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La chapelle.


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versys Membre 11643 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)

  Quinze heures... Dehors, un beau soleil invitait plutôt à la ballade, mais pas pour moi... je restais scotché devant You tube à regarder des vidéos de pèche à la truite ou celles de mon copain "tibo pèche" qui se débrouille toujours pour sortir de superbes sars, orphies ou bars dans les coins les plus inaccessibles de la côte sauvage bretonne.

  Mon ex femme me le reprochait assez... "y en a marre... on reste toujours enfermé... tu penses qu'à toi...", puis ce fut "bon, je vais à la salle de gym, ou faire un tour avec une copine, m'acheter des cigarettes, des chaussures, un bonnet, du Doliprane, etc... etc..." et enfin ce fut " je me tire... sale con !!"...

  J'en étais là de mes divagations multiples quand j'entendis du bruit dans la chambre voisine, comme si quelqu'un renversait des affaires, ouvrait des tiroirs et l'armoire... le genre de choses que font... les cambrioleurs...

  J'le crois pas...!, en même temps, pour rentrer dans la chambre, c'est pas difficile, on est en rez de chaussée et, quand il fait beau, les fenêtres côté sud sont toujours grande ouvertes, donnant sur un petit jardin sans vis à vis, et le portail de la rue est facile à enjamber.

  Je pris le gros cendrier en pierre à côté de moi et, sans faire de bruit, contournais mon bureau et me dirigeais vers la chambre.

  A ce moment là, le cambrioleur sortit de la chambre et nous nous trouvâmes face à face... ses yeux s'arrondirent puis il fit un demi tour instantané vers la fenêtre pour fuir... sauf qu'il avait tellement renversé d'affaires sur le sol, qu'il s'entrava les pieds, ce qui le retarda, et comme il commençait à enjamber l'appui, j'étais à deux mètres de lui et projetais de toutes mes forces le cendrier dans sa direction.

  D'habitude, je suis assez maladroit dans ce genre d'exercice, sauf que là, le type prit le cendrier de pierre en pleine tempe, ce qui produisit un "ploc" du plus bel effet... il bascula alors à l'extérieiur et s'affala sur la pelouse. Je regardais par la fenêtre... il était allongé, inerte... merde...

  Je sortis par la porte située à l'est, contournais la maison et m'approchais de lui. Il ne bougeait vraiment plus, la plaie de sa tempe était affreuse et un filet de sang commençait à suinter depuis l'intérieur de son oreille... putain de merde... Il fallait que j'appelle des secours... mais qui dit secours dans ce cas, dit police, et à l'évidence je venais de blesser gravement, voire tuer quelqu'un...

  La scène avait été parfaitement silencieuse et aucune fenêtre des maisons mitoyennes ne donnait sur mon jardin. Pour le moment, j'étais seul au courant de ce qui venait d'arriver, il y avait donc un moyen de m'éviter tout un pataquès d'emmerdements, c'était de faire discrètement disparaitre le corps... je m'assurais que le gugusse était bien mort... il ne respirait plus...

  Ok... c'était le mieux... J'avais dans mon jardin un petit abri en tôles dans lequel je rangeais un peu de matériel. Je poussais la tondeuse au fond, redressais des outils et rentrais le corps qui n'était pas si lourd que ça. Le type était gitan ou manouche, je le devinais à sa peau, très foncée, il devait avoir trente, trente cinq ans. J'allais voir ensuite discrètement dans la rue... rien ni personne.

  Comment se débarrasser du corps ? Je ne pouvais pas faire comme le dr Petiot, je n'avais qu'une chaudière à gaz murale, pas une chaudière à "énérgie renouvelable" comme lui... le mieux serait donc de l'enterrer dans un endroit reculé et discret. J'étais, à l'occasion chercheur de champignons, et des endroits reculés, j'en connaissais. J'en choisis un qui conviendrait parfaitement, mais pour cela, il fallait attendre une heure bien avancée de la nuit.

  Dans quelle merde je m'étais fourré... mais c'était sa faute, aussi... je lui avais jamais demandé de venir me retourner la maison pour me dépouiller... il était juste victime d'un foutu genre d'accident du travail...

  Je m'enfilais deux Jack Daniels bien tassés puis attendit en fumant clope sur clope. La nuit venue, je sortis la voiture du garage, rabattis les sièges arrières, disposais une bâche plastique bleue au fond, puis chargeais le cadavre du type, une pioche et une pelle. Je pris aussi une lampe torche et pris la route.

  Arrivé au fond du bois, je descendis, écoutais et regardais un moment avant de me mettre au boulot. Je trouvais le fossé idéal pour enterrer le corps. Une lune complice diffusait un peu de clarté, ma lampe torche aida quand même. Je dégageais le tapis de feuilles mortes au bon endroit et commençais à creuser. La terre était meuble, heureusement, car il fallait que j'enterre le corps assez profondément; cela me prit un bon moment. Puis je sortis le corps du coffre, le trainais et le jetais dans le trou. Je rebouchais, tassais la terre et étalais les feuilles par dessus. Je repris ma pelle et partis.

  J'allais juste rejoindre la route à la sortie du bois quand... merde... la pioche... ben oui, y avait que la pelle dans le coffre... putain c'est pas vrai !!

  Demi tour et retour sur le lieu des "obsèques"; je repris ma lampe torche, m'approchais et.... mes cheveux se dressèrent sur ma tête... le trou s'était partiellement rouvert et était... vide...

  Je cherchais avec ma lamps rapidement autour, rien... mes mains tremblaient fort, je repris ma pioche qui trainait à côté et dégageais en vitesse. Comment était ce possible ? Le type était bien mort, froid comme le marbre et raide, déjà.

  De retour chez moi, je repris mon copain Jack Daniels par le cou, j'avais plus beaucoup de cigarettes. Pas question de dormir après ça. Mais j'étais loin d'être au bout de mes surprises, en rentrant dans la chambre, j'allumais la lumière et me figeais, pétrifié de terreur pour la deuxième fois en peu de temps... là, devant la fenêtre à nouveau ouverte, se tenait, raide comme un piquet, la tempe enfoncée, partiellement couvert de terre et blanc comme un Frigidaire, les yeux cernés et enfoncés dans leurs orbites, mon manouche de l'après midi qui me regardait fixement...

  Un voix gutturale, des mots comme crachés " Regarde ce que tu m'as fait, gadjo... tu me tues et après tu m'enterres comme un chien en pleine nuit... tu m'as oté la vie et tu as pourri ma mort, et tu crois t'en tirer comme ça ? le Moloch m'a sorti du trou et m'a donné quelques pouvoirs... à bientôt, gadjo..." il enjamba l'appui de fenêtre et disparut. Un peu de terre restait sur la moquette de la chambre à l'endroit où il s'était tenu.

  Avec les flics, on pouvait discuter entre gens raisonnables, mais avec le Moloch et les zombies, c'était pas gagné... Je mis un moment à sortir de ma stupeur, un bureau de tabac ouvrait à six heures du mat en ville, j'attendis un moment devant et sortis avec une cartouche de clopes. En buvant quelques cafés chez moi, je réalisais que je ne pouvais pas rester dans cette maison plus longtemps... il fallait fuir.

  Mais où aller ? Il y avait bien ma copine la plus récente qui habitait une jolie maison dans les Landes au milieu des pins et qui pèchait les pibales sur les plages en hiver et à marée montante. C'était une belle femme, un cul superbe, très sensuelle et on s'entendait à merveille à l'horizontale. Le problème était qu'elle était assez possessive et ne comprenait pas pourquoi je refusais de venir vivre avec elle. Mon dernier passage chez elle fut très orageux... Je la surpris en flag en train d'éplucher les messages sur mon smartphone... J'avais alors une autre copine, mariée, qui ne me refusait rien et me suçait merveilleusement en regardant l'heure... une constante des liaisons adultères. Le reste du temps, elle inondait ma messagerie de textos hardos. La landaise n'eut aucun mal à tomber sur l'un d'eux... " C'est quoi ça ?" me cria t elle en brandissant le téléphone à bout de bras... le niveau en décibels des cris, invectives et insultes grimpa vers des sommets... Je m'habillais, repris mes affaires et partis sur le champ.

  Hors de question de me repointer chez elle un bouquet de fleurs et une bouteille de Champage dans les mains... surtout que, imaginons qu'elle m'ouvre sa porte, et que pendant nos ébats ardents de retrouvailles, mon nouveau copain zombie fasse une irruption surprise par la fenêtre de sa chambre.... ça plomberait l'ambiance, à coup sûr...

  Après réflexion, je conclus que les seuls endroits que Satan et ses ouailles évitaient étaient les lieux consacrés au culte chrétien, les églises par exemple... pas simple de loger dans une église. Il y avait bien les sanctuaires de Lourdes, très vastes et pas trop loin, mais l'endroit était trop fréquenté et les curès trop fouineurs pour y planter ma tente.

  Je pensais alors à une petite chapelle sur laquelle j'étais tombé par le plus grand des hasards, perdue dans les profondeurs d'un bois du Val d'Aran espagnol, en cherchant des champignons après une partie de pèche dans la Garrona. Une vieille chapelle au toit d'ardoises percé, un petit autel en pierre, deux pots en terre cuite dans lesquels retombaient des fleurs fanées depuis longtemps, quatre bancs vermoulus, quelques tabourets grossiers en chêne et une croix en bois accrochée derrière l'autel.

  Je réunis quelques affaires, il n'était pas loin de midi, j'avalais un casse croûte vite fait et pris la route. J'eus du mal à retrouver la chapelle et ce n'est qu'en fin d'après midi que je poussais son portillon en fer grinçant et entrais dans ce qui devenait mon abri pour quelques temps... combien de temps ?

  Je nettoyais un coin pour installes mon duvet et mes affaires, je disposais une lampe Camping-gaz et deux bougies sur l'autel... c'était de rigueur. Avec le soir, la lumière baissait dans ce bois épais, j'allumais les deux bougies. A l'extérieur, un vent léger faisait bruisser les feuillages. Je m'allongeais sur mon duvet.

  Bizarre, cette chapelle au milieu d'un bois. Mais pas vraiment en Espagne, ici, la ferveur religieuse est beaucoup plus ardente et démonstrative. Peut-être qu'un membre d'une riche famille du Val d'Aran avait été retrouvé mort à cet endroit, et cette famille avait décidé d'y élever cette chapelle. Les églises espagnoles gothiques surchargées d'ornements, décorations et statues évoquant la vie et la mort du Christ témoignaient de cette ferveur. La mort est très présente dans la culture et la symbolique espagnole, prenant même la dimension de spectacle baroque dans la très décriée corrida. Liée à la mort, la résurrection du Christ fait de Pâques la plus grande fête religieuse du pays; en Andalousie, à Séville en particulier, dans la nuit entre le jeudi et le vendredi saints, les statues de la Madona sont sorties des églises et portées à dos d'hommes lors de processions bruyantes, passionnées, un rien chaotiques, accompagnées par une soixantaine de confréries religieuses d'hommes masqués. Des milliers d'espagnols de croyants et de touristes du monde entier y assistent.

  J'en étais là de mes pensées, je dus aussi peut-être m'assoupir, quand j'entendis le portillon de la chapelle grincer... Il faisait nuit, et dans la faible lueur des bougies, je vis se découper la silhouette du gitan...

  Le frisson qui me parcourut fut moins de frayeur que de certitude... certitude de l'accomplissement de mon destin. "Alors, gadjo, dit il de sa voix éraillée, tu croyais t'en sortir comme ça, en te planquant ici ?", il me regardait fixement, la flamme des bougies se reflètait dans ses yeux noirs; "on sortira d'ici ensemble, mais d'abord..." je vis alors ce qu'il tenait au bout de sa main, une corde. Il la lança par dessus une grosse poutre en chêne qui soutenait la charpente, régla la hauteur et approcha un gros tabouret.... sans résister, et comme déjà "ailleurs" et soumis à l'inéluctable, écrit depuis ma naissance, je montais sur le tabouret. 

  Est ce lui ou moi qui le vira d'un coup de pied... quelle importance ?

  Depuis, j'erre dans une nuit sans fin, me joignant parfois aux groupes faisant cercle autour des feux de camps entourés de caravanes. Le gitan vient parfois parmi nous, il me regarde sans réelle animosité....

  Une guitare flamenca roule et déroule ses accords nostalgiques.... seules les flammes du feu de camp dansent...

  

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PINOCCHIO Membre 33199 messages
Pantin contestataire‚ 76ans
Posté(e)
il y a 21 minutes, versys a dit :

  Quinze heures... Dehors, un beau soleil invitait plutôt à la ballade, mais pas pour moi... je restais scotché devant You tube à regarder des vidéos de pèche à la truite ou celles de mon copain "tibo pèche" qui se débrouille toujours pour sortir de superbes sars, orphies ou bars dans les coins les plus inaccessibles de la côte sauvage bretonne.

  Mon ex femme me le reprochait assez... "y en a marre... on reste toujours enfermé... tu penses qu'à toi...", puis ce fut "bon, je vais à la salle de gym, ou faire un tour avec une copine, m'acheter des cigarettes, des chaussures, un bonnet, du Doliprane, etc... etc..." et enfin ce fut " je me tire... sale con !!"...

  J'en étais là de mes divagations multiples quand j'entendis du bruit dans la chambre voisine, comme si quelqu'un renversait des affaires, ouvrait des tiroirs et l'armoire... le genre de choses que font... les cambrioleurs...

  J'le crois pas...!, en même temps, pour rentrer dans la chambre, c'est pas difficile, on est en rez de chaussée et, quand il fait beau, les fenêtres côté sud sont toujours grande ouvertes, donnant sur un petit jardin sans vis à vis, et le portail de la rue est facile à enjamber.

  Je pris le gros cendrier en pierre à côté de moi et, sans faire de bruit, contournais mon bureau et me dirigeais vers la chambre.

  A ce moment là, le cambrioleur sortit de la chambre et nous nous trouvâmes face à face... ses yeux s'arrondirent puis il fit un demi tour instantané vers la fenêtre pour fuir... sauf qu'il avait tellement renversé d'affaires sur le sol, qu'il s'entrava les pieds, ce qui le retarda, et comme il commençait à enjamber l'appui, j'étais à deux mètres de lui et projetais de toutes mes forces le cendrier dans sa direction.

  D'habitude, je suis assez maladroit dans ce genre d'exercice, sauf que là, le type prit le cendrier de pierre en pleine tempe, ce qui produisit un "ploc" du plus bel effet... il bascula alors à l'extérieiur et s'affala sur la pelouse. Je regardais par la fenêtre... il était allongé, inerte... merde...

  Je sortis par la porte située à l'est, contournais la maison et m'approchais de lui. Il ne bougeait vraiment plus, la plaie de sa tempe était affreuse et un filet de sang commençait à suinter depuis l'intérieur de son oreille... putain de merde... Il fallait que j'appelle des secours... mais qui dit secours dans ce cas, dit police, et à l'évidence je venais de blesser gravement, voire tuer quelqu'un...

  La scène avait été parfaitement silencieuse et aucune fenêtre des maisons mitoyennes ne donnait sur mon jardin. Pour le moment, j'étais seul au courant de ce qui venait d'arriver, il y avait donc un moyen de m'éviter tout un pataquès d'emmerdements, c'était de faire discrètement disparaitre le corps... je m'assurais que le gugusse était bien mort... il ne respirait plus...

  Ok... c'était le mieux... J'avais dans mon jardin un petit abri en tôles dans lequel je rangeais un peu de matériel. Je poussais la tondeuse au fond, redressais des outils et rentrais le corps qui n'était pas si lourd que ça. Le type était gitan ou manouche, je le devinais à sa peau, très foncée, il devait avoir trente, trente cinq ans. J'allais voir ensuite discrètement dans la rue... rien ni personne.

  Comment se débarrasser du corps ? Je ne pouvais pas faire comme le dr Petiot, je n'avais qu'une chaudière à gaz murale, pas une chaudière à "énérgie renouvelable" comme lui... le mieux serait donc de l'enterrer dans un endroit reculé et discret. J'étais, à l'occasion chercheur de champignons, et des endroits reculés, j'en connaissais. J'en choisis un qui conviendrait parfaitement, mais pour cela, il fallait attendre une heure bien avancée de la nuit.

  Dans quelle merde je m'étais fourré... mais c'était sa faute, aussi... je lui avais jamais demandé de venir me retourner la maison pour me dépouiller... il était juste victime d'un foutu genre d'accident du travail...

  Je m'enfilais deux Jack Daniels bien tassés puis attendit en fumant clope sur clope. La nuit venue, je sortis la voiture du garage, rabattis les sièges arrières, disposais une bâche plastique bleue au fond, puis chargeais le cadavre du type, une pioche et une pelle. Je pris aussi une lampe torche et pris la route.

  Arrivé au fond du bois, je descendis, écoutais et regardais un moment avant de me mettre au boulot. Je trouvais le fossé idéal pour enterrer le corps. Une lune complice diffusait un peu de clarté, ma lampe torche aida quand même. Je dégageais le tapis de feuilles mortes au bon endroit et commençais à creuser. La terre était meuble, heureusement, car il fallait que j'enterre le corps assez profondément; cela me prit un bon moment. Puis je sortis le corps du coffre, le trainais et le jetais dans le trou. Je rebouchais, tassais la terre et étalais les feuilles par dessus. Je repris ma pelle et partis.

  J'allais juste rejoindre la route à la sortie du bois quand... merde... la pioche... ben oui, y avait que la pelle dans le coffre... putain c'est pas vrai !!

  Demi tour et retour sur le lieu des "obsèques"; je repris ma lampe torche, m'approchais et.... mes cheveux se dressèrent sur ma tête... le trou s'était partiellement rouvert et était... vide...

  Je cherchais avec ma lamps rapidement autour, rien... mes mains tremblaient fort, je repris ma pioche qui trainait à côté et dégageais en vitesse. Comment était ce possible ? Le type était bien mort, froid comme le marbre et raide, déjà.

  De retour chez moi, je repris mon copain Jack Daniels par le cou, j'avais plus beaucoup de cigarettes. Pas question de dormir après ça. Mais j'étais loin d'être au bout de mes surprises, en rentrant dans la chambre, j'allumais la lumière et me figeais, pétrifié de terreur pour la deuxième fois en peu de temps... là, devant la fenêtre à nouveau ouverte, se tenait, raide comme un piquet, la tempe enfoncée, partiellement couvert de terre et blanc comme un Frigidaire, les yeux cernés et enfoncés dans leurs orbites, mon manouche de l'après midi qui me regardait fixement...

  Un voix gutturale, des mots comme crachés " Regarde ce que tu m'as fait, gadjo... tu me tues et après tu m'enterres comme un chien en pleine nuit... tu m'as oté la vie et tu as pourri ma mort, et tu crois t'en tirer comme ça ? le Moloch m'a sorti du trou et m'a donné quelques pouvoirs... à bientôt, gadjo..." il enjamba l'appui de fenêtre et disparut. Un peu de terre restait sur la moquette de la chambre à l'endroit où il s'était tenu.

  Avec les flics, on pouvait discuter entre gens raisonnables, mais avec le Moloch et les zombies, c'était pas gagné... Je mis un moment à sortir de ma stupeur, un bureau de tabac ouvrait à six heures du mat en ville, j'attendis un moment devant et sortis avec une cartouche de clopes. En buvant quelques cafés chez moi, je réalisais que je ne pouvais pas rester dans cette maison plus longtemps... il fallait fuir.

  Mais où aller ? Il y avait bien ma copine la plus récente qui habitait une jolie maison dans les Landes au milieu des pins et qui pèchait les pibales sur les plages en hiver et à marée montante. C'était une belle femme, un cul superbe, très sensuelle et on s'entendait à merveille à l'horizontale. Le problème était qu'elle était assez possessive et ne comprenait pas pourquoi je refusais de venir vivre avec elle. Mon dernier passage chez elle fut très orageux... Je la surpris en flag en train d'éplucher les messages sur mon smartphone... J'avais alors une autre copine, mariée, qui ne me refusait rien et me suçait merveilleusement en regardant l'heure... une constante des liaisons adultères. Le reste du temps, elle inondait ma messagerie de textos hardos. La landaise n'eut aucun mal à tomber sur l'un d'eux... " C'est quoi ça ?" me cria t elle en brandissant le téléphone à bout de bras... le niveau en décibels des cris, invectives et insultes grimpa vers des sommets... Je m'habillais, repris mes affaires et partis sur le champ.

  Hors de question de me repointer chez elle un bouquet de fleurs et une bouteille de Champage dans les mains... surtout que, imaginons qu'elle m'ouvre sa porte, et que pendant nos ébats ardents de retrouvailles, mon nouveau copain zombie fasse une irruption surprise par la fenêtre de sa chambre.... ça plomberait l'ambiance, à coup sûr...

  Après réflexion, je conclus que les seuls endroits que Satan et ses ouailles évitaient étaient les lieux consacrés au culte chrétien, les églises par exemple... pas simple de loger dans une église. Il y avait bien les sanctuaires de Lourdes, très vastes et pas trop loin, mais l'endroit était trop fréquenté et les curès trop fouineurs pour y planter ma tente.

  Je pensais alors à une petite chapelle sur laquelle j'étais tombé par le plus grand des hasards, perdue dans les profondeurs d'un bois du Val d'Aran espagnol, en cherchant des champignons après une partie de pèche dans la Garrona. Une vieille chapelle au toit d'ardoises percé, un petit autel en pierre, deux pots en terre cuite dans lesquels retombaient des fleurs fanées depuis longtemps, quatre bancs vermoulus, quelques tabourets grossiers en chêne et une croix en bois accrochée derrière l'autel.

  Je réunis quelques affaires, il n'était pas loin de midi, j'avalais un casse croûte vite fait et pris la route. J'eus du mal à retrouver la chapelle et ce n'est qu'en fin d'après midi que je poussais son portillon en fer grinçant et entrais dans ce qui devenait mon abri pour quelques temps... combien de temps ?

  Je nettoyais un coin pour installes mon duvet et mes affaires, je disposais une lampe Camping-gaz et deux bougies sur l'autel... c'était de rigueur. Avec le soir, la lumière baissait dans ce bois épais, j'allumais les deux bougies. A l'extérieur, un vent léger faisait bruisser les feuillages. Je m'allongeais sur mon duvet.

  Bizarre, cette chapelle au milieu d'un bois. Mais pas vraiment en Espagne, ici, la ferveur religieuse est beaucoup plus ardente et démonstrative. Peut-être qu'un membre d'une riche famille du Val d'Aran avait été retrouvé mort à cet endroit, et cette famille avait décidé d'y élever cette chapelle. Les églises espagnoles gothiques surchargées d'ornements, décorations et statues évoquant la vie et la mort du Christ témoignaient de cette ferveur. La mort est très présente dans la culture et la symbolique espagnole, prenant même la dimension de spectacle baroque dans la très décriée corrida. Liée à la mort, la résurrection du Christ fait de Pâques la plus grande fête religieuse du pays; en Andalousie, à Séville en particulier, dans la nuit entre le jeudi et le vendredi saints, les statues de la Madona sont sorties des églises et portées à dos d'hommes lors de processions bruyantes, passionnées, un rien chaotiques, accompagnées par une soixantaine de confréries religieuses d'hommes masqués. Des milliers d'espagnols de croyants et de touristes du monde entier y assistent.

  J'en étais là de mes pensées, je dus aussi peut-être m'assoupir, quand j'entendis le portillon de la chapelle grincer... Il faisait nuit, et dans la faible lueur des bougies, je vis se découper la silhouette du gitan...

  Le frisson qui me parcourut fut moins de frayeur que de certitude... certitude de l'accomplissement de mon destin. "Alors, gadjo, dit il de sa voix éraillée, tu croyais t'en sortir comme ça, en te planquant ici ?", il me regardait fixement, la flamme des bougies se reflètait dans ses yeux noirs; "on sortira d'ici ensemble, mais d'abord..." je vis alors ce qu'il tenait au bout de sa main, une corde. Il la lança par dessus une grosse poutre en chêne qui soutenait la charpente, régla la hauteur et approcha un gros tabouret.... sans résister, et comme déjà "ailleurs" et soumis à l'inéluctable, écrit depuis ma naissance, je montais sur le tabouret. 

  Est ce lui ou moi qui le vira d'un coup de pied... quelle importance ?

  Depuis, j'erre dans une nuit sans fin, me joignant parfois aux groupes faisant cercle autour des feux de camps entourés de caravanes. Le gitan vient parfois parmi nous, il me regarde sans réelle animosité....

  Une guitare flamenca roule et déroule ses accords nostalgiques.... seules les flammes du feu de camp dansent...

  

Sacré romain feuilleton versys et une histoire à faire trembler dans les chaumières , maintenant ma question est :

Est ce le fruit de ton imagination ou du copier coller? vu la "tartine" je me pose la question, avec l'agencement de l'histoire  et aucune fautes à la clé, merci à toi de m'en informer pour la suite :)

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versys Membre 11643 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)
à l’instant, PINOCCHIO a dit :

Sacré romain feuilleton versys et une histoire à faire trembler dans les chaumières , maintenant ma question est :

Est ce le fruit de ton imagination ou du copier coller? vu la "tartine" je me pose la question, avec l'agencement de l'histoire  et aucune fautes à la clé, merci à toi de m'en informer pour la suite :)

Merci pour le commentaire, PINOCCHIO.

Aucune faute ?? en cherchant un peu, on doit bien en trouver...

C'est bien le fruit de mon imagination tourmentée.... :)

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PINOCCHIO Membre 33199 messages
Pantin contestataire‚ 76ans
Posté(e)
il y a 3 minutes, versys a dit :

Merci pour le commentaire, PINOCCHIO.

Aucune faute ?? en cherchant un peu, on doit bien en trouver...

C'est bien le fruit de mon imagination tourmentée.... :)

Et bien je te dis bravo et :hi:l'ami versys ;)

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PINOCCHIO Membre 33199 messages
Pantin contestataire‚ 76ans
Posté(e)
il y a une heure, PINOCCHIO a dit :

Et bien je te dis bravo et :hi:l'ami versys ;)

Nos littéraires ont réagit , merci à vous , vous avez un concurrent à vous mettre sous la dent :D

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Frank_N Membre 1396 messages
Forumeur alchimiste‚ 67ans
Posté(e)

Moi qui suis plus ciné que bouquins, dès les premières lignes je me suis retrouvé dans une ambiance à la "Sin City" de Robert Rodriguez et Frank Miller (2005). Bravo!

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Etaine Membre 242 messages
Forumeur activiste‚ 150ans
Posté(e)

Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire et de rire.

La part de vécu de l'auteur transpire, c'est très authentique.

Quant à l'esprit tourmenté... oui.

Très bien écrit, même si ce n'est pas le style que j'affectionne, mais il faut reconnaitre le talent ^^.

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Talon 1 Membre 14407 messages
Talon 1‚ 75ans
Posté(e)

Avez-vous rencontré Manitas de Plata ?

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LAKLAS Membre 9022 messages
Forumeur alchimiste‚ 102ans
Posté(e)
Il y a 2 heures, versys a dit :

Merci pour le commentaire, PINOCCHIO.

Aucune faute ?? en cherchant un peu, on doit bien en trouver...

C'est bien le fruit de mon imagination tourmentée.... :)

Bravo... c'est rare que je lise des textes aussi long sur le forum mais là dès les premières lignes le reste suit sans problème. C'est bien écrit.. un bon scénario.. beaucoup d'humour. Merci pour ce bon moment versys tu as un réel talent.  ;)

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Criterium Membre 2448 messages
Nyctalope‚ 36ans
Posté(e)

Je confirme que ça se lit d'une traite! :)

Le personnage n'est vraiment pas chanceux, à y réfléchir: il a suffi de laisser sa fenêtre ouverte et d'être un peu trop précis au lancer de cendrier pour pour finir le jour-même avec quelques nouveaux problèmes. Pour quelqu'un qui ne sortait pas de chez lui, cette aventure l'aura bien changé...!

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Ohissa Membre 690 messages
Forumeur forcené‚ 21ans
Posté(e)
Il y a 5 heures, versys a dit :

  Quinze heures... Dehors, un beau soleil invitait plutôt à la ballade, mais pas pour moi... je restais scotché devant You tube à regarder des vidéos de pèche à la truite ou celles de mon copain "tibo pèche" qui se débrouille toujours pour sortir de superbes sars, orphies ou bars dans les coins les plus inaccessibles de la côte sauvage bretonne.

  Mon ex femme me le reprochait assez... "y en a marre... on reste toujours enfermé... tu penses qu'à toi...", puis ce fut "bon, je vais à la salle de gym, ou faire un tour avec une copine, m'acheter des cigarettes, des chaussures, un bonnet, du Doliprane, etc... etc..." et enfin ce fut " je me tire... sale con !!"...

  J'en étais là de mes divagations multiples quand j'entendis du bruit dans la chambre voisine, comme si quelqu'un renversait des affaires, ouvrait des tiroirs et l'armoire... le genre de choses que font... les cambrioleurs...

  J'le crois pas...!, en même temps, pour rentrer dans la chambre, c'est pas difficile, on est en rez de chaussée et, quand il fait beau, les fenêtres côté sud sont toujours grande ouvertes, donnant sur un petit jardin sans vis à vis, et le portail de la rue est facile à enjamber.

  Je pris le gros cendrier en pierre à côté de moi et, sans faire de bruit, contournais mon bureau et me dirigeais vers la chambre.

  A ce moment là, le cambrioleur sortit de la chambre et nous nous trouvâmes face à face... ses yeux s'arrondirent puis il fit un demi tour instantané vers la fenêtre pour fuir... sauf qu'il avait tellement renversé d'affaires sur le sol, qu'il s'entrava les pieds, ce qui le retarda, et comme il commençait à enjamber l'appui, j'étais à deux mètres de lui et projetais de toutes mes forces le cendrier dans sa direction.

  D'habitude, je suis assez maladroit dans ce genre d'exercice, sauf que là, le type prit le cendrier de pierre en pleine tempe, ce qui produisit un "ploc" du plus bel effet... il bascula alors à l'extérieiur et s'affala sur la pelouse. Je regardais par la fenêtre... il était allongé, inerte... merde...

  Je sortis par la porte située à l'est, contournais la maison et m'approchais de lui. Il ne bougeait vraiment plus, la plaie de sa tempe était affreuse et un filet de sang commençait à suinter depuis l'intérieur de son oreille... putain de merde... Il fallait que j'appelle des secours... mais qui dit secours dans ce cas, dit police, et à l'évidence je venais de blesser gravement, voire tuer quelqu'un...

  La scène avait été parfaitement silencieuse et aucune fenêtre des maisons mitoyennes ne donnait sur mon jardin. Pour le moment, j'étais seul au courant de ce qui venait d'arriver, il y avait donc un moyen de m'éviter tout un pataquès d'emmerdements, c'était de faire discrètement disparaitre le corps... je m'assurais que le gugusse était bien mort... il ne respirait plus...

  Ok... c'était le mieux... J'avais dans mon jardin un petit abri en tôles dans lequel je rangeais un peu de matériel. Je poussais la tondeuse au fond, redressais des outils et rentrais le corps qui n'était pas si lourd que ça. Le type était gitan ou manouche, je le devinais à sa peau, très foncée, il devait avoir trente, trente cinq ans. J'allais voir ensuite discrètement dans la rue... rien ni personne.

  Comment se débarrasser du corps ? Je ne pouvais pas faire comme le dr Petiot, je n'avais qu'une chaudière à gaz murale, pas une chaudière à "énérgie renouvelable" comme lui... le mieux serait donc de l'enterrer dans un endroit reculé et discret. J'étais, à l'occasion chercheur de champignons, et des endroits reculés, j'en connaissais. J'en choisis un qui conviendrait parfaitement, mais pour cela, il fallait attendre une heure bien avancée de la nuit.

  Dans quelle merde je m'étais fourré... mais c'était sa faute, aussi... je lui avais jamais demandé de venir me retourner la maison pour me dépouiller... il était juste victime d'un foutu genre d'accident du travail...

  Je m'enfilais deux Jack Daniels bien tassés puis attendit en fumant clope sur clope. La nuit venue, je sortis la voiture du garage, rabattis les sièges arrières, disposais une bâche plastique bleue au fond, puis chargeais le cadavre du type, une pioche et une pelle. Je pris aussi une lampe torche et pris la route.

  Arrivé au fond du bois, je descendis, écoutais et regardais un moment avant de me mettre au boulot. Je trouvais le fossé idéal pour enterrer le corps. Une lune complice diffusait un peu de clarté, ma lampe torche aida quand même. Je dégageais le tapis de feuilles mortes au bon endroit et commençais à creuser. La terre était meuble, heureusement, car il fallait que j'enterre le corps assez profondément; cela me prit un bon moment. Puis je sortis le corps du coffre, le trainais et le jetais dans le trou. Je rebouchais, tassais la terre et étalais les feuilles par dessus. Je repris ma pelle et partis.

  J'allais juste rejoindre la route à la sortie du bois quand... merde... la pioche... ben oui, y avait que la pelle dans le coffre... putain c'est pas vrai !!

  Demi tour et retour sur le lieu des "obsèques"; je repris ma lampe torche, m'approchais et.... mes cheveux se dressèrent sur ma tête... le trou s'était partiellement rouvert et était... vide...

  Je cherchais avec ma lamps rapidement autour, rien... mes mains tremblaient fort, je repris ma pioche qui trainait à côté et dégageais en vitesse. Comment était ce possible ? Le type était bien mort, froid comme le marbre et raide, déjà.

  De retour chez moi, je repris mon copain Jack Daniels par le cou, j'avais plus beaucoup de cigarettes. Pas question de dormir après ça. Mais j'étais loin d'être au bout de mes surprises, en rentrant dans la chambre, j'allumais la lumière et me figeais, pétrifié de terreur pour la deuxième fois en peu de temps... là, devant la fenêtre à nouveau ouverte, se tenait, raide comme un piquet, la tempe enfoncée, partiellement couvert de terre et blanc comme un Frigidaire, les yeux cernés et enfoncés dans leurs orbites, mon manouche de l'après midi qui me regardait fixement...

  Un voix gutturale, des mots comme crachés " Regarde ce que tu m'as fait, gadjo... tu me tues et après tu m'enterres comme un chien en pleine nuit... tu m'as oté la vie et tu as pourri ma mort, et tu crois t'en tirer comme ça ? le Moloch m'a sorti du trou et m'a donné quelques pouvoirs... à bientôt, gadjo..." il enjamba l'appui de fenêtre et disparut. Un peu de terre restait sur la moquette de la chambre à l'endroit où il s'était tenu.

  Avec les flics, on pouvait discuter entre gens raisonnables, mais avec le Moloch et les zombies, c'était pas gagné... Je mis un moment à sortir de ma stupeur, un bureau de tabac ouvrait à six heures du mat en ville, j'attendis un moment devant et sortis avec une cartouche de clopes. En buvant quelques cafés chez moi, je réalisais que je ne pouvais pas rester dans cette maison plus longtemps... il fallait fuir.

  Mais où aller ? Il y avait bien ma copine la plus récente qui habitait une jolie maison dans les Landes au milieu des pins et qui pèchait les pibales sur les plages en hiver et à marée montante. C'était une belle femme, un cul superbe, très sensuelle et on s'entendait à merveille à l'horizontale. Le problème était qu'elle était assez possessive et ne comprenait pas pourquoi je refusais de venir vivre avec elle. Mon dernier passage chez elle fut très orageux... Je la surpris en flag en train d'éplucher les messages sur mon smartphone... J'avais alors une autre copine, mariée, qui ne me refusait rien et me suçait merveilleusement en regardant l'heure... une constante des liaisons adultères. Le reste du temps, elle inondait ma messagerie de textos hardos. La landaise n'eut aucun mal à tomber sur l'un d'eux... " C'est quoi ça ?" me cria t elle en brandissant le téléphone à bout de bras... le niveau en décibels des cris, invectives et insultes grimpa vers des sommets... Je m'habillais, repris mes affaires et partis sur le champ.

  Hors de question de me repointer chez elle un bouquet de fleurs et une bouteille de Champage dans les mains... surtout que, imaginons qu'elle m'ouvre sa porte, et que pendant nos ébats ardents de retrouvailles, mon nouveau copain zombie fasse une irruption surprise par la fenêtre de sa chambre.... ça plomberait l'ambiance, à coup sûr...

  Après réflexion, je conclus que les seuls endroits que Satan et ses ouailles évitaient étaient les lieux consacrés au culte chrétien, les églises par exemple... pas simple de loger dans une église. Il y avait bien les sanctuaires de Lourdes, très vastes et pas trop loin, mais l'endroit était trop fréquenté et les curès trop fouineurs pour y planter ma tente.

  Je pensais alors à une petite chapelle sur laquelle j'étais tombé par le plus grand des hasards, perdue dans les profondeurs d'un bois du Val d'Aran espagnol, en cherchant des champignons après une partie de pèche dans la Garrona. Une vieille chapelle au toit d'ardoises percé, un petit autel en pierre, deux pots en terre cuite dans lesquels retombaient des fleurs fanées depuis longtemps, quatre bancs vermoulus, quelques tabourets grossiers en chêne et une croix en bois accrochée derrière l'autel.

  Je réunis quelques affaires, il n'était pas loin de midi, j'avalais un casse croûte vite fait et pris la route. J'eus du mal à retrouver la chapelle et ce n'est qu'en fin d'après midi que je poussais son portillon en fer grinçant et entrais dans ce qui devenait mon abri pour quelques temps... combien de temps ?

  Je nettoyais un coin pour installes mon duvet et mes affaires, je disposais une lampe Camping-gaz et deux bougies sur l'autel... c'était de rigueur. Avec le soir, la lumière baissait dans ce bois épais, j'allumais les deux bougies. A l'extérieur, un vent léger faisait bruisser les feuillages. Je m'allongeais sur mon duvet.

  Bizarre, cette chapelle au milieu d'un bois. Mais pas vraiment en Espagne, ici, la ferveur religieuse est beaucoup plus ardente et démonstrative. Peut-être qu'un membre d'une riche famille du Val d'Aran avait été retrouvé mort à cet endroit, et cette famille avait décidé d'y élever cette chapelle. Les églises espagnoles gothiques surchargées d'ornements, décorations et statues évoquant la vie et la mort du Christ témoignaient de cette ferveur. La mort est très présente dans la culture et la symbolique espagnole, prenant même la dimension de spectacle baroque dans la très décriée corrida. Liée à la mort, la résurrection du Christ fait de Pâques la plus grande fête religieuse du pays; en Andalousie, à Séville en particulier, dans la nuit entre le jeudi et le vendredi saints, les statues de la Madona sont sorties des églises et portées à dos d'hommes lors de processions bruyantes, passionnées, un rien chaotiques, accompagnées par une soixantaine de confréries religieuses d'hommes masqués. Des milliers d'espagnols de croyants et de touristes du monde entier y assistent.

  J'en étais là de mes pensées, je dus aussi peut-être m'assoupir, quand j'entendis le portillon de la chapelle grincer... Il faisait nuit, et dans la faible lueur des bougies, je vis se découper la silhouette du gitan...

  Le frisson qui me parcourut fut moins de frayeur que de certitude... certitude de l'accomplissement de mon destin. "Alors, gadjo, dit il de sa voix éraillée, tu croyais t'en sortir comme ça, en te planquant ici ?", il me regardait fixement, la flamme des bougies se reflètait dans ses yeux noirs; "on sortira d'ici ensemble, mais d'abord..." je vis alors ce qu'il tenait au bout de sa main, une corde. Il la lança par dessus une grosse poutre en chêne qui soutenait la charpente, régla la hauteur et approcha un gros tabouret.... sans résister, et comme déjà "ailleurs" et soumis à l'inéluctable, écrit depuis ma naissance, je montais sur le tabouret. 

  Est ce lui ou moi qui le vira d'un coup de pied... quelle importance ?

  Depuis, j'erre dans une nuit sans fin, me joignant parfois aux groupes faisant cercle autour des feux de camps entourés de caravanes. Le gitan vient parfois parmi nous, il me regarde sans réelle animosité....

  Une guitare flamenca roule et déroule ses accords nostalgiques.... seules les flammes du feu de camp dansent...

  

Bonjour Versys,

Là tu montes en gamme. C'est original, bien écrit, et cultivé.

Encore un effort et tu seras publié, si tel est ton destin, malheureusement l'écriture ne nourrit pas son homme.

Ce fut passionnant.

La suite, la suite

Bonne fin de journée Monsieur

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versys Membre 11643 messages
Forumeur alchimiste‚
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