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ArLeKiN Membre 430 messages
Forumeur survitaminé‚ 38ans
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Sens de la liberté et liberté dans la science 

 

1. La "rectitude"

 

Devant nous voici que se pose cette fameuse question de la liberté. Il est peu de questions tant malmenées par tant de gens ; vous ne devriez pas croire les premiers venus à ce sujet... Méfiez-vous des grandes personnes qui s'exasperent en soufflant "la question est épuisée". Chacun y va de sa raison et personne n'est jamais d'accord. Non, c'est une question pour les enfants, une question sérieuse donc, et il faudra choisir un guide. Jean Baechler est un explorateur et un cartographe soucieux de la liberté. Il est aussi un peu musicien. Et il y a ce chant où il raconte comment on peut surmonter l'état des grandes personnes qui ne sont jamais d'accord avec elles-mêmes.

Pour parvenir à une définition de la liberté dont on puisse tirer les implications objectives et subjectives justes, pour agir dans le monde dit-il, il faut s'employer à construire le "lieu géométrique" de tous les débats particuliers et locaux. Ce sera comme une carte, un premier algèbre pour parler de la liberté. Et pour y parvenir notre héro commence par distinguer les différents ordres où la liberté a lieu de s'exercer. Et ces ordres, chers enfants, il les a repérés en pourchassant les contradictoires de la liberté, les réalités "dont on peut être sûr qu'elles ne recèlent pas la plus petite parcelle de liberté". 

La toute première contradictoire qu'il a débusquée, c'est la nécessité ; elle s'exprime dans la formule "si A alors B". B est nécessaire. La relation ne contient aucune liberté. Mais cette formule renferme comme une huître la première formule ultime de la liberté lorsque s'y introduit le choix : si A, alors B ou C. Ce sera notre première decouverte, la liberté comme choix.

Quand vous y serez chers enfants que le sol ne se dérobe pas sous vos pieds, vous serez pris des vues les plus vertigineuses qui soient. Attachez vous résolument aux reliefs et vous verrez, previent ce chant moderne, que cet espace primordial pour la liberté se resserre aussitôt dans trois directions. Comme choix, la liberté désigne un attribut, une condition et une capacité. Si A alors B ou C, ceci veut dire un acteur qui est le siège en quelque sorte ontologique du choix, par et pour lequel le choix se pose ; ceci veut dire aussi une pluralité objective de choix ; et enfin une capacité réelle à exploiter cette pluralité. Attribut, condition et capacité : si l'un fait défaut la nécessité s'engoufre à nouveau et referme son funeste clapet. 

Mais une sournoise ambiguïté, averti le poète, s'est glissée au coeur même de notre première formule du choix, et l'air y est comme gâté : si A alors B ou C, B et C peuvent paraitre indécidable à un observateur alors que, en fait, ce "ou" cache une nécessité qui échappe à toute analyse exhaustive. C'est la "nécessité cachée" qu'on peut aussi décider d'appeler "heteronomie" et c'est une nouvelle contradictoire de la liberté qui émerge. Par opposition la liberté se redefinie à nouveau en autonomie et choix délibéré.

Nous disons donc qu'il faut un acteur, capable de se poser des problèmes, des problèmes imaginaires, de choisir entre plusieurs solutions objectivement possibles par délibération et de mettre en oeuvre son choix. Ce dernier trait c'est ce qu'on appelle la rationalité : mettre en oeuvre les moyens adéquats en fonction d'un but donné. Seul un animal raisonnable peut être libre. Mais la réciproque n'est pas vraie. Car il n'y aurait aucune liberté pour une espèce animale raisonnable qui se poserait toujours seulement les problèmes qui se posent et qui y répondrait toujours par la seule solution possible, la bonne. Le complexe des problèmes et des solutions choisies ne doit pas pouvoir être interprété comme des stimuli-réactions programmés. C'est pourquoi d'autre part l'imaginaire est fondamental. Par ailleurs, la pluralité objective des solutions possibles est toujours assurée parce qu'il existe toujours au moins deux solutions à tout problème : la bonne et la mauvaise. Autrement dit la liberté exige que nous puissions nous servir mal de notre rationalité. 

Et c'est ainsi qu'émerge la dernière contradictoire que notre poète appelle le "n'importe quoi" ou l'indifférence. Si A alors B ou C, indifféremment. Soit que B et C soient interchangeables en réalité soit que l'acteur choisisse délibérément la mauvaise solution. En poussant c'est le cas lorsque l'acteur, "devant choisir entre une bonne ou une mauvaise solution, ou bien choisi délibérément la mauvaise, ou bien reste indifférent à la distinction, ou bien ne s’efforce pas de toutes ses forces de trouver la bonne solution." 

"La rationalité impliquée par la liberté de choix implique à son tour que les choix soient justes. Par définition contradictoire la liberté émerge aussi comme rectitude." 

Enfin le poète clôture ce premier chant en projetant en apothéose ce que le second viendra rectifier "Le propre de la nature humaine est d’être virtuelle et d’avoir à s’actualiser dans des cultures. Cette actualisation doit se faire par l’usage de toutes les facultés qui sont dans la dotation de l’humanité. L’usage des facultés doit être toujours aussi droit que possible, en se guidant sur les fins de l’homme à réaliser." 

Nous voila un peu mieux préparés à mettre un pied en liberté. 

 

 

 

 

 

 

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holmberg Membre 2 293 messages
Forumeur alchimiste‚
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Existe-t-il vraiment une bonne et une mauvaise solution ? ou bien des bénéfices et des coûts à chacun des choix/solutions qui s'offrent à nous ? 

 

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ArLeKiN Membre 430 messages
Forumeur survitaminé‚ 38ans
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Il existera toujours au moins une bonne et une mauvaise solution même dans le cas où le problème ne pourrait objectivement recevoir qu'une seule bonne solution. Ceci assure la pluralité des solutions qui est une condition au choix. La liberté implique qu'on puisse mal choisir. Mais ensuite on peut décliner tous les cas moins extrêmes où la pluralité existe. On peut avoir deux choix. Rouler à droite ou à gauche : la solution adoptée est indifférente du moment qu'on roule tous du même côté. Dans ce cas la liberté pour s'exercer exige de se convaincre et de l'arbitraire du choix et de la nécessité où nous sommes de devoir choisir. 

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holmberg Membre 2 293 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)
il y a 45 minutes, ArLeKiN a dit :

Il existera toujours au moins une bonne et une mauvaise solution même dans le cas où le problème ne pourrait objectivement recevoir qu'une seule bonne solution. Ceci assure la pluralité des solutions qui est une condition au choix. La liberté implique qu'on puisse mal choisir. Mais ensuite on peut décliner tous les cas moins extrêmes où la pluralité existe. On peut avoir deux choix. Rouler à droite ou à gauche : la solution adoptée est indifférente du moment qu'on roule tous du même côté. Dans ce cas la liberté pour s'exercer exige de se convaincre et de l'arbitraire du choix et de la nécessité où nous sommes de devoir choisir. 

Je ne pense pas à cette dualité bon/mauvais choix, d'ailleurs bon ou mauvais pour qui ? pour soi ? les autres ? Tout comme cette fameuse phrase "j'ai pas le choix", nous avons toujours le choix. La vie est une multitude de possibles.

 

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ArLeKiN Membre 430 messages
Forumeur survitaminé‚ 38ans
Posté(e)
il y a 29 minutes, holmberg a dit :

La vie est une multitude de possibles.

Oui ce sont les vues vertigineuses de la liberté comme choix. Mais notre guide veut procéder par contradictoires. Une contradictoire serait qu'il n'y ait qu'une seule solution. On peut imaginer un problème avec une seule bonne solution. 2 + 2 : la seule bonne réponse est 4. Mais même dans ce cas extrême, une autre solution est possible : l'erreur. 

Et c'est pourquoi la liberté émerge ensuite comme rectitude. S'il y a liberté de choisir l'erreur, il n'y a aucune liberté à choisir l'erreur délibérément. On serait conduit à des absurdités impossibles. Donc la liberté émerge comme rectitude, par contradictoire à nouveau. 

Ceci signifie que dans vos choix vous devez vous efforcer de toutes vos forces à trouver la bonne solution. La liberté est un pouvoir et une responsabilité. Or il y a des alternatives qui se posent à vous. On ne peut pas tout choisir, tout avoir. Rouler à gauche ou à droite, ok ; mais où faire ses courses et que choisir ? 

 

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holmberg Membre 2 293 messages
Forumeur alchimiste‚
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il y a 3 minutes, ArLeKiN a dit :

Oui ce sont les vues vertigineuses de la liberté comme choix. Mais notre guide veut procéder par contradictoires. Une contradictoire serait qu'il n'y ait qu'une seule solution. On peut imaginer un problème avec une seule bonne solution. 2 + 2 : la seule bonne réponse est 4. Mais même dans ce cas extrême, une autre solution est possible : l'erreur. 

Et c'est pourquoi la liberté émerge ensuite comme rectitude. S'il y a liberté de choisir l'erreur, il n'y a aucune liberté à choisir l'erreur délibérément. On serait conduit à des absurdités impossibles. Donc la liberté émerge comme rectitude, par contradictoire à nouveau. 

Ceci signifie que dans vos choix vous devez vous efforcer de toutes vos forces à trouver la bonne solution. La liberté est un pouvoir et une responsabilité. Or il y a des alternatives qui se posent à vous. On ne peut pas tout choisir, tout avoir. Rouler à gauche ou à droite, ok ; mais où faire ses courses et que choisir ? 

 

vivre ou mourir ...

je crains fort de ne pas vouloir suivre la voie de votre guide, mais peut être quelqu'un d'autre fera-t-il le bon choix ...

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ArLeKiN Membre 430 messages
Forumeur survitaminé‚ 38ans
Posté(e)

Libre à vous :)

Je mets @BlaquièreBlaquière et @épixèsépixès sur le coup

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Talon 1 Membre 5 861 messages
Talon 1‚ 73ans
Posté(e)

Etre libre, c'est avoir tout pouvoir sur soi.

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ArLeKiN Membre 430 messages
Forumeur survitaminé‚ 38ans
Posté(e)

Liberté n'est pas licence.

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Blaquière Membre 6 729 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)
Il y a 2 heures, ArLeKiN a dit :

Libre à vous :)

Je mets @BlaquièreBlaquière et @épixèsépixès sur le coup

Il y a des années on m'avait demandé de faire des musiques pour une fête antique...

J'avais à partir des quelques notes vraiment antiques fait un "Ελευθερία ή θάνατος" élefthéria i thanatos, la liberté ou la mort... En pensant à Nikos kazantzakis.... et à la Grèce en général

Je sais pas si je vais le retrouver...

Est-ce que ça vaudrait comme réponse ?!

en attendant je vous lis et je réfléchis !

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épixès Membre 324 messages
Forumeur survitaminé‚ 44ans
Posté(e)
Il y a 5 heures, ArLeKiN a dit :

Par ailleurs, la pluralité objective des solutions possibles est toujours assurée parce qu'il existe toujours au moins deux solutions à tout problème : la bonne et la mauvaise. Autrement dit la liberté exige que nous puissions nous servir mal de notre rationalité. 

Je ne crois pas que se tromper implique nécessairement un mauvais usage de la rationalité. L'exercice de la prospective et de la spéculation est un art délicat pour des êtres dont la finitude cognitive brouille l'horizon du réel mais est la condition nécessaire à la liberté (car à mon sens, l'être omniscient n'est pas libre). On peut élaborer un raisonnement parfaitement logique, argumenté, convainquant voire même corroboré par les observations et cependant complètement faux dans sa correspondance au réel. L'exemple de la théorie des sphères homocentriques et celle des épicycles, développées par Pythagore, Eudoxe, Hipparque, Ptolémée et bien d'autres sont de magnifiques constructions intellectuelles (quoiqu'alambiquées) confirmées par plus de 1000 ans d'observations et un pouvoir prédictif d'une précision inconnue jusqu'alors mais qui se sont avéré totalement fausses.

La rationalité peut également être utilisée pour justifier des erreurs à posteriori, elle n'est pas un chemin vers la vérité, simplement un outil dont nous pouvons disposer pour maximiser nos chances de la trouver. Le mauvais usage de la raison découle de la finitude que j'évoquais plus haut et il me semble que c'est cet état d'être borné par des limites spatiales, temporelles et particulièrement épistémiques qui permet la liberté, notamment celle de se tromper.

Dieu n'est pas libre….

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Blaquière Membre 6 729 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)
il y a 49 minutes, Blaquière a dit :

Il y a des années on m'avait demandé de faire des musiques pour une fête antique...

J'avais à partir des quelques notes vraiment antiques fait un "Ελευθερία ή θάνατος" élefthéria i thanatos, la liberté ou la mort... En pensant à Nikos kazantzakis.... et à la Grèce en général

Je sais pas si je vais le retrouver...

Est-ce que ça vaudrait comme réponse ?!

en attendant je vous lis et je réfléchis !

Je l'ai retrouvé ! Je ne sais pas si ça va passer..

Ελευθερία ή θάνατος :

élefthéria.mp3

Bon il en manque la moité !!

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Blaquière Membre 6 729 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)

Dans ma musique j'étais resté sur une vision plus formelle ou... plus fondamentale plus basique de la liberté. Comme une simple énergie, plus un désir de se libérer : une mise difficile en marche, un rythme qui s'affirme, puis une chute, puis, se relever et se remettre en marche... etc jusqu'à la fin... Mais la deuxième moité de la musique n'est pas passée !

J'ai essayé de mettre la fin je ne sais pas si ça va aller jusqu'au bout....

 

a 14 Eleftheria i thanatos.mp3.myr''.mp3

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ArLeKiN Membre 430 messages
Forumeur survitaminé‚ 38ans
Posté(e)
Il y a 4 heures, Blaquière a dit :

En pensant à Nikos kazantzakis.... et à la Grèce en général

Je sais pas si je vais le retrouver...

Est-ce que ça vaudrait comme réponse ?!

Un grand merci pour la découverte !

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ArLeKiN Membre 430 messages
Forumeur survitaminé‚ 38ans
Posté(e)
Il y a 8 heures, épixès a dit :

On peut élaborer un raisonnement parfaitement logique, argumenté, convainquant voire même corroboré par les observations et cependant complètement faux dans sa correspondance au réel.

La prospective est très souvent vouée à l'échec... Cela dit on peut arriver à quelque résultat. Mais avant un problème vient : vous savez qu'un train roule sur une voie en direction d'un autre, qui lui est à l'arrêt - vous comprenez qu'ils vont se percuter, mais agissez pour éviter l'accident : votre crainte initiale est écartée mais qui dirait que vous aviez mal analysé la situation ? La non correspondance au réel a posteriori, "ce qui s'est réalisé", n'implique pas toujours une erreur d'analyse au départ ni de rationalité dans l'action.

Il y a 8 heures, épixès a dit :

Le mauvais usage de la raison découle de la finitude que j'évoquais plus haut et il me semble que c'est cet état d'être borné par des limites spatiales, temporelles et particulièrement épistémiques qui permet la liberté, notamment celle de se tromper.

Vous faîtes fausse route à mon avis. Si je me trompe par ignorance, je ne suis pas libre de me tromper ; je suis libre de me tromper seulement quand je connais la solution. Voyez ceux qui auraient pu éviter une catastrophe évidente mais qui sont restés pétrifiés à l'idée de pouvoir se tromper. La liberté par son visage grinçant. Il y a vraiment de quoi être pris de vertiges.

Une différence se joue dans l'enracinement existentiel. On ne demande pas aux analyse de comprendre ni aux théories de prédire les mêmes choses pour les mêmes raisons.

 

 

 

 

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épixès Membre 324 messages
Forumeur survitaminé‚ 44ans
Posté(e)
il y a 10 minutes, ArLeKiN a dit :

Si je me trompe par ignorance, je ne suis pas libre de me tromper : l'ignorance en est la raison. Je suis libre de me tromper seulement quand je sais quelle est la solution. C'est ce poids terrible je crois qui explique parfois que ceux qui pourraient éviter une catastrophe évidente restent comme pétrifiés par l'angoisse de pouvoir se tromper.

Je saisis bien le raisonnement et la conclusion de l'auteur, bien que cette dernière me semble discutable. Tout cela suscite une certaine ambivalence en moi: je ne peux m'empêcher de renâcler devant le déploiement d'une telle casuistique pas plus que de jubiler précisément devant le caractère byzantin du raisonnement déployé.

Bien que l'auteur s'en défendrait probablement, il me semble voir surgir en lui un Zénon des temps modernes venu pourfendre la possibilité de liberté après avoir démontré l'impossibilité du mouvement. Que la liberté soit plus une abstraction manipulable à l'envi qu'un treuil ontologique pourrait extirper du monde idéel plutôt qu'un sentiment qui nous saisit ou nous abandonne, voilà ce à quoi je ne suis pas sûr de souscrire.

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ArLeKiN Membre 430 messages
Forumeur survitaminé‚ 38ans
Posté(e)
il y a 10 minutes, épixès a dit :

Je saisis bien le raisonnement et la conclusion de l'auteur

Mais quel auteur ?

il y a 12 minutes, épixès a dit :

je ne peux m'empêcher de renâcler devant le déploiement d'une telle casuistique pas plus que de jubiler précisément devant le caractère byzantin du raisonnement déployé.

Votre ironie me perce : je ne suis qu'un Arlekin, une malheureuse tunique faîte de petits riens.

il y a 13 minutes, épixès a dit :

Que la liberté soit plus une abstraction manipulable à l'envi qu'un treuil ontologique pourrait extirper du monde idéel plutôt qu'un sentiment qui nous saisit ou nous abandonne, voilà ce à quoi je ne suis pas sûr de souscrire.

Un sentiment qui nous saisit ou nous abandonne, je veux bien... Je suis aussi sensationneur de la liberté. Mais quel sentiment ? C'est l'angoisse :(

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épixès Membre 324 messages
Forumeur survitaminé‚ 44ans
Posté(e)
il y a 33 minutes, ArLeKiN a dit :

Mais quel auteur ?

Puisque je ne sais pas où s'arrête l'auteur et où commence l'interprète, j'imagine que je m'adressais aux deux (vous et M. Baechler).

il y a 33 minutes, ArLeKiN a dit :

Votre ironie me perce : je ne suis qu'un Arlekin, une malheureuse tunique faîte de petits riens.

Aucune ironie je vous assure. Je prend toujours plaisir à lire vos mots et à déchiffrer vos idées. Mâtiner l'estime en laquelle je vous tiens avec du sarcasme ne ferait que la ternir.

 

il y a 33 minutes, ArLeKiN a dit :

Un sentiment qui nous saisit ou nous abandonne, je veux bien... Je suis aussi sensationneur de la liberté. Mais quel sentiment ? C'est l'angoisse :(

La liberté n'est-elle justement pas le soulagement ressenti lorsque, fugacement, l'angoisse nous abandonne ? 

Modifié par épixès

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ArLeKiN Membre 430 messages
Forumeur survitaminé‚ 38ans
Posté(e)

J'envisage avec Kierkegaard que le sentiment propre de la liberté, ce soit l'angoisse. Qui marque le passage, en ses termes, de l'innocence à la peccabilité : devenir susceptible du péché ; être libre, donc, et par-là même responsable. Pouvoir faire mal. 

Voici quelques fragments (qui n'arrangeront pas la bizantinerie de la chose (Dans Le Concept de l'angoisse, I, § 5)) :

On ne voit presque jamais le concept de l'angoisse traité en psychologie, je fais donc remarquer sa complète différence d'avec la crainte et autres concepts semblables qui renvoient toujours à une chose précise, alors que l'angoisse est la réalité de la liberté parce qu'elle en est le possible. C'est pourquoi on ne la trouvera pas chez l'animal, dont la nature précisément manque de détermination spirituelle.

C'est dans la Genèse qu'il trouve matière à penser l'angoisse comme réalité de la liberté - parce qu'elle en est "le possible". 

On postule Adam innocent, encore ignorant du bien et du mal : Il n'y a pas ici de savoir du bien et du mal, etc. ; toute la réalité du savoir se projette dans l'angoisse comme dans l'immense néant de l'ignorance. [Il y a ignorance même de l'ignorance]

A ce moment encore l'homme est dans l'innocence, mais il suffit d'un mot, pour que l'ignorance déjà soit concentrée. (...) Ainsi quand, dans la Genèse, Dieu dit à Adam : "Mais tu ne mangeras pas des fruits de l'arbre du bien et du mal", il est clair qu'au fond Adam ne comprenait pas ce mot ; car comment comprendrait-il la différence du bien et du mal, puisque la distinction ne se fit qu'avec la jouissance ? 

Si l'on admet que la défense éveille le désir, on a alors, au lieu d'ignorance, un savoir, car il faut en ce cas qu'Adam ait eu une connaissance de la liberté, son désir étant de s'en servir. C'est là une explication après coup. La défense inquiète Adam, parce qu'elle éveille en lui la possibilité de la liberté. Ce qui s'offrait à l'ignorance comme le néant de l'angoisse [on peut presque lire l'absence d'angoisse] est maintenant entré en lui-même, et ici encore reste un néant : l'angoissante possibilité de pouvoir. Quant à ce qu'il peut, il n'en a nulle idée (...) 

Après les termes de la défense suivent ceux du jugement : "tu mourras certainement". (...) Si de la défense on fait naître le désir, il faut aussi que les mots du châtiment fassent naître une idée de terreur. Mais voilà qui égare. L'épouvante ici ne peut devenir que de l'angoisse ; car ce qui a été prononcé, Adam ne l'a pas compris, et ici encore nous n'avons donc que l'équivoque de l'angoisse. La possibilité infinie de pouvoir, qu'éveillait la défense a grandi du fait que cette possibilité en évoque une autre comme sa conséquence.

Ainsi l'innocence est poussée aux abois. L'angoisse, où elle est, l'a mise en rapport avec la chose défendue et avec le châtiment. Elle n'est pas coupable et cependant il y a une angoisse comme si elle était perdue.

Voir aussi la conclusion   

Aller plus loin est impossible à la psychologie, mais voilà jusqu'où elle peut atteindre, et surtout voilà ce qu'en observant la vie humaine elle peut toujours et toujours démontrer. 

Je m'en suis tenu dans toute cette fin au récit biblique, faisant intervenir du dehors la voix de la défense et du châtiment. C'est ce qui naturellement a tourmenté plus d'une intelligence, quoique la difficulté ici fasse sourire. (...) On n'a donc qu'à supposer qu'Adam s'est parlé à lui-même. (...) D'avoir parlé, il ne s'ensuit pas en effet pour Adam qu'il ait su pénétrer la menace de Dieu. J'entends ici surtout la différence entre le bien et le mal, qui est bien dans la langue, mais qui n'existe que pour la liberté. L'innocence peut bien énoncer cette différence, mais sans que celle-ci existe pour elle et signifie pour elle autre chose que ce que nous avons montré."

Alors, ceci permet de remettre, pour moi-même déjà, un certain nombre de choses en place pour mieux vous répondre (j'espère). 

La différence entre le bien et le mal n'existe que pour la liberté, écrit Kierkegaard. Pourquoi avons-nous en effet à choisir ? Qu'est-ce qui nous détermine à choisir ? Comment cela arrive-t-il, et qu'est-ce que ça implique ? L'expérience du choix suppose la volonté de bien choisir, que je sois déterminé à vouloir bien choisir - et la possibilité de mal choisir. C'est la condition du choix ; sinon, je n'ai jamais rien à choisir. Il faut que je veuille "bien" choisir, que je craigne donc de mal choisir. Hors de ces conditions je ne suis jamais effectivement déterminé à choisir, de l'intérieur, en moi-même ; éventuellement c'est la vie qui m'amène un choix que j'effectue machinalement, m'en remettant aussi bien au hasard, le pile ou face. L'"acteur", dont nous parlait Jean Baechler, survolant ces questions de très haut, n'existe en tant que tel, "comme siège en quelque sorte ontologique d'une pluralité de possibles", que s'il est rigoureusement déterminé à bien choisir, à bien faire : c'est le sens de la "rectitude" - le problème du bon choix et du mauvais choix se pose ; pourquoi il s'engage dans le processus du choix, et s'exerce sa liberté. 

Le choix n'est d'ailleurs jamais en soi un moment "confortable". Déjà au niveau le plus prosaïque il implique une indétermination : rouge, rosé - champagne ? Mais cette indétermination implique donc que j'ai une volonté à me déterminer, pour l'un ou pour l'autre. Or on parle de choix de confort mais dans sa dimension pleinement existentielle alors, c'est bien l'angoisse qui lui correspond. Une béance doit être ouverte dans l'être. Une "ambivalence" : un plein d'un possible qui est par là-même un défaut d'être. Et d'ici on entraperçoit peut-être déjà plusieurs aspects négateurs pour l'homme dans la science, son autonomie. Et si, @épixès, vous évoquiez un sentiment douçâtre de liberté hier, ce que je peux imaginer lorsque vous parlez d'un sentiment qui nous saisit et nous abandonne, qui apparaît quand l'angoisse justement nous quitte, disiez-vous, alors j'imagine aussi que peut-être vous confondez la liberté et l'innocence. Et si vous confondez les deux, et dîtes que la liberté est désirable ou bonne, alors c'est comme vouloir être libéré de la liberté.

 

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ArLeKiN Membre 430 messages
Forumeur survitaminé‚ 38ans
Posté(e)

Je suis trop vite passé chez cet auteur, il y a mille corrections à apporter. Pourtant je crois tenir une condition du choix. Un enfant dans un magasin de bonbons : il regarde, sent, touche, hésite en lui-même sur ce qu'il veut ; s'il se tient dans l'expérience du choix, c'est que par et pour cet enfant à ce moment-là et tout le temps que dure son choix, une tension est engagée entre deux possibles qui se reflètent dans chaque alternative offerte à lui, aussi nombreuses soient-elles : bien et mal choisir.

Ceci se traduit comme rectitude. Ce que l'on ressent comme un schématisme aride et contre-intuitif une fois replacé dans le cours de l'existence prend un sens plein, plus actuel et problématique. Car, je ne suis engagé dans le choix que pour autant que j'ignore quel est ce bon choix, mais que je sais que je l'ignore, pourquoi je le re-cherche. Sinon, pas de choix non plus. Les deux extrêmes annulent également le moment sans être identiques. Il ne peut pas s'ouvrir si j'ignore la distinction entre bien et mal choisir. Mais il se referme aussitôt que je sais positivement quel est la solution.

Modifié par ArLeKiN

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