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  1. La mort n’est qu’un tunnel / Au bout de la lumière / Tunnel d’électrons / Quand ne reste de nous que quelques pixels sur les pages de réseaux sociaux / Quand notre disparition réelle s’annule de nos spectres virtuels / La géolocalisation retrouvant tout / Toutes nos informations / Non nos tombes Il n’est rien de plus antisocial qu’un réseau social / Au mieux, cela vous aide à fomenter une révolte / Au pire, cela vous enlève la paternité des mensonges présents sur vos CV / De façon imprescriptible / Déjà, la mémoire cache des moteurs de recherche sert de décharge aux agoras abandonnées Vous oubliez que l’informatique fixe les processus / Tout en les accélérant / Vous oubliez, l’informatique est le contraire de la souplesse / Ne disparaissez jamais des fichiers de la sécurité / Sociale, vous découvririez la mort de votre citoyenneté / Avec un bureaucrate, on peut s’arranger / Avec un ordinateur, jamais Vous serez des petits porteurs / De données personnelles / Qui s’échangent / Se propagent / Nouvelle monnaie d’un siècle câblé / Vous ne serez rien / Le système d’exploitation a besoin de vos données / Non l’inverse / Donnez ! Soyez une poussière de page / Une châtaigne entourée de bogues / Qui démange sur le mur / Via le bouton j-aime-pas / Qui dérange la bordure / Dans un présent éternel, indéfini / Statistiques en constante progression / Amis en réseau, à la chaîne / Commentaires ne dépassant pas 3 phrases / Sous peine d’être illisibles / Croyez ceci risible Une toile / Des liens / Gazouillis interminables / Chacun son ordinateur / Son portable / Sa caverne / Les ombres projetées sont factices / La lumière éclaire à peine nos visages / Déjà, nous ne supportons plus le soleil / Le tunnel nous appelle / L’odorat a presque disparu / L’œil pourrait devenir obsolète / Déni de service Simulacre, mon autre moi / Destin de silicium & de coltan mêlés / Résident mauvais / Je t’aime, j’te poke
  2. « L’autre est un jeu, À somme nulle. » Fondu d'ouverture. Une pièce dénudée, blanche (moquette & murs) à l’étage d’une maison, mansardée, sous les toits. Un plan fixe, plan séquence, en N&B sans aucun son : axe de la caméra placé perpendiculairement au sommet du toit, en face de la principale source de lumière – le vasistas qui inonde la pièce. Lumière un peu saturée, l’image a un faible grain : le contraste entre N&B est net, on peut observer la poussière qui vole. La caméra est légèrement inclinée vers le sol, vers une table basse au milieu de la pièce, le point de vue est placé entre hauteur d’homme & moitié de cette hauteur. La pente du toit semble finir derrière, en point de fuite. La lumière de la fenêtre tombe sur la table basse, éclaire également deux sièges qui se font face, de chaque côté d'icelle : au milieu de la table trône un gros cendrier, un paquet de cigarettes (on ne voit guère la marque) et un briquet de métal. Un temps. Un homme entre dans le champ, par le côté droit, contournant la table, coupant la lumière, s’asseyant sur le siège gauche. Habillé de clair, il pose un papier sur la table, enroulé, sorti de sa poche, ne fait pas grand-chose d’autre (hors regarder le paquet de cigarettes) tout en se calant dans son siège : il semble attendre quelqu’un. Un temps. Un autre homme entre, par le côté droit, s’asseyant sur le siège droit, en face du premier personnage. Habillé de sombre, il pose également un papier sur la table, plié en quatre, regarde l’autre, regarde la table, hésite à parler puis se ravise. Un temps. Le personnage de gauche s’avance sur son siège, sans se lever, prend son propre papier, et le tend au second. Ce dernier le récupère, et en retour donne son propre papier au premier ; chacun déplie la missive de l’autre, maintenant la sienne. Le premier personnage commence à lire ce qu’il voit, à voix haute, puis s’arrête au bout d’un temps court. Le second prend la relève, lit ce qu’il voit, à voix haute également. Puis il s’arrête, l’autre prend la relève, etc… Cela aboutit à une sorte de dialogue, on ne l’entend pas mais on le voit : les deux, au fur et à mesure qu’ils lisent, s’énervent, fond de grands gestes, tapent sur la table, ont le visage tendu, etc… Seraient-ce des reproches ? Fin de l'échange : maintenant calmés, ils reposent leurs papiers, de nouveau silencieux. Un temps. Puis ils se sourient, font le geste de chercher du côté de leur propre siège (opposé à la caméra) quelque chose de posé à terre. Ce quelque chose, ils le prennent en main, puis l’offrent à l’autre : encore un échange. Un peu cérémonieux peut-être. Ces objets sont : une petite bouteille de lait blanc, une grosse plaque de chocolat noir. L’un boit, l’autre croque, ils semblent contents. De grands enfants. Le personnage de droite va offrir, pour finir, une cigarette au premier : ce dernier prend une clope, puis l’allume avec le briquet présent. Il tend le briquet au second, qui s’allume aussi une cigarette – puis enflamme le papier qu’il a lu, et pose ceci dans le cendrier. L’autre prend à son tour le briquet, enflamme le papier restant, qu’il pose aussi dans le cendrier. Ils fument, se calent dans leur siège, se regardent – deux amis qui viennent de s’exposer leurs griefs, et qui auraient réglé la question ? Zoom sur le cendrier, les flammes. Flou final. Fondu de fermeture. La bande-son commence : « – Lourd ! – Tocard ! – Abruti ! – Nul de chez nul ! – Ramolli du bulbe ! – Pilleur de subventions ! – Torturé par le talent, ouais ! – Non mais il est vraiment bien naze ce réalisateur, c'est pas possible ! – Parfaitement ! Il se prend top grave pour un n'artiste, ce bas-du-front ! – Et il va m'obliger à boire du lait, en plus... mais je déteste le lait, mince ! – Et moi qui n'aime que le chocolat blanc, sous prétexte qu'il se la joue expérimental, faut que je bouffe du noir ! – Alors qu'on le sait qu'il n'a juste pas assez de pognon pour s'acheter une caméra couleur ! – Et qu'il tourne chez sa maman, au risque de se faire engueuler pour l'odeur de cigarette ! – Et qu'il nous paye en bières de chantier pour tourner dans ses films ! – Et qu'il n'est pas capable de faire le ménage dans sa piaule ! – Allez, j'arrête là, c'est l'heure de la pause clope ! – Moi aussi j'arrête, c'est trop la honte ce plan ! – Gros blaireau ! – Degôche ! – Vendu ! – Nul ! » Un temps. Fin du film.
  3. Camarades ! Non à la dictature parentale ! Non aux conseils de classe, ces parodies de démocratie, non aux profiteurs professeurs, ces kapos de l’ordre ancien ! We don’t need no education ! We don’t need no thought control ! Camarades ! On vous ment, on vous spolie ! La lutte des classes n’est pas terminée, la phallocratie rampante impose que les maternelles soient toujours en bas de l’échelle ! De même, les CP se doivent d’être toujours inférieures aux terminales ! Alors ! Nous vous invitons ! À une manifestation ! À la prochaine récréation ! (dringgggggggggggggggggggggg) Camarades ! Attendez, ne partez pas ! Laissez tomber vos jeux, ne tombez pas dans le piège facile de l’abrutissement joyeux ! Oh et puis zut, y’en a marre, pfff...
  4. MEPHISTO FAUST 666 avenue d'Enfer 75000 LUTECE SUR SEINE via INTERIM-BIDULE Impasse de la Petite Truanderie 75000 PANAME « Société internationale recherche secrétaire de direction bilingue. Sens de l'organisation et bon sens indispensables. » À l'Internationale, Votre annonce publicitaire placardée dans le métropolitain parisien a retenu toute mon attention : vous recherchez en effet une ou un, je cite, "secrétaire de direction bilingue". Il semble fort que vous en manquiez cruellement pour placer l'adjectif "bilingue" en épithète de "direction". Il eut été plus heureux de l'associer à "secrétaire" et d'accorder au pluriel l'ensemble, à moins bien sûr que vous ne vouliez trouver qu'une ou un seul(e) secrétaire, non absolument bilingue, pour une seule direction qui, elle, serait bilingue. Hormis ce point de détail, je pense correspondre à votre poste : mimer un secrétaire, même en essence de bois rare, doit être à la portée de tout un chacun. J'en profite d'ailleurs pour vous féliciter sur le choix de ce meuble comme accessoire de votre développement : il est paraît-il doté du "sens de l'organisation", qualité dont vous auriez grand besoin pour éviter le redoublement de "sens" (sic) dans votre offre. Cependant, je me permettrai de refuser celle-ci : m'installer à quatre pattes, faire le dos rond et me faire mettre dans le "bon sens" ne sont pas – a priori – mes désirs premiers ; même si j'imagine qu'ils sont, pour vous, "indispensables". En vous remerciant par avance, chère – parmi tant d'autres – société, de cet aimable divertissement, je vous prie d'agréer, M'Edam, M'Essieu, l'expression de mes vifs vœux à ne plus jamais vous lire dans les transports en commun. Votre dévoué, MEPHISTO FAUST
  5. Epître en épithète, à un poète sans table, postiche qui, au fond de la lie mouvante, s'ensable. Tente un avantage, en toute fin de pastiche : s'endormir las, avec en tête, des rêves aplatis, pacifiés – les bras en pagaille. Il finira bien, du rade, par partir. T’es qui, l’Amour ? En cette dictée, la lumière sombre est un enjeu, les sous-titres sont importants : en ombre portée, moi-je. Sanguinolent guignol : le pivot. Votre honneur poivrot, je vote les objections – abjection, votre horreur ! – de ce bel et bon bougre. T’es qui, l’Amour ? Fors, il n'y a pas de fumée sans feu, même pour ceux qui n'ont plus la force de se consumer. Il n'y aura donc aucun problème, à consommer cette ciguë à petites doses : l'alcool de la nécrose. T’es qui, l’Amour ? Non : Tequila Moor
  6. Quand je vous vois, mon inconnue, je vous voue ma foi, épicée et crue. D'autres ne perçoivent rien or moi, j'admire une déesse : Une simple femme, un regard, d'insolents seins, un sourire, une démarche, de sublimes fesses… Et même si tu n'es pas celle qui m'assujettira en vie, Ta féminité est une dentelle qui soudain attise mon envie. Tu incites au désir et aux jeux de l'amour. Je t'offre mon plaisir : je le perds dans tes atours. Je veux te faire resplendir, que brûle ta flamme en ce jour. Je saurai m'oublier pour te porter toujours plus haut : Te faire jouir et crier deviendra mon unique credo. Mais sans être égoïste : te rassasier me suffira, Jamais je ne serai triste… même si mon f.l.o.w ne jaillit pas. Car j'aurai vu ton corps s'enflammer, Se perdre et se retrouver, Puis senti ton ventre descendre et monter, Exploser en chaleur moitée. Vos soupirs seront ma récompense : Mon âpre tendresse sera ainsi vôtre. Et après le plaisir, et dans l'inconscience, Nous reposerons l'un contre l'autre : Après l'un dans l'autre, enfin l'un avec l'autre. Si vous êtes arrivés jusque là, je vous tire mon chapeau : vous l’aurez en effet remarqué, ce poème est plat comme une galette bretonne sans beurre salé, et d’un convenu qui frise l’indécence. Ne m’en veuillez pas trop : il s’agit d’un écrit de jeunesse, le genre où on met tout son sérieux là où il faudrait du frivole... Mais ce n’est pas l’intérêt littéraire du texte que je souhaite aborder, plutôt mon envie du faire-jouir de l’époque : c’est croquignolet n’est-ce pas ? Dans ce texte, je me la jouais à fond Sex Machine (stay-on-the-scene) blablabla : vrai petit soldat de l’amour, qui croit que vouloir faire jouir l’autre va suffire. Imaginez la demoiselle qui lit ce texte, écrit par son amoureux : soit elle a grave envie de se foutre de sa gueule ; soit elle est amoureuse, aussi. Dans ce cas, vu les efforts qu’il se fait fort de déployer, tout du moins l’affirme-t-il, que pensez-vous qu’elle va faire ? Bingo ! Vous avez tout bon. Simuler. Et au bout d’un moment, on a beau être un idiot congénital, on a comme un doute... Mais on est vraiment idiot, alors on pose la question à sa chère & tendre, en espérant que non. Et on reçoit une réponse affirmative, vlan ! Qui fait mal à l'ego – ce dernier devrait d'ailleurs s'écrire lego, tant il se construit. Passons. Donc oui, il lui arrive de simuler. Cependant, en creusant un peu, on en arrive à se demander quand donc l'orgasme féminin est devenu synonyme de virilité. Car c'est bien le sujet : le mâle, de nos jours, n'est plus celui qui en a une grosse mais celui qui sait provoquer chez sa partenaire l’automatique émoi – les deux n'étant guère incompatibles, en sus. Or c'est con, comme façon de voir les choses, surtout à une époque où les femmes peuvent connaître très bien leur corps, et donc atteindre l'orgasme facilement. Et dans les faits, toutes mes amantes furent à même, soit de me diriger quand j'étais trop nul, soit de m'utiliser comme un jouet. Ce qui n'est guère désagréable, et prouve qu’elles ne croyaient point en mes nazes poèmes – les malines ! Peut-être, ce qui devrait être demandé à l'homme, ce ne serait pas de savoir faire jouir la femme à coup sûr, mais plus simplement de ne pas oublier la jouissance d'icelle en ne s'occupant que de son bon plaisir : une règle d'élégance en quelque sorte, accompagner madame vers l'orgasme en voulant bien attendre un peu au lieu de décharger comme un malpropre au bout de 7 secondes et 13 dixièmes. Alors comment cela se fait-ce, que l’homme ait maintenant consigne de faire jouir, que cette injonction soit devenue plus importante que sa propre jouissance – car synonyme de virilité – et qu’elle puisse générer en retour obligation pour la femme de simuler la jouissance ? Vu comme ça, on atteint des sommets de complexité en terme de ressorts psychologiques pervertis, n’est-il pas ? Sans compter que la jouissance de l’homme passe au second plan. M’enfin bon... Pour monsieur, il paraît que c'est facile. Tout du moins, c'est l'opinion généralement partagée par toute une chacune. Probable que ce soit une opinion fausse, mais c'est un autre sujet – tout comme l'est le fait que l'homme peut simuler aussi, ou le fait qu'éjaculation ne signifie pas toujours orgasme. Hmm ? Bref j’arrête là, surtout que je viens de tartiner 2 pages A4 pour un sujet qui tient sur un ticket de métro usagé, et qui pourrait fort partir en vrille vu la haute teneur en testostérone de quelques lecteurs. Evitons juste, si c’est possible, les discussions passionnantes sur les recettes de chacun et chacune, n'est-il pas ? Allez, je vous laisse avec de circonstance, musique & Champagne !
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