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Elements de rhétorique politique

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Membre 36ans Posté(e)
Quasi-Modo Membre 15 756 messages
Chercheur de ciel‚ 36ans
Posté(e)

Bonjour,

En politique plus que nulle part ailleurs, les débats sont remplis d'éléments rhétoriques qui sont parfois érigés comme s'ils étaient des arguments, sous la forme de stratégies rhétoriques psychologiquement intéressantes, mais assez grotesques lorsqu'on prend le temps de leur analyse et qu'on comprend que leur seule force réside dans les émotions qu'elles charrient, tandis que la première analyse rationnelle venue déconstruira facilement le procédé. Faisons le point sur certains procédés rhétoriques courants afin de ne plus se laisser impressionner ou faussement convaincre par de simples effets de manche.

1) L'opposition libéral/populiste : Alors que nous nous targuons d'être une grande démocratie libérale, il est pour le moins paradoxal de remarquer à quel point tout un discours peut être disqualifié en le traitant de populiste. Si le mot n'a pas de définition précise et arrêtée, amusez-vous à en demander la définition dans les débats, sachant qu'il y aura généralement un délai entre votre demande et une éventuelle réponse. Le populisme implique l'idée implicite d'un travail sur l'émotionnel des masses au détriment de la rationalité politique, et ce faisant, qualifier ainsi son adversaire politique revient à supposer ce que le débat lui-même est censé démontrer, à savoir qu'il se trompe ou qu'il fait fausse route. Lorsqu'une mesure est populaire et désirée, elle est démocratique, mais lorsqu'elle est non désirée, elle devient populiste. Lorsqu'une mesure est impopulaire et désirée, elle est courageuse, mais lorsqu'elle est non désirée, elle bafoue les fondements de la démocratie.

2) Le qualificatif d'extrémiste : Il n'y a d'extrémisme que dans l'opposition à ce qui est supposé être un juste milieu. Mais tout comme personne ne se pense comme un salop, personne ne se pense d'abord comme excessif, et chacun lorsqu'il tient un discours politique se pare de certaines vertus ou d'autres, dont la caractéristique même, selon Aristote, est qu'elle se situe dans la recherche du juste milieu, c'est-à-dire dans la mesure. L'enjeu même d'un débat politique c'est de savoir qui est dans le juste milieu ou la vertu plus que l'autre, et le but d'un argumentaire politique est bien souvent de proposer des solutions raisonnables et pleines de compromis face à un problème réel, rencontré idéalement par beaucoup de français. En qualifiant l'adversaire d'extrémiste, l'effet rhétorique bat son plein, et l'adversaire est tout de suite court-circuité comme être rationnel et raisonnable, apte à prendre des décisions adéquates, ce qui empêche l'analyse rationnelle de ses arguments et, une fois encore, présuppose ce que le débat est censé démontrer, à savoir que notre discours est plus vertueux que l'autre.

3) Progressisme/réactionnaire : Le progrès implique un changement doublé d'une amélioration, et le qualificatif réactionnaire implique précisément de penser que le progrès est inéluctable, impliquant l'idéologie progressiste habituelle selon laquelle aujourd'hui est mieux qu'hier (Le fameux "Moyen-Âge" dont certains s'émeuvent parfois à l'idée qu'on y retourne), et que demain sera forcément mieux qu'aujourd'hui, à tout le moins humainement parlant. Désigner son adversaire comme réactionnaire implique donc qu'on présuppose être dans le camp de Bien et de ce qu'il faut faire, ou encore dans le sens de l'Histoire qui nous donnera raison, tandis que son adversaire est dans le camp de l'obscurité, témoignant d'une mentalité arriérée condamnée à disparaître sous les coups de boutoir des évolutions sociales. Une fois de plus, on présuppose donc, en un seul mot, toute une idéologie, et on force l'auditoire à admettre comme évident ce que le débat en question devrait être chargé de prouver, ou devrait au moins permettre de prendre une décision plus éclairée le jour du vote (qui pour le coup fera vraiment le sens de l'Histoire). Il y a donc quelque chose de profondément autoréalisateur dans l'accusation de réactionnaire, et celui qui s'y risque table simplement sur le fait que suffisamment de personnes auront la bienveillance de le suivre pour lui donner effectivement raison le jour du scrutin.

4) Fascisme/pétainisme : Repoussoirs ultimes dans l'Histoire occidentale, l'appellation de fasciste désigne par extension tout soutien ou toute manifestations d'autorité avec laquelle nous serions en désaccord, sans aucune vision le plus souvent quant à l'intérêt collectif, puisque paradoxalement, seules des manifestations d'autorité de la part de l'Etat sont susceptibles de faire valoir l'intérêt commun. Injure particulièrement prisée par l'extrême gauche, elle relève donc le plus souvent de la posture rhétorique et vise encore une fois à court-circuiter le chemin naturel de la pensée rationnelle pour se placer dans le camp de Bien, en mettant son adversaire d'emblée dans le camp du Mal, alors que personne ne se pense comme un salop ni ne choisit le mal pour le mal.

Modifié par Quasi-Modo
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Membre Posté(e)
versys Membre 11 680 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)

Certes.... mais si on ne peut plus traiter les copains des pires mots en .....iste possibles, les débats perdront leur charme certain qui remplit les pages de Ffr et les chroniques diverses et variées.... :)

.... nonobstant, j'adhère à ta réflexion.

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