Citation (nanouchka47 @ jeudi 24 avril 2008 à 20:28)

Que pensez-vous du discours du président?, sur TF1
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
Depuis que je suis élu président de la République, le prix du baril de pétrole a doublé. Depuis que je suis élu président de la République, il y a eu la crise des subprimes, qui est en vérité la crise d'un capitalisme financier qui marche sur la tête, qui a fait la part trop belle aux spéculateurs au détriment des entrepreneurs. Il y a eu l'euro à des niveaux invraisemblables avec un dollar à un niveau très bas, et l'envolée des matières premières. La France a à faire face à un quadruple choc. Ce que j'en tire comme conclusion, et ce que je veux dire aux Français, c'est que ce quadruple choc-là nécessite des réformes, des changements et des adaptations. Quand bien même la croissance mondiale serait à 5 %, il faudrait faire des changements.
De deux choses l'une, soit les "Réformes" sont la réponse à la situation économique mondiale dégradée, et elle ne sont plus justifiée si "la croissance mondiale [est] à 5 %", soit les "Réformes" sont bonnes en elles-mêmes, et on ne comprend guère pourquoi il insiste autant sur la situation économique mondiale pour les justifier.
Ce que l'incohérence de ce passage nous apprend, c'est que les véritables objectifs des "Réformes" sont inavouables et que la situation économique mondiale est un alibi de plus pour les mettre en oeuvre.
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
On me dit : vous ne faites rien sur le pouvoir d'achat. On a exonéré de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu les heures supplémentaires, et ça marche. Dernier trimestre 2006 par rapport au dernier trimestre 2007 : 28 % d'heures supplémentaires en plus. Cela veut dire qu'un demi-million d'entreprises donnent des heures supplémentaires à cinq millions de salariés qui en ont profité. Cinq milliards cinq cents millions d'euros de pouvoir d'achat ont été ainsi distribués aux Français.
Ce qu'il y a de bien dans le fait de faire les questions et les réponses, c'est que l'on peut éluder les vraies questions. "On" ne lui reproche pas de "n'avoir rien fait sur le pouvoir d'achat". En réalité, il a considérablement accru le sien et celui d'une partie de la population, aux dépens de celui des salariés.
Pour ce qui est des mesures fiscales concernant les heures supplémentaires en particulier, il s'agit de prendre un peu à tout le monde (l'impôt) pour donner aux entreprises qui font faire des heures supplémentaires (sous forme d'exonération de cotisations sociales), donc leurs actionnaires, et leurs salariés, à l'exclusion des salariés qui ont le malheur de ne pas faire d'heures supplémentaire voire d'être à temps partiel. Le pouvoir d'achat supplémentaire pour le français médian est nul, ou plus exactement négatif si l'on prend en compte le coût de fonctionnement de l'usine à gaz en question.
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
(…) Maintenant, il y a deux leviers qu'on va activer. D'abord sur les prix. J'ai regardé les comparaisons de prix dans les grandes surfaces. Les prix ont davantage augmenté en France que dans la quasi-totalité des autres pays d'Europe. Ce n'est pas normal. Il n'y a pas de raison que les consommateurs français paient plus cher le même produit.(…) Luc Chatel et Christine Lagarde présenteront un texte au mois de juin qui va permettre la négociabilité entre les fournisseurs et les grandes surfaces. (…) Je rendrai aux Français du pouvoir d'achat en obtenant soit la baisse des prix, soit la maîtrise de l'augmentation.
Ce ne sont pas les Français qui perdent du pouvoir d'achat, mais les salariés du public, du privé, et les retraités. Ils perdent du pouvoir d'achat parce que les salaires et les pensions augmentent moins vite que les prix. Pendant ce temps, les profits augmentent de la différence, ainsi que le revenu des actionnaires.
Il n'y a pas 36 réponses efficaces pour garantir le pouvoir d'achat des salariés, mais une seule : l'indexation des salaires sur l'indice des prix. Vous pouvez être certains que cette réponse-là ne sera jamais ne serait-ce qu'évoquée par M. Sarkozy.
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
Le premier ministre déposera un texte dans les quinze jours sur l'intéressement. Là c'est un véritable projet de société. Il y a des entreprises qui font des profits et c'est tant mieux mais il faut que chaque salarié des entreprises puisse en profiter. Alors j'observe qu'en France, les entreprises de moins de 50 salariés ne sont pas obligées de faire la participation ou de faire l'intéressement. Eh bien désormais, une entreprise qui distribuera une partie de ses bénéfices à ses salariés paiera moins d'impôts sur les bénéfices. Comme de surcroît, nous sommes le pays d'Europe qui avons le plus fort impôt sur les bénéfices, ce sera très bien pour tout le monde. Dans mon esprit, il faudrait qu'un tiers des profits aille aux salariés, un tiers des profits aille à l'investissement et un tiers des profits aille aux actionnaires. C'est l'intérêt des actionnaires de comprendre que les salariés contribuent à la richesse de leur entreprise.
Paroles...
Dans une économie de marché, l'Etat ne décide pas du taux d'investissement des entreprises. Et accessoirement, le profit comptable, c'est précisément la partie de la valeur ajoutée qui ne n'a été dépensée ni en salaires ni en investissement, il est donc contestable de parler d'affectation d'un tiers des profits à l'investissement. Dans une économie planifiée, l'Etat décide du taux d'investissement, mais je pense pouvoir parier que la planification de l'économie n'est pas l'objectif de M. Sarkozy.
Quand à la distribution d'une partie des profits aux salariés, en plus en salaires, outre le fait que ce serait encore une usine à gaz, cette proposition élude la question de fonds : Quelle proportion de la valeur ajoutée doit aller aux salariés (que ce soit du salaire ou de l'intéressement), et quelle proportion doit aller aux actionnaires ? Cette question-là, M. Sarkozy se garde bien d'y répondre.
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
Les salaires en France sont trop bas, les charges sont trop hautes
Un président d'une république démocratique et sociale ne parle pas de "charges" mais de cotisations sociales, et ne les considèrent pas "trop hautes" sans plus de précision. Ce vocabulaire et cette position idéologique non argumentée ne sont sont dignes que d'un porte-parole du medef.
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
J'observe que, depuis les 35 heures, il n'y a plus de négociation salariale dans les entreprises. Pourquoi ? Parce qu'on a payé la réduction du temps de travail par la baisse des salaires réels. Comme on faisait travailler moins les gens, on leur a fait croire qu'on pouvait les payer autant, alors qu'ils travaillaient moins et, à l'arrivée, comme ce n'était pas possible, les salaires ont baissé.
Les salaires réels ont effectivement considérablement baissé durant la première année de Sarkozysme. Prétendre qu'il s'agit d'un effet "à l'arrivée" des 35 heures est absurde. S'il était économiquement impossible d'augmenter le salaire horaire réel à hauteur de 35 heures payées 39, l'effet aurait été immédiat et non retardé de 8 ans.
Du reste, une augmentation de l'ordre de 10% (35 payées 39) des salaires horaires est parfaitement possible : les salaires nets représentent 36% du PIB, une augmentation de 10% vaut donc 3.6% du PIB, et les profits des seules sociétés de capitaux valent 16% du PIB.
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
J'avais dit, pendant la campagne, que nous conditionnerions les allégements de charges à la discussion salariale; Xavier Bertrand est en charge de ce sujet. Dans les branches où il n'y aura pas de discussion salariale, nous remettrons en cause un certain nombre d'allégements de charges.
Tiens, une promesse de campagne non tenue. Et encore, s'il ne s'agit que de "discuter" des salaires, les patrons devraient pouvoir y parvenir.
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
Sur le paquet fiscal, nous avons fait une erreur de communication totale. Le paquet fiscal, c'est grosso modo 14 milliards d'euros (…) A quoi étaient consacrés ces 14 milliards ? Cinq milliards et demi, je viens d'en parler, pour les heures supplémentaires. Savez-vous que les salariés qui ont fait le plus d'heures supplémentaires, c'est dans l'industrie et dans les PME ? Ce ne sont pas des privilégiés, quand même, ceux-là!
A ceci près qu'ils ne touchent pas l'intégralité des 5 milliards et demi, puisqu'une bonne partie va aux exonérations de cotisations patronales, donc au profit, (donc aux "privilégiés").
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
Trois milliards et demi d'euros pour la déductibilité des intérêts des emprunts pour ceux qui achètent. (…)
La seule mesure favorable aux non propriétaires de leur logement est l'augmentation de l'offre de logement. La déductibilité des intérêts des emprunts accroît le ratio demande/offre, donc les prix. Ce que l'acheteur y gagne en proportion d'intérêts déductibles, il le perd en intérêts accrus à proportion de la croissance des prix résultant de la mesure. La mesure est en réalité une subvention à l'emprunt immobilier. Ses véritables bénéficiaires sont les actionnaires des banques prêteuses (donc les privilégiés aussi).
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
Deux milliards et demi d'euros supplémentaires, c'est pour la suppression de l'impôt sur les successions. (…)
80% des successions en ligne directe (les 80% les plus petites) étant déjà exonérée de droits de successions avant la mesure Sarkozy, la mesure ne peut bénéficier qu'au 20% les plus fortunés (donc les privilégiés aussi).
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
Donc 95 % de cet argent dit du paquet fiscal a été rendu aux Français.
Sans doute 100% d'ailleurs. Il est certain que le paquet fiscal a plus bénéficié aux Français qu'aux Argentins ou aux Congolais. La question intéressante eût été : à quels Français.
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
J'ai demandé au gouvernement et j'y tiens beaucoup, qu'il y ait un processus de sanction pour un chômeur qui refuserait deux offres d'emploi correspondant à ses qualifications et à ses aspirations salariales. (…) Il y a 500 000 offres d'emploi qui ne sont pas satisfaites aujourd'hui avec 1,9 million de chômeurs. L'immense majorité des chômeurs essaie de trouver un emploi. Il y en a certains qui ne veulent pas se mettre au travail. C'est une minorité, mais c'est une minorité qui choque. (…) C'est un point essentiel et qui était dans le projet présidentiel que les Français ont bien voulu adopter. Il existe dans tous les pays au monde. Nous sommes dans un système d'indemnisation généreux. Il n'y a pas de droits sans contreparties.
A vrai dire, les chômeurs refusent rarement les "offres d'emploi correspondant à [leurs] qualifications et à [leurs] aspirations salariales". Et on les sanctionne, on les radie déjà pour bien moins que ça, à savoir pour le simple fait de louper une convocation de l'ANPE.
Si ceux qui ne "veulent pas se mettre au travail" sont "une minorité", alors il serait sage d'en conclure que les "500 000 offres non pourvues" en face des 5 millions de chômeurs sont des offres dont les conditions de travail et les salaires sont inacceptables, et que des sanctions supplémentaires sont injustifiées, voire vaines.
Citation (Sarkozy @ jeudi 24 avril 2008)
C'est mon travail de chef de l'Etat de prendre des décisions que personne d'autre ne peut prendre. Parlons clair. Il faut payer les retraites. Il y a trois façons de trouver l'argent. La première : diminuer les retraites. C'est une façon que je refuse parce que les retraites sont déjà très basses. Je pense notamment aux pensions de réversion aux veuves : 54 % que je vais porter à 60 %. Deuxième façon : augmenter les cotisations. Je m'y refuse parce qu'augmenter les cotisations veut dire alourdir le temps et le coût du travail en France, pousser à la délocalisation, alors que notre politique est de réhabiliter le travail. Troisième façon : si on ne veut pas baisser les retraites ou si on ne veut pas augmenter les cotisations, c'est travailler et cotiser plus longtemps.
Encore une fois, dans une économie de marché, ce sont les patrons et non l'Etat qui embauchent, ou en l'occurence n'embauchent pas les seniors. Dans ces conditions, allonger la durée de cotisation nécessaire pour avoir une retraite pleine ne peut aboutir qu'à "diminuer les retraites". Y a-t-il une chance pour les patrons aient besoin d'embaucher les seniors ? Aucune, puisque la productivité du travail a toujours augmenté et augmentera toujours plus vite que l'espérance de vie. C'est d'ailleurs pour cette raison précise que la solution de bon sens (la solution retenue de 1945 à 1993, soit dit en passant) consiste à accroître le taux de cotisation au fur et à mesure de l'accroissement de la productivité.