionnantes comme aller sur la lune grace à leurs dévouvertes.. mais des sciences comme la psychologie sociale semblent essuyer des échecs graves et avoir des déboires désespérants. Je base mon impression sur le podcast "Very Bad Wizards" que je recommande chaudement et qui a plein d'épisodes sur la question. C'est comme s'il y avait un trop grande complexité des êtres vivants. Je ne pense pas , qu'en droit , l'être vivant est trop complexe pour le traitement scientifique... Mais il est possible que notre développement scientifique est trop peu avancé
  5. Bonjour ! Je soumets cette question à votre considération : "À notre époque, quelle est la question philosophique la plus urgente ?" Et j'aime beaucoup cette variante : "Quelle est la question philosophique la plus urgente sur laquelle peu de philosophes travaillent ?" J'ai trouvé cette variante sur le site internet américain du mouvement "effective altruism", de vrais utilitariens qui font de l'excellent travail : https://www.effectivealtruism.org/?gclid=CjwKCAiAhc7yBRAdEiwAplGxXwkTqGjZaN1tZpL8PSFapBFmOyHKo2itm53pjl86fZFZlJ_DhDikVxoCGGgQAvD_BwE . J'ai deux réponses possibles à cette question. Ces deux réponses ont la même prémisse : étant donné l'incertitude dans laquelle on est vis à vis des défis que nous posent l'avenir, les questions philosophiques sur lesquels il est plus urgent de travailler sont très générales, plutôt que d'être spécifiques, car ce qu'il est urgent de développer c'est une sagesse qui peut servir dans presque tous les cas (j'emprunte cette idée à Nick Bostrom, de son article "Crucial Considerations and Wise Philanthropy" disponible sur le site ci dessus). Cela veut dire que ce ne sont pas des questions telles que "L'IA peut il être consciente?" ou "peut on copyrighter une séquence ADN ?" (je dis ça au pif ^^ ) , etc. Les deux questions que je propose comme candidats sont : "Comment expliquer les malentendus?" et "Jusqu'où va les vertus thérapeutiques de la pleine conscience (méditation de pleine conscience)". La première parce qu'il me semble que tout risque existentiel technologique sera aggravé par des clivages sociaux graves, et donc par la multiplications des malentendus qui suit la multiplication des conversations sur internet. On a besoin d'une culture qui corrige notre tendance à nous mécomprendre. Je base mon impression que peu de penseurs travaillent la dessus sur le fait que nul part dans mes études on a étudié l'herméneutique dans le cadre d'internet, plutôt que des livres. La deuxième parce qu'on à besoin de rester lucide face aux dangers, quel qu'ils puissent s'avérer être. Et qu'on va avoir besoin de calibrer cet outil formidable (mais limité) qu'est la méditation de pleine conscience. Je base mon impression sur le fait que peu de penseurs travaillent sur le sujet sur le fait qu'on est encore dans une phase où il s'agit de promouvoir la pratique, qui ne va pas de soit pour beaucoup de gens. J'anticipe la phase d'après la lune de miel Pour ceux que ça intéresse, j'ai commencé un podcast qui traite parfois de ces questions : J'ai par exemple un épisode sur les malentendus en politique , et un autre sur la critique (pas forcément négative) de la pédagogie de la méditation de pleine conscience . Je suis par ailleurs en train de publier des épisodes qui s'appellent "S'entendre (à l'ère du numérique) et qui s’intéresse à ce que j'ai décrit plus haut de façon directe. Mais dites-moi : quelles sont les questions les plus urgentes selon vous ? Sont elles spécifiques ou générales ? Sont elles millénaires ou toutes récentes ?
  6. Bienvenue sur ForumFr Le Miroir tranquille

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