Aller au contenu

Rechercher dans la communauté: Affichage des résultats pour les étiquettes 'sorcière'.



Plus d’options de recherche

  • Rechercher par étiquettes

    Merci de saisir les tags en les séparant par des virgules. Les tags permettent de retrouver rapidement un sujet. Indiquez les mots clefs important pour votre sujet.
  • Rechercher par auteur

Type du contenu


Forums

  • Membres
    • Bienvenue
    • Trombinoscope
    • Près de chez vous
    • Célébrations
  • Actu et Débats
    • France
    • International
    • Société
    • Politique
    • Environnement
    • Economie
    • Sciences
    • Religion et Culte
    • People
    • Insolites
    • Actualités - Divers
  • Quotidien
    • Quotidien
    • Emploi
    • Amour et Séduction
    • Sexualité
    • Education et Famille
    • Santé
    • Etudes
    • Droits
    • Beauté - Mode
    • Animaux
    • Adozone
    • Aide aux devoirs
    • Inclassables
  • Culture
    • Cinéma
    • Arts et Artistes
    • Photographie
    • Philosophie
    • Musiques
    • Littérature
    • Histoire
    • Mangas
    • Théâtre
    • Langue française
  • Loisirs
    • Cuisine
    • Télévision
    • Séries
    • Chasse & Pêche
    • Voyages
    • Animés et Mangas
    • Auto - Moto
    • Jardinage
    • Bricolage et Déco
    • Esotérisme & Paranormal
    • Autres Loisirs
  • Informatique
    • Tutoriels
    • Hardware
    • Windows
    • Linux & Unix
    • Apple
    • Mobiles
    • Internet
    • Informatique - Divers
  • Jeux Vidéo
    • Central Jeux Vidéo
    • Jeux Online
    • PC
    • Xbox
    • PS3 / PS4
    • PSP / PS Vita
    • Wii / Switch
    • DS / 3DS
    • Jeux Mobile
    • Rétrogaming
  • Sports
    • Central Sports
    • Football
    • Rugby
    • Tennis
    • Basket
    • Sports Auto Moto
    • Sports de combat
    • Hand - Volley
    • Sports Extrêmes
    • Sports - Divers
  • ForumFr
    • Annonces
    • Aide et Suggestions
    • Recrutement
  • Sujets de Test Club
  • Deuxième forum de Test Club

Blogs

Il n’y a aucun résultat à afficher.

Il n’y a aucun résultat à afficher.

Calendriers

  • Community Calendar
  • Évènements de Test Club

Catégories

  • Actualité
  • Humour
  • Cinéma
  • Sports
  • Musique
  • Divers
  • Vidéos de Test Club

Catégories

  • Actualité
  • Cinéma
  • Sports
  • Musique
  • Jeux vidéo
  • Langue Française
  • Histoire
  • People
  • Divers

Rechercher les résultats dans…

Rechercher les résultats qui…


Date de création

  • Début

    Fin


Dernière mise à jour

  • Début

    Fin


Filtrer par nombre de…

Inscription

  • Début

    Fin


Groupe


Facebook


Twitter


Google+


Jabber


Skype


Website URL


Lieu


Intérêts

1 résultat trouvé

  1. Prologue J’ai froid, mon corps repose sur le sol, je sens l’humidité sous mes doigts. Un murmure flotte et me demande : « pourquoi ». Non… Ce n’est que le vent qui s’insinue dans ma tête, et la fin de ce rêve qui n’en finit plus. Une lumière aveuglante me brûle la peau. Je froisse un tissu dans ma main, j'y vois des mots. Je me redresse, tourne sur moi-même, ma tête est lourde. La forêt de toutes parts domine, noyée dans un bruissement d’eau. On a écrit sur ce tissu taché de sang, il ne reste que quelques mots : ta trahison… brûle… pourquoi… Je marche droit devant, vers l’eau, pour me laver de tout ce sang, le mien et celui d’un coeur de bête que je ramasse avec dégoût... tout est toujours flou. Pourquoi est-il là ? La source, révélée par la lumière, se laisse tourmenter par des roches, témoins endormis du passé. Toutes les forêts parlent le même langage et par leurs sèves elles sont liées. Quel pouvait être le nom de celle-ci ? Son pays ? Une ancienne vie me rappelle à elle. Cette forêt m’est inconnue mais si familière qu’elle en est glaçante. Au loin, des chevaux sont lancés au galop. Leurs sabots claquent sur les pierres des chemins, ils entrent dans l’enceinte de la forêt, ils se rapprochent. Les cris des cavaliers troublent l’eau souillée de sang, son instinct frissonnant m‘induit à fuir. Sur le bord, un saule pleureur laisse ses branches à la dérive du vent et du courant, créant un rideau où se cache l’âme perdue. Les claquements deviennent plus forts, jusqu’à en être étourdissants. Sur le haut de mon sein, près du coeur, se fait sentir une entaille. Le sang s‘évade sur ma chair, il coagule autour de la plaie saillante et ruisselle vers mon ventre. Le rouge envahit toujours plus le blanc de ma chemise. Je déchire un bout de celle-ci pour faire pression. La douleur se réveille et moi avec elle. Tout revient alors à mon esprit : les chevaux, le cavalier, l’épée, le sang sur mes mains… Un cri, j’entends un cri d’appel : « sorcière ». On attend une réponse. Le silence un instant puis : - Sorcière, tu dois payer ton crime, rends-toi ! La voix résonne, le vent se lève plus fort, les feuilles frémissent sur son passage. Le vent s‘engouffre à travers les bois changeant l‘atmosphère. Un frisson me traverse. Ils sont trois, peut être quatre à attendre, à guetter un signe, un mouvement. Que dois-je faire ? Rester là ? Courir ? Où ? De l’entaille ruisselle toujours un peu de sang, je remarque que je porte une croix celte. Mes assaillants ne sont plus très loin. Ils sondent le bois du bout de leurs épées tranchantes, les faisant ratisser toutes les fougères, buissons, talus des alentours. Des contusions s’observent à la surface de ma peau, ainsi que de très légères marques rouges dans la pliure de mon coude. Avant de penser à leur provenance, je prends une impulsion. Dans un élan, je prends la fuite. Courir ! Courir plutôt qu’être brûlée vive sur leurs bûchers devant la populace huant et crachant. Dans ma course, des ronces me déchirent la peau, les arbres défilent, une clairière scarifie l‘étendue, puis je m‘arrête ! Le vide, la fin, le néant sous mes pieds. La falaise rongée depuis des centaines d’années s’ouvre sur la mer. Une larme coule sur ma joue. Derrière moi, alors que mon accablement règne, j’entends déjà rire les cavaliers brandissant de leurs fourreaux quelques armes pour m’assassiner. L’un d’eux, descendu de cheval, engage ma défaite. Je recule d’un pas, puis de deux sans trop savoir. Un courant d‘air remonte des eaux alors que je regarde mon tombeau. Il avance d‘un pas assuré, son arme rangée. Il sait qu‘à ce moment il n‘y a plus d‘issue. Sa main prend mon cou avec force, ma gorge se sert, mes larmes coulent le long de cette main qui m’oppresse. Plus qu’un pas et c’est le vide, la chute est inéluctable. Leurs sourires satisfaits alors que je perds pied, contemplent ma descente aux enfers. Une vague frappe la craie de la falaise, de la rupture du monde, de l’en deçà et me ramène vers ses profondeurs pour l’au-delà. L’eau, l’eau qui pénètre partout, dans mon nez, dans ma bouche, et une mort lente et douloureuse qui se laisse attendre. Le voile sur mon passé s’évanouit alors que la mort approchait. Rappelle-toi de l’assassin. Au début… Chapitre I Un matin d‘automne, alors qu’elle traversait la forêt de Brocéliande, où jamais aucun chevalier ne s’aventurait seul par peur de quelques maléfices, une vieille femme trouva dans le creux des racines d’un chêne, un enfant langé. Ce bébé, de peut-être 6 mois, ne paraissait pas troublé par sa situation. Il arborait un sourire qui faisait pétiller ses deux petites prunelles bleutées. L’ayant pris dans ses bras, elle avait fait de lui sa petite, comme si elle-même l’avait enfantée. Elle l’avait élevé jusqu’à mes onze ans. Toute sa vie, elle m’avait soutenu que le hasard l’avait conduite à moi, mais je savais qu’il n’en était rien : elle m’avait cherchée. La nuit, dans mes rêves, je la revoyais pester dans sa petite barbe de grand-mère contrariée : - Nell ! je te tiens, enfin ! je t’ai bien cherchée toute la matinée. L’aube de ma vie avait dépendu d’elle. Macha était ma bonne fée, mais sa vie avait déjà vu trop d’hivers, de guerres et de famines. Sa perte me laissa sans mot, avec pour seule consolation le savoir qu’elle m’avait enseigné et l’habitude de monter très haut dans les arbres. Au village, elle était bien connue et crainte. On disait d’elle qu’elle aimait le Diable, que c’était une jeteuse de sort, une sorcière. Bien sûr, il n’en était rien, mais on le disait, donc on le croyait. On est toujours personne et tout le monde à la fois. La peur du Diable, si présente chez les villageois, les poussait souvent à utiliser ce on. Cependant, on savait la trouver pour résoudre ces problèmes. À sa mort, le propriétaire de la petite ferme où nous vivions me posa sur une estrade à la foire. Pour lui, une enfant c’était trop de travail et d’argent surtout. Il espérait me trouver une bonne famille, des parents qui sauraient bien s’occuper de moi, dans ces lieux où tout s’achète et se vend. Des enchères, des prix retentissaient à mes oreilles, sans que cela ne veuille dire quelque chose. Naïve, je pensais qu’il allait me trouver ce qu’il disait : des parents. Un homme d’âge mûr sortit de l’ombre d’une ruelle. Vêtu de noir, les épaules surmontées d’une peau de loup, il posa quarante pièces d’or sur les planches de l’estrade. Voyant la somme, le propriétaire se rua sur le butin. Un trésor contre une orpheline ! C‘était une aubaine pour lui. Sans même observer ni regarder l’homme, il lança un « vendue », la tête déjà concentrée au comptage des pièces. L’homme m’avait saisie par la main et accompagnée à monter sur son cheval. Sur les chemins gelés de l’hiver, dans le silence de la conversation, je m’étais remémorée ce propriétaire avide, comptant ses quarante pièces offertes contre moi. Tel était ce monde. À la nuit tombée, l'homme rompit le silence : - Macha m’a demandé d’assurer ton éducation. Jamais je n’avais vu cet homme, alors comment connaissait-il ma nourrice ? Arrivés près des remparts d'un château vieillissant, il avait fait un geste fluide de la main, le pont-levis s‘était alors baissé. Fronçant les sourcils, j’avais pensé : « je ne crois pas avoir vu d’homme à la barre du levier ! ». Il m’avait alors répondu: « non il n’y en a pas ». Son destrier mis aux écuries, nous avions monté des escaliers de granite noir jusqu’à l'avant-dernier étage de la tour d’angle ouest. De cette tour l’on pouvait voir le soleil mourir au-delà de la forêt qui s’étendait jusqu’à l’horizon. Alors que la lune était déjà haute dans le ciel, des rondes avaient commencé au-dessus de nos têtes. Placés dans une chambre sous-jacente aux gardes, j'entendais leurs pas résonner le long des poutres de bois. Dans cette petite chambre, l'homme avait fait installer un lit, un coffre et une planche sur deux tréteaux, couverte de livres. - Voici ta chambre. J’avais onze ans et c’était la première fois que l’on me donnait une chambre. C’est alors que l’homme commença un discours sans le moindre sens pour moi : - Dès demain, je t’enseignerai ce que je sais, en échange de quoi, plus tard, après avoir remboursé ta dette envers moi, tu seras libre. Cela voulait-il dire que je n'étais plus libre ? - Tu dois savoir comme moi que tu devras être plus vigilante que Macha pour tromper ce monde, j’espère que ton instruction te le permettra. Je ne comprenais rien, il le vit bien. Il n’essaya pas de se justifier, il voulait juste que j’accepte ce qu’il m’imposait : - Tu devras toujours te rappeler que ce que tu apprends te sauvera. Ma vie était-elle en danger ? - Dors maintenant. Il était mal à l’aise d’en avoir trop ou pas assez dit, comme s’il savait qu’il avait raison mais ne pouvait m’en apporter la preuve. Il sortit, me laissant dans le noir malgré la bougie qui éclairait la pièce. Les réponses viendraient plus tard. Rappelle-toi du rêve de Nell. Apparition Chapitre II Le soleil était à peine levé que l’on entendait déjà la relève de la garde dans la tour. N’ayant pas mangé depuis la veille, mon estomac m’incita à faire ma première sortie. Dans la cour, les rayons de l’aube m’éblouissaient quand je pris conscience que le château était vide. Pas une seule personne aux fenêtres, pas un seul cheval dans les écuries et surtout pas un seul garde sur les chemins de ronde. - L’illusion n'est-elle pas parfaite ? Un frisson me traversa le corps, et d’un geste brusque je m’étais retournée. - Es-tu prête pour recevoir ta première leçon ? Celle qui te sera d’ailleurs essentielle pour vivre ici. Surprise, j’avais bégayé mes premiers mots : « Pou-pourquoi y a-t-il per-personne ? ». Il n’avait rien répondu, m’avait tendu une miche de pain et invitée à monter sur son cheval. La chevauchée dura peu de temps, cependant je vis que le château était bordée d’un immense lac. Devant le premier arbre de la forêt, face au château et au bord de la route menant à celui-ci, il me fit glisser au sol. - Ce chêne est la marque réelle entre deux mondes : un monde jusqu’à ce château en ruine et un autre, où tu vas dès lors apprendre à vivre, dit-il. Pour y entrer, tu devras connaître certaines formalités dont je vais te faire part. Il descendit à son tour pour poser le pied sur la limite. - Le monde où tu vivais se déroulait au XIIIème siècle, celui dans lequel tu vas entrer est intemporel, présenta-t-il. Nous vivons toujours en 1248, bien sûr, mais ici, tout vit ensemble : les croyances, les inventions, les pouvoirs, les créatures. Si cela effraie au début, on en devient vite partie intégrante. Sur l’écorce de l’arbre était inscrite une formule en latin. Il m’expliqua qu’elle servait habituellement aux hommes pour retrouver les trésors enfouis des korrigans, mais, ici, elle représentait un mot de passe pour accéder à une dimension secrète : Ten. - Il faut placer tes mains sur le tronc de l’arbre et répéter plusieurs fois ces deux mots inscrits : Alphis, Alphaus. Jusqu’à ce que t’apparaissent... Les mots n’avaient pas été dits plus de deux fois qu’une onde d’un bleu clair opaque, puis fluide et transparent avait recouvert le paysage jusqu’au pied de l’arbre. Au travers, elle laissa apparaître une civilisation en pleine effervescence. Le château s‘était animé : Je vis les gardes, je vis du monde aux fenêtres, je vis des champs cultivés là où il n’y avait que de la forêt, je vis une femme avec une queue de poisson sortir de l’eau du lac. - Bienvenue Nell, au château de Magimel. Il savait mon nom mais je ne savais toujours pas le sien. - Qui êtes-vous ? - Je m’appelle Merlin. Rappelle-toi qui a envoyé Merlin chercher Nell. 1ére Leçon Chapitre III Merlin m’avait conduite sur une surface ocre, éloignée du château, comme pour m’en écarter. - Je te présente Yann, c’est le fils du forgeron, il va t’enseigner l’art de combattre. Étant une fille, j’ai pensé qu’une arme offensive te serait plus utile pour commencer. Merlin avait placé une arbalète entre mes mains et m’avait laissée, sans plus de formalités à mon professeur. Le sage avait un projet pour moi, je le comprendrai plus tard. Pour l'instant, je me rappelai que ce que j’allais apprendre me sauverai. Yann s'avança, rompant la confusion. J’avais une arbalète entre les mains ! - Ton maître n’a pas choisi l’arme la plus facile à manipuler pour ta première fois, dit-il. Le jeune homme eut un sourire compatissant et m’invita à avancer vers une cible. - Comme il l’a dit : mon père est le forgeron du château, confirma-il en se positionnant près de moi. Il est connu principalement pour ses épées, c’est d’ailleurs pour cela que viennent tous les pages de la région ainsi que des écuyers et quelques chevaliers. Il me positionna. C'était la première fois qu'un garçon était si proche de moi. - L’arbalète est une arme de trait, de jet. Celle-ci est petite, elle ne sera pas trop difficile à charger. Avec ça, tu peux toucher une grenouille sur un nénuphar à cent mètres. Si tu sais viser bien sûr, se corrigea-t-il. Tu prends la poignée dans la main droite de sorte que l‘extrémité intérieure soit bien calée contre ton bras… Il s’était mis derrière moi, avait placé sa main droite sur la mienne. De sa main gauche, le bras tendu par-dessus mon épaule, il m'avait indiqué la cible de chiffon et de paille à quelques mètres. Il avait ensuite tiré la corde de l’arc d’acier perpendiculaire à la poignée jusqu’à entendre la gâchette s’enclencher en un clip. Puis, pris le carreau, la flèche des arbalètes, dans le carquois pour charger. - A ce moment, tu prends appui en décalant tes jambes et tu actionnes la gâchette. La flèche était partie avec une puissance telle, qu’elle me fit reculer jusqu’à basculer… En me relevant, je n’entendis qu’un grand rire. - HA, ha, pathétique, qui a pu lui mettre ça dans les mains, ha, ha !!! Je me relevai rapidement et, frottant la terre battue qui maculait mes vêtements, je tournai la tête pour voir qui se moquait. - Tu n’as rien d’autre à faire Mat ? rétorqua Yann. Un jeune garçon se tenait le ventre, il riait tellement qu’il en avait mal. - Excuse-moi Yann, désolé mais c’était… Le rire ne lui passait pas. Mes joues rougissaient de colère, quand, de petites flammes me montèrent aux bouts des doigts. Je secouai mes mains, il rit de plus belle. - Ha, ha, ooooh ! Une sorcière, cela manquait ici… Ces mots stoppèrent le processus. Je n'étais pas une sorcière ! - Bonjour sorcière, répéta-t-il. Je n'étais pas une SORCIERE ! Les flammes reprirent ! - Je m’appelle Matthieu, Sorcière, et toi ? C'était comme s'il avait lu dans mes pensées, comme s'il savait que je ne voulais pas entendre ce mot. Il avait causé trop de tort à Macha. Les flammes disparurent de nouveau. - Je suis page au château, sous les ordres du père de Yann et du seigneur Victor, enchanté, sorcière. Ses yeux bleus verts captèrent mon agacement. Un instant, il ne rit plus. Puis, ce fut plus fort que lui, il repartit à rire. Son humour sembla le satisfaire, mais, après requête de la part de Yann, il nous fit grâce de sa présence en quittant le terrain d’entraînement. La leçon avait duré toute la journée, à force de tirer la corde de l’arbalète mes doigts avaient rougi jusqu’au sang. Yann monta de l’eau fraîche du puits et me plongea les mains à l’intérieur. - Merlin m’a dit que tu te nommais Nell et que tu venais de l’Erèbe ? - L’Erèbe ? Ce mot m’était inconnu. - C’est le monde des hommes, m’avait-il répondue. - Oui, pourquoi ? - Non pour rien, c’est…non pour rien… Tu comptes vivre ici ? avait-il poursuivi. - D’après ce que j’ai compris, je n’ai pas le choix. Pourquoi appelles-tu mon monde : l’Erèbe ? - Dans une légende grecque, c’est une région obscure où rôde la mort. Et tout le monde sait que le monde des hommes peut être dangereux pour nous. - Mais moi je suis bien un homme, enfin non, une fille ! J'étais confuse. Comment lui faire comprendre que je ne lui voulais pas de mal. - Pourquoi dis-tu ça ? Je ne suis pas dangereuse ? - C’est plus compliqué, je ne peux pas t’expliquer cela en quelques mots. Pour détourner la conversation, il avait dit : - Si tu veux, demain, je te ferai visiter le château en même temps que Matthieu. Il n’a toujours rien vu à part les écuries et les terrains d’entraînements. Je demanderai à Isabel aussi. Si sa mère ne lui interdit pas une fois de plus de descendre dans les basses cours du château, commenta-t-il. Rappelle-toi qu’elle doit apprendre si elle veut se sauver. Racines Chapitre IV Les flous et les insinuations de Merlin et Yann m’avaient fait prendre conscience que bien des choses ne m‘étaient pas dites. Le lendemain, déterminée, je m'étais présentée devant Merlin. Je lui avais demandé en quoi mon monde pouvait-il être dangereux et pourquoi fallait-il craindre les hommes. Je lui avais aussi parlé des petites flammes sorties du bout de mes doigts lors de l’entraînement. Il m’avait répondu très sereinement que pour moi les deux mondes resteraient dangereux tant que je n’aurais pas atteint un certain niveau de connaissance. Pour les flammes, il ne me dit rien de précis. Il prit mon bras, tira la manche de ma chemise vers l’épaule et examina l’intérieur de la pliure de mon coude. On voyait apparaître un liseré rougi, comme un tatouage donnant l’impression que quelque chose croissait sous la peau. Il était soucieux et pas très sûr du diagnostic. - Tu dis que tu étais en colère ? - Oui, qu’est-ce que c'est ? Merlin n’ajouta que : - Cache-le en attendant la fin de mes recherches. Sans grande réponse, je pris le chemin de la tour flanquante, point de rencontre pour la visite. Matthieu, en appui contre le mur m’observait. - Bonjour sorcière, pas trop mal aux fesses ? - Une petite sorcière d’Erèbe, c’est impossible. Une ravissante jeune fille avait fait son apparition derrière Matthieu qui attendait l’effet de sa provocation. Elle ajouta : - Je me nomme Isabel, tu es Nell ? - Oui, dis-je un peu perdue. Mais, pourquoi je ne peux pas être une sorcière d’Erèbe ? Après tout, des flammes étaient venues à mes mains. - Merlin n’a pas dû lui dire, s'introduisit Yann. Il était arrivé devant la tour, un peu en retard au rendez-vous. - Seuls ceux qui appartiennent à Ten peuvent entrer dans son espace, dit Yann. - Sauf quelques rares dérogations de nos seigneurs, compléta Isabel. Ils se turent un instant pour voir ma réaction. - La mère de Mat protège les eaux de Ten. Mon père peut faire fondre de l’acier avec un simple souffle d’air. Isabel conclut : - Ce que nous voulons te dire, c’est que si tu peux entrer ici, tu es née ici, où tes parents sont nés ici, énuméra la jeune fille. Pour entrer, Tu dois appartenir à Ten et avoir un minimum de sang magique, affirma-t-elle. J'étais une sorcière. Je ne réalisais pas très bien ce qu’ils venaient de m’expliquer. J’étais orpheline, alors imaginer que des parents, que mes parents, m’avaient mise au monde ici et rejetée dans le monde des hommes, ce monde que je croyais être le mien, c’était beaucoup d’informations à avaler d’un seul coup. Il était clair que comme tout le monde j’avais des parents, les filles ne naissent pas dans les roses, mais qui étaient-ils ? Macha ne le savait pas. J’avais gardé l’idée de savoir qui ils étaient dans un coin de ma tête et aujourd’hui des réponses se présentaient. - Alors je suis comme vous ? - Oui, tu es une éréale, répondit gentiment Isabel. Matthieu déjà pressé dit : - Bon, nous la commençons cette visite ? - Attends, Léo doit nous rejoindre, dit Yann. Je questionnai : - Qui est Léo ? - C’est mon frère, en quelques sortes, corrigea Yann. On l’a adopté avec mon père. Sa mère était une troll et son père, nous présumons que c’est un homme, un savant de surcroît car Léo est un vrai scientifique. Avec lui, tout s’explique, pas de hasard, ou plutôt si ! Enfin bon, il t’expliquera tout cela mieux que moi. Je voyais arriver un jeune enfant frêle, maigrichon, blond, avec deux bouts de verres ronds transparents accrochés à son nez. - C’est lui ? - Oui, me répondit Yann d'un ton franc. - Mais il n’a rien d’un troll ? Sur les dessins de Macha, les trolls étaient grands, forts, poilus ! - Ne te base pas sur les apparences, sa mère a été privée de son pouvoir de force avant qu’elle n’accouche, elle n’a pas pu le lui transmettre. Pour le manque de pilosité il a dû hériter cela de son père, me dit tout naturellement Yann. - Comment ça, privée de son pouvoir ? - On lui a volé. - On lui a volé ? C’est possible ? avais-je demandé. - Oui, certains l’ont fait, finit sombrement Yann à l’arrivée de Léo. Le petit garçon d’environ huit ans s’était approché sans timidité. De plus près, je pus voir que les deux bouts de verre qui trônaient sur son nez étaient rattachés par une tige de fer qui lui passait de chaque côté des oreilles. Voyant mon air curieux Léo avait dit : - Tu es nouvelle ? Comment t’appelles-tu ? Ce sont mes lunettes que tu regardes ainsi ? - Ce sont des lunettes ? Je le questionnai sur leurs utilisations. - Eh bien, dit-il en les remontant d'un doigt précautionneux. La rétine de mon oeil n’est pas bien sphérique, je suis astigmate. Alors, pour voir normalement, je dois porter des lunettes. Pour ne pas paraître idiote, j’avais répondu bêtement : - D’accord ! Léo s'était laissé convaincre, satisfait d'avoir été clair. Pendant nos présentations mutuelles, Mat nous interrompit : - Bon, on y va ? Son impatience avait repris le dessus. - Ouiiii ! avait répliqué le groupe. OOOO La visite guidée du château n’en finissait plus, Mat, déjà lassé de l’excursion, tressaillait d’impatience comme l’aurait fait un jeune enfant. Il exprimait son envie de se retirer quand, par une large double porte ornée au pourtour d‘entrelacs celtes, notre petit groupe entra dans une bibliothèque. La quantité de livres était impressionnante. Dans un coin sombre de la pièce, une bougie éclairait un livre vieilli par le temps, tout autant que son lecteur, resté impassible à notre irruption. La pénombre ne permettait pas de voir son visage, sa tête demeurait assombrie par la capuche d’un manteau retombant sur son corps hivernal. Il se retourna vers nous d’un mouvement léger presque fantomatique. Il s'éleva de sa chaise et brandit son bâton. - Chien, chien, chien, chien. L’homme s'approcha. - Chien, chien, chien, chien. Voyant l’arrivée du vieil homme qui répétait, comme lors de lecture de mauvais sort, le mot chien, tous, nous reculâmes. - Pourquoi dites-vous chien ? avais-je demandé. - Tu n’entends donc que chien ? - Oui ! Chien, que vous répétez sans cesse. Il se rapprocha encore. Du visage squelettique, la peau s’était retendue, la chair avait rempli les joues. Le nez et le menton crochus s’étaient éloignés et affinés pour finir. Le vieil homme avait laissé place à un homme familier. - Merlin ? Qu’est-ce que vous êtes ? - Merci pour le qu’est-ce que vous êtes ! avait-il répondu. Merlin déclara : - Nell, c’est bien ce que je pensais, tu es une olfeust. - Une quoi ? - Je t’ai dit le mot chien en quatre langues différentes : français XIIIème, argot, anglais du XXème et latin. Pour en revenir à votre cas, chère enfant, si tu entends le mot chien quatre fois, c’est que tu es irrévocablement, et sans aucun doute… Il avait interrompu son raisonnement. D’un simple regard il fit sortir tous les spectateurs de la salle. Cette fois, il ne s’agissait pas de magie mais juste d’un peu d’autorité. Isabel, Léo, Yann et même Mat avaient filé droit vers la porte. La place déserte, il reprit la parole : - Tu es une olfeust ! révéla-il. Je m’étais précédemment interrogé sur ta capacité à parler ma propre langue. Comme ce pouvoir a peu de défauts, on peut mettre du temps à le détecter. Macha l’avait prévenu que je ne parlais que son dialecte du nord des pays celtes. - Ta première leçon est donc toute trouvée : je vais t’apprendre à lire sur les lèvres pour bien comprendre chaque langue qui existe de par le monde. Cela te permettra de distinguer les différents protagonistes que tu pourras rencontrer. Puis, cela te permettra aussi de t’ouvrir à notre culture. Tu ne le sais sûrement pas, nous sommes en relation avec un voyageur du XXIème siècle qui nous donne accès à toute la culture française et même aux cultures mondiales… Mes yeux écarquillés avaient suspendu l’étalement de connaissances de Merlin. J’avais répondu à cette tirade : - C’est quoi un olfeust, une protagoniste, la culture, un voyageur, mondial ? Il sourit comme pour excuser son déballage. - Alors, pour commencer, nous disons un protagoniste et l’olfeust est une personne qui est dotée de facultés lui permettant de lire des textes et parler des langues qui lui sont inconnues. Je dirais plutôt étrangères. Cela, de manière instinctive, inconsciente et non contrôlée si les détenteurs du pouvoir ne sont pas informés. Quand l’olfeust utilise son pouvoir, des études ont prouvé qu’il retraduit ce qu’il lit ou entend dans sa langue maternelle qui peut être parfois limitée, d’où l’intérêt de s’en émanciper, de s‘en détacher. Chez les olfeusts, la langue maternelle est prédéfinie, elle n’est pas acquise lors de l’apprentissage du langage, elle est prédéfinie par ses parents de manière génétique et évolutive… À ce moment, ma bouche suivit mes yeux en s’ouvrant d’un air abêti. - C’est quoi des facultés, émancipé, prédéfinie, génétique ? - Bon ! Reprenons depuis de début… Pendant des jours, il m’avait faite articuler des mots invraisemblables que je devais entendre en me concentrant sur les gesticulations de sa bouche. Quand son humeur ne pouvait plus me supporter, il appelait Yann pour prendre le relais. Yann avait fait des études de linguistique avec Merlin, il savait parler couramment le Latin, l’Hébreu, le François, le Gaélique… avec Milo, le voyageur venu du futur, il avait même appris le Français du XXIème siècle. Rappelle-toi que Nell est une éréale et que sa famille aussi. Pouvoirs Chapitre V Un raclement de gorge m’extirpa de mon sommeil. M’extirpa, c’était le bon mot face à ce sommeil de plomb. Un oeil ouvert, je vis Léo redresser d’un doigt ses lunettes. - Nell, Merlin t’attend à la bibliothèque. Il m’a chargé de te réveiller. - Oui, répondis-je la bouche pâteuse et le deuxième oeil paresseux. - Tu te rappelles où se trouve la bibliothèque ? - Euh oui, oui, je me rappelle. Alors que je reprenais mes esprits, je remarquai un énorme chat sur mon lit. - Qu’est-ce que c’est ? - C’est Cunégonde, la chatte de Marion, répondit Léo avec méfiance et dégoût. En effet, le chat avait beau avoir un magnifique pelage roux, son nez aplati et ses yeux globuleux ne le rendaient pas très sympathique. Une jeune fille très soignée entra en trombe dans la chambre. - Cunégonde ! dit-elle d’une voix gentille. Que fais-tu ici ? Tu sais qu’il ne faut pas venir dans cette tour, il n’y a que des personnes de basse condition et ils mangent les chats quand les rats se font rares. Viens là mon amour. Léo n’avait pas une expression très avenante pour cette jeune fille qui semblait penser que manger du chat au petit déjeuner était courant pour nous autres : personnes de basse condition. Elle avait une attitude très hautaine. Elle appartenait sûrement à la haute condition et possédait un goût douteux à en juger par l’aspect physique de son chat. Prenant son félin dans les bras, elle nous toisa l’un après l’autre en insistant sur mon visage inconnu, puis sortit. - C’était Marion, commenta Léo. - Enchantée ! dis-je. - Lève-toi, m’encouragea-t-il avant de sortir. - Ha oui ! J'avais déjà oublié qu'il fallait que je me rende à la bibliothèque. Il repassa la tête dans l’entrebâillement : - Et ne mange pas de chat ce matin, Louise nous a préparés des tartes aux prunes. - Entre les tartes et du chat mon coeur balance, plaisantai-je. La grande porte ouverte de la bibliothèque me laissait entrevoir un Merlin d’humeur songeuse. Plus loin, un père lisait pour sa fille. La petite paraissait l’exaspérer avec des questions sans fin : « et pourquoi et parce ce que… ». Sur leur table, une drôle de petite bête trônait. Comme ça, j’aurais dit que c’était un furet mais ses poils et ses yeux étaient bizarres. - Nell, viens t’asseoir, dit Merlin. Dans la bibliothèque, une grande table de lecture s’étalait entre deux rangées de livres. J’écartai un long banc de chêne de la table et m’assis les mains réunies sous celle-ci. Merlin, resté debout, arpentait de long en large l’allée centrale. Les mains derrière le dos, il gardait son air soucieux. Mettant ses interrogations de côté, il recommença une de ses longues tirades dont lui seul avait le secret. - La magie se manifeste grâce à l’esprit. Par un geste, tu guides ton esprit vers l’objet. L’objet englobe toutes choses sur lesquelles tu veux agir : l’eau, un être humain, un arbre, un livre …il existe deux catégories de pouvoirs : les pouvoirs propres à tout Eréal et le pouvoir spécifique. Les pouvoirs propres ont généralement une action faible sur l’objet, leur maîtrise nécessite beaucoup de travail. Le pouvoir spécifique est lui, unique et illimité, il n‘est acquis que quand le corps est prêt à l‘assumer. Une fois acquis, il demande une exploration de ses étendues. Certains acquièrent leur pouvoir spécifique très jeunes, d‘autres jamais. Ces derniers doivent se contenter de leur savoir et des pouvoirs propres. Ils restent des élèves très limités en magie. Merlin reprit sa mine songeuse. - L'autre jour, tu m’as dit que de petites flammes s’étaient manifestées aux bouts de tes doigts quand tu t‘es mise en colère contre ce garçon. Comme je te l‘ai dit, un Eréal ne peut avoir qu‘un seul pouvoir spécifique. Tu es une olfeust, normalement tu ne devrais pas maîtriser le feu, mais je préfère en être sûr. Son regard se porta derrière moi sur un bureau surélevé habituellement habité par la sentinelle de la bibliothèque : Lyse. En son coin, il y avait une bougie éteinte. Au vue de sa petite taille, elle avait accompagné Lyse toute la nuit, surveillant lecteurs nocturnes et rats affamés. - Tu vois la bougie sur le bureau ? me demanda-t-il. - Oui. - Tends ton bras vers elle. Elle représente l’objet. Pince le pouce et l’index en visant toujours l’objet et… écarte-les. Une petite flamme dansante d’une couleur or avait alors fleuri sur la bougie. C’était surprenant comme phénomène mais mon premier sentiment fût : cela va-t-il me causer des ennuis ? - C’est impossible ! Ce n’est pas possible ! Repince ces deux doigts pour voir, demanda-Merlin. Un fil de fumée grise remplaça la petite flamme dorée. - Ce n’est pas possible. Je ne comprends pas, dit-il. - Il n’y a peut-être rien à comprendre ? tentai-je. - Tu peux reprendre tes occupations, clôtura Merlin. Il reprit son visage songeur et sortit de la bibliothèque. En s’éloignant, je voyais ses cheveux châtains s’allonger et blanchir, son corps se rabougrir et son pas ralentir. Des questions lui faisaient perdre tout contrôle. Lui, qui savait tant de choses, qui avait souvent réponse à tout, il se trouvait déstabilisé par une enfant. OOOO Les mains de nouveau rangées sous la table, j’avais un peu honte. Merlin m’avait prise avec lui, il me protégeait et apparemment je ne lui causais que des ennuis. Si je me débarrassais de ce pouvoir, tout rentrerait dans l’ordre. - Bonjour damoiselle. - Qui êtes-vous ? demandai-je. - Un fou. - Un fou ? répétai-je. - Noah le fou. Il portait une chemise ample noire à manche rouge. Ses cheveux tressés et agrémentés de perles semblables à de petits fruits multicolores, flottaient ! Il avait les yeux cernés de noir, une moustache finement enroulée sur les pointes, les oreilles ornées et les poignets renforcés de cuir noir. Sur le banc qui se décala de lui-même, il s’assit et posa ses mains sur la table. Des mains dont tous les entre-doigts étaient percés et ornés de tiges métalliques. Autour de ses mains se baladaient sans fin des petites billes métalliques brillantes et argentées. Certaines de la taille d’un grain de blé, d’autres allant jusqu’à la taille d’une noisette. - Tout le monde est fou, mais moi, je suis le fou de mon seigneur, commença-t-il. Pas que je lui appartienne, mais je suis sa folie, son divertissement, parce que finalement tout le monde est fou, mais de manières et dans des proportions différentes. Je le suis peut-être plus que les autres puisque je suis le fou de mon seigneur…Oui je suis très clair. - Oui ! - N’est-ce pas ? Une plume et un encrier rejoignirent ses mains. La plume se trempa dans l’encrier et entreprit un dessin sur son index par la simple intervention de sa pensée. La plume flirtait avec les billes métalliques qui anticipaient les moindres ses déplacements. - Donnez-moi vos mains. Je lui tendis mes mains légèrement recroquevillées. - Vous avez peur de leur puissance, constata-t-il. J’acquiesçai de la tête. - Elles sont belles et jamais elles ne feront souffrir ceux que vous aimerez. Bien sûr, elles seront maîtresses de grands pouvoirs, mais vous ne devez jamais en avoir honte sinon ils se retourneront contre vous. Ils sont en vous, vous devez apprendre à les connaître, les comprendre, les maîtriser, les utiliser sera secondaire, commenta-t-il. Faites leur confiance et suis ton instinct, conclut-il en déposant mes mains sur la table. La plume acheva son dessin et Noah fut satisfait. - Vous êtes un peu…m'aventurai-je. - Bizarre ? Allumé ? - Fou ? tentai-je. - C’est très perspicace ! Vous êtes devineresse ? - Comment ? - Clairvoyante ? proposa-t-il. - Je ne pense pas. Je n’avais pas assez de deux pouvoirs qu’il voulait m’en affubler un troisième. - Peut-être êtes-vous aussi une fée ? Non, bien sûr, vous êtes trop lourde. - J’aurais dit trop grande, rectifiai-je. - C’est vrai, c’est vrai, un troll peut être ? Non, pas assez poilue. - Mais que cherchez-vous ? - Eh bien, je cherche vos pouvoirs. Au fait, quel pouvoir possédez-vous ? - Je suis une olfeust et je possède le pouvoir du feu. - Vous êtes une olfeust et une élémentaire feu, surprenant ! en conclut-il. - Surprenant ? - Oui ! Surprenant ! - Mais ? - Mais ? Il était tellement confus. - Vous allez répéter tous mes mots ? ajoutai-je pour ramener de l’ordre dans cette conversation. - Tous vos mots ? Non, bien sûr, dites-m’en plus. - Qui sont les élémentaires ? demandai-je. - Vous maîtrisez aussi la terre, l’eau, l’air, le métal ? - Comment ? - Quoi comment ? Les maîtrisez-vous ? Le bois peut-être ? - Non ! Je ne crois pas. - Vous ne croyez pas ou vous ne savez pas ? - Je ne sais pas. J'étais perdue. - Comment se fait-il que vous ne sachiez pas ? se déconcerta Noah. - Quelle chose ? - Que vous ne sachiez pas ? Comment se fait-il que vous ne sachiez pas si vous avez à votre disposition les autres pouvoirs ? - Comment le saurais-je ? - Vous êtes sur le registre des pouvoirs ? - Un registre ? - J’ai du mal à vous suivre damoiselle. - Moi aussi ! répondis-je. Il se dirigea vers les livres et sortit un grand ouvrage. - Voici le registre des pouvoirs, dit-il en déposant le lourd pavé. Merlin entra avec vigueur dans la bibliothèque. - Noah, qu’est-ce que tu fais? questionna sévèrement Merlin. - Je montre à cette damoiselle le registre référant des pouvoirs. Noah, interrompu, se retourna vers moi et reprit ses explications. - Vous pouvez voir les élémentaires : feu, air, métal, terre, eau, photon, électron. Les pouvoirs sensitifs, les pouvoirs d’invulnérabilité, les pouvoirs de guérison. Vous, vous avez un pouvoir de communication comme ceux qui parlent aux animaux. Les pouvoirs mimétiques sont aussi très intéressants. Ensuite, pour chaque pouvoir, vous avez des registres de possesseurs en plus de ce registre de base. Chaque personne recevant son pouvoir spécifique s’inscrit dans le registre correspondant à son pouvoir. - Noah tu n’as pas à… - A lui parler de sa pierre magique ? Je l'ai vu tu sais. Merlin était sacrément irrité par l’intervention de Noah, mais tout de même intéressé par son avis. Il le laissa poursuivre. - La marque du feu en cercles concentriques est sur la pliure de son coude, dit-il en pointant mon bras du doigt. Quand la pierre tombe dans l’eau des ondes concentriques naissent. Ta peau est l’eau, les éléments les ondes. Le point central représente le feu, les deux cercles concentriques représentent les deux éléments amis du feu : la terre en premier et l’air ensuite. L’eau, ennemie du feu est un cercle entre l’air et la terre mais il n’est pas présent sur le symbole du feu, précisa Noah. La marque est encore rouge mais bientôt elle sera blanche. - Une pierre magique ? répétai-je. J'avais une pierre magique sous ma peau ! - Ce ne sont peut-être que des bouts d’os cassés ou des brûlures de dragons ! réagit Merlin. Noah pointa de nouveau son index sur mes marques. - La trace rouge que vous avez dans la pliure du coude marque la présence d’une pierre magique. Mon pouvoir spécifique est la télékinésie, je déplace les objets par la pensée, et grâce à cela, je peux te montrer ma pierre magique. Les parties visibles de sa peau se mirent à scintiller. Les petites brillances se rassemblèrent dans le creux de sa paume pour composer une pierre magique en forme de sphère autour de laquelle tournoyèrent ses billes métalliques. - Comme vous pouvez le voir les pouvoirs sont dilués dans le sang. Si la pierre se matérialise d’elle-même c’est que le pouvoir n’appartient pas au porteur. - Alors, le pouvoir du feu ne m’appartient pas ? compris-je. - Non, il n'est pas issu de votre famille. - C’est peut-être des bouts d’os cassés ou des brûlures de dragons ou des piqûres ou encore une allergie ! s’exaspéra Merlin. - Comment être sûr que c’est une pierre magique ? interrogeai-je. - Si ces rougeurs s’estompent en Erèbe c’est que c’est bien une pierre de pouvoir. Elles se cachent des hommes pour garder la présence magique de son porteur. - Si je vais en Erèbe je saurais si cette pierre est magique ? - Oui. - Non ! Tu n’iras pas en Erèbe. Tu dois rester dans les limites de Ten et du territoire de Magimel aussi, rétorqua Merlin. - Mais la frontière n’est pas si loin ! suppliai-je. - Tu restes ici. Si les hommes voient ces traces, qui se prouveront ne pas être magiques, tu pourrais avoir de gros problèmes. - Mais Merlin ! protestai-je. - Il n’y a pas de mais ! Et puis Victor souhaite te rencontrer. Noah, tu devrais aller préparer ton spectacle pour ce soir et arrête de… - Renseigner la damoiselle ? - Noah arrête c’est tout ! Nell, suis moi. - Il y a un registre pour les dons de pouvoir. Ce pouvoir du feu c’est un don, ajouta le fou. - Noah, rien ne nous confirme que tu aies raison, s’interposa Merlin. - Mon instinct me le dit, se justifia Noah de manière convaincue. - Ton instinct t’a aussi dit de démonter la toiture du château la semaine dernière. - Ce château manque cruellement de lumière. Les toits sont secondaires, se légitima Noah. - Comme ta raison ! Nell, viens. Merlin me poussa vers la sortie. - Mon coeur a ses raisons que les raisons de ce château ignorent, expliqua le fou. - En tout cas tu ne manques pas d’esprit, rétorqua le mage. Merlin m’emmena au sommet du donjon principal. Derrière une grande porte, au fond d’une salle de distribution, une serre s’ouvrait sur le ciel. Le plafond transparent préservait du froid toute une myriade de plantes : certaines connues, d’autres insolites. Sur le côté, un homme d’une cinquantaine d’années prenait soin d’un petit plan de romarin perdu dans un grand pot. Il était grand, châtain, sa barbe courte, poivre et sel, contrastait avec son teint hâlé. Ses cheveux courts, mais un peu trop long sur le devant, commençaient à cacher ses yeux en amande verts foncés. L’homme qui termina de tasser la terre autour du petit pied de romarin se concentra. À ce moment, je vis le romarin grossir et prendre bonne place dans son grand pot. Merlin me posa une main rassurante sur l’épaule. Puis, observant l’homme, je remarquai un transfert entre lui et la plante. Sa barbe rentra dans sa peau, ses cheveux raccourcirent pour libérer son front, sa peau s’éclaircit et ses ongles terreux s’alignèrent à ses pointes de doigts. Il regarda ses mains puis le beau pied de romarin fleuri. Satisfait, il se mit sur ses jambes et prit le pot dans ses bras. Il se tourna vers nous et afficha un sourire accueillant. - Merlin, voici donc notre nouvelle pensionnaire. Victor s’avança vers moi. J’eus un pas de recul, par précaution. - Je me présente, Victor de Magimel, seigneur et maître de ce château. Sois la bienvenue. J’espère que ton séjour se passe bien. Tu t’es faite des amis ? - Oui mon seigneur. - Lesquels, dis-moi ? - Yann, Léo, Isabel et Matthieu. - Très bien. Tant mieux si ton intégration se passe bien. J’espère ne pas te voir souvent et tout ira bien, dit-il en riant. Encore la bienvenue, termina-t-il. Il retourna à ses activités botaniques et Merlin me dirigea vers la sortie. C’était étrange comme attitude. Je demandai : - Merlin ? - Oui, dit-il en descendant les escaliers devant moi. - Qu’a-t-il voulu dire avec j’espère ne pas te voir souvent et tout ira bien et qu’est-ce qu’il s’est passé avec la plante ? - Victor est un iudex, un juge. Comme tu as pu le voir en entrant, il transfert du temps entre lui et les plantes mais aussi entre les plantes et entre les êtres. Il peut servir de passerelle comme être directement receveur ou donateur de temps. Et s’il est un juge c’est parce qu’à Ten nous punissons par le temps : nous privons les criminels de temps. Il est aussi décisionnaire des peines de prisons et de travaux forcés mais, celle du temps reste la plus marquante et la plus symbolique. - Sûrement, acquiesçai-je perdue dans mes pensées. Du jour au lendemain, Victor pouvait me rendre vieille, du jour au lendemain, Victor pouvait avoir mon âge. - Je t’ai prévu une séance de lecture à la bibliothèque, interrompit Merlin. Cela nous renseignera peut être enfin sur ta langue maternelle. Ton professeur de lecture t’attend dans la bibliothèque. Je te laisse, je m’en retourne à mon laboratoire. Il reprit son habituel air soucieux et se dirigea vers la tour ouest. OOOO La petite fille et son père étaient toujours dans la bibliothèque. Le père lisait, sa fille et le furet sur la table, étaient absorbés par ses paroles. - Êtes-vous mon professeur de lecture, demandai-je au père. - Oui, répondit, à ma grande surprise, la petite fille. Le furet m’observa avec application et l’homme se dirigea vers moi. - Bonjour, je suis Raphaël le père de Marguerite, tu es Nell ? - Oui. - Je vous laisse, tu seras gentille mon coeur ? dit-il à sa fille. - Bien sûr, dit la petite l’oeil rieur. Son sourire remonta ses jolies joues couvertes de taches de rousseurs et me laissa découvrir ses toutes petites dents de lait. Elle avait de jolies boucles rousses éparpillées sur la tête et des yeux verts clairs pétillants de malice. - Viens t’asseoir Nell, nous allons lire le Chat botté, dit-elle surexcitée et impatiente. Je m’assis sur la chaise de son père. Marguerite voulut commencer la lecture mais rapidement quelques mots lui posèrent problème. Assise sur sa chaise, ses petits pieds ne touchaient pas le sol et ses coudes, posés sur la table pour tenir le livre, se retrouvaient à la hauteur de son cou. Marguerite était chargée de mimiques de concentration. Tantôt les yeux plissés et la bouche pincée, tantôt la bouche ouverte les yeux écarquillés. Puis, ayant apparemment retrouvé les mots du livre, elle me regarda fixer sa bête bizarre. - C'est Arthur que tu regardes comme cela ? J'acquiesçai. - C’est Arthur, mon furet peluche. La petite bête continuait de me regarder comme si j’étais une bête curieuse. À l’évidence c’était cet animal la bête curieuse. - Peluche ? - Les peluches sont de faux animaux pour les enfants. Normalement ils ne bougent pas mais papa l’a rendu vivant grâce à Adam l’anime. Il l’a acheté à Milo le voyageur du futur, tu le connais ? - J’ai déjà entendu parler de lui. - Donc mon papa l’a acheté à Milo, c’est un jouet du futur, ma peluche. Et Adam l’a réveillé comme un vrai furet et mon furet, maintenant, il est immortel. Jamais il ne me laissera toute seule. Par contre, comme il est en plastique (le mot était difficile à dire pour une petite fille du XIIIème siècle), il ne faut pas qu’il prenne trop chaud, sinon, Milo a dit qu’il pourrait fondre ! Arthur se cacha sous le livre. Marguerite me chuchota : - Arthur n’aime pas trop ce mot fondre. Arthur, qui entendit quand même le mot, fit trembler le livre qui l’abritait. - Je vais commencer le livre, dit Marguerite en découvrant le furet. Alors que la petite allait lire, sur la première page je lis : - Il était une fois. - Mais tu sais lire ? se surprit l’enfant. - Apparemment ! Moi aussi j’étais surprise. Ce devait être un nouvel aspect de mon pouvoir. Les olfeusts parlaient toutes les langues instinctivement, mais maintenant, je découvrais que même dans la lecture, ils étaient instinctifs. Jusqu’au bout, ce pouvoir pouvait masquer la provenance dans l’espace et dans le temps de son possesseur. Si mes parents avaient le même pouvoir, cela devenait finalement de plus en plus compliqué de les retrouver. Marguerite descendit de sa chaise, referma le livre et prit son furet sur l’épaule. - C'est dommage, tu aurais été mon premier élève, confia Marguerite un peu déçue. - Désolé. - Tant pis ! Tu as déjeuné ? demanda-t-elle gaiement. Son comportement avait changé du tout au tout. De froissée, elle avait maintenant un enthousiasme débordant. - Non ! - Viens, me dit-elle en m’attrapant la main pour me tirer vers l’extérieur. Louise a préparé des tartes aux prunes ce matin. - J’en ai entendu parler. Nous entrâmes dans la cuisine. Une grande table contre le mur avec un bac de pierre, une grande table centrale avec deux grands bancs rangés dessous, deux cheminées, une petite et une grande. La cuisinière lavait des choux dans le bac de pierre rempli d’eau. Elle était ronde et charnue, mais qu’on ne s’y trompe pas, elle était alerte et à l’aise avec ses formes généreuses. Sa peau claire et fraîche lui donnait une expression de bonne humeur permanente. Cette femme montrait prestance et fermeté mais aussi maternité, douceur et empathie. - Bonjour jeunes filles. - Bonjour Louise, c’est Nell et elle voudrait goûter ta tarte aux prunes et moi aussi. - Bonjour Nell, dit-elle gentiment. Margot, il est un peu tard, fit remarquer Louise. Une grande déception s’afficha sur le visage de Marguerite. - J’en ai gardée à la cave, ajouta la dame en souriant. - Trop bien ! dit Marguerite le visage illuminé. Louise descendit à la cave. Marguerite me reprit la main pour me conduire à l’extrémité de la cuisine. - Viens voir. De la cuisine, il y a un accès au lac. En haut des escaliers, une porte s’ouvrit sur le bord du lac. Nous étions sur un bout de terre qui entrait dans l‘étendue d‘eau. Il y avait un puits, un quai, une petite tour de surveillance orientée sur le quai, un terrain d’entraînement, un parc à bêtes et derrière nous, la muraille reliant la tour sud et ouest ouvrait plusieurs petites portes sur le château. Je m’avançai sur le quai. D’ici on pouvait voir une petite île. De l’autre côté, on observait un autre quai et une chaumière accolée à une forge, les cheminées fumantes. - Regarde ce que je sais faire, dit-Marguerite. Marguerite était postée à côté du petit parc où cohabitaient poules, canards, oies et lapins. Elle se concentra un instant sur un lapin et un canard proche de la clôture. Le canard se mit à bondir sur ses deux pattes comme un lapin et le lapin coordonna ses deux pattes gauches et ses deux pattes droites pour se dandiner comme le font les canards. - C’est… Je ne savais pas quoi dire : extraordinaire, surprenant, étrange ? - C’est drôle ! compléta Margot. - Comment fais-tu ça ? - Je suis un échangeur d’âmes. Je peux échanger toutes les âmes que je veux. Louise passa la tête par la porte extérieure. Margot remit tout en place. Le canard se dandina et le lapin bondit. - Marguerite, j’espère que tu ne fais pas de bêtises sinon la tarte pourrait te passer sous le nez. Louise paraissait accoutumée au fait que Marguerite jouait souvent avec ses animaux. - Non, non, s’innocenta la petite les mains derrière le dos. - C’est prêt, vous pouvez venir, informa Louise. - Trop bien ! répéta Marguerite qui s’était précipitée dans la cuisine. Rappelle-toi que le fou n’est pas celui qu’on croit.
×