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  1. Lenteur du liquide qui s'écoule – noirceur de la nuit, de la houle – sur la terre, reflets phosphorescents. Dans le ciel l’astéroïde pâle et blanc, dont autour sa traînée de courtisanes : invisible de jour, étrange voile diaphane. Et tandis que la blafarde s'éclipse, dans les nuées, des hiéroglyphes se calligraphient, sur un fait mûr. Sang, vin de la vie. « Comme le frère qui attise mon sosie. » Sueur, eau de la vie. « Comme l'amante qui tire ma rêverie. » Sperme, sève de la vie. « Comme se perdre, se mentir par lui. » Salive, encre de la vie. « Comme la suivre, la manquer sans bruit. » Suit l'amertume des vagues surprises à s'étaler, à laisser faire la drague, à ne plus s'y noyer, sinon dans une mère… Mais, où l'astérie de fiel cache-t-elle son tourment, pour ces derniers instants ? Litanies enfin finies en vue du lendemain, seul un sombre s'imagine encore serein, jusqu'au levain. Que trahit l’abri ? Sentiments si fragiles : Un corps féminin, Un insecte en péril, L'aperçu d'un lit, Attente de la mort, Les désirs d'un saint ; Sous le mépris d'essor. Les boréales ? On y glisse, isolé à plat sur un tic, où on satyre sans surprendre : simulé, ensemencé comme un pic, sans fond dans l'hymne de la foi. Alors s’en retourner dans ce sable d’un rance arable, au choix : enfouir encore nos lunaisons en attente d’une prochaine révolution ! Où, pour démonter, penser à des cendres. =========================================== Bande son : STEVE VON TILL – "To The Field"
  2. Découverte, vision, cliché : cette nuit se finit, ceci est l'aube de mon crépuscule. S’y résoudre. Le premier de mes jours derniers : voici venir l'annonce de fin de ma vie, journée que j'annulerai. Car demain ne sera plus jamais ce début ; enfin, demain saura le temps de jamais. Quand hier, je rimais avec toujours : hier de nouveau je rêvais d'un éternel amour. Stop ! Voilà comment atteindre le point néo-Godwin de la petite poésie dilettante : faire rimer « amour » et « toujours ». Indescriptible de mauvais goût. Cela mérite la flagellation en place publique, à coup de glaïeuls, mais un précieux chanteur anglais ne s’en est-il pas déjà chargé ? I didn’t realise you wrote such bloody awful poetry.(1) Recommençons... Quand hier, je rimais avec discours : hier de nouveau je rêvais d'un éternel retour ; mais combien de souvenirs hantent ces lieux, combien de joies chantent encore sur ces terres ? Ces murs ne sont plus mes murs et ce lit n'est plus le mien – et ces danses, comme une transe, s'atténuent en un rien. Un frisson sur ma peau : la brise m’entraîne au loin. Ouais. Pas mieux, hein ? Symptôme de l’apprenti poète qui joue au malin, sur un thème plus que rabâché, de quoi laborieusement moudre des mots tel un meunier maniaque. Sans compter l’illusion de volonté, en filigrane, alors qu’il n’est guère de choix : soit tu te remets en route, soit tu te suicides. Tout le monde vit cela, un moment ou l’autre, nul besoin d’en pondre des kilomètres de phrases. On peut aussi se mettre en veille, bien sûr. Pratiquer le « pas de côté » d’un contemporain écrivain français, même si ce dernier ressemble depuis au moins 20 ans à un cancéreux en phase terminale, donc qu’il ne soit pas certain que ses conseils fonctionnent bien. N’ayez pas peur du bonheur ; il n’existe pas (2) ... Alors pourquoi se remettre en route, restons dans la stase : liberté souveraine, dans la non-action. Hop, double illusion : je veux, je suis libre. Catalogue de concepts, du verbiage fécond, pour se croire créateur : de soi, des autres, de nos choix, de nos existences. On voit pourtant où ce raisonnement peut se fendre, où il est possible de lui faire gorge rendre. Car si la liberté est illusion, alors toutes nos ratiocinations s’opèrent dans l’espoir d’oublier cette condition – ce qui nous est nécessaire pour survivre. Application du principe de précaution. Il s’agit d’oublier l’impossibilité de vivre en gardant à la conscience nos propres limites, il s’agit de se payer de mots pour mériter d’être plus qu’un primate, en monnaie de singe... Il s’agit ? Taire ! Or, même savoir ceci n’est pas suffisant : à peine un remède au fait de ne rien trouver de mieux à faire, ce savoir n’est pas une arme. Traîtrise : nous nous croyons individuellement libres, car le discours ambiant parle de notre liberté. Maîtrise : nous adoptons ce discours, son illusion consolante, le propageons de façon zélée en retour. Cerise : tout un chacun se retrouve fort content de cette situation ; pourquoi chercher à en faire plus, à aller plus loin ? Gâteau ! Apporter des réponses aux questions que personne ne pose ? Poser des questions aux réponses que personne n’apporte ? Il est loisible de douter que quelqu’un en soit encore capable, Dieu s’étant vengé d’un irascible philosophe allemand. Ohne Musik wäre das Leben ein Fehler (3) – et tant pis pour les sourds. Résoudre tout, À un début : Un milieu est une fin. Notes : (1) Morrissey, « je n’ai pas réalisé que vous écriviez de la poésie si dégueulasse » dans la chanson de The Smiths, Frankly Mr Shankly : http://www.youtube.com/watch?v=2ownZDWNIRs Morrissey aimait parfois faire subir des outrages aux fleurs, comme ici : (2) Michel Houellebecq, dans ses anciens écrits – Rester Vivant et Approches du Désarroi – avant même son premier roman : l’idée du « pas de côté » n’est pas de son invention, il s’agirait plutôt d’une réactualisation en mode mineur de la pensée d’Ernst Jünger (période post-Seconde Guerre Mondiale) qui a développé un concept d’anarchiste individualiste, l’Anarque ; plus individualiste qu’anarchiste, bien entendu. (3) Friedrich Nietzche, « sans musique, la vie serait une erreur » dans le Crépuscule des Idoles – partie Maxime et Pointes, aphorisme 33 – où notre ami se moque dans le même temps du bonheur, de Dieu, des Allemands… Quel farceur ! Comme Nietzsche est souvent incompréhensible, que mon texte l’est aussi, je me suis dit que ça ferait bien de le citer : il est une sorte de caution culturelle pour dilettante de l’esprit, en quelque sorte.
  3. Egout, où les égos s’égarent, où grandissent faune et flore de l’asphalte, en berceaux de basalte. Caniveau, où s’éventent secrets et aveux, où se vendent bruits et brisures, où se vante le fait de faire le mur. Impasse de violence, où le silence se rompt quand les pleurs se propagent, impasse en sursis se dissout dans la rage. Peut-on s'y relever fièrement comme une escouade en déploiement, survie menacée par le sombre, et savourer la force hostile du nombre ? En cette rue une fleur de bitume, pour tuer la petite mort, loue son corps pour un rien : rue qui s'éteint d'un rouge qui s'allume. Artère où se dressent des poubelles comme autant de tourelles de Babel, artère de corps incandescents, de cœurs qui espèrent, de cerveaux effervescents. Même les enfants doivent jouer contre le temps, attendre dans l'ombre agile, amasser la fureur pour leurrer les vigiles. À éviter : les boulevards de rêves qui crèvent, d'abcès en cauchemars, d’excès en largage d’amarres. Périphérique où la décadence s'éveille telle une danse acide en sommeil ; périphérique crucifié, périphérique mortifié. Va falloir y trouver la trace de l'instant d'avant, cette éternité si tranquille, afin d'oublier l'amour qui va faiblir. Malgré la cité défiance où l'on chasse une idée nommée volonté, méfiance envers sa propre foi, cité où l'on invective l'envie et l'amitié. Quartier chaud, quartier ghetto, où se fondent tendresse et histoires de fesses, quartier d'anges et de démons, où subsistent frange et sermon. Âpres au gain, certains entraînent leur cuir, dans leurs rondes autour des périls, à joindre les endroits d'où ils pourraient s'enfuir. Pourtant ville d'exil, où chacun s'annihile, où le voisin est île fossile ; ville d'aliénation, ville d'exploitation. Alors errer dans la nuit sans donner un seul cri : rester les yeux ouverts, terminer dans l'éclair. Alors franchir le seuil, ne plus subir le deuil : sortir à l'unisson puis cueillir la passion – fruit d’espoirs, de clins d’oeil et d’aplomb. Alors, Métropolis : que gise le vice !
  4. La pluie s'effondre solitaire, en un désert de gris, un océan de vert. Mon âme se referme, coquillage mourant : Les terres promises n'ont pas tenu leur serment. Et les clameurs de la marée humaine Remontent, déferlantes Comme la tempête, en automne. La beauté est en chute, oisillon en liberté. L'abandon discute, debout à tes côtés. Le vide peut se lire dans la vague, corail de fatigues atrophiées, Telles ces artères exsangues où s'époumone mon coeur. Un mot est sur toutes les langues, le ton en est moqueur. Pauvre alcôve d'eau vive, Ton filet est fragile : La vie l'a traversé. Esprit au centre de l'océan, le calme te révèle : D’humides duvets, promesses d'arc en ciel. Ainsi, le silence s'est tu, la musique revenue. Oiseaux, je vous remercie : j'ai aimé ce sursis. Une âme est la solitude incarnée, Car elle est un espace-temps Où rien d’autre qu’elle ne réside.
  5. « - Je ne sais pas du tout ! » lui avouai-je, en lui caressant l'arrière des oreilles. « - Mais pourquoi cherchez-vous à tout contrôler, même ceux que vous n'aimez pas ? Même des territoires trop grands pour vos pattes ? Quand je sais où retrouver mes os enfouis, cela me suffit, idem quand je sais où sont passés mes semblables grâce à leur urine : vous non ? » « - C'est simple, nous avons peur, horriblement peur : nous désirons tout asservir, nous voulons triompher de tout, parce que nous nous savons trop faibles devant la nature, or le seul moyen d'être plus fort est de la posséder. Et au fond de nous, véritablement, nous voulons absolument nous libérer de la mort. » « - La mort ? Qu'est-ce que c'est ? » me demanda-t-il, avant de bâiller en ouvrant grande la gueule. « - ……… » silence, qui s'éternisa, puis : « - Tu ne sais pas ? Comment fais-tu pour parler de quelque chose que tu ne connais pas ? » « - La mort, c'est quand ton cœur cesse de battre, quand tu deviens froid, puis quand tu commences à pourrir pour alimenter les mouches et les plantes : tu vois ? » lui rétorquai-je, tout de même interloqué. « - Oui. Ma maman est morte, donc : un jour, elle était comme tu dis, et j'ai beaucoup pleuré parce que soudain j'étais tout seul, et toi aussi tu pleurais, puis tu l'as mise sous la terre. Et quand j'étais chiot : tu m'avais laissé m'échapper dans la rue, et tu m'as rappelé et je courais vers toi, puis une voiture est arrivée, tu as crié et j'ai eu très peur, et j'ai fait un grand bond sur le côté pour lui échapper… J'ai failli mourir cette fois ? » « - Certainement que tu serais mort, oui, comme ta maman chienne, qui était très bonne, comme tu l'es, et qui avait cette identique tache blanche sur le front… » disant cela à moitié pour moi-même, triste, puis me ressaisissant, suite à la sensation d'une léchouille râpeuse sur la main ; je lui demandai : « - Mais alors, tu sais ce qu'est la mort ? » « - Je sais que j'ai failli mourir, et que maman est morte, mais je ne sais pas ce que c'est : toi, comment sais-tu ce que c'est ? » « - Je ne sais pas, j'imagine ce que c'est, c'est différent bien sûr… Et tous les humains font comme moi, ils sont capables d'avoir peur, de quelque chose qu'ils imaginent : et comme notre peur se transforme en colère, nous voulons tout maîtriser pour pouvoir espérer un jour maîtriser la mort, même si nous ne savons pas ce que c'est. » « - Vous êtes bizarres… » dit-il, me fixant de son regard humide : « et toi ? Au fond, tu es comment ? » « - Je ne sais pas trop, à vrai dire… » avançant vers lui ; j'approchai le nez de sa truffe et, avant qu'il me donne un coup de langue, l'embrassai sur le haut du crâne, puis m'écartai un peu pour convenir : « - Si, je sais au moins une chose : je crois que j'aimerais être un petit chien comme toi, pour pouvoir me poser toutes ces questions, sans croire devoir y répondre, par de vaines gesticulations… »
  6. Mon aimance, Il existe des écrivains – ou autoproclamés tels – qui causent de l’absurdité (et) de la vie, ou l’inverse ou les deux, de leur vision de l’existence qu’ils espèrent élevée au rang d’art, d’un vomir intrabiliaire quoique intrinsèque qu’ils désirent éternel, d’une chierie vocabulaire qui leur appartient en propre (sic) mais qu’ils veulent partagée par d’autres, ayant encore besoin d’un lectorat pour être raccord avec eux. Ils ont tout loisir de parler, dans une société comme la nôtre : ils ont la liberté d’expression, ont de petits problèmes à faire partager – pas de trop grands, on s’en détourne – puis portent leur immense nihilisme en bannière. À notre époque, n’est-ce point une hérésie de ne pas jouer nihilistic-style, d’ailleurs : fidèle à ses principes comme elle l’est, mais sans trop le savoir comme toute société vivant d’une foi cachée, en belle du poker ! De mini-misères pour une totale détestation de la vie, cocktail gagnant, surtout qu’ils ont l’avantage de mieux savoir parler que la plupart de leurs contemporains – ce qu’il faut bien l’avouer n’est plus très dur, depuis que l’inculcation d’un sens à l’existence fut définitivement abandonnée, juste avant l’abandon de l’inculcation du sens des mots ; les uns soutenant l’autre, et vice-versa pour les plus vicieux. Il y aura donc dans ces lignes mes insultes aux scribouillards qui annihilent, veulent rendre leur alentour fossile, oui ! Comme une envie de faire rendre gorge à leurs écrits, à ces pisse-froid qui non contents de ne savoir vivre tiennent absolument à le faire savoir, ou à ce que d’autres se risquent à les suivre, dans leur glauque assomption qu’ils érigent en rocs sanctions : suçons de l’esprit, inefficaces dédicaces qu’ils offrent en pâture à l’humanité – tout du moins à ce qu’ils croient connaître d’elle. Mon aimance, errer en tes fragrances est réifier un honneur pétri d’innocence, y compris s’il faut pour ce jouer aux adultes épris d’ironie, à s’exercer l’esprit sur l’autre pour succomber à sa propre fragilité – car il n’est point vrai que l’erreur primaire est père de tous les vices, tant l’horreur ne sait mordre que par artifice, et les palmaires familles qu’il nous reste à créer seront délétères pour ceux qui rétrécissent. Là, où un seul café pris dans un troquet bondé suffit à jouir, on apprend l’immunité que les premiers de cordée prennent aux surplombs du délire ; et on ne va certainement pas s’offusquer que vivre fasse plaisir ! Alors cachez-vous, les impromptus du dégoût : on, nous offrirons 1000 et 1 ans d’escalade sur les falaises de vos sarcasmes, et la sueur de vos miasmes jamais ne s’érigera au-dessus de nos cieux, purs du bleu de ne vous avoir jamais rencontrés. Vous êtes des ascètes de l’anorexie, matérialistes du manque d’appétit, mais nos appétences abandonnent vos étrons à n’être que de la lourdeur promise aux bas-fonds, idem haut-fonds s’ils s’en sentent le pouvoir d’abjuration – alors votre plancton rejoindra ce limon d’où sortit l’énergie. Et l’espoir, car tel est le juste à-voir que le cycle vivant promet aux déchets. Mon aimance, tu seras une fleur issue de ce fumier qui aura chlorophyllé au-delà de la pensée, servie aux handicapés du sobriquet vital. En anaérobie, tu auras été une résistance – une de plus – qui ne se laisse décomposer ; et il faudra encore seoir à les asphyxier pour assouvir la torture du plaisir, un soir souvenant nos désirs d’une aurore réservée au rugir. Où nous fauves, croquant l’empérite, nous écrirons qu’il n’est qu’une cénesthésie et qu’eux ne furent que mites. Mais on s’en fout. Car ils perdirent, au croisement des ermites, la route du je-m’en-foutisme sachant ravir nos frites – les cénobites. D’amarrage, classés sans suite, où la fuite des idées est un carquois de fortune, halte de Père Noël parti aux gallinacés pour relaxer ses rênes. Tu m’étonnes ! Son hymen lui sert de sonotone depuis qu’ils le malmènent ! Vierge de toute acouphène, il s’en rend sourd ; depuis dans son domaine, bras-dessus bras-dessous, on s’y promène, ma chère aimance amène... Yabof, comme qui dirait.
  7. Dans les brumes glaciales d'un marais tropical, vers la dernière escale d'une aurore boréale, enfoui dans la tourmente d'une galaxie galante, l'or des années perdues se dessine et s'invente. Immaculée vermine d'un éclat d'opaline, en l'amore d'un signe t'époumone en sourdine : restant à tout jamais, par la beauté d'un trait, sourd au calice fendu tinté luisant de jais. Les nuages s'amoncellent sur un lit de crécelles, les armées de ce ciel du rêve et du réel savent jouer pour douleur de plaire à leur seigneur, milles parodies de vie en folies et rondeurs. Une simple présence rejette à l'espérance au loin toute la semence, fruit de tant de souffrance – sur ce gouffre béant, vers un chaos suintant, chacun rit à l'envi des larmes et du néant. Un hombre soudain frappe la surface de ce globe : Jeté par cette trappe, Affolé sans sa robe. Sans but et sans manières, sinueux de colère. Ses yeux vitreux sont lourds : Il sourit en retour, Pour toujours. =========================================== Bande son : HÜSKER DÜ - "New Day Rising"
  8. [au vu de son thème et du vocabulaire employé, ce texte est interdit aux moins de 18 ans selon les lois de notre beau pays... et selon mon expérience, sa lecture en est aussi déconseillée aux personnes prudes] Ils n'auront pas beaucoup de moments pour eux, chaque fois, les amants pliables, pour voguer d'hôtel en hôtel, de monde perdu en orgasme volé. Elle aimera ses mains de bébé, lui aimera ses expressions infantiles : deux immatures pliés dans l'espace-temps. Se seront-ils aimés ? Il la désirera si fort, quand ils se déshabilleront, il se jettera sur elle, insatiable impatient : alors, tout ce qu'il voudra de la vie, c'est sa queue qui le trouvera, pénis qu'il sentira conquérant, auquel il s'identifiera, enfin entrouvrant ce dans quoi il s'oubliera. Elle, émue, éperdue, aimera sentir ce feu ; parfois pour jouer, en rajoutera dans l'attente, abusera de son ardeur, diffèrera la pénétration, ainsi éprouvera mieux son envie. Un jour, il y pensera, à cette virilité, cette bite : sa puissance. Quand nu il se sera dressé, que le regard féminin l’aura photographié en instantané, il se croira pourvu d'un levier à soulever des montagnes. Se rendant compte qu'il s'enivrera de ceci, de cette force, du jus qui rugira dans ses entrailles et qu'il déversera en elle, sur elle, pour elle… Aimante de cela, de cette tendre frénésie, loin très loin d'une violence aveugle : elle en sortira épanouie, un instant en parenthèse. Une autre fois, il se demandera, la baisant, se voyant en son vagin, détaché alors, il réfléchira, non entier à leur présent ; si son sexe devra perdre de sa fermeté, que se passera-t-il ? Soudain, une panique atroce, un reflux : comme évoqué par sa question, l'événement se réalisera, parfaite prophétie. Sa fierté se mettra à dégonfler, deviendra comme inutile : il persistera pourtant, contractera ses muscles, mais ce qui aura été relaxé glissera hors de son antre, hors du ventre. Ce ne sera pas immédiat, mais elle se rendra compte assez vite, tout mou, elle ne comprendra pas, le repoussera un peu, puis moqueuse, un peu vexée, commencera à rire. Lui détournera la tête, de honte, de colère, – contre lui, eux deux, elle : qui réagira, alors attendrie et cessera de rire, sourira seulement, lui parlera, le prendra dans ses bras comme un enfant, le réconfortera car rien de grave, de nos jours, à être nœud coulant. Cela arrivera à tout le monde ; oui bien entendu. Or justement, ceci aura été le plus dur : devenir tout le monde. Ensuite, toutes les autres fois où ils s'aimeront, il aura la peur au coeur, la confiance lui manquera, le doute le ravageant même s'il rebandera, même s'il se dressera encore, heureusement, car il sera fortement amoureux. En sus, elle saura comment l'aviver, réveiller sa verge, exciter ses parties génitales : jouets d'amour. Et elle aimera ce combat, certes ce sera parfois dur à obtenir, parfois dur à maintenir, or leur jouissance se gagnera. Puis cette fragilité l’aura touchée : ceci continuera donc, une certaine période. D'hôtel en hôtel pourtant, l'angoisse distillera son venin, paralysant son envie, empoisonnant leur vie : elle voudra savoir si c'est de sa faute, est-ce qu'il la trouvera toujours aussi belle, ne regardera-t-il pas d'autres culs dans la rue ? Lui dira que non, qu'il l'aimera toujours, il n'y aura eu personne d'autre : d'ailleurs il voudra vivre quelque chose de plus sérieux. Elle, ne saura pas, ne sera pas sûre, surtout avec sa situation difficile, ce qu'il aura dû comprendre. Bien entendu, s'entendra-t-il répondre : statu quo. Insensiblement, les rendez-vous s'espaceront : elle sentira blessée son image de femme, commencera à apprécier les regards, les mots d'autres hommes. Lui pendant, verra son désir renaître par l'absence, curieusement : elle occupera plus ses pensées quand il sera seul, car en sa présence, l'anxiété augmentant, sa virilité s'étiolera ; il imaginera qu'elle fera exprès de ne pas être là, quand il brûlera pour son corps de façon intense, lorsqu'il aura su lui montrer que… Mais elle, dans une autre chambre, une autre nuit, connaîtra une langue nouvelle à fouiller sa fente. Un jour d'après, ils se verront, elle aura insisté pour cela : lui ne sera pas prêt, ce qu'il racontera, suite à quelques pitoyables efforts, fataliste, presque minable. Elle maintenant, n'en pourra plus, lui racontera comment l’autre s'y sera pris, comment elle aura été prise. Lui réalisera alors, qu'il aura attendu ce moment, la tension se relâchant enfin : elle s'habillera, dans le silence du mépris. Il la regardera partir, regardera s'éloigner sa libido, se dira qu'il aura bien été temps, – que tout ça lui passera, puis tant pis pour ses bourses : elle sera déjà descendue par l'ascenseur. Après qu’il aura payé la chambre, sortant : il sera, devenu tout le monde, à présent.
  9. Auriez-vous déjà remarqué la sonore similitude entre une porte qui grince, un bébé qui pleure & un chat qui miaule ? Trois sons qui donnent envie d'être absent au monde, de ne plus jouer l'équilibriste à la sale eurythmie. Car le Beau ne fait plus partie de nos vies, dans ces aires de supermarché pour maudits, en cette ère où soeur télévision remplace la poésie. Vil spécimen en est le beaujolais nouveau : ersatz de bon cru, vite vendu le soir, vite rendu le matin – Veni Vidi Vici de la vinasse en ravin. Le Beau geôlait : tournoiement ? En ces cellules grises capitonnées de papier peint pour ilotes modernes : le Beau n'est plus que banal-à-produire, reproduire en N exemplaires, dans des usines de tyranniques badernes. Mais nous, gais libertins, pourrions tout aussi bien Aimer se contenter, sans toi, de petits riens. L'alcool n'est qu'un début : tout vrai excès des sens Suppose une étape dans l'inversion. D’avance, Lucide Lucie, luciole de cette commençante sorgue... Faut-il se cramer à te dire que nos « oui » restent espiègles ? Que seuls nos « non » scintillent au frontispice de notre morgue : Eux savent froncer nos sourcils d'un opiniâtre teint de seigle ! A tes côtés – bleu pour le trésor de ta foi, M’en cramoisir pour le décor de tes émois, Virer bordeaux pour le matador de ton zeste : Tu m'y invites, pour rejouer mon cant de geste. Eclectique électrique, ma mue saura se faire menu Tel l'intrus de ta formule, cantique restant inconnu : Mon chant seul te touchera, mes gestes remisés au trépas – Simiesque virtualité sismique de cet ego gras. De singerie ressemblante, pour non-réponse, Dans ma strophe précédente, me suis taxé : Lucie, interrogeons cette douce semonce… Ce soir, ce matin : serais-je poil à gratter ? Mon Beau geôlait, disais-je. Qu'ouïr ! Oui-da : jeu... Que voulez-vous, gente dame : sur nos terres de Paname, en fait de növo böjo, nous avons droit à l'affreux picrate du vieux Jo qui, on vous l’assure, n'est ni nouveau ni beau. Car le Beau, en poésie, est l’important. Non le sens : il ne s'agit point là de philosophie. D’où, pour nous cette maxime : l’en-vers, de même que la solitude, n'est plus une maladie honteuse. Boycott en option. Or sans l'effort de me partager l’espace vôtre, guère de spasme littéraire, de miasme éthéré. Ô chaos, sonde : inonde ton monde, mon Beau. Puis lève la bonde. Je est un objet trouvé.
  10. Matin ravin. Du fond de celui-ci, les pieds dans la mauvaise herbe et ma langue léchant les cailloux, j'écoute une musique racée, douce ou dissonante – même des chœurs archanges s'y retrouvent – qui me lacère le corps d'âme. Encore dame, encore toi à qui je pense : mais tu t'es mise à ma place, patate douce, et la note bleue m'enfle peu à peu. À quand : la rupture des digues, le largage des amarres, être quitte du rivage ? Alors court et court dans la sorgue, cette autre méprise à l'infini, qui se perd et s'agite, s'investit dans l'homélie. Oui nous en sommes : fidèles à cette table, mangeant nos pratiques sur l’orgue, le poison mésusant – que perds-tu ? Une cascade exposition, pour chasser la passion, la garder en trophée pour toujours atrophiée ; document de sérail pris au vif sur le tard afin de dévoiler, en somme, ou de faire voir. Car du diable implacable, nous ne sommes que d’humbles serviteurs, et voulons montrer la voie. Comme un abcès qui ne veut se crever, un nouveau-né qui ne peut respirer : nous avons trouvé le venin, là. Maintenant on s'écœure cet amour, ces cerveaux, ces cœurs. Mystification quasi zéro, un espoir sans atours… Et nos bas-ventres, chérie, se rendront dans d'autres lits : culs de basses fosses qui se viandent en notre lie. Hors ; la douceur est pandémie, et il faudra un jour savoir renoncer au monde, lorsqu'on s'apercevra que le monde n'a jamais aspiré à soi. Ils m'ensemblent, qu'eux – la sente à susciter sera celle qui circule parmi les putréfactions, sans contrefaçon : à accepter, la défécation, pour sortir feu follet exhalé de sa propre dépouille. Où s'exister exilés, qu'à la fin nos repères vacillent ? Dans la nudité de ces silences, dans l'enjeu : reverdir, libéré du souffle de nos vœux. Pour au printemps nouveau, naître enfin – enfant – de soi même, et savourer cette avouée pédophilie. Il pleut ; reste à se vider tendrement, presque nonchalant. Arracher tes écorces sans que cela t'écorche. Il pleut ; la boue commence à couler – nous partageons le ciel, or, il s'enbleue. Sang bleu. Va falloir avancer. =========================================== Bande son : KATEL - "Charnelle"
  11. En quête de l'antique esprit de discorde, aidé de mains maladroites et d'un couteau rouillé, j'ai besoin de trouver quoi viander, afin que ce vieux maître puisse me reconnaître, j'ai soif de mon propre sang, pour qu'en un baiser il m'envahisse et l'épaississe. Au loin, impérial, impérieux, j'entends son chant hurler : « esclave, ne prends pas peur, évanouis-toi en moi, je n'ai que ton souffle à perdre mais j'ai au moins cela, plus l'éternité pour t'étreindre, froideur de l'éther en promotion ». Et, de cet ancien génie, je sais deux vérités : son verbe est Loi, son nom est Amour. Quand sa voix s'élève, les faciès s'affaissent au sol : « mes martyres en devenir, ne vous battez pas pour être soumis, vous viendrez tous à moi, vos vouloirs ont peu de prix face à ce miracle, je suis le pinacle de vos douces chaînes, la fin ultime de votre règne ». Il est le plus cruel de tous les proxénètes : pour lui nous subissons la sacrée prostitution, tour à tour l'enrichissant de nos passes au rabais, tour à tour pratiquant l'abattage pour ce tyran implacable, laquais qui se croient heureux dans cette soumission, ce divin racolage. Il nous hante de promesses où abîmer nos vies, il nous coupe le souffle et nous laisse les paumes vides, il ne nous donne rien quand nous lui offrons tout. Seul sentiment reconnu comme valeur universelle dans nos sociétés, l'amour n'est pourtant qu'une chose flasque, un épiphénomène, un fourre-tout conceptuel, qui n'a ni âme ni corps ni énergie, ce qui n'empêche guère ses sévices. Oui, fourre-tout conceptuel. Les âtres humains se comportent envers ce diable toujours de même façon, à l’image de Platon, ce qui s’est compliqué avec les progrès de la civilisation : parer l’amour de toutes les perfections, lui rendre hommage de tout ce qui est inventé et découvert dans le domaine de l’esthétique, de la philosophie, des délicatesses & raffinements... On passe des orateurs du Banquet à nos actuels rhéteurs qui vivent sur la bête en entretenant, même sans le vouloir, la confusion. Car si ce démon existait vraiment, qu’il faisait exprès d’y participer ? Or, aimer c'est se détruire la vie à l'aide d'un stupéfiant, persister à aimer c'est prendre un remède toxique afin de ne plus être dépendant. Aimer, c'est s'approcher d'un grand fauve, s'obstiner à aimer c'est vouloir le caresser en croyant pouvoir l'assujettir. Aimer, c'est à vif s'écorcher, continuer à aimer c'est mettre de l'alcool sur les croûtes en espérant cautériser. Or, aimer c'est tout donner et ne pas savoir si cela suffira, car tout donner n'engage pas l'autre à accepter l'élan qui nous anime, en sus de ce qui est légué ; l'autre peut fort bien n'accueillir que ce qui est offert, avec reconnaissance : à nous de nous arranger avec nos émotions, qu'y peut l'autre si nous l'aimons ? Là est une haute duperie de l'amour, quand il accule à donner encore, même dans le chagrin de notre affection impartagée – sinon nous n'aimerions plus. Certes, on le sait : et alors ? Alors : au temps, c'est l'impossibilité de l'amour qui résiste le mieux. Ce sentiment se vendant sous forme d'excuse impossible, dont nos oreilles sont rebattues, qui sert à convertir, à convaincre, à séduire au moyen de discours commerciaux, programmes politiques, propositions sociales, œuvres à l'eau-de-rose, toutes choses semblables par ailleurs : du rêve falsifié, aussi évanescent que la petite jouissance sexuelle, même si celle-ci est un moment satisfaisante, étant justement apaisement du désir, et non manipulation continuelle de celui-ci. Du rêve qui sert de supplément d'âme à des gens fatigués, du mensonge généralisé à la place de valeur plus fédératrice, de l'ersatz d'idéologie à défaut de cause commune… Vavounia, misère ! Pouvoir échapper pour toujours à ces bonimenteurs du sentiment, tous ces pickpockets de la dilection, ces quêteurs du romantisme frelaté ! Pourtant, il en existe un autre d'affect, souverain. Celui-ci, vampire, résiste bel et bien, et s'enracine tel le chiendent jusqu'à notre dévoration. Là, il s'agit de celui qui prend aux tripes, qui fait mal à en crever, le contraire des fleurs bleues et des petits oiseaux, celui qui deviendra la règle pour quelques maudits, en ces temps incertains où l'on sait blablater sur le sujet, mais où on ne sait plus aimer. Partant, j'ai conscience au présent d'écrire ces mots du fin fond d'une des cellules du despote. Feu de courte paille, ou encore suprême tromperie, l'amour est ce qui nous souffle que l'on a tort quand on dit ne pas aimer. Alors, à qui le sait : je demande pardon pour la haine dépeinte en substance, je demande pardon pour ces semailles et sa semence, pardon pour un vœu d'envieuse défaillance. Alors, à qui le veut, je demande l'absolution de nos rêves usés, de mes fantasmes psychédéliques, de tes cauchemars anamorphiques : demande aussi réparation des bouteilles consignées, des téléphones portables, du médiocre dégoût, du tout à l’égout. À toi, mort : je gis et crie et prie ainsi, enfoui hors l'abri de tes nuits.
  12. Subir à une autre route, hypnose du « qu'est-ce que c'est, ma... » gît plus de narcose au thé d'un doute en mois, jeu suie en corps sur le divan limées de toutes mes dents, visage pâle d'un phrodite, réaliser l'occis dans sept amertumes, des cumins lisent hormis Don se réveille. Du sommeil du juste ? Est-ce la fin(i) ? Sion est le Lyon – sans dehors – glyphe j'te soumets à ma table : gourmet d'étable ; vile ignominie et ma nature sur le ciel bleu rature de ton regard chaloupé révèle azur dans les tréfonds la souvenance d'enfances où tout est beau mais vît sait ce que c'est pas bateau qui la nuit est un domaine où les songes sont phénomènes de quand l'émerveille glisse sous la peau, en l'on ressent l'étau de la tendresse de la terre et de (la mer est de) la mère jaillit nos ressources qui peuvent enfin pleuvoir et te voir moire ce soir est un bonheur à nul autre pareil se payant de la flemme du musc vif-argent quand la loi émane et cécité rosée, je t'aime tu m'aimes, on sème de toutes nos forces à tout vent car l'ondée est là et la langueur de la vie ne permet pas l'heur de mourir incessamment ou se dissoudre dans ce labeur rigoureux que réclament des ares d'aires insondablement emplies de viande qui se penche, de cerveau qui s'épanche, mais qui sonne sinon ta foi dans ce poème, ha ? Synchrone arythmique, à soliloque j'ai vu puisque ce n'était une ville et je (me garde de savoir si vous me regardez vous regardant) lui ai parlé d'un roi qui meurt de vous être destiné – quelle brêle ! Quant à jeu-nous il surplombe de tous ses forts, irruption dans le cœur, érection de moiteur, l'aine se remplit joyeuse on ne peut empêcher ça de se former avec le vide futur qui va te sillonner, éradiquer A=valeur, finir par choisir ce régent : corps humain. Segment circonflexe céder voile aveuglant, acier présent dissimule l'agonie novæ pour l'arbre cache-cache la forêt, joute sur l'image d'une piste horizontale : stroboscope qu'on perçoit est camouflage du vide trou noir, glouton sur hamac. Des toiles. Caloriques. Idem-itou à perte de vue en atours d'une viscère, qui se noue et se découd via le bras d'un long fleuve : tendreté. De matière allumée, l'atout de l'air effraye et sans celle repose là cet amant religieux ; en icelui, l'ex-immensité résolue résidus vire au venin – soi-même – supplice d'un été, sans merci comme martyr, s'immerge en flocons, s'insère nain stance d'égout, dans le roc le ressac tomahawk tabernacle. Où, girouette inséminée sous l'esprit des nuances, s'onirise l'iris sauf : la vision peut-elle voir la vision ? Sensation ressentir sensation ? Sainte démence chaotique, imprègne néant, prélasse raisonnement, grâce aux vins qui boiteux et lois se revendiquent en l'instant, car de fatigue : arête. Je est un nôtre. =========================================== Bande son : BAD BRAINS – "I & I Survive" http://www.youtube.com/watch?v=PVOME9EkJ_M
  13. « - Excusez moi : vous avez laissé tomber quelque chose... - Mon joli sourire j'imagine ? On me l'a déjà faite. - Heu... oui mais "on" ce n'était pas moi, sinon je me souviendrais de vous ! - Certes, mais si je devais individualiser toutes les bouches assoiffées d'où sortent ces pauvres phrases, je n'aurais plus une case mémoire de libre... » Cela avait démarré ainsi, par une drague bas-de-plafond. Fred n'était pas au meilleur de sa forme ces derniers jours – il y avait la chaleur de l'été pour l'accabler. Et surtout cette Coupe du Monde 2006 pour l'énerver prodigieusement. Aujourd'hui c'était la totale : la France jouait en finale contre l'Italie, dans sa banlieue les mots "allez les Bleus !" avaient remplacé les plus traditionnels "ça va ou quoi ?" et le drapeau tricolore revenu à la mode – sans l'aide de Le Pen – s'affichait jusqu'en face de chez lui, sur le balcon du voisin. 3 ans qu'il habitait dans cette ville-dortoir pour classe moyenne : venu là pour se rapprocher de sa future femme, il se morfondait depuis dans un logement trop grand pour lui, depuis que leur idylle s'était décidée à décéder en d'atroces souffrances. Pas très malin le Fred, parfois, au niveau de ses choix de vie. Donc ce soir, pour échapper à : jets de pétard, conversations animées, incendies de poubelle, embrassades éthylisées, trompettes de pacotille, bagarres de rue, bris d'abribus, et autres joyeusetés que ne manquerait guère de provoquer la fin du match, quelle qu'en soit l'issue, jusque tard dans la nuit... Ce soir donc, il s'était préparé pour faire une sortie sur Paname, dans quelque bistrot fashion inscrit à son carnet d'adresses. Il n'avait sans doute pas assez d'argent pour se payer un studio dans les quartiers les plus select de Paris, mais suffisamment pour s'y cuiter au champagne de temps à autre, jusqu'à la fermeture de 5 H, les lendemains où il n'avait rien à faire. Et là, c'était vacances ! Alors ce serait le Harry's Bar, où Hemingway inventa un jour le cocktail Bloody Mary à la vodka inodore, pour feinter sa femme. Fred y était arrivé vers 19 H, l'endroit curieusement désert pour un dimanche : quelques touristes anglo-saxons en famille, pas l'ombre d'un jeune requin de la finance, un couple de "bobos" discourant des ressemblances Royale-Sarkozy, aucun habitué au comptoir... L'effet finale jouait son plein. Mais une femme au bar : la mi-trentaine révolue, lectrice de magazines féminins chics sans doute, à voir sa ligne de corps forcée et ses muscles gagnés en salle de sport, jusqu'à la tenue sage-mais-sexy-aux-couleurs-gaies tant vantée dans les pages de ces journaux. Jolie tout de même, d'une beauté un peu passée, mais était-ce ses yeux ciel délavés, les tâches sur sa peau commençant à faner, ou son sourire ironiquement doux qui laissaient cette impression ? Il n'aurait su le dire. La seule chose à laquelle il avait pensé, en faux produit de banlieue inside, était : "elle est bonne ! si j'essayais de la brancher ?" Le courage né du premier verre aidant, il se décida pour passer à l'abordage – avant que d'autres pirates plus aguerris pénètrent dans la taverne – tout en surveillant du coin de l'oeil le barman, au cas où ce dernier se moque... Il est vrai, le premier contact fut ardu, la dame étant dure à la répartie, heureusement elle ne le renvoya dans sa moitié de terrain qu'afin de s'amuser un peu : il avait maigri en début d'année, et quand il parvenait à cacher sa calvitie naissante par sa longue chevelure, pouvait faire illusion auprès de la gent féminine, avec son style mi-cool mi-timide. En fait, il avait appris à user de sa timidité comme d'une arme de séduction, ça faisait beau temps qu'il était moins impressionné par les belles femmes, en ayant rencontré beaucoup de par sa profession. Puis Fabienne s'ennuyait, aussi : ce qui aide quelque peu pour accepter de se faire accoster. Ses enfants étaient partis la veille, une semaine de vacances chez son ex : elle vivait seule avec ses 2 fils, qui seraient ravis de voir l'ultime match de la compétition sur l'écran géant dernière génération de leur père. Elle aussi était fatiguée du football, de l'obsession que ça avait générée dans leurs têtes de piaf de 7 et 11 ans. Son samedi fut consacré au ménage, soir à un dîner entre copines, le dimanche à une grasse matinée méritée, après-midi à "prendre soin d'elle" comme on pouvait lire dans Elle – puis s'étant trouvé belle, Fabienne avait choisi de vérifier si elle savait encore faire gonfler les corps caverneux du prévisible désir masculin... OK, celui qui l'abordait maintenant s'y prenait comme un adolescent boutonneux, mais son regard rigolard lui rappelait ses fils, et un léger tremblement à la commissure des lèvres dénotait son manque de confiance en lui : pas si désagréable au fond. Il y avait d'autres points positifs : il n'était pas saoul, par contre plus jeune qu'elle. Il n'était pas grand – elle le dépasserait certainement en talons hauts – mais plutôt bien bâti : en bref, ça pourrait aller pour le moment, la soirée ne faisait que commencer. La conversation démarra donc, elle attaquant dès le début, lui forcé de défendre, puis plaçant quelques contres, pour petit à petit que s'équilibre le jeu. De séduction en tout cas. Le football, ils en parlèrent peu après 20 H, quand la France marqua son premier but, quand le "bobo" mâle admirateur de Ségolène – il avait entre-temps allumé son portable dernier cri pour suivre le début du match – meugla comme un veau dans la salle... Sa joie fut comme on sait de courte durée, mais Fred en profita pour placer quelques bons mots sur le jeu à baballe au pied, incité par Fabienne qui commençait à relâcher sa pression, le laissant de plus en plus pénétrer dans ses 16 mètres. Ils parlèrent ainsi de l'après France-Portugal : du joli résultat de 4 morts à zéro en faveur de la connerie humaine, du fait qu'il pouvait y avoir des dommages collatéraux même au football, malgré les frappes chirurgicales des buteurs... En bref, ils s'amusaient comme le font les adultes, essayant de revigorer leur innocence perdue pour séduire l'autre, essayant de paraître de grands gamins dans l'attente de redevenir sérieux au moment de consommer. À force de discussions, de plus en plus enjouées, de sous-entendus de moins en moins voilés, ils arrivèrent à vider la demi-bouteille de champagne que Fred avait offert : c'était leur dernier verre, et de plus en plus de clients entraient dans le saloon, apportant bruit de cow-boys et fumée de cigarettes. Fabienne, qui commençait à avoir les joues en feu, proposa d'aller faire un tour dans la vile lumière, pour profiter de la fraîcheur de la nuit, également avant que le match ne se termine et que l'endroit ne soit envahi de supporters égrillards. Fred, qui commençait à avoir l'imagination en feu, proposa de la raccompagner chez elle en taxi, avant qu'il n'y en ait plus un de libre, mais elle lui posa un index sur la bouche d'un air mutin... Il paya, ils partirent. Il la laissait passer devant aussi souvent que possible, quand les trottoirs par exemple rétrécissaient : sans avoir des jambes véritablement superbes, Fabienne avait ce petit balancement des hanches qui hypnotise nombre d'hommes, et sa jupe mi-longue faisait merveille... Au bout d'un moment – finaude – elle le lui dit, qu'elle voudrait qu'il passe devant aussi, mais en tenant sa veste à la main, pour profiter du paysage à son tour. Il s'exécuta, plutôt amusé de la situation, et marcha à 2 mètres maximum devant elle pendant ce qui leur restait à descendre de l'avenue Opéra, en direction du Palais-Royal : ils continuaient à discuter, et souvent à rire. Avant d'arriver place Malreaux, elle lui dit "stop ! c'est bon... tu peux revenir à mes côtés" : apparemment le test était passé avec succès, car elle lui souriait de façon coquine, tête légèrement penchée sur le côté, le regardant dans les yeux. Fred, se sentant proche du but, s'approcha doucement, prêt à s'emparer de ses lèvres. Elle se recula, juste un petit peu, puis ajouta qu'en fait, elle habitait à 2 pas : autant y aller, avant de devoir supporter les fans de football, même si on ne savait à quelle heure le match se terminerait. Les enfants absents, ils seraient certains d'être 2 tranquillement, dans l'appartement. Qui était vaste, catégorie confortable : même si ce n'est pas du neuf, ça fait toujours plaisir de marcher sur un parquet bien ciré, en manquant de tout renverser, car on s'embrasse et s'agrippe en mouvements désordonnés, trop nerveusement. Et le lit aussi est vaste, et le corps de Fabienne également confortable, bien entendu. Les ébats démarrent, on sort les munitions de latex, se déshabillant – on se goûte, avec des bouches encore parfumées au champagne, goûte au parties intimes de chacun(e) : puis les mains s'activent, les choses sérieuses se profilent. Avec le cortège d'inhibitions qui en découlent : non pas par-là, oui mais pas tout de suite, attention ça fait mal, etc... Les corps qui se choquent "on the rocks", qui s'apprennent et s'imprègnent : ou presque. Puis l'un(e) ou l'autre accélère le mouvement, ça s'enfiche ou s'enfile du mieux qu'on peut, tout devient pulsation, avec des ratées évidemment, comme en toute première fois. Fred continue, ça pousse des petits cris, on ralentit, se parle, accélère – changement de position pour profiter d'une vue, d'un angle de friction différent, c'est laborieux. Le temps passe, on s'étale sur le lit biplace, puis on jouit si on peut : en tout cas, ça arrive à l'un(e) ou l'autre. Enfin on se repose... Routine des étreintes d'un soir : l'autre anatomie qui redevient étrangère, au contraire de l'état amoureux où elle reste familière. Enfin on parle. « - Alors, heureuse ? - Un peu, moyen moyen. Ton sexe est à ton image : costaud mais petit. - Heu... - Je plaisante ! Evite juste de poser des questions idiotes, d'accord ? - C'est que justement, je complexe, héhé. - Pauvre chou, va... Et si je le prends dans ma bouche, ça te rassure ? - Oui... aïe ! - Cela va te revigorer... C'est mieux là ? - Là oui... - Comme ça alors... Hmmm. » Et elle recommença. Et ils recommencèrent. En avant, en arrière, en envies réchauffées ou désirs secondaires. Cependant sans folie. Décidemment, même en remettant le couvert, ça manquait de passion – pas de profondeur, non, juste du zeste de réussite qui fait la différence : ce n'était certainement pas sur le gazon de Fabienne que Fred allait se métamorphoser en Zizou. Il y avait bien quelques bruits de feux d'artifice provenant du dehors, mais assurément pas pour lui. Au final, il lui resta comme un léger goût d'humiliation consolante car empli d'une tendresse tendue, comme quand enfant on récite une leçon pour faire plaisir à ses parents, alors que ceux-ci attendent la fin dans un silence d'indifférence polie. Veule valse où le vagin végète, où la verge vagit. Passé minuit, elle lui demanda de prendre congé : curieusement, alors qu'il ne se sentait aucunement amoureux, son narcissisme lui commandait de ne pas partir. Il essaya de la convaincre, sans aller pourtant jusqu'à la supplier, de le laisser au moins dormir chez elle, puis devant son refus, qu'elle accepte de le revoir un autre jour. Il croyait encore que c'était lui qui menait le jeu, qui avait dirigé les opérations : il ne comprenait décidemment rien. Elle finit par le mettre dehors, gentiment mais fermement, sans le laisser se laver comme il demanda : elle devait se lever tôt pour aller travailler, alors ce serait bien maintenant qu'il soit gentil... Il ravala sa fierté et sa soif de douceur, et s'éclipsa devant la décision de l'arbitre : ça lui ferait au moins un point commun avec Zidane, quoique ce dernier soit parti du terrain la tête haute, après avoir vengé son honneur. Restait plus qu'à trouver un taxi, ou retourner se saouler. Et voilà... Fabienne avait laborieusement pris son pied, Fred s'était vidé de son trop-plein existentiel, et un grand champion avait suivi sa voie : tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes – si c'est possible. La France ? Désolé, rien à foutre.
  14. À la Sainte-Anne, en fin du jour, je pris le RER. Je fus très fatigué : ayant beaucoup absorbé le soir d'avant, mon corps se trouva dans un de ces moments, fébriles, où retrouver un état équilibré ne fut guère une sinécure... Genre de fatigue pas si désagréable : déformant subtilement les sens, apaisant, favorisant la rêverie. Je m’en fus donc, en transport en commun, en route pour retrouver ma compagne de coeur en banlieue, et nous roulâmes sur un tronçon de voie non souterrain, déjà en dehors de Paris : le soleil nous fit encore honneur, sa chaleur nous rendit alanguis. Rare moment, où le plaisir fut communication sans paroles. Je ressentis cette ambiance, aidé de partielles parcelles d'alcool se trouvant en moi, et me sentis bien, pendant ces instants où la dernière station ne fut pas encore arrivée : dans ma mémoire, l'impression que ça dura des heures. L’arrivée, enfin : je me levai. Mon attention fut captée par une affichette, collée à même la tôle, près les portes de sortie. Je reconnus l’une de ces incitations à la peur subliminale, si répandues dans nos sociétés : rien de sublime, que du minable. Application du plan Vigipirate. Voici ci-dessous le « message » ; à la RATP, aucun comique en coulisse, selon la reproduction à gauche ; je crus donc obligé d’y ajouter ma fantaisie, à droite : * Ne vous séparez pas de vos bagages Pour toujours vous trouver en voyage Assurez vous qu'aucun paquet Aucun accessoire coquet N'a été oublié sous un siège Ou sinon, offrez-lui un cierge Signalez-nous tout colis Abandonnée avanie * Qu'il vous déplairait de remémorer N'hésitez pas à nous solliciter Nous et Vous * Vigies & Pirates Attentifs, Ensemble À l’ampleur de nos pas ambles * Certaines fois, la vie fut belle, il suffit de la laisser se montrer telle. À son zénith.
  15. Chère vie – j'espère que je peux encore t'appeler ainsi ? Proclamons que oui, temporairement, par intérim. Chère vie, donc, tu m'as tellement déçu, j'en suis venu à te détester : me voici à te dire que j'ai décidé de te quitter. À jamais, moi non plus. Ô bien entendu, tu pensais m'avoir, je croyais te tenir : les amourettes dureront toujours, on se le dit tout du moins. Mais tu t'es refroidie et, de mon côté j'ai grandi, mal : nous sommes maintenant étrangers l'un à l'autre, le pire est que nous ne nous en excusons plus. Au début, mon amour pour toi fut forgé dans un espace-temps où j’étais seul à y croire – envers et contre tout. Or il y eut des choses, venant de toi, qu’il n'aurait fallu me dire, qu'il n'aurait fallu me faire, au risque de me voir repartir en cet espace-temps. Et ainsi, j’ai combattu. T’ai battue – envers et contre tout ! Tu as perdu, en fait nous nous sommes perdus : un amant de plus, certes, ce n'est pas grand chose. Pour toi c'est idem qu'un amant de moins, sans doute le pire reproche qu'il est possible de te faire : ton insensibilité à ce qui te compose, ta possible régénération en ce qui se décompose. Que tu es émaciée – que le tanin paraît beaucoup trop clairement sur tes lèvres ! Tu n'es guère heureuse, n'est-ce pas ? Cela n'est plus très grave : je m'allongerai près d'une autre froideur, je cacherai la vérité à ce qui me sert de conscience ; endors-toi juste une fois dernière, là. Adieu : maintenant je suis ma mort toute personnelle ; mon tiédasse enfer, et sa subtile tendresse je la suis d'en dedans. Pour toute réclamation concernant l'après, je te prie de voir avec mon avocat : le même que celui du diable – ça ne te changera pas, nous savons que ceci restera en famille. Souvent, la solitude humaine est comme un fruit trop vert : le moment est encore loin où elle pourrira pour former l'engrais du suicide. Sachant que la mort peut être choisie tous les jours, exactement d'idem façon, contrairement aux raisons de vivre. Las j’y arrive... Non, je plaisante ; haha ! Tu ne crois quand même pouvoir te débarrasser de moi aussi facilement ? Oui, ça t’arrangerait – donc je n’ai pas l’intention d'y tomber, dans ce piège tellement grossier : me désespérer afin que j’endosse tous les torts, ensuite ne surtout pas me porter secours. Garce ! Je suis fatigué de toi, mais encore plus de cette trop vivante mort : du fait de ne jamais rien essayer. Refusant de finir effrayé, par ce simple fait que je pourrais échouer. Préférant tenter d’accomplir quelque chose – au moins le fait d’échouer. Chère vie, tu es par trop gâchée : en vrai, pour que je puisse me permettre de t'écourter, il te faudrait ne plus rien pouvoir m’apporter. Or je suis empli d’une sainte indifférence : maintenant je le sais, que tu ne pourras me proposer pire, que ce que nous nous sommes déjà imposés. Ainsi ne t’avorterai-je pas, même si je ne te gagnerai pas non plus. C'est d'ailleurs plutôt toi qui m'aura gagné, en me dégoûtant de tout rater, mais là n'est plus la question : à défaut d’un divorce d’amour, je continue notre mariage de raison... Quel sens du sacrifice, n’est-ce pas ?
  16. Juste un autre instant pour toi et moi, d'autres instants avec l'ennui en soi : avoir passé des années avec lui pour ennemi, devoir encore en passer avec l'envie pour amie. Rien à dire, rien à faire, à part se sentir vieux. Et usés. Attendre la prochaine journée. Ou vivre en solitaire : toujours seuls, sans ce recours suprême, d'être amoureux d'autres soi-même. Subir le sabir de l'ennui, qui pourrit sa vie. Continuer à mourir, petit à petit, sans le dire. On va sourire pourtant, cacher ses sentiments, mais il faut emplir ce trou. Alors debout, recherche de bouts ; pour la prochaine fois échapper à son soi, se perdre à nouveau dans le ferme et le choix. Inutile d'insister : je ne te raconterai pas l'histoire de la marchande de Foix qui a perdu la foi en maquignonnant du foie. On se tait, ou on n’intéresse personne. Toujours faire comme si, où personne n’intéressant personne ne s’intéresse à personne. Toutefois parler. Plutôt baratiner. Ecouter aussi. Oui ça va jusque là, quand ça parle pour soi : jusqu’à l’écoute qu’on accorde aux autres qui peut parler pour soi. Dès lors on se tait, ou on s’en fiche. Se trouver des raisons d’avancer, colorer son passé, ses erreurs, ses humiliations, avec du rire. La dérision aidant, se raconter des histoires pour ainsi nier son histoire. Mais la glace de la moquerie craque, les éclats se morcèlent, les illusions cèdent, quand les noyés remontent à la surface. Se rappeler alors avoir touché le fond, se forcer à ne pas sombrer de nouveau. Le rire encore, comme seule bouée pour affronter la haute mer, car le bonheur n'est utile qu'en piscine couverte. Et moi, qui voudrait parler de beauté, mais ne sait comment faire. Cependant : intuition, il suffirait de la créer. Pas si facile : les mots sont un corps, rendu féminin par le fait d’être caressé, qui s’accordent au diapason d’une douceur qui sait les rendre déraisonné-e-s. D’informes, devenir aventure, lande d’expérimentation : luxure. M'en voici tel un libertin qui aurait trop défloré d’hymens, rendu cynique par une vision anatomiste du phénomène : sous un angle juste technique. Quand savoir faire plaisir conduit au contraire d’aimer faire plaisir… Devenir mécanicien : actionner mes outils quand la raison me fuit, enchaîner des mots pour flatter mon ego, chercher l'ultime allégorie pour rayer la frénésie. Ou la passion, peut-être : je me perds dans les synonymes. En tout cas, ça débordait du réservoir fût une époque, la jauge en était pleine, ça brûle encore mes veines. Non, je ne te parle pas de l'histoire en question, même si je te l'ai déjà racontée : un bout de foie dans les veines, ça n'a pas de sens. Depuis lors, embrasser l’ironie : pulvériser la vie. Ne plus réduire l'allure : dévorer le futur. Et puis après ? Demain, faudra vieillir – après-demain, faudra puer – plus loin, faudra être froid. Allez, je paye ma tournée ; de toute manière c'est la dernière.
  17. 1° août. Après l’avoir laissée à l’aéroport, elle, m’octroyant un baiser hollywoodien et partant la tête haute, avec son air ravi de Lauren Bacall de cour de récré, j’étais en forme : trucs divers à faire, puis j’ai tracé vers ma maison de campagne. Long périple pour y arriver, pour cause de retard du bus ; autres trucs à faire, puis je repars vers Paname. Parti tôt : envie de manger avant de prendre le train. Mais dans mon joyeux village, pas possible évidemment. Ou alors avec un lance-pierres. Décidé donc d’aller au buffet de la gare : j’en sors ¾ d’heure après, avec 3-4 bières dans le cornet. Idéal pour voyager, sauf que je supporte plus difficilement de ne rien faire, en étant high. Posé dans une voiture, sans grand monde : un type à mots croisés, à ma gauche, de l’autre côté du couloir. 5 minutes après, un rastacouère vient s’installer plus loin devant, sens inverse de la marche. Un temps passe : arrivée dans une station, puis on repart. Une demoiselle est entrée, genre mannequin, en tenue de vacancière d’été. Elle va s’asseoir, formant un parallélépipède parfait avec nous 3, de sa place : symétrie de figure qui répond à l’asymétrie des regards qui se sont posés sur elle... Puis on l’oublie. Ensuite, elle change de siège, furtivement. Ou presque. Se place d’une façon qui me permet de la voir entre 2 fauteuils, de biais. Puis commence à se déshabiller. Pour mieux se rhabiller, dans un idem mouvement : j’entrevois son short corsaire crème qui descend, dévoilant une fine culotte de dentelle blanche. Puis elle enfile une robe brune qui recouvre cette charmante vision, enlève son chemisier jaune en faisant remonter la robe, cachant sa peau bronzée – avant de refermer le zip arrière de sa nouvelle tenue, elle n’oubliera pas d’ôter son soutien-gorge... Cela en observant souvent derrière elle, au cas où on entrerait dans le compartiment : elle se rendra compte assez tard que je la matais, peu après, rencontrant mon oeillade et mon sourire, goguenards. Non gênée, elle me sourira en retour, se concentrant de suite sur sa tâche : un temps, puis elle se recoiffe, va ensuite reprendre sa place d’origine. J’ai toujours été surpris par l’aplomb de certaines femmes, correspondant aux critères de beauté valorisés dans nos sociétés, qui leur fait oser ce que de moins jolies filles ne s’aviseraient de faire : une sorte d’arrogance légère, doublée d’une conscience aiguë de leur capacité à séduire, leur permet d’agir comme si elles étaient dotées de droits spécifiques. Changer de tenue dans un train, entourée d’hommes, et répondre par un sourire à leur voyeurisme, en faisant partie ; mais sans doute savait-elle ne rien craindre, dans cette situation : il aurait suffit qu’un de ceux présents ose un geste irrespectueux, se permette une parole déplacée, pour que les autres réagissent. Amusant, et curieux. M’enfin : arrivé à Paris, debout sur le quai, je l’ai vue pour ce qu’elle était. Moins anorexique qu’une professionnelle du mannequinat, mais habillée prolo jet-set (mules dorées imitation cuir de luxe, sac prout-prout à l’avenant, lunettes de soleil clinquantes pour tenir sa décoloration, et cætera) et qui, bien sûr, se la jouait. Son visage était anodin, typique de la jeune fille n’ayant aucun charme spécifique, qui cherche à ressembler la plus possible à l’archétype plastique montré ad nauseam dans les magazines, soit disant féminins. Je l’avais trouvée bien plus émouvante, ne voyant d’elle que fragments de ses yeux, de son sourire. Mais foin de ces plaintes : ne pas médire d’une occasion de rigoler dans un train... Cependant il faisait faim, mes bières m’ayant ouvert l’appétit : il était temps de sortir de la gare, partir manger un morceau – direction un resto nord-africain déjà essayé avec ma douce et tendre, j’avais envie d’harissa ! Grande salade marocaine en entrée, tajine canard olive citron confit à suivre, et salade d’orange en dessert. Accompagnement ? Un bon gris tunisien, je n’avais pas qu’envie de manger. L’entrée expédiée, le tajine arrive : je commence à dévorer ; là un truc bizarre se passe... Un autre client, non loin de ma table, un solitaire dont j’avais déjà croisé le regard – entre solitaires, on se comprend, non ? – commence à causer dans son cellulaire. À causer fort. En fait, de ma petite personne. De ma queue de cheval. De ma face de petit-bourgeois content de lui. De ma tenue ridicule. Du fait qu’il me mettrait bien une balle dans la tête. Tiens tiens. Truc intéressant. Selon son discours, il est très méchant, flic assermenté, autorisé à tuer, etc… Il a connu de vrais hommes, il n’aime pas les pédales, il est même branché dans le Milieu, il en croque… Tous les poncifs y passent. Au début je m’interrogeais, si c’était du lard ou du cochon : le mec était à fond dans la provoc’, me jetant des coups d’oeil, et avait une gueule pas nette. Me suis demandé si on n’allait pas devoir me frapper, s’il venait à ma table : et là, avec environ 2 litres d’équivalent bière dans le sang, et du sommeil en retard, je ne le sentais pas. Mais après… Quand il commença de divaguer, détourner les yeux quand je lui imposais les miens, ainsi que mon sourire de soûlard, il fallut se rendre à l’évidence : j’avais affaire à un petit schizophrène hargneux, un poil plus insultant que toi, chère génitrice, mais qu’il suffisait de gérer. Donc lui montrer que je fais attention, s’imposer même dans sa folie, par le rire et l’œil, mais sans exagérer, sans confrontation directe ; en gros réduire à néant le discours de sa personne, sans vouloir réduire à néant sa personne. Cela ne se fit sans mal, les serveurs du couscoussier peuvent en témoigner : surtout quand notre ami le fou à commencé à déblatérer sur les noirs et les arabes, que certains se sont sentis visés… On frisa l’incident diplomatique : pseudo Place Beauvau contre fierté marocaine, la totale ! Au final, la guerre méditerranéenne n’eut pas lieu : y’avait un diplomate dans le staff du restaurant, et mister dingo est reparti tranquille. Il a même payé, c’est dire… Je discutai ensuite avec tout le monde, constatant que tous ne croyaient pas aux problèmes psychologiques du type : ça les arrangeait, ils gardaient ainsi le beau rôle dans un film où ils se voyaient lui dévisser la tête. Contagion classique de l’aliénation. Puis le diplomate (en fait le patron) m’a offert un digestif, et je les quittai en affirmant qu’ils se trompaient, que le plus barjo était moi ! Bien bourré donc. Bien content aussi d’avoir eu une mère folle : ça sert dans certains cas… Restait plus qu’à rentrer. À pinces. Profitant du temps clément. J’avoue avoir eu envie de finir de m’enivrer dans un bar hype de Bastille, mais qui était fermé. C’est quand même beau – clic-clac cliché – une ville la nuit : spécialement quand on passe sur un pont où, dessous, des SDF font la fête au milieu de leurs tentes. Commençant à délirer un peu, je m’imaginais le moment où la société exploserait, où plus de routards-crevards-clochards-soulards-zautres-en-tard prendraient leur revanche : « Vive le Feu » de Bérurier Noir, ce genre de choses… J’exultais. Puis je me suis rappelé être pas trop mal intégré dans cette société, et sacrément risquer de connaître le feu vengeur, au cas où… Enfin rentré, j’ai discuté un peu sur le net. L’endroit idéal pour un membre virtuel comme moi du sub-boboïsme – un de ces gogos qui crachent sur les bobos en attendant de prendre leur place. Ou peu s’en faut. Puis dodo, en pensant à elle, point encore arrivée en Inde… Mais qui me manque, mince !
  18. « Madame Bovary, c'est moi. » Gustave Flaubert (ou peu s’en faut) An 2005 : mister Vobary est un enfant du nouveau siècle, il a quitté sa vieille nation trop attachée à des valeurs sociales datant de la précédente ère glaciaire, tout du moins du siècle dernier. Il s'est intégré à la nouvelle frontière du marché commun, frontière bien entretenue, civilisée et européenne, bien délimitée et défendue, riche en promesses d'avenir et en virtuelles aventures. Elevant la flexibilité au rang de talent, il s'est adapté à la nouvelle donne, s'est converti à l'esprit de concurrence, de même façon qu'auparavant, lorsqu'il avait abandonné ses rêves d'adolescent épris de liberté – vision qu'il trouve maintenant naïve – pour espérer travailler dans le tertiaire, avec comme objectif de devenir riche, très vite, en vendant son temps de cerveau disponible, plus exactement en vendant des prestations de services intellectuels à haute valeur ajoutée, comme nomme ceci l'OMC. Mister Vobary est maître de sa destinée, de ses choix, de sa capacité même à choisir, qui pour lui est synonyme de libre arbitre : tout va bien, son bonheur repose sur sa rationalité. Il ne s'imagine guère refuser de choisir, est strictement incapable d'inventer d'autres choix que ceux qu'on lui propose : qu'en ferait-il ? Cet immense marché commun ne comble-t-il pas tous ses désirs, ne lui assure-t-il pas la découverte d'excitants nouveaux besoins, ne lui apporte-t-il pas déjà tout ce dont il a – et pourra – avoir envie ? Il ne voit aucun intérêt à s'arrêter, ou simplement ralentir, il se construit une existence passionnante, un exploit à taille humaine : depuis sept ans déjà, il n'est plus salarié mais travaille en freelance. À l'instar d'un mercenaire, il gère ses affaires de façon discrète et internationale : son siège social est installé en Irlande, pour la fiscalité réduite, ses comptes bancaires sont regroupés au Luxembourg, pour le secret bancaire, et ses divers domiciles sont établis en Pologne, pour les bas prix du marché foncier. Malgré tout, mister Vobary partage le plus clair de son temps entre France et Belgique : de fait, c'est là où sont placés la totalité de ses clients, c'est là aussi où sont ses racines, tout du moins c'est ce qu'il aime à dire à ses collègues, car hormis des cousins éloignés qu'il voit une paire de fois l'an, il n'a aucune famille en ces pays. Pas plus d'ailleurs que d'amis, ceci ne le gênant nullement, il a peu de temps à consacrer à ce type de liens : de simples connaissances lui suffisent, surtout si elles sont bien placées dans les hauts cercles. Dans le cyclone qu'est devenu sa vie, il garde ainsi trace de ses copains d’avant sur les réseaux sociaux, habitué depuis beau temps à déménager sans discontinuer. Des amours, par contre, il en a autant que possible : inscrit dans plusieurs clubs de célibataire, où son sourire étudié et ses pectoraux bronzés en cabine font merveille, il y pratique bon nombre de palpitants loisirs, où il peut réclamer un régime de faveur, en tant que client-roi. La possibilité de relations stables, non étouffantes, adultes, étant aussi présente, il se veut là pour ça : il a même essayé le speed-dating mais ça n'a pas bien marché, trop rapide à son goût – il vieillit, sans doute va-t-il être temps pour lui de prendre femme dans un pays du Tiers-Monde. Mister Vobary possède toutes sortes d'artefacts indispensables et intéressants : un ordinateur portable wi-fi, un assistant personnel miniature, un téléphone cellulaire multifonctions – dans son esprit, virtuel est synonyme de libération. Il ne s'attarde point à connaître l'effet que peut provoquer la multiplication d'émissions d'ondes dans l'atmosphère, si ces divers rayonnements sont sains ou non : il cherche avant tout à savoir si les gigantesques investissements réalisés dans ces domaines peuvent grever les résultats des entreprises du secteur, sociétés qui doivent constamment ajuster leurs prix à la baisse pour rester compétitives, à moins bien sûr de proposer rapidement de nouveaux articles vendus plus chers, ce qui participe à remplir les décharges publiques plus vite qu'elles ne se vident. Ce dernier point, mister Vobary n'en a cure : seul l'aspect financier l'intéresse, il se doit de gérer au mieux son portefeuille de valeurs mobilières, et tant pis si une bulle spéculative susceptible de provoquer un krach boursier international se crée ainsi, qui entraînerait illico presto quelques suppressions d'effectifs. Tout ceci n'est pas de son ressort : il est libéral, il fait confiance au marché et aux autorités capables de le réguler. Point. Mister Vobary, par ailleurs, n'a guère porté attention au référendum concernant le Traité Constitutionnel Européen : ni à la campagne, ni au vote proprement dit. De façon étonnante, pour quelqu'un qui fonde autant ses actes sur sa raison, il a cru que les choses étaient jouées d'avance : que les débats houleux qui partageaient l'opinion, au final, n'empêcheraient pas le bon sens de l'emporter. De plus, il pense intimement que voter est une perte de temps et d'énergie, suivant en cela les brillantes conclusions de Prix Nobel d'économie – même si cette dernière catégorie ne fut jamais citée par Alfred Nobel comme devant faire l'objet d'une récompense à son nom. Après tout, que pourrait sa supposée voix au milieu de centaines de millions d'autres ? Qu'est-ce que ça pourrait bien lui apporter de l'utiliser ? Qui donc pourrait lui reprocher de ne pas se comporter en citoyen ? Très sérieusement, la vision qu'a mister Vobary des affaires publiques passe dans ses actes, bien entendu apolitiques, et non en un quelconque suffrage : il n'a confiance ni en la notion de peuple, ni en celle de communauté, seulement en celle d'argent. En produit typique de son époque, il est séparé de la conscience d'appartenir à groupe plus grand que lui, voire fermé au simple sentiment d'appartenir, ne serait-ce qu'à quelqu'un : à l'inverse, perméable à ces sirènes subliminales – mais tellement sociales – qui l'enchantent de promesses, rationnelles et raisonnables. Ce qui explique qu'il se désigne souvent sous le terme « homo european economicus » : cela l'amuse follement, il répète cette innocente private-joke à qui veut bien l'entendre. C'est un grand gamin : une autre de ses plaisanteries est de raconter la fois où il reçut sur son téléphone portable un SMS d'une personne inconnue, qui était manifestement un message d'amour fou, et qui laissait à penser que l'individu se suiciderait s'il ne recevait pas de réponse... Il n'a jamais répondu, même si le numéro émetteur était lisible, pas même pour signaler l'erreur d'émission : il aime à dire ensuite, cyniquement, que l'amour est la chose la plus pitoyable au monde. Dans son monde, le sexe est une affaire sérieuse, du reste mister Vobary aime être d'une santé parfaite : chez lui cela prend la forme d'une obsession, qui l'a incité à se faire vacciner contre toutes les maladies possibles, n'hésitant pas à essayer tout nouveau sérum mis en vente, en particulier ceux vantés comme plus efficients que les précédents par les groupes pharmaceutiques. Il prend ainsi soin de son corps comme de son ordinateur, mais ne sait pas encore que son marché chéri l'a déjà autorégulé, lui : parmi ces diverses vaccinations passées, il y eut celle contre l'hépatite B, et notablement un produit qui présentait un petit défaut... Chez certains sujets, il pouvait provoquer le malheureux développement d'une sclérose en plaques. « Multiple Sclerosis » : ça rime avec Vobary s'abysse - bye, mister ! Las ; Lui s'efface... Mais dix autres ont déjà pris sa place.
  19. Matin. Où, j'apparus dans un décor indifférent et dangereux, désolé, d'un gris sale que le pâle astre de ce printemps naissant n'arrivait pas à diluer. Je ne reconnaissais rien ici, je ne me reconnaissais d'ailleurs guère plus : sur moi, un harnachement aux couleurs passées se trouvait, m'oppressant, m'agrippant. Serré à la gorge, à la taille et aux pieds ; gêné dans mes mouvements par un textile rigide ; au poignet un objet métallique tel un anneau ; du cou au nombril, un losange de tissu pendant. Je me trouvais alors au sommet d'un escalier de quelques marches, dans ce qui était apparemment une cité : en bas de la volée commençait une étrange rue, formée de 2 plate-formes entre lesquelles une voie était tracée, mais où le sol dans sa totalité était recouvert d'une matière indéfinissable. Ce me semblait des cendres de cadavres agglomérées solide. Sur chaque bas-côté, de curieuses constructions en fer, figurations de bêtes chimériques, étaient posées à intervalles réguliers : j'eus bientôt déduit, par un système de vitrage incorporé, que ces statues étaient évidées et pouvaient accueillir des êtres humains. Etait-ce une sorte de demeure miniature où seul le repos était possible ? En avançant dans l'artère, je trouvais hautement probable d'avoir dormi dans un de ces dispositifs, bien qu'aucun souvenir ne me revienne. Brusquement, sur ma gauche, une porte se mit à coulisser vers le haut, révélant les sombres entrailles d'une bâtisse devant laquelle je me trouvais : hypnotisé, je voyais cette bouche édentée s'ouvrir ; j'entendis des grincements, plus un rugissement sourd sortir d'une apparence de souterrain. Puis, - l'échine supportant un parasite d'allure simiesque à la tête dilatée, - un insecte de métal me fonça dessus, ses yeux émettant une vive lumière, ses mandibules enserrant une roue dont le destin devait être de m'écraser. Je fis un bond de côté, le symbiote me frôla, l'air froid vibra de ses bruits, de mes cris : ensuite, ce danger s'éloigna à grande vitesse, indifférent à mon sort. Aussi, même si je ne compris point comment son mouvement s'opérait, je pus constater qu'il était pourvu d'un autre boyau circulaire retenu entre ses griffes arrières ; or ces roues étaient recouvertes d'une matière semblable au sol, était-ce donc qu'il se nourrissait de ce dernier et ainsi avançait ? Encore halluciné par cette rencontre, mes pas me portèrent à la suite du monstre, à mesure que mon esprit échafaudait des hypothèses. Plus loin, la voie se terminait par une arche composée d'un édifice de quelques étages, à l'architecture déplorable et austère, en tout point comparable à ceux qui bordaient les accotements mais d'où aucune porte ni escalier n'émergeaient. Je passais cette voûte, pour m'arrêter devant une scène dépassant en horreur ce que j'avais jusqu'alors supporté. Car il y en avait d'autres qui circulaient, de bien plus fantastiques, de bien plus répugnants, et formaient un grouillement doublé de relents pestilentiels, d'un tumulte frénétique ; cette agitation me fit lever les yeux, chercher du calme dans ce chaos. Peine perdue. Au loin, en haut : davantage de constructions gigantesques, hideuses. Et sur, encore cette teinte gris-mort, par endroits doublée de miroirs reflétant le gibbeux halo qui tenait lieu de lumière à ce paysage. Même, il semblait que ces immenses colonnes ou cubes poussaient la chape plombée pour la soutenir, offensaient le ciel pour le contenir tels d'agressifs obélisques : un firmament à tourmenter. Seuls de sonores points de couleur y traçaient leur route, clignotants sur ce qui de loin m'apparaissaient dards d'acier tirés, rugissants en l'espace pareils à des flux de bruit fixe. Pour certains, une traîne de fumée blanchâtre indiquait une combustion intense : étoiles filantes, brasiers volants ? Je me mis alors à marcher au hasard, sonné. Puis mes yeux quittèrent le lointain pour descendre au plus proche… C'est enfin que je les vis : mes doubles, mes semblables, cachés presqu'entièrement par ces vêtements ridicules que je portais aussi. Même les femmes arboraient de prudes costumes, hormis quelques jambes recouvertes de transparent noirci. Tous, semblables à des mannequins de cire. Et surtout aucun sourire, et partout des allures mécaniques, et surtout et partout l'identique œil absent, en point de fuite. Certains parlaient dans le vide, d'autres dans des boîtes adaptées à leur main. Beaucoup marchaient vite, couraient presque, un fil pendant d'une ou de chaque oreille. J'en vis regarder avec anxiété leur anneau porté au poignet : néanmoins je n'y voyais rien qui puisse distiller l'angoisse, à part une inscription de chiffres qui changeait constamment. Déambulant parmi ces pantins, je me faisais l'effet de traverser un cyclone au ralenti : leurs regards à l'opposé de l'épicentre. Soudain, je rencontrais un homme : idem, ce tiers scrutait ce fourmillement, cette infamie, ces dangers permanents ; lui pointant de son doigt des silhouettes tel un enfant jouant au bandit ; moi avec une expression d'hébétude certaine. Mais, ahuris oui, nous nous trouvions tous deux près l'un de l'autre, rapprochés peut-être, - nous égarés, - par les buts obscurs de ceux qui nous bousculaient sans y prendre garde : qu'étaient-ils donc ? J'interrogeais cette moitié retrouvée sur la signification de ces catastrophes continuelles qui se déroulaient à nos côtés, sur les mots exacts qu'il fallait utiliser pour désigner ces apocalypses. Il enchérit, peut-être seulement pour lui-même, dans un souffle : « bienvenue, en enfer tiède ».
  20. Après les classiques étapes pour en arriver à cet endroit, ainsi qu’une tonique douche ou un bain relaxant : dans un moment de calme, allongez votre partenaire sur le ventre et sur une surface soyeuse, confortablement, de façon alanguie... Pour la suite de cette comptine, vous serez dominant, l’Autre sera dominé, mais sachez d’avance que tout ceci est parfaitement unisexe : qu’ici vous ne serez homme, que l’Autre ne sera femme. Pour commencer, caressez ce corps retourné sur toute sa nudité, du talon peut-être calleux jusqu’au dessous musqué de ses bras, en passant par le creux de ses reins – volcans au repos – ou par tout autre endroit que vous jugerez bien disposé. Cependant, caressez seulement ! N’allez pas encore réveiller les muqueuses : au contraire, rendez-les jalouses, ces habituées. De même, ne soyez pas pressant : n’utiliser que l’intérieur de la paume ou le bout des doigts selon les endroits est source de découverte, n’utiliser que le dessus de la main ou l’en dessous du poignet réveille la curiosité... Ensuite, placez-vous de façon propice pour commencer à l’embrasser, ce de façon très calme : dans le cou, sur ses épaules, son dos, ses reins, ses cuisses, ses jambes, ses pieds, et bien évidemment en sens contraire jusqu’à ce que soupirs s’ensuivent... Oui vous avez remarqué, je n’ai pas encore parlé des fesses : là où la peau est fine, douce, élastique, là où intérieurement vous rugissez de ne pouvoir vous ruer. Pour bien s’en occuper, je vous accorde le droit d’y porter... votre souffle : oui, un souffle chaud peut être excitant ! Mais non, ne vous y arrêtez pas : descendez, remontez le long de ce corps, en variant comme il se doit les efforts. Et les plaisirs. Par exemple, si vous avez de longs cheveux, laissez-les participer au jeu. Par exemple, si votre ventre est un peu rebondi, faites qu’il effleure son derme, aussi. Par exemple encore, le long de la colonne vertébrale, titillez son fin duvet à l’aide de vos lèvres humides ou de votre langue avide, en évitant de toucher la peau. Par exemple toujours, passez la toison de votre pubis près la raie de ses fesses, juste pour rendre le jeu électrique. Par exemple enfin, faites que vos mains deviennent le coussin de sa poitrine, de son bassin, ou que vos doigts jouent avec sa langue, et ses lèvres, autour... Maintenant, vous pouvez vous attarder : commencer à humecter ce que vous voulez explorer, que vous allez honorer. Petit à petit, restez tenir compagnie à ce cul, forcément magnifique. Caressez-le tendrement, tout en passant votre langue sur le fil de son sourire magique : en l’écartant gentiment, laissez votre organe descendre vers ce délicieux trou caché, vers cette douceur salée... Que vous n’hésiterez pas à contenter, l’Autre l’aura bien mérité : une attente aussi longue doit être récompensée. De même, profitez de la promiscuité des organes, rendez visite au charmant voisinage : vous pourrez convier vos mains, ainsi que votre nez, s’il le sent. Cette fin n’est que le début, mais c’est un autre conte : votre irrépressible besoin de chaleur vous fera trouver votre voie, et le désir pour sûr exacerbé de l’Autre vous y aidera... Sachez que c’est une façon de faire qui peut plaire : idéale pour une « première fois », en somme. Idéale aussi pour mettre les corps en confiance, en résonance (si j’ose dire). Idéale enfin, et là je m’adresse à mon lectorat masculin, pour s’intéresser à ce que votre corps ressent en son entier, non seulement toujours au même endroit monopolisateur. Puissiez-vous donc vous rendre compte que tout est ouvert !
  21. J'observe les esclaves dans leurs bureaux, autrement dit la ressource humaine, dans son état tertiaire : elle a l'air conditionné, celui qu'elle prend comme celui qu'elle respire… On ne s'en lasse pas, toujours de nouvelles choses à découvrir dans leurs comportements, ils parviennent à surprendre jusque dans l'ennui de leurs mœurs. Lors de la pause déjeuner, quand quelques uns d'entre ces employés, modèles interchangeables, se laissent aller à manger ensemble – par pure sympathie croient-ils, en fait pour tromper leur lassitude – alors ne tardent pas à apparaître dans leur conversation, bien entendu non à bâtons rompus, déjà pleine d'humour à ricaner ou autres clichés, quelques silences prolongés, ceux où leurs yeux s'abaissent jusqu'aux assiettes, ceux pendant lesquels on entend leurs cerveaux se demander qui sont donc ces étrangers, en face, pourquoi diable leurs vies se sont croisées aujourd'hui : il suffit d'un rien, une parole mal placée qui se révèle pour nulle raison politiquement incorrecte, ou le souvenir d'un collègue qui, comme ils disent d'un air navré, « péta les plombs »… Ou encore, le rappel du lent parcours des heures avant la retraite, alors les trésors d'amabilité qu'ils déployaient juste avant muent en simples ordures, leur conscience se ferme et s'avale d'elle-même pour retomber en dedans, et cette soudaine absence de communication leur renvoie une image réciproque de solitude. Mais celle-ci idem est sordide et torve, basse comme la queue de ces chiens qui suivent d'un œil craintif leurs maîtres, ne s'aventurant jamais à tirer sur leur chaîne. Certains pourtant continuent leur repas, parlant par épisodes, diplomates, ne voulant guère de trop d'aigreur gâcher la digestion, se disant qu'une bonne entente peut toujours servir, qu'une relation saine de travail implique des concessions, car ce n'est pas de leur faute s'ils sont là, attablés, les uns au milieu des autres, sans trop savoir pourquoi ; ils ont tous à gagner leur vie, ce qui signifie se côtoyer, se supporter, se draguer parfois peut-être, en un mot se serrer dans cet espace-temps qu'ils n'ont pas choisi, dépendants qu'ils devinrent de la sacro-sainte économie qui trône dans leurs journaux, royale et despotique, courtisane de luxe qui les a tous séduits et les a tous trompés. Encore, elle s'accroche à leurs lèvres quand ils parlent de leurs rêves : augmentations de salaire, crédits à rembourser, exonérations d'impôts, plus-values diverses et autres associations de consommateurs… Cela prend toute la place, il n'y a plus rien d'autre, plus de salive pour le reste, pour la honte éprouvée à ne pouvoir s'avouer cette mutuelle impuissance, ce fait lucide qu'ils sont à présent incapables d'autrement jouer : à part le rôle qu'ils acceptèrent, dans la tragi-comédie des études et du travail, quand tout jeune déjà, ils endurèrent de suivre la voie de leurs parents. Ceux-là attendant que ceux-ci deviennent indépendants, alors ceux-ci passant leur permis de conduire pour que ceux-là les estiment permis de sortir, puis l'argent de poche remplacé par celui des jobs d'été, l'apprentissage du manque, du comment pour en avoir à peu près il faut s'abaisser – ce qu'ils nomment autonomie. À une époque passée pourtant – celle-ci lointaine – dans la caverne de ces poitrines retentissait un rythme différent, plus frais, impétueux et nature, comme un fleuve sauvage voulant déborder les artères, un appétit à dévorer la terre, et une encore après si celle-ci n'aurait pas suffi : en cette époque, on s'en amusait du travail et de sa cohorte d'hypocrisies, on les voyait de loin, ceux aux dix ans de plus, dos déjà courbés, on savait s'en moquer, remarquer les visages gangrenés de gris, puis venaient pitié ou mépris, au minimum on lâchait un « y'a pas que ça dans la vie » ou « j'veux pas leur ressembler plus tard ». Peur bien légitime. Aujourd'hui, certes on est toujours moqueur, mais c'est cette jeunesse qui est visée, c'est son propre passé qu'on crible de traits, ses désirs déjà morts que l'on dénigre : ironie désespérée de ceux qui finissent de ressembler à l'adulte occidental dont, en sortant d'être adolescents, ils n'ont pas compris la simple lutte pour subsister, à croire que le libre arbitre n'existe pas. Aujourd'hui donc, boucle fermée, ils inversent les rôles, ne font le plus souvent que parler : travail, argent, le sexe pour la légèreté, ou l'enfance qu'ils respectent encore, sinon ils affectent de traiter le reste de biais, infectant tout de leur inintérêt. Mais cela ne trompe personne, l'ironie cache l'amertume sans l'éradiquer, et le dégoût de leur propre condition rejaillit au travers de phrases inutiles, telles « c'est beau d'avoir vingt ans » ou « nous étions jeunes » ; comme si vouloir partir en vacances, au soleil ou à la montagne, ne serait pas le signe d'un désir d'absolu toujours présent, simplement mal satisfait. Je suis attablée dans les mêmes endroits, à part, par trop désireuse de scruter sans toutefois me mêler à ces ombres, à ces ersatz d'humains : je repense à vous, mes tendres amis, et ma mélancolie me fait ravaler quelques larmes, me fait plus souvent errer la vision parmi ce troupeau, où parfois elle en croise une autre égarée. De façon chagrine, car dans nos contrées, quand des regards se croisent, la plupart du temps s'y découvre la peur, peur de s'ouvrir, de laisser voir à autrui son miroir intérieur… plus rarement, car pour individus expérimentés, ceux pour qui le miroir est déjà poli, comme il faut, ceux qui savent donc faire remonter celui-ci à la surface, s’y trouvera de l'indifférence, du mépris, de la colère ou de l'envie de séduire, toutes attitudes affectées comme il se doit, pour oublier cette peur toujours là, juste maintenant enfouie… presque jamais, se découvre dans cet échange furtif une saine curiosité, non encore fanée, non encore flétrie : de simples globes qui posent la question « mais pourquoi me regardes-tu ? » et qui renvoient, en l'acceptant, leur propre recherche d'un regard questionnant. Ainsi, faut-il que l'on en soit rendu à l'extrême limite de nos relations, qualifiées d'humaine, pour que ce qui devrait être lot commun soit de l'ordre de l'exceptionnel ? Faut-il dès lors comprendre que je ne puisse plus trouver personne tels que vous dans cette foule ? Vous étiez parmi elle, diamants généreux, trop purs, trop bruts, de ceux qui n'ont pas eu la chance de se frotter à plus dur pour devenir coupants, fragiles mais tranchants, d'un inexorable minéral sur lequel tout épiderme s'accorde de s'offrir, sur lequel la vie s'épanche mais s'ouvre : oui, vous l'ambitionniez, être de ceux qui donnent, de ceux qui – dégrossis – vont jusqu'à s'imbiber de cette source qu'ils violentent chez d'autres pour ainsi rejaillir, répandre et, s'épandre, s'en déprendre, l’espoir d’apaiser la soif des asséchés qui ne manquent pas, même en devenir, qui naissent à ce monde déjà stériles, la bouche pleine de lésions. Il vous aura manqué un peu de possibilités, de fermetés aussi, pour vous avant tout, car vous n'avez pas plus travaillé à votre salut que vous n'avez su travailler à celui de vos pareils. Vous étiez parmi eux, mes chéris, vous tentiez de résister, chacun de votre manière, faits pour vous rencontrer, un jour ou l’autre : me rencontrer, également ? Vous aviez développé chacun de votre côté, un décalage, une vision interne, un poison secret, sécrété par vos cerveaux, processus que vous n'avez su stopper, avant qu'il ne vous dévore, avant qu'il ne détruise la confiance que vous pouviez vous accorder. Et nous accorder. Déjà trop solitaires, trop de détestation du monde dans vos artères, trop envie d'en découdre, détruire, plus assez d'évolution en devenir, à offrir ou développer vers l'abstraite troupe contre laquelle le combat s'est résolu, avant qu'il n'apparût : combat perdu d'avance, vos virtuelles existences ne servant à rien ; décor d'abnégation, holocauste de carton. Maintenant vous êtes décédés, vos organes répartis pour sauver quelques vies, vos corps servant pour la science : j'y ai veillé, à ce que vous soyez dépecés de cette façon, à ce que vos prétentions de don se soient concrétisées post-mortem, que vos trépas en forme de dégoûts n'aient été seulement futiles, aussi utiles. Or cela ne me sert en rien, ne me rassure guère, de savoir que des parties de vous sont encore de ce monde : je sais juste que vous n'êtes plus là, cela m'est horrible, car vous n'avez sans doute pas abreuvé grand monde, mais moi oui, et votre absence s’en trouve trop présente à mon esprit, étouffante. Reste une satisfaction – savoir que vous ne serez plus torturés par vos chimères, qu'il ne sera plus nécessaire d’en douceur vous rasséréner, que l'angoisse ne vous meurtrira plus. Ainsi, mes défunts amis, voici comment se résume ma civilisation, comme la vôtre. Je vous garde en moi, foi de Victoire, mais je veux à tout prix vivre. Ne plus jamais faire partie de ce monde.
  22. Tout ce qui n’est pas volontaire est autorisé, tout ce qui est permis est superflu. Barbares danses nocturnes dans vos stations de métro, à ciel ouvert. Hommes politiques tournés en dérision dans vos jardins pour enfants. Guignol illégal. Bombes à eau jetées sauvagement – comment pourrait-il en être autrement ? Des corps conçus exprès pour vos décors de surveillance. Des artéfacts extra-terrestres laissés dans vos endroits publics. Caméras iniques... Pénétrons par infraction dans vos musées ; au lieu de les cambrioler, ajoutons-y nos oeuvres. Dans vos fast-foods, multiplions les pains. Et le vin, sans la messe. En réponse à vos publicités : recevez par la poste notre saint sacre. Ex crémant. La poésie ? Aucun sens sans mise en musique, si non scandée ou chantée, si non reliée au corps : une idéale combinaison, de mots et de son, devrait plonger l'auditoire dans une noble réaction physique. Mais vous lisez sous influence, le cerveau pris dans un bocal, flottant dans un inesthétique formol cartésien ; le reste de vos organes sur la table de dissection, incapables de se réunir. Même une simple récitation devrait provoquer mouvements, couleurs, applaudissements à chaque métaphore – tandis que vous écoutez la poésie, rassis, au mieux capables d’un petit rire de connivence ou d’une grimace de complaisance, assis, oublieux pour un temps de la station debout. De votre nature de bipède. Si cela vous choque, c’est que vous faites partie du public, cet amant des artistes, ce mécène et ce flic. Mais sachez que notre peur est de toc, notre dégoût un tic, que notre libido se tacle ; et que la certitude de ne pas mourir de faim s’alimente du risque de mourir d’ennui. Le bonheur est une idée mort-né – il reste à l’enterrer, et vivre à sa place. Détruisez les endroits où vous avez été heureux, construisez là où vous avez été malheureux. Allez nus, tel un signe : allez nus à la recherche d'un signe. N’achetez rien, consumez. Ne consommez rien, dévorez. Organisez une grève sauvage, ne revendiquez rien, faites la trouble-fête. Ce jeu de rôle grandeur nature s’appelle : autodigestion de la vie quotidienne. Importons nos drames là où n’existent ni scène, ni sièges, ni billetterie. Exportons nos rires en pleine rue, mais pas dans le théâtre de rue. Portons nos pièces de boulevard au bureau, pour y avoir l’air moins conditionné. Nul besoin de changer la vie, juste de vivre de changement. Nul besoin de chercher un emploi, juste de s’employer à chercher. Nul besoin, que des volontés. Et pas des dernières. La première étant de mériter la prison : quel meilleur compliment pour des clowns ? Ecartons-nous du grandiose chemin de l’art, qu’il se prenne le mur en pleine dents. L’art n’est crime que si le crime est art. Aujourd’hui, nous exprimons ce que nous voulons : hier étant sinistre punition, nos films servant d’excuse à l’utilisation de lunettes 3D, nos MP3 à l’utilisation de bouche-oreilles, nos livres se lisant majoritairement sur la cuvette des toilettes. Aujourd'hui, la multinationale est le genre humain : et demain ? Une solution : séduire un individu voué au pouvoir, non pour lui faire du bien, mais pour le quitter et lui apprendre le manque. Imaginez la tête du grand patron qui peut tout se payer, sauf ce qu’il désire ? Voici un jeu raffiné : faire apprécier l’érotisme aux abstinents romantiques, la pornographie aux amoureux exclusifs, et l’abstinence aux libertins revendiqués. À chacun selon sa perversion : relâcher une personne de son obsession, pour lui révéler de nouveaux désirs, la rendre plus ouverte au monde. Imaginez : finirions-nous ainsi par croire en quelque chose qui sorte de notre ordinaire ? Par nous échapper de ces deux clans qui accaparent l’amour depuis la nuit des temps : ceux qui le font et ceux qui le subissent ? Non, bien sûr : cette question ! Pour qui vous vous prenez, nous dites-vous ? Et nous vous répondons : nous nous prenons pour vous… À tout hasard, nous laissons un faux nom, à charge pour vous de l’utiliser. Les déguisements sont comme les jouets, SM ou SMS : ils servent à tous les genres, même ceux à inventer. Le bleu restera gris tant qu'il n'aura pas été re-bariolé. Ce texte restera logorrhée tant qu’il n’aura pas été torché. Reste à faire : quelque chose dont les enfants se souviendront toute leur vie. Grandir à rebours. (librement inspiré du « Poetic Terrorism » de Hakim Bey)
  23. 18-H-15 Le soleil a violé le ciel Les nuages ont leurs menstrues En partance, je bois seul En terrasse, au Dernier Bar Avant la Fin du Monde 21-H-30 Il y a une fille au regard inaccessible, entouré de khôl Ses habits ? Une espèce en voie d’extinction Elle est la dernière note d'un air continuant à me parler de vous Quand je découvre la danse du vide Les pieds à Paris-Plages 02-H-45 Bruit, fureur, explosion de cris Là où ce DJ passe, les corps ecstasyés trépassent Je suis toujours vivant Mais les journaux me rassurent, cela ne durera qu’un été À l’envers, à l’Enfer Traversant de mornes mortes frontières Sans plus rien à déclarer flou-H-flou En sortant Le Tambour est dans ma tête Echapper aux casseurs qui passent Puis prendre le pruneau perdu du flic 05-H-00 Paris : ses veilles, ses tires, ses travs… Reste à vomir mon passé au sol Ou l’écraser comme un cafard A l’abri d’une borne Autolib’ Au creux de la vague, quand la marée se retire Je ne peux me la jouer plus longtemps Cette fin : rien d’autre qu’une naze plaisanterie 06-H-15 Le factice de la ville me donne envie d’un deuxième trou de balle
  24. Un bâtiment imposant, allongé, à l'écart des regards, aux égards reculé, loin des centres-villes, plus sûrement loin des villes ; la misère esseulée sur sa fin, cachée, pour ne point déranger notre modernité solitaire. Des gens sont arrivés ici en fin de course : le plus souvent en roue libre, certains calent avant le passage au point mort, d'autres épuisent leur réserve de carburant, jusqu'à la dernière ratée. En entrant, avant l'éventuel bonjour venu du guichet d'accueil, une sensation se révèle : odeur aigre et discrète, mélange de poussière et d'urine, qui quoiqu'on fasse s'insère un peu partout, qui malgré le désinfectant s'incruste en sourdine ; lors des repas d'hiver, ce pot-pourri s'impose derrière les senteurs – plus variées – des soupes et des bouillons : légumes et viandes qui s'allient à l'urée, à la saleté, pour combattre la javel. La deuxième sensation est celle d'un silence feutré, qui s'avère plutôt murmure éternisé, comme si toutes les vieilles gorges présentes jouaient une symphonie de soupirs, sur une partition au tempo ralenti, à la mesure de la pression de leurs coeurs vénérables, moderato, qui s'accorde si mal avec les rythmes par lesquels vivent ceux qui les visitent, effrénés certes, mais ralentis dès qu'il s'agit de venir embrasser ceux qui les ont faits, ou vu naître. La troisième n'en est pas une, c'est une certitude intellectuelle : sauf heureuse exception, nous finirons toutes et tous nos vies dans un endroit comme celui-ci, malgré nos rodomontades habituelles, nos « il vaudrait mieux partir avant de devenir ainsi » et autres fadaises, qui cachent mal notre peur devant l'inéluctable. Voilà peut-être pourquoi nous ne venons pas souvent : au fond, nous savons que nous y viendrons bien assez tôt, définitivement. De façon confuse, aussi, nous devinons que la situation est anormale : que le fait de liquider sa vie loin de ceux qu'on aime, dans des endroits spécialement conçus pour cela, ou encore le fait de ne pouvoir garder ses proches dans leur vieillesse, car cela nous empêche de gagner notre vie, bref que cette double condition inhumaine est absurde... Et cette infamie nous abreuve de rancoeur, laissant pousser la mauvaise herbe de la honte, celle qui s'enracine et paralyse. En ces lieux, existent ces iris que l'on croise, de ces personnes âgées qui espèrent un reflet, espèrent que c'est elles dont nous venons égayer la lente mort, parfois même nous adressant la parole en nous appelant du nom chéri de leur enfant, ne se rappelant plus de l'apparence de ce dernier, juste de l'amour qu'elles lui portent encore, et l'espoir de le revoir en nous les fait tendre les bras. À l'inverse, la ou le vénérable que l'on vient visiter, parfois ne se souvient plus de nous, et il faut réveiller ses souvenirs en donnant presque des preuves de notre identité, lui parlant de que l'on a connu ensemble, dans le passé. Et de façon curieuse, elle ou il n'a pourtant pas changé, quand soudain nous est adressé un reproche identique à ceux dont on était abreuvé auparavant : sur notre caractère, notre apparence, ou sur la moindre petite chose qui l'énervait avant, en nous. Cela nous fait rire, ou nous accable, nous dégoûte, fait surgir notre pitié, parfois ressurgir notre rancoeur : l'amour, la haine, l'une ou l'autre, également les deux mêlés. Puis l'ennui. Qui peu à peu assombrit le décor, ennui provoqué par ces gens qui furent moteur de notre vie auparavant – en bien ou en mal, qu'importe, ils agissaient sur notre jugement – mais qui aujourd'hui n'ont plus rien à apporter, le cerveau en veille jusqu'à l'extinction finale de leurs feux, plus rien à dire à part ce qu'ils ressassent, que cela indiffère ou étouffe. Alors on regarde autre chose – les infirmières vigilantes, les aides-soignantes d'une patience rare, les nettoyeuses qui souvent dépassent leur simple rôle, les visiteuses bénévoles qui font office d'animatrices : tout un petit monde féminin qui s'efforce d'apporter un peu de vie à cet antique monde oublié, avec plus ou moins de bonheur suivant la situation de chaque pensionnaire, plus ou moins d'envie suivant leur situation personnelle. L'exemple du moment précédant le déjeuner : fumets de nourritures dans le corridor, répandus par des plateaux portés sur un chariot roulant, en prime l'agitation caractéristique de cet instant. Ces femmes qui s'agitent, car elles doivent en même temps finir les tâches de la matinée, apporter les mets aux pensionnaires, s'occuper des imprévus. Quels sont ceux-ci ? Les malades impotents qui propagent leur râle dans les couloirs, les sonnettes tirées pour un oui pour un non, une envie pressante qui nécessite qu'on change un appareillage, un manque d'affection qui prend subitement, une douleur aiguë et soudaine, une perfusion débranchée ; péripéties. On vient parfois partager le repas de nos parents – pour des raisons de planning, essentiellement, car ce n'est guère un moment agréable : pour sûr, il y a le regard gourmand de nos ascendants lorsque c'est bon, regard qui fait plaisir à voir car rendant à leurs visages ravagés une malice enfantine, mais il y a surtout la maladresse qui fait tomber leurs serviettes, ou des morceaux de viande à côté de l'assiette, ou leur fait se barbouiller le nez de chocolat par mégarde. Et cette maladresse nous serre le coeur, car c'est nous maintenant qui coupons la viande, qui sucrons les yaourts, parfois apportons le tout à la bouche. Impossible d'avouer notre trouble, de montrer cette tristesse devant ceux qui perdent petit à petit leurs facultés, devant eux pour qui nous répétons les gestes de la prime enfance, en renversé. Ainsi on sourit à ces corps gangrenés par la vieillesse, qui nous conçurent pourtant de toute la force de leur jeunesse : sourire forcé pour ne pas montrer qu'on a mal de voir la peau flétrie, les gestes tremblants, les yeux aveugles, les dents inexistantes. Immédiatement après le festin, l'attention qu'ils portaient sur le seul plaisir qui leur reste s'estompe, les délices de sensualité de leur palais se rompent : le travail de sape de la digestion va pouvoir commencer, une lente torpeur s'emparer de leur organes brisés, et le parcours des aliments s'accompagner de plaintes concernant leurs besoins. Peu à peu, leur conscience se déporte sur ce qu'ils sont obligés de connaître le mieux, leur état physique, et des douleurs qui furent éventuellement oubliées avec le repas, maintenant se réveillent et accaparent leurs pensées, puis les plaintes commencent : alors on se doit de compatir, ou faire de l'humour pour enrayer la chute du moral, trouver des sujets de conversation, d'enfin aller s'enquérir de possibles changements de leur état de santé auprès du personnel. ****************************** Cela faisait 3 semaines que je ne l'avais vue : je m'étais rendu 2 fois à l'hôpital, rapidement, pour visite. J'attendais son entrée dans un centre de rééducation, pour rester plus longtemps près d'elle, sûrement une semaine... Ma mère et moi : comme au bon vieux temps, si on peut dire. J'en profitais pour apporter un nouveau ventilateur multifonction : c'était bientôt son anniversaire, aussi l'été. Au vu de la canicule qui était annoncée, cette fois encore, je n'avais guère envie que ce soit son dernier : ses obsèques, on pouvait remettre ça à plus tard, au moins l'an prochain. Elle n'avait pas été acceptée, dans ce centre à la con : trop tributaire de, trop vieille, trop délirante, trop. Il ne fait point bon être légèrement fou, et sous tutelle, dans notre nation civilisée, encore plus si on a dépassé la date de péremption. Enfin, elle existe au moins pour d'autres, la rééducation... Donc retour à la case départ, maison d'accueil pour personnes âgées dépendantes : on ferait venir un kinésithérapeute. Ces derniers temps, je ne l'avais vu qu'allongée. Là, je découvrais la récompense pour sa fracture – col du fémur, – ce fauteuil roulant dont elle voudrait divorcer, la connaissant, mais qui risquait de la poursuivre dans le meilleur des cas, symbole d'une finitude proche. Ce fauteuil roulant, dont elle essaya de se lever dès qu'elle me vit ; pour montrer qu'elle avait forcé la nature, inciter à être fier d'elle et de son exemple, m'éprouver peut-être : au cas où, ne pas perdre mon amour. Tentative un peu ratée, mais l'effort me rassura quant à son mental. ****************************** Elle et toi ? Ces quelques jours, c'est comme cela : Sa présence dans le cercle des vieux, dans la salle commune, rassemblement de pierres magiques, ancestrales, qui ne communiqueraient plus entre elles : et toi, comme un intrus en train de lui parler, gêné par la présence des autres, car tu sais ne rien pouvoir faire pour eux. Certes, tu sais les oublier comme tout occidental sait le faire, mais tu sais qu'ils envient ta présence auprès d'elle, tu ressens ceci comme un parasitage de votre conversation. Aussi, tu répugnes à penser comme cela, alors tu restes également dans le cercle – puis elle ne veut en bouger. Sa peau parcheminée que tu caresses et embrasses avec certaine gêne, cette émotion confuse, comme si tu avais peur que cette protection patinée tombe en lambeaux en effleurant la tienne. Son siège mobile que tu commences de lui apprendre à utiliser, le personnel n'ayant pas le temps de le faire, car avec les années de plus en plus d'antiques en ont un. Ou même : n'ayant pas envie de le faire, car ils peuvent ainsi contrôler les mouvements de chacun. Son siège mobile qu'il faudra lui apprendre à quitter, pour ne pas qu'elle en devienne esclave. Son ironie qui ne désarme pas, même devant tes capacités qui n'ont rien à lui envier : toi qui te moque d'elle, mais en retour, elle qui te donne encore une leçon là-dessus, ses quatre-vingt ans d'expérience triomphant de ta quasi-jeunesse présomptueuse. Ses cheveux presque entièrement blancs, et un voile de résistants noirs qui forment une sombre voie dans sa coiffure : alors qu'à l'inverse dans ton enfance, des traces argentées rehaussaient le voile aristocratique de sa coupe noir de jais, et aimantaient le regard des hommes – beauté naturelle dont tu es encore fier. Sa vieille schizophrénie qui reste stationnaire, l'ayant placé en orbite satellisée, il y a beau temps, qui la protège apparemment du moindre risque de dégénérescence du cerveau : mais tu as perdu l'envie de comparer le mal certain contre le bien possible, ou le contraire, perdu l’envie d'échanger les hypothèses. Cette propension que tu as de saluer chaque employé de l'endroit, au cas où ceci rendrait plus sympathique la personne que tu viens visiter, à leurs yeux. À l'inverse : propension que tu as de fuir le regard des autres pensionnaires, ne pas éterniser le contact avec eux, comme si tu voyais mieux chez eux la déchéance que tu refuses de voir chez elle. Sa façon de mâcher, devenue simiesque avec les années, au fur et à mesure de la perte de ses dents, de l'affaissement de son cou, du tonus musculaire qui s'en va, ou de l'ostéoporose qui s'en vient. Ses repas que tu sautes, préférant aller au restaurant du village : donc, tes plats que tu lui racontes, qu'elle ne peut partager pour cause de diabète avancé. Son déambulateur, que tu as remarqué en la ramenant dans sa studette : le petit espoir que ça déclenche, dans un coin de ton cervelet, d'entendre sa voix quand elle te prie de le lui apporter, pour s'exercer. Mais elle abandonne : le repos aussi l'attire. Son faux sommeil, vrai désintérêt pour la réalité, dont elle accepte d'être tirée quand tu l'incites à ne pas perdre le contact, car tu as peur de la voir se laisser aller – comme dit la chanson. Cette dernière que tu lui fredonnes, de façon à tout tourner en dérision, elle et la situation : mais là, elle t'envoie à brûle-pourpoint que tu as quelques améliorations à apporter au niveau chant – te connaissant, cela mouche évidemment ton orgueil, mais le contact est repris. Ses yeux qui s'allument quand tu lui proposes de lui offrir une plus moderne télévision, avec télécommande car son état la clouera au lit le plus souvent, à moins bien entendu qu'elle ne remarche vraiment. Ses yeux qui, pourtant, n'arrivent pas à lire la pendule, à deux mètres d'elle sur le mur, qui ont depuis longtemps abandonné la lecture, promesse d’autres mondes – ses yeux qui sont faibles et qui le savent. Son goût pour la musique : elle te demande de siffler un air, puis elle embraye dessus, puis c'est ton tour, et votre cacophonie devient de plus en plus juste. La prochaine fois, tu lui apporteras à écouter le bruit que tu pratiques dans ta cave ; la prochaine fois, tu apporteras de quoi enregistrer vos ballades, en guise d'appareil photo. Sa lutte pour reprendre le contrôle de son corps, oublier la douleur, montrer qu'elle n'est pas encore bonne à mettre à la casse. Pour marcher malgré tout, et même si avec déambulateur : dans sa chambre, tout d'abord, du lit jusqu'aux WC – chemin qu'elle parcourait lorsqu'elle eut sa fracture – puis du lit à la porte d'entrée. En la soulevant ou non au début, en la tenant ou non une fois debout, en la suivant ou non avec la chaise à roues, ensuite. Enfin elle ose sortir, parcourir la moitié du long couloir, encadrée de toi et d'une infirmière, encadrée de vos attentions et encouragements. Ses pieds qui s'emprisonnent de sel – rétention d'eau – et ainsi paraissent brunis, pelés, gonflés : ces orteils tous déformés ; les ongles n’y sont plus que corne. Ses vomissement systématiques après un effort trop violent, signes d'un affrontement entre un organisme plié par les années et une volonté qui veut encore dompter celui-ci : alors oui, elle gagne chaque bataille de sa rééducation naissante, mais la carcasse renâcle, et s'en venge. Le temps que tu as perdu à ne pas aller la voir, plutôt devrais-tu dire « son temps que tu as perdu » – personne n'est redevable de son propre temps perdu. Ces moments qui à présent s'écoulent de façon plus intense, l'urgence de son besoin de quelque aide te mettant à son service ; ces instants, ensemble, que tu ne veux gâcher à avoir des remords, tu en auras suffisamment après sa mort – le deuil est un exercice de mortification solitaire, qui à rebours s'enclenche. ****************************** « - C'est gentil à votre fils d'être venu vous voir, madame X : on l'aura vu rester longtemps, cette fois-ci... Et puis, j'en ai rarement vu qui s'occupe aussi bien de leur maman : je vous ai observée marcher dans le couloir l'autre jour, il y a du mieux ! - Ha non, mademoiselle, vous faites erreur une nouvelle fois, vous savez bien que ce n'est pas mon enfant : celui-ci, c'est un agent secret, qui interprète également le rôle d'Amadeus dans un film connu ! - Heu... Ha bon ? - Parfaitement ! D'ailleurs quel hypocrite ! Ceci dit, il est serviable tout de même. J'ai fait quelques progrès, je suis heureuse... Mais ça m'a éreintée, toute cette activité – il y a quoi de goûteux au repas de ce soir ? »
  25. Il existe une situation appelée tristesse. Il en existe une autre nommée vide. Ces deux sont souvent confondues ; or elles s'opposent. La tristesse peut être décrite comme déchirement, celui-ci prend de la place, trop de place, jusqu'à vous emplir, jusqu'à déborder : vous voudriez pouvoir déposer ce fardeau hors votre être, ne plus sentir son poids dans vos pensées. Rien de commun avec le vide qui, son nom l'indique, est absence : quelque chose manque à votre être, vous ne sentez pas de poids, vos pensées ne pèsent rien, tellement rien qu'elles vous ont désertés. Pas assez cependant, pas assez pour ne pas ressentir ce vide. Les timides connaissent bien la tristesse : elle les accompagne dans la rue, au travail, dans les endroits publics, endroits où il y a du jeu, de la séduction. Ils voient les corps des autres se frôler, se réclamer, graviter les uns autour des autres, les regards comme autant de forces d'attraction. Les timides aussi ont un corps, des regards, ce qu'il faut pour jouer, sans avoir les règles : quelque chose ne marche pas chez eux, ils ne savent quoi, ils croient ainsi être estropiés et ce soupçon d'être diminués les emplis, cette certitude d'avoir moins les rend tristes. Quelqu'un que le jeu du désir attriste, il voudrait savoir exprimer tout ce qui l'emplit pour chasser la tristesse. Mais le vide : c'est autre chose. Quelqu'un que le jeu a évidé, il voudrait ne plus pouvoir ressentir l'absence, il voudrait ne plus avoir ces yeux d'où suinte l'avidité, ne plus savoir qu'il est vide. La nature a horreur du vide. Depuis quelques temps, la poussière l'agresse, sous chacun de ses grains se cache une menace, sous chaque amas moutonnier se tapit l’ennemi. La saleté il connaît bien, il est célibataire, du genre forcené, du genre qu'une femme a rendu fou de douleur, du genre qui a emprisonné son être derrière la poussière de son logement. Aucune autre ne viendra ici, il le sait, la saleté de son chez-lui l'en protège. Même si elle le protège plus de son désir à-lui que de la réelle éventualité qu'une femme entre dans ce logement. Il ne va plus dehors chercher de féminité, ne va plus chercher grand-chose à vrai dire : restant vide. Mais les grains – les moutons – lui ont déclaré la guerre. Ce matin, le réveil. Il s'est levé, s'est lavé ; dans la salle de bain, quelque chose de changé. Il a étalé le dentifrice sur la brosse, et puis... Il a approché la brosse de sa bouche et... A commencé de frotter... Eut envie de s'écorcher la gencive, soudainement. Lui brossant brusque, la brosse forant l'intérieur de la joue, sale rosse : au lieu de s'arrêter, lui continuant. Ayant mal or continuant. Ensuite s'est coiffé : perdant un peu ses cheveux, il s'oblige à cacher les trous de façon soigneuse, l'habitude... Là ne pouvant pas, le mal de dents bien sûr mais surtout ses yeux qu'il ne pouvait croiser dans le miroir et qui lui faisaient peur et son regard qui même dirigé vers la racine de ses cheveux absorbait le blanc hurlant de son double glacé, en face à jamais ailleurs. Ce matin, c'est un homme terrorisé qui a quitté sa garçonnière. Tout ce jour, la vision des femmes l'a évidé, puis rempli ; car ses mains ogives, sur la brosse continuant à marteler sa gencive, crissements, chair à tournevis, ossements... Et ce soir, les grains – les moutons – l'attendent. La nature humaine a horreur du vide.
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