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  1. Doïna

    L'affaire du Dahlia noir

    Bonjour, Aujourd'hui 8 mars, journée des femmes. D'où ce topic surtout consacré à la mémoire d'une femme. The Black Dahlia Los Angeles, le 15 janvier 1947. Il est à peu près 10h30 du matin, une femme promène son bébé le long d'un terrain vague, non loin de la 39ème rue de Norton Avenue. Son regard s'arrête dans l'herbe folle, où gît la dépouille d'une jeune fille nue, coupée en deux chirurgicalement au niveau de la taille, abominablement défigurée, la bouche fendue d'une oreille à l'autre. Elle téléphone à la police, affolée, bouleversée. C'est là que commence la tristement célèbre affaire du Dahlia noir. A l'époque, la presse était très agressive (maintenant aussi mais sans doute pas autant qu'à l'époque), était libre d'aller et venir où bon lui semblait, et travaillait de surcroi très souvent en partenariat avec la police. Les journalistes disposaient de radios branchées sur les fréquences de la police. Ils suivaient également les appels aux pompiers. De ce fait ils étaient bien souvent les premiers arrivés sur les lieux du crime. Ce fut le cas une fois de plus, et c'est un journaliste qui ferma les yeux de la morte, qui avait également de nombreux traumatismes à la tête et au visage, des lacérations, un lambeau de chair ôté de la jambe... Enfin qui avait donc vécu l'enfer avant de mourir. Très vite, la nouvelle se répand dans les journaux, toute la Californie est sous le choc. On finira par identifier cette inconnue comme étant Elisabeth Ann Short, une jolie jeune fille originaire de Boston, et venant de temps à autre séjourner en Californie à cause de sa santé supportant mal les hivers froids du nord de la côte est. Une fille vivotant de petits boulots, changeant souvent de chambre d'hôtel ou de pension qu'elle partage avec d'autres filles d'environ son âge, se logeant au petit bonheur la chance. Une fille jolie, douce, fantasque, ingénue... Mais Los Angeles fourmille de filles comme elle, rêvant de se voir un jour à l'affiche d'une grande production hollywoodienne, ou de se trouver un mari aussi gentleman que ceux des films. Or Los Angeles est une ville corrompue jusque dans ses institutions, police incluse. Une ville immense fourmillant tout autant d'escrocs toujours à l'affût, de souteneurs, de voyous... De toutes sortes de prédateurs qui les attendent au tournant, toutes ces jeunes filles venues parfois de loin, certaines venant de leur campagne en s'imaginant que la grande ville fera leur bonheur. Mais revenons à cette Elisabeth Short, Betty Short, 22 ans, surnommée le Dahlia Noir par les soldats et marins du bar à soda de Long Beach qu'elle fréquentait, parce qu'elle aimait se montrer avec un dahlia dans les cheveux, et en référence à un film de l'époque -le Dahlia bleu-. Décrite par tous ceux qui la connaissaient ou l'avaient croisée comme une bonne fille, une fille sérieuse qui voulait avancer, s'en sortir, une personne nette, propre, élégante, affectueuse, mystérieuse aussi, beaucoup... La presse en a fait par la suite une ivrognesse, une prostituée, une clocharde se donnant pour se faire payer un sandwich ou une nouvelle robe. Comme pour faire croire à tous qu'elle méritait son sort. Alors qu'en fait, elle ne s'est vraiment donnée qu'à trois hommes dans sa courte vie. Elle en a aimé surtout un, un militaire, mais qui a péri dans un accident d'avion. Elle avait déjà aimé un militaire et, suite à cette perte, espérera à nouveau en épouser un. Betty Short avait souffert d'un père absent, d'où sans doute son attirance pour les militaires. Cela dit, son assassin ne fut pas retrouvé. C'est ce qui se dit du moins. L'enquête resta par conséquent ouverte. Des décennies passèrent, sans qu'elle ne fut jamais complètement oubliée, pareille à une blessure ne parvenant pas à cicatriser dans la mémoire de Los Angeles. ******************************************************************************************************************************************************** Progrès dans l'univers judiciaire américain La police a beaucoup évolué depuis les années 60 aux Etats Unis. Concernant le phénomène des tueurs en série, c'est à partir de ces années-là que le monde judiciaire a vraiment tenté de comprendre et d'améliorer son système. Auparavant malheureusement, on ne s'occupait des meurtres que localement. Les meurtres étaient tous traîtés séparément, sans lien entre eux lorsqu'ils étaient commis dans des Etats différents, ou bien, selon qu'ils se produisaient dans un endroit qui dépendait de la ville ou du comté, étaient l'affaire de juridictions différentes. Ainsi un meurtre commis sur le trottoir nord de Sunset Boulevard à Los Angeles était du ressort du LAPD, alors qu'un cadavre retrouvé 3 mètres plus au sud devenait celle du shérif. Ces incohérences ont perduré jusque dans les années 80, ces instances policières ne partageant que trop rarement leurs informations sur le modus operandi d'un crime ou autres notes sur des affaires non résolues. ********************************************************************************************************************************************************* Steve Hodel, un flic Steve Hodel est un flic de la nouvelle génération. De 1963 à 1986, il a exercé comme officier, puis est devenu chef des inspecteurs au LAPD. Il aurait pu devenir homme d'affaires et mener une vie confortable, sans trop de remous, s'il avait rejoint son père à Manille, aux Philippines, où ce dernier menait alors une existence de pacha. Mais il se sent policier jusqu'à l'os, et quand on connaît la suite, on ne peut que s'émerveiller des miracles du destin. Le jour où ce père qu'il connaît si peu décède, il prend l'avion et rejoint la dernière épouse de celui-ci, la énième dans sa vie, pour lui apporter soutien et réconfort. Avant de mourir, le père Hodel avait donné la consigne de détruire toutes ses affaires, comme s'il avait voulu faire disparaître jusqu'à la dernière trace de son passage sur cette terre. Malgré tout, le fils, Steve, aura le temps de feuilleter son album photo privé. C'est ainsi qu'il tombe sur deux clichés qui l'interpellent. Deux photos d'une toute jeune fille, presque encore une enfant, qu'il ne connaît pas mais qu'il a l'impression, pourtant, d'avoir déjà vue. Sur la première photo ses cheveux sont ornés de fleurs, des dahlias apparemment. A bien y regarder, il finit par reconnaître le fameux Dahlia noir, dont on n'a jamais retrouvé l'assassin, dont on a jamais compris pourquoi elle avait été tuée aussi cruellement. Bien qu'à la retraîte, il décide de reprendre en mains l'enquête à partir de cet instant. Peu à peu, il vit une véritable descente aux enfers psychologique, découvrant en ce père qu'il avait si peu connu, qui avait toujours été un mystère pour lui, le bourreau et le meurtrier d'Elisabeth Short, ainsi que d'autres femmes. Voici ce qu'il apprend au fil de son enquête : son propre père, Georges Hodel, médecin très respecté et chirurgien de grand renom à Los Angeles, était donc un monstre, un père incestueux avec sa fille, une pervers sexuel et un tueur en série, en plus d'être manipulateur, autoritaire et violent avec ses proches. Parmi les relations de ce personnage, des voyous, des gens de pouvoir, des gens du cinéma (en particulier John Huston, devenu familier de sa demeure : la Franklin House, dite aussi la "Maison des mâchoires" à causes de son architecture. Man Ray, le célèbre photographe, était son ami, et il partageait forcément les mêmes goûts, Man Ray étant un admirateur du marquis de Sade. Il estimait que les femmes n'existaient que pour le plaisir des hommes, plaisir qui ne pouvait qu'être accru par leur humiliation et de leur souffrance. Georges Hodel se serait d'ailleurs inspiré de deux oeuvres de ce dernier : Minotaure et Les Amoureux à l'heure de l'Observatoire, dans la disposition de la dépouille d'Elisabeth Short. Enfin, un certain Fred Sexton était le complice du docteur dans ses orgies de meurtres. Car il n'y eut pas que le Dahlia noir. Des femmes assassinées, il y en aura eu avant, et il y en aura encore après. En février 1947, ce fut le "meurtre au rouge à lèvres" : on retrouva le corps d'une nouvelle victime, sur lequel il avait inscrit des obscénités avec le rouge à lèvres d'Elisabeth Short. En vérité, la police aurait pu arrêter Georges Hodel, le loup garou de Los Angeles, et était sans doute à un moment donné sur le point de le faire, mais avec un tel personnage elle n'avait pas la tâche facile. Grand ponte d'une clinique où l'on soignait les infections vénériennes, le docteur avait à sa disposition des dossiers sur tout le gotha d'Hollywood. Si on le malmenait un peu trop, il pouvait très bien rendre public tout ce qu'il savait sur les puissants qui s'en remettaient à ses bons soins, venus le consulter pour des maladies honteuses. En outre, c'était quelqu'un qui avait des manches, et le bras long avec cela, d'autant plus qu'il avait participé en Chine à des missions diplomatiques et hautement confidentielles du gouvernement américain. Les pistes furent sciemment brouillées : des pièces à conviction déterminantes ont disparu, l'autopsie a été falsifiée... On a laissé croire qu'il y avait un trou d'une semaine dans l'emploi du temps d'Elisabeth Short, alors que c'est totalement faux. La veille de sa mort, elle s'était précipitée en larmes et affolée sur un officier de police pour la supplier de l'aider, parce que des gens voulaient la tuer. Dès septembre 1946 elle a su sa vie en danger, se sentant traquée. Elle avait d'ailleurs été agressée début janvier 1947 puisque des témoins l'avaient vue avec des écorchures profondes aux bras. Cela peut paraître troublant mais c'est en tout cas ce qu'a découvert Steve Hodel en menant son enquête. A l'époque, des policiers, complètement dépassés, ont tout de même tenté de confondre définitivement le tueur par des écoutes téléphoniques. Mais le docteur à quitté la Californie à temps pour aller s'installer à Hawaï, et l'affaire en est restée là. On ne doit qu'à son propre fils de connaître la vérité actuellement, au sujet du Dahlia noir. (D'après L'Affaire du Dahlia noir, complément d'enquête : des révélations inédites, auteur Steve Hodel, éditions Points).
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