« Ce n'est plus moi qui suis allongée sur le sol, à supporter leurs mains, leurs peaux, leurs odeurs, leurs souillures et leur sauvagerie. C'est juste mon corps, devenu chose inerte, insensible (...). Ils ont profité de moi toute la nuit, lâchant leurs plus bas instincts, le contact avec le sol est répugnant. C'est froid, humide. éa pue. Je suis absente de mon corps. Je me sauve de là, je me sauve de lui, d'eux. J'arrive enfin à me séparer de ma chair, je flotte au-dessus. Ils continuent à se relayer. Je suis dégoûtée de ce corps qui, sans que je le veuille, est le mien. Ils se sont assouvis enfin, mais ce n'est pas fini pour moi, car on décide de vendre cette chair qui gisait par terre. 10 DH c'est le prix de ma personne, de ma dignité. La contrepartie de toutes ces années où j'ai choisi de rester vierge¿.
Ce n'est pas l'extrait d'un roman, mais c'est bien un témoignage réel. Celui d'une jeune femme qui a vu sa vie bouleversée en l'espace d'une nuit ou de douze heures plus précisément. Amina a été violée le premier du mois de juillet. Elle a été violée et torturée par vingt individus à la fois. Ces hommes l'ont obligée à pratiquer le sexe sous toutes ses formes. Et à chaque refus, on la torture. On lui tire les cheveux, on déchire ses habits et on l'entraîne toute nue par terre. Aujourd'hui, Amina accepte de témoigner. Mais elle le fait par écrit. Car elle refuse de nous rencontrer. Est-ce la déception, le désarroi ou la ¿ Hchouma¿ qui l'en empêche ?
C'est peut-être tout cela à la fois. En tout cas pour le moment, cette femme, âgée de 36 ans, ne voit plus la vie de la même manière. Elle est convaincue que son avenir a été brisé en mille morceaux pour toujours... Pourtant elle n'a jamais imaginé que cela pourrait lui arriver. Ce scénario dramatique s'est passé pendant une journée d'été. Amina avait décidé d'aller se promener à la lisière de la voie ferroviaire avec son fiancé. Il faisait beau et l'air sentait le parfum des arbres de la forêt. Elle était heureuse de pouvoir rencontrer ce futur mari pour discuter des détails de son mariage. Mais brusquement trois jeunes délinquants surgissent de nulle part brandissant un couteau. A la vue de l'arme tranchante, le futur élu prend la fuite et l'abandonne à son sort. C'est en ce moment que l'horreur commence. On la viole toute l'après-midi. Puis la nuit tombante d'autres amis arrivent et réclament leur part du gâteau.
10 la passe !
On l'expose ensuite à une vente aux enchères lorsque d'autres malfaiteurs débarquèrent à minuit et essayèrent de transgresser les règles imposées par le violeur ! Ce dernier casse une bouteille de bière déjà vide et menace de tuer celui qui s'approchera de sa proie sans payer. Après avoir assouvi leurs besoins bestiaux, les délinquants décidèrent de la jeter dans une rivière à côté, mais Amina réussit à se détacher de leurs griffes. Elle se sauve et retrouve la police qui la transporte à l'hôpital dans un état déplorable. Les médecins refusent de la toucher. ¿Il faut une autorisation de la part du procureur¿, expliquent-ils. En attendant l'autorisation, Amina reste dans les urgences 8 heures sans soins. Sa s¿ur arrive avec des membres de l'association du travail féminin et la dirige vers une clinique privée.
Mais les plaies ne seront pansées. Les cicatrices ne s'estomperont jamais.
A la fin du mois, un autre cas de viol collectif défraye la chronique. La victime, cette fois, est une jeune fille de 18 ans. C'était le jour de la fête nationale. Assia insistait pour assister aux festivités. Sa mère, enfin convaincue, accepta de la laisser partir avec une amie à condition de rentrer avant 20 heures. Mais la jeune fille ne revint jamais... Elle rencontra un jeune qui lui plaisait. Il lui proposa de rester ensemble. Elle accepta. Sa copine se retira. Une fois loin de la foule, le jeune brandit un couteau et appela ses copains qu'il venait de quitter. Le jeune groupe, composé d'adolescents de dix-huit ans, l'entraîna dans une forêt. Assia est violée par ses cinq agresseurs l'un après l'autre jusqu'à ce qu'elle perde conscience. Les jeunes, croyant qu'elle est morte, la jetèrent dans un fossé. C'est là que Assia rendit l'âme.
Ces drames sont survenus à 30 jours d'intervalle.
Ce qui nous pousse à poser la question : est-ce que le viol collectif ou les tournantes sont-ils devenus un phénomène social dans notre monde en 2010 ?