Le gouvernement français veut inciter les immigrés à revenir dans leur pays d'origine par le versement d'une aide au retour. C'est méconnaître les motivations réelles des candidats à l'immigration, estime le quotidien algérien Liberté.
Trente ans après Giscard d'Estaing, le nouveau président met en place une aide au retour des immigrés pour leur permettre de quitter la France. Sous Giscard d'Estaing, les Algériens résidant dans ce pays s'étaient vus proposer la somme de 10 000 francs pour retourner au bled. La proposition avait inspiré au cinéaste Mahmoud Zemmouri son film Prends 10 000 balles et casse-toi. A l'époque, cette somme représentait une petite fortune ¿ et, pourtant, les demandeurs ne se bousculaient pas pour l'obtenir.
Cela n'empêche pas le nouveau chef d'Etat de vouloir rééditer l'expérience. La France veut augmenter le nombre des bénéficiaires de l'aide au retour volontaire, a annoncé le 23 mai le nouveau ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Codéveloppement, Brice Hortefeux. Il y avait 1 000 bénéficiaires il y a deux ans, 2 000 l'an dernier, il faut augmenter ces procédures d'aide au retour volontaire. "Je m'y engage très clairement", a dit le nouveau ministre à Radio France Internationale. "Le pécule que l'on donne à ces personnes qui retournent au pays n'est pas négligeable, de l'ordre de 6 000 euros nets pour une famille de deux enfants", a-t-il ajouté.
Depuis son entrée en fonction, Hortefeux a insisté sur l'importance du volet "codéveloppement" de la politique d'immigration. Il a annoncé qu'il se rendrait prochainement en Espagne et en Afrique. Sa proposition n'a que peu de chance d'être entendue. Les candidats à l'exil paient aux passeurs des droits de passage parfois supérieurs à la somme proposée pour le retour. Les harragas ["brûleurs de frontières", en arabe dialectal] ne sont pas seulement des jeunes sans emploi. Ils se recrutent aussi parmi les universitaires et les commerçants. C'est dire que les motifs de départ ne sont pas strictement économiques. L'idée de codéveloppement, qui paraît séduisante, risque de se heurter à un désir de liberté que ne permettront que des changements politiques dans les pays d'émigration.
Yacine Kenzy
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