Aller au contenu

Léonora

Noter ce sujet


Messages recommandés

150ans Posté(e)
Etaine Membre 660 messages
Forumeur forcené‚ 150ans
Posté(e)

Dans une contrée reculée où juste le bruit des vagues et le sifflement du vent sont perceptibles, où l’herbe est verdoyante, vivait une jeune femme aux cheveux couleur des blés, au teint clair et au regard lumineux d’un bleu changeant avec la couleur du ciel. Elle avait vécu depuis toujours dans cette demeure familiale, bâtisse imposante érigée sur une falaise où l’horizon était à perte de vue.

Sauvage, Léonora préférait la compagnie des chats à celle des Hommes. Seules ses sœurs cadettes partageaient son existence. Plus volages, elles descendaient au village régulièrement et se laissaient aller volontiers à quelques marivaudages que leur aînée ne voyait pas d’un bon œil, non pas à cause de ce qu’elles pouvaient faire, mais surtout à cause de ce qu’elles pourraient dire malencontreusement.

Depuis toujours, Léonora et ses sœurs avaient suivi l’enseignement de leur grand-mère, elles connaissaient les plantes qui soignaient nombres de maux, mais seule Léonora avait reçu le don de son aïeule, cette énergie naturelle émanant de ses mains, propre à guérir les brûlures.

Plusieurs fois forcée d’aller au village pour s’assurer que rien ne manquerait au garde-manger, elle avait soulagé le forgeron des nombreuses brûlures dont il avait été victime malgré les précautions qu’ils prenait, le feu n’est pas toujours contrôlable. Il ne demandait rien, elle s’approchait juste, faisant mine de lui serrer la main, les gens du village trouvaient d’ailleurs cela très cavalier de sa part et peu digne d’une dame, mais comme la plupart la pensaient attardée étant donné qu’elle ne parlait jamais, ils ne se formalisaient pas non plus.

Elle tendait toujours à l’épicier une liste avec les commissions, entrait et ressortait sans mot dire. Les villageois chuchotaient en sa présence et dès qu’elle partait ou pouvait entendre :

-         Quelle tristesse ! Cette petite si bonne couturière et ne sachant pas dire un mot !

-         Oui, mais on ne sait pas non plus qui était son père il était peut-être lui aussi attardé ça expliquerait tout ma bonne dame !

-         En tout cas, elle a hérité des doigts de fée de sa mère mais paie aussi pour le péché de celle-ci, elle est muette, Dieu a puni la pécheresse en lui              donnant une enfant sans voix.

Quand Léonora repassait devant la forge, Etan, le jeune forgeron au regard mystérieux et aussi noir que l’étaient ses cheveux s’inclinait toujours sur son passage en lui souriant.

Il avait une cicatrice qui lui marquait la joue gauche qui partait du coin de son œil pour aller jusqu’à la commissure de ses lèvres, ce qui lui valait les moqueries des jeunes femmes du village qui l’ignoraient. Elles le trouvaient laid.

Leonora ne lui souriait jamais, mais ses yeux brillaient.

Les jours s’écoulaient entre la confection de robes commandées par les dames, les remèdes préparés avec soin par les trois sœurs, les seuls moments où elles se retrouvaient liées grâce à ce secret. Le reste du temps et surtout quand la lune apparaissait, Léonora aimait s’asseoir dehors sur sa chaise à bascule, son chat sur ses genoux. La lune semblait être alors comme un sanctuaire impénétrable dont elle seule connaissait le secret.

Mais cette nuit-là, dans le village endormi, dans la plus grande maison du lieu, un drame était en train de se jouer. L’homme de la demeure qui était aussi le plus puissant du comté rentre dans un état d’ébriété avancé de l’auberge qu’il fréquente quotidiennement. Il trouve à l’étage sa femme endormie, la lampe allumée et ne peut s’empêcher alors de la réveiller, furieux, car le pétrole ne se trouvait pas aussi facilement et était cher.

-         Idiote ! Sais-tu combien je me saigne pour te donner de la lumière tous les jours ! ? Ce n’est pas pour laisser la lampe allumer quand tu dors !

Il la frappe violemment au visage alors qu’elle avait eu le temps de s’assoir sur le lit, car il fallait qu’elle soit prête à prendre son bébé dans le berceau pour s’enfuir, elle connaissait les signes de la violence de son époux.

Le coup fut d’une telle violence qu’elle tombe du lit, renversant la lampe qui se trouvait sur le chevet, l’embrasement des rideaux est alors immédiat.

Pris de panique face à l’incendie, craignant pour sa maison et pour sa vie, en oubliant la présence de son épouse et de sa fille, le vin avait fait son œuvre, l’homme s’enfuit en criant à l’aide.

Etan est le premier à sortir de son sommeil, rameutant tout le reste du village et telle une procession, les habitants s’organisent en remplissant des sceaux d’eau, attèlent les chevaux, ramènent la charrette pour espérer atteindre les flammes et les éteindre.

Même les enfants sont à pied d’œuvre et discrètement Etan demande à Simon le plus jeune fils du cordonnier d’aller chercher Léonora. Simon est petit mais vif, c’est un bon coureur.

La femme se réveille après quelques secondes, pas le temps d’avoir mal, pas le temps de crier, elle prend son bébé, et de la fenêtre supplie qu’on sauve son enfant en le lâchant.

Les bras tendus, Etan rattrape le bébé, une petite fille, Mira. Le feu sur son visage et son cou avait laissé ses marques, elle pleurait si fort. Le temps de lever les yeux, sa mère n’était plus là, les flammes avaient envahi toute la partie haute de la bâtisse.

Dans le nuage de fumée imitant la brume du matin, une silhouette apparue. Léonora s’avance la paume des mains tournée vers le ciel pour accueillir l’enfant qu’Etan lui remet.

Elle prend alors la petite fille dans ses bras, pose une main sur son visage et de son regard bienveillant récite ces quelques mots comme une prière ou une incantation, Etan ne savait pas vraiment :

 

           Aingeal neamhaí,

           mo lámha a threorú.

           Aingeal neamhaí,

           coinnigh an tine ar shiúl ón leanbh seo.

 

Plus de pleurs, Mira de ses grands yeux verts scrute le visage de Léonora et échappe une larme sans bruit comme pour la remercier.

Léonora tend alors Mira à Etan :

-         Demain, les marques seront atténuées, mais l’enfant gardera le souvenir de cette nuit sur sa peau.

Les villageois en état de sidération tant par le fait d’entendre Léonora parler mais surtout par le miracle qu’elle vient d’accomplir, et par tant de fatigue après cette nuit effroyable à vouloir éteindre les flammes, en vain, s’agenouillent.

Le père de Mira décontenancé par ce qu’il vient de voir, en homme tout puissant clame :

-         Sorcière ! Au bûcher ! Levez-vous bande d’ignorants ! Ne voyez-vous pas que vous avez à faire à la fille de Satan !

Au moment où il s’approche trop près de Léonora dans des intentions violentes qui lui sont coutumières, Etan s’interpose, Mira dans les bras :

-         C’est vous le fils de Satan ! Vous qui devriez brûler en enfer pour avoir fait subir à votre femme et à votre fille, votre inconséquente lâcheté et votre violence avinée ! C’est Vous qui avez tué la mère de votre enfant !

Lui humilié devant l’assistance par un simple forgeron, cela ne pouvait pas se passer comme ça !

-         Puisque que tu tiens tant à cette enfant, tu n’as qu’à t’en occuper, tu as de la chance, elle te ressemble déjà, défigurée, comme toi !

Il s’éloigne, jurant, hurlant, riant, oui il semblait bien être le fils de Satan.

 

Les années se sont écoulées, Etan a élevé Mira, sous l’œil bienveillant de Léonora qui est devenue un guide pour la jeune fille.

Les villageois respectent les trois sœurs qui n’ont plus à se cacher de leurs pratiques, déclarées d’utilité publique.

Etan ne s’incline plus devant Léonora sur son passage, ou juste pour la taquiner. Leurs yeux brillent de la même intensité quand ils se retrouvent ensemble, un lien particulier, pur et sincère, qu’eux seuls peuvent comprendre.

image.png.1784921337c675b5e54981bb34a37784.png

image.png.86da3b08c8c6421dd82659ea1558356b.png

Modifié par Etaine
  • Like 4
  • Waouh 5
Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Annonces
Maintenant
36ans Posté(e)
Criterium Membre 2 749 messages
Nyctalope‚ 36ans
Posté(e)

Merci de partager avec nous cette belle histoire, que j'ai beaucoup aimée. :)

Léonora qui connaît les secrets des plantes... leur demeure de la falaise... les mots en gaélique... et une grande tendresse ; tous ces éléments en harmonie. Cette histoire a les allures d'un conte celte, intemporel, et empreint de sagesse.

  • Like 3
  • Merci 1
Lien à poster
Partager sur d’autres sites
ans Posté(e)
AgatheThePower Membre 342 messages
Forumeur survitaminé‚ ans
Posté(e)

Spiritu'aile Etaine

Merci pour cette nouvelle, dont personnellement, j'aurais bien continué à tourner les feuilles.

Belle prose, un décor bien planté, on a envie nous mêmes de chasser toutes les ombres et les démons qui pourraient nuire à Léonora et Etan.

J'avoue que ces quelques mots magiques en langue gaélique font leur plus bel effet, ils auraient été traduits en français, (même si tout aussi puissants) , qu'un charme aurait été rompu.

  • Like 1
  • Merci 1
Lien à poster
Partager sur d’autres sites
150ans Posté(e)
Etaine Membre 660 messages
Forumeur forcené‚ 150ans
Posté(e)
Il y a 5 heures, Criterium a dit :

Merci de partager avec nous cette belle histoire, que j'ai beaucoup aimée. :)

Léonora qui connaît les secrets des plantes... leur demeure de la falaise... les mots en gaélique... et une grande tendresse ; tous ces éléments en harmonie. Cette histoire a les allures d'un conte celte, intemporel, et empreint de sagesse.

Le côté intemporel était l'idée, la bienveillance et la justice rythmant cette histoire.

Merci pour votre intérêt qui me touche sincèrement.

  • Like 2
Lien à poster
Partager sur d’autres sites
150ans Posté(e)
Etaine Membre 660 messages
Forumeur forcené‚ 150ans
Posté(e)
il y a 32 minutes, AgatheThePower a dit :

Spiritu'aile Etaine

Merci pour cette nouvelle, dont personnellement, j'aurais bien continué à tourner les feuilles.

Belle prose, un décor bien planté, on a envie nous mêmes de chasser toutes les ombres et les démons qui pourraient nuire à Léonora et Etan.

J'avoue que ces quelques mots magiques en langue gaélique font leur plus bel effet, ils auraient été traduits en français, (même si tout aussi puissants) , qu'un charme aurait été rompu.

J'aurais pu m'appliquer à faire des pages supplémentaires en développant plus, la dextérité me manque.

Bien que l'histoire entre Léonora et Etan soit belle, c'est avant tout ce qu'ils représentent en tant qu'êtres qui a voulu être mis en avant.

La formule ne pouvait pas être mise au grand jour, elle relève du secret, révélé à ceux qui voudront chercher ^^.

Merci pour votre gentil commentaire.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites
ans Posté(e)
AgatheThePower Membre 342 messages
Forumeur survitaminé‚ ans
Posté(e)
Il y a 2 heures, Etaine a dit :

Bien que l'histoire entre Léonora et Etan soit belle, c'est avant tout ce qu'ils représentent en tant qu'êtres qui a voulu être mis en avant.

La Romance m'a tuer, ma sensibilité romantique m'a perdue :D

Dans un roman, chaque détail est nécessaire, certains parlent simplement plus que d'autres,  je suis une exception à la règle en général, je vois toujours le détail qui échappe aux autres . 

On ne comprend pas, ou ne partage pas toujours ce que veut l'auteur, on n'en est pas moins admiratif de son oeuvre. 

Il y a 2 heures, Etaine a dit :

La formule ne pouvait pas être mise au grand jour, elle relève du secret, révélé à ceux qui voudront chercher ^^.

 

Pour ce qui est de cette formule secrète magique, je suis attachée aux traditions familiales et aux secrets de famille transmis de main en main, et de bouche à oreille,  le "grimoire familial" dont j'ai hérité a déjà su faire ses preuves dans de nombreux domaines, dont celui ci. :ange2: 

Lien à poster
Partager sur d’autres sites
150ans Posté(e)
Etaine Membre 660 messages
Forumeur forcené‚ 150ans
Posté(e)
il y a 21 minutes, AgatheThePower a dit :

La Romance m'a tuer, ma sensibilité romantique m'a perdue :D

Mais non ^^

il y a 22 minutes, AgatheThePower a dit :

Pour ce qui est de cette formule secrète magique, je suis attachée aux traditions familiales et aux secrets de famille transmis de main en main, et de bouche à oreille,  le "grimoire familial" dont j'ai hérité a déjà su faire ses preuves dans de nombreux domaines, dont celui ci. :ange2: 

Là, il s'agit juste d'une histoire.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites
120ans Posté(e)
Musings Membre 349 messages
Forumeur survitaminé‚ 120ans
Posté(e)
Le 23/04/2021 à 21:45, Etaine a dit :

Dans une contrée reculée où juste le bruit des vagues et le sifflement du vent sont perceptibles, où l’herbe est verdoyante, vivait une jeune femme aux cheveux couleur des blés, au teint clair et au regard lumineux d’un bleu changeant avec la couleur du ciel. Elle avait vécu depuis toujours dans cette demeure familiale, bâtisse imposante érigée sur une falaise où l’horizon était à perte de vue.

Sauvage, Léonora préférait la compagnie des chats à celle des Hommes. Seules ses sœurs cadettes partageaient son existence. Plus volages, elles descendaient au village régulièrement et se laissaient aller volontiers à quelques marivaudages que leur aînée ne voyait pas d’un bon œil, non pas à cause de ce qu’elles pouvaient faire, mais surtout à cause de ce qu’elles pourraient dire malencontreusement.

Depuis toujours, Léonora et ses sœurs avaient suivi l’enseignement de leur grand-mère, elles connaissaient les plantes qui soignaient nombres de maux, mais seule Léonora avait reçu le don de son aïeule, cette énergie naturelle émanant de ses mains, propre à guérir les brûlures.

Plusieurs fois forcée d’aller au village pour s’assurer que rien ne manquerait au garde-manger, elle avait soulagé le forgeron des nombreuses brûlures dont il avait été victime malgré les précautions qu’ils prenait, le feu n’est pas toujours contrôlable. Il ne demandait rien, elle s’approchait juste, faisant mine de lui serrer la main, les gens du village trouvaient d’ailleurs cela très cavalier de sa part et peu digne d’une dame, mais comme la plupart la pensaient attardée étant donné qu’elle ne parlait jamais, ils ne se formalisaient pas non plus.

Elle tendait toujours à l’épicier une liste avec les commissions, entrait et ressortait sans mot dire. Les villageois chuchotaient en sa présence et dès qu’elle partait ou pouvait entendre :

-         Quelle tristesse ! Cette petite si bonne couturière et ne sachant pas dire un mot !

-         Oui, mais on ne sait pas non plus qui était son père il était peut-être lui aussi attardé ça expliquerait tout ma bonne dame !

-         En tout cas, elle a hérité des doigts de fée de sa mère mais paie aussi pour le péché de celle-ci, elle est muette, Dieu a puni la pécheresse en lui              donnant une enfant sans voix.

Quand Léonora repassait devant la forge, Etan, le jeune forgeron au regard mystérieux et aussi noir que l’étaient ses cheveux s’inclinait toujours sur son passage en lui souriant.

Il avait une cicatrice qui lui marquait la joue gauche qui partait du coin de son œil pour aller jusqu’à la commissure de ses lèvres, ce qui lui valait les moqueries des jeunes femmes du village qui l’ignoraient. Elles le trouvaient laid.

Leonora ne lui souriait jamais, mais ses yeux brillaient.

Les jours s’écoulaient entre la confection de robes commandées par les dames, les remèdes préparés avec soin par les trois sœurs, les seuls moments où elles se retrouvaient liées grâce à ce secret. Le reste du temps et surtout quand la lune apparaissait, Léonora aimait s’asseoir dehors sur sa chaise à bascule, son chat sur ses genoux. La lune semblait être alors comme un sanctuaire impénétrable dont elle seule connaissait le secret.

Mais cette nuit-là, dans le village endormi, dans la plus grande maison du lieu, un drame était en train de se jouer. L’homme de la demeure qui était aussi le plus puissant du comté rentre dans un état d’ébriété avancé de l’auberge qu’il fréquente quotidiennement. Il trouve à l’étage sa femme endormie, la lampe allumée et ne peut s’empêcher alors de la réveiller, furieux, car le pétrole ne se trouvait pas aussi facilement et était cher.

-         Idiote ! Sais-tu combien je me saigne pour te donner de la lumière tous les jours ! ? Ce n’est pas pour laisser la lampe allumer quand tu dors !

Il la frappe violemment au visage alors qu’elle avait eu le temps de s’assoir sur le lit, car il fallait qu’elle soit prête à prendre son bébé dans le berceau pour s’enfuir, elle connaissait les signes de la violence de son époux.

Le coup fut d’une telle violence qu’elle tombe du lit, renversant la lampe qui se trouvait sur le chevet, l’embrasement des rideaux est alors immédiat.

Pris de panique face à l’incendie, craignant pour sa maison et pour sa vie, en oubliant la présence de son épouse et de sa fille, le vin avait fait son œuvre, l’homme s’enfuit en criant à l’aide.

Etan est le premier à sortir de son sommeil, rameutant tout le reste du village et telle une procession, les habitants s’organisent en remplissant des sceaux d’eau, attèlent les chevaux, ramènent la charrette pour espérer atteindre les flammes et les éteindre.

Même les enfants sont à pied d’œuvre et discrètement Etan demande à Simon le plus jeune fils du cordonnier d’aller chercher Léonora. Simon est petit mais vif, c’est un bon coureur.

La femme se réveille après quelques secondes, pas le temps d’avoir mal, pas le temps de crier, elle prend son bébé, et de la fenêtre supplie qu’on sauve son enfant en le lâchant.

Les bras tendus, Etan rattrape le bébé, une petite fille, Mira. Le feu sur son visage et son cou avait laissé ses marques, elle pleurait si fort. Le temps de lever les yeux, sa mère n’était plus là, les flammes avaient envahi toute la partie haute de la bâtisse.

Dans le nuage de fumée imitant la brume du matin, une silhouette apparue. Léonora s’avance la paume des mains tournée vers le ciel pour accueillir l’enfant qu’Etan lui remet.

Elle prend alors la petite fille dans ses bras, pose une main sur son visage et de son regard bienveillant récite ces quelques mots comme une prière ou une incantation, Etan ne savait pas vraiment :

 

           Aingeal neamhaí,

           mo lámha a threorú.

           Aingeal neamhaí,

           coinnigh an tine ar shiúl ón leanbh seo.

 

Plus de pleurs, Mira de ses grands yeux verts scrute le visage de Léonora et échappe une larme sans bruit comme pour la remercier.

Léonora tend alors Mira à Etan :

-         Demain, les marques seront atténuées, mais l’enfant gardera le souvenir de cette nuit sur sa peau.

Les villageois en état de sidération tant par le fait d’entendre Léonora parler mais surtout par le miracle qu’elle vient d’accomplir, et par tant de fatigue après cette nuit effroyable à vouloir éteindre les flammes, en vain, s’agenouillent.

Le père de Mira décontenancé par ce qu’il vient de voir, en homme tout puissant clame :

-         Sorcière ! Au bûcher ! Levez-vous bande d’ignorants ! Ne voyez-vous pas que vous avez à faire à la fille de Satan !

Au moment où il s’approche trop près de Léonora dans des intentions violentes qui lui sont coutumières, Etan s’interpose, Mira dans les bras :

-         C’est vous le fils de Satan ! Vous qui devriez brûler en enfer pour avoir fait subir à votre femme et à votre fille, votre inconséquente lâcheté et votre violence avinée ! C’est Vous qui avez tué la mère de votre enfant !

Lui humilié devant l’assistance par un simple forgeron, cela ne pouvait pas se passer comme ça !

-         Puisque que tu tiens tant à cette enfant, tu n’as qu’à t’en occuper, tu as de la chance, elle te ressemble déjà, défigurée, comme toi !

Il s’éloigne, jurant, hurlant, riant, oui il semblait bien être le fils de Satan.

 

Les années se sont écoulées, Etan a élevé Mira, sous l’œil bienveillant de Léonora qui est devenue un guide pour la jeune fille.

Les villageois respectent les trois sœurs qui n’ont plus à se cacher de leurs pratiques, déclarées d’utilité publique.

Etan ne s’incline plus devant Léonora sur son passage, ou juste pour la taquiner. Leurs yeux brillent de la même intensité quand ils se retrouvent ensemble, un lien particulier, pur et sincère, qu’eux seuls peuvent comprendre.

image.png.1784921337c675b5e54981bb34a37784.png

image.png.86da3b08c8c6421dd82659ea1558356b.png

 
 
 
Il me semblait bien avoir eu le privilège de lire la  première partie  quelques mois auparavant (autre temps autre lieu) avant qu'il ne soit transcrit ici.;):bo:
  • Like 1
Lien à poster
Partager sur d’autres sites
150ans Posté(e)
Etaine Membre 660 messages
Forumeur forcené‚ 150ans
Posté(e)
à l’instant, Musings a dit :
 
 
 
Il me semblait bien avoir eu le privilège de lire la  première partie  quelques mois auparavant (autre temps autre lieu) avant qu'il ne soit transcrit ici.;):bo:

Oui, les prémices ^^

  • Like 1
Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Posté(e)
versys Membre 11 670 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce texte dans lequel ce qui est finement suggéré offre autant d'intérêt que ce qui est raconté.

  • Merci 1
Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Posté(e)
goods Membre 23 471 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)
Le 23/04/2021 à 20:45, Etaine a dit :

Aingeal neamhaí,

           mo lámha a threorú.

           Aingeal neamhaí,

           coinnigh an tine ar shiúl ón leanbh seo.

Anges célestes,

  guide mes mains.

   Anges célestes,

 éloigne le feu de ce bébé.

C'est de l'irlandais n'est-ce pas?^^

Modifié par goods
  • Like 1
Lien à poster
Partager sur d’autres sites
150ans Posté(e)
Etaine Membre 660 messages
Forumeur forcené‚ 150ans
Posté(e)
Il y a 6 heures, versys a dit :

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce texte dans lequel ce qui est finement suggéré offre autant d'intérêt que ce qui est raconté.

Merci, sincèrement.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites
150ans Posté(e)
Etaine Membre 660 messages
Forumeur forcené‚ 150ans
Posté(e)
il y a 12 minutes, goods a dit :

Anges célestes,

  guide mes mains.

   Anges célestes,

 éloigne le feu de ce bébé.

C'est de l'irlandais n'est-ce pas?^^

La traduction est presque juste ^^. Oui, du gaélique irlandais.

  • Merci 1
Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Annonces
Maintenant

Rejoindre la conversation

Vous pouvez publier maintenant et vous inscrire plus tard. Si vous avez un compte, connectez-vous maintenant pour publier avec votre compte.

Invité
Répondre à ce sujet…

×   Collé en tant que texte enrichi.   Coller en tant que texte brut à la place

  Seulement 75 émoticônes maximum sont autorisées.

×   Votre lien a été automatiquement intégré.   Afficher plutôt comme un lien

×   Votre contenu précédent a été rétabli.   Vider l’éditeur

×   Vous ne pouvez pas directement coller des images. Envoyez-les depuis votre ordinateur ou insérez-les depuis une URL.

Chargement
×