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La folle expédition de Francisco Hernàndez de Còrdoba


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sovenka Membre 909 messages
Forumeur accro‚ 37ans
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Une vingtaine d'années après la découverte de Cuba par Christophe Colomb, on croyait encore que l'Amérique centrale et le peu de terres connues d'Amérique du Nord étaient "Asiae Partis", ou même rien que des îles au large du continent asiatique.

Francisco Hernàndez de Còrdoba fut l'un de ces conquistadores qui voulut en avoir le cœur net : en attendant les satellites, il fallait bien faire quelque chose !

A l'instar du sergent Garcia, il était soldat de métier, pas bête mais nonobstant peu subtil.

Francisco Hernàndez de Còrdoba, que j'appellerai par la suite Hernàndez ou Còrdoba pour aller plus vite si cela ne vous dérange pas, s'ennuie à Cuba, où il végète depuis 3 ans.

De l'aventure, c'est ça qu'il lui faut !

Cela tombe bien : le gouverneur de l'île -Velasquez- réclame de nouveaux esclaves. C'est que les stocks de bras indiens s'épuisent vite avec toutes ces maltraitances, toutes ces maladies contagieuses importées d'Europe !

 

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Francisco Hernàndez de Còrdoba

 

(à suivre)

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sovenka Membre 909 messages
Forumeur accro‚ 37ans
Posté(e)

Le 8 février 1517, les trois bateaux de Còrdoba quittent Santiago (de Cuba). Alejandro, Roberto, Fernando... bref tous les copains à Lady Gaga, sont de la partie.

Au bout de 6 jours, ils atteignent une île qui portera le nom de Isla de Mujeres (île des Femmes) à cause des statues de déesses topless qui s'y trouvent.

- Des statues, c'est nul ! ronchonne un marin avec amertume. Quand le Bounty a déboulé à Tahiti il y avait des pépés en chair et en os.

Depuis cette île, on aperçoit le plat pays du Yucatan que Jacques Brel aimait chanter, mais les marins castillans prennent ça pour une autre île plus vaste.

 

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Côte du Yucatan

Cinq grands canoës remplis de Mayas viennent à leur rencontre. On entend un marin -toujours le même- se plaindre : il aurait préféré des vahinés.

Les Espagnols agitent des manteaux. Rien à voir avec la muleta : ici, on fait ça en signe de paix. Même si ça finit toujours en corrida entre les Indiens et les conquistadores.

Còrdoba ordonne : "Qu'on fasse monter les sauvages à bord ! Qu'on aille chercher la verroterie !"

Les Mayas, qui sont des artisans chevronnés capables de beaucoup mieux en matière de bijoux, bibelots, reçoivent néanmoins avec une joie polie toutes ces babioles made in Taïwan et autres attrape-poussières que leur offrent ces étrangers.

Le lendemain, Còrdoba reçoit la visite d'un chef. La communication entre eux se fait essentiellement par signes, comme chez les abeilles (normal pour des Mayas) car les traducteurs ramenés de Cuba parlent maya comme des vaches espagnoles. En plus, il existe une quarantaine de langues mayas...

Le chef s'exprime : "Ecab cotoch" ; ce qui signifie "Nous sommes d'Ecab", c'est le nom du royaume où les étrangers viennent de débarquer.

- C'est bon, dit Hernàndez à son scribouillard, on appellera ce trou paumé le cap Catoche, tu notes.

Les Espagnols sont tous invités à venir en ville par le chef maya. Avant de le suivre, ils prennent tout de même le temps de se consulter :

- On y va ou on n'y va pas ?

- Pile c'est non, face c'est oui.

- Face !

- Alors faisons en sorte de ne pas la perdre !

De fait, ils sont reçus le plus chaleureusement du monde.

- C'est bon, dit Còrdoba, le territoire est à nous.

Au nom du roi de Castille, il fait lire une déclaration en présence d'un notaire et des Indiens qui n'y comprennent goutte, et la terre, toujours prise pour une île, est baptisée Santa Marìa de los Remedios.

Ceci fait, les Espagnols prennent la direction de la forêt où ils sont attaqués par des soldats du cru en armure de coton : un Cubain les aurait prévenu par SMS des véritables intentions des visiteurs.

- Bah, c'est pas quelques cailloux et sarbacanes qui vont nous impressionner, les gars ? lance Hernàndez. Allez, dégainez les épées, pointez les arbalètes et les arquebuses, faites tonner du canon !

Quinze Indiens tombent. Les autres n'insistent pas et s'en retournent dans les profondeurs de la forêt aussi promptement qu'ils sont venus.

Les conquistadores poursuivent leur chemin.

Ils arrivent dans une ville fortifiée qui les impressionne beaucoup de par ses maisons à tourelles, ses magnifiques temples, ses rues et places de marché bien tracées. Par ses pyramides surtout, d'où ce nom de Gran Cairo qu'ils lui donnent.

(à suivre)

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sovenka Membre 909 messages
Forumeur accro‚ 37ans
Posté(e)

Les explorateurs séjournent en ce Grand Caire plusieurs jours, gâtés par leurs hôtes, qui vénèrent -comme eux- des croix, effigies de leurs déesses de la pluie.

Toutefois, les meilleurs visiteurs sont ceux qui partent, comme aurait à peu près dit Picasso à Cocteau. Avec ça, nos Espingouins sont de gros mangeurs et se croient dans un open bar à tapas de chez leur mère, qui s'en foutent plein la lampe de maïs, de ragoûts, et même de chocolat. Ils abusent aussi de la flotte qui est chère en cette contrée : bonjour le compteur !

Hernàndez comprend qu'il est temps de lever l'ancre. Ce faisant, il ne manque pas de fourrer dans ses poches de petits objets liturgiques en or et en argent, forcément volés, les choses sacrées ne s'offrant pas comme des bonbons.

On ne les a jamais retrouvés : tout aura été fondu en Espagne par des brutes ne comprenant rien à l'art sacré.

Hernàndez emmène également deux locaux dont le strabisme l'épate, probablement sans savoir que c'était tenu pour esthétique chez les Mayas. Ils les surnomment Vieux Melchior et Petit Juliàn, et compte bien sur eux pour lui servir de traducteurs.

Mauvais calcul : le vieux est un simple pêcheur au vocabulaire limité même dans sa langue natale, le jeune sombre en moins de deux dans une grosse dépression à cause du mal du pays.

(à suivre)

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sovenka Membre 909 messages
Forumeur accro‚ 37ans
Posté(e)

Plus tard, les navires appareillent vers l'ouest. Des autochtones accourent le long de la côte, ébahis à la vue de ce qu'ils prennent pour des coquilles flottantes.

Hernàndez mouille dans le voisinage de Campeche, situé à quelques 300.000 milles du "cap Catoche".

A terre, l'équipage se charge du ravitaillement en eau potable, non loin d'une ville, quand 50 citadins viennent les trouver pour les inviter.
Là-bas, nos explorateurs ont droit à une petite visite touristique. Ils sont très impressionnés par les temples, les autels encore dégoulinants des sacrifices passés, des prêtres aux longs cheveux noirs "semblables aux crinières tressées des chevaux", tout de blanc vêtu mais empestant le sang à plein nez.

Les marins ne sentent pas la cocotte non plus et il faut brûler de l'encens à foison pour masquer leur odeur de sueur et de crasse de plusieurs semaines, la vache !

Au club Med', ils ont droit à un banquet digne de viandards. Ils s'inquiètent cependant : et si ça se terminait comme dans Hansel et Gretel ? "Si on passait de l'hôtel à l'autel ?"

En plus, il y a des gens qui commencent à élever des bûchers autour des temples, et qui leur font des signes explicites, qu'on pourrait traduire par "Vous seriez bien avisés de foutre le camp avant qu'on les allume !"

Còrdoba n'insiste pas : "C'est bon, on se casse !"

Et il repart, non sans avoir rebaptisé la ville Lazaro : c'était la Saint Lazare ce jour-là, pas le temps de trop se creuser la tête.

Le voyage reprend.

Au bout de 6 jours, la flotte mouille dans les parages d'une autre ville maya, à proximité de Champotòn.

Les marins se mettent en quête d'eau potable. Des locaux peints en noir et blanc leur indiquent une source de l'autre côté d'une colline.

- Qu'est-ce que vous en pensez, amigos ?

- Caramba, ça sent mauvais le piège : ces types sont coloriés comme des bêtes venimeuses... comme des Indiens prêts au combat !

Les Espagnols, méfiants, ont pourtant l'excellente idée d'installer leur campement sur le rivage.

La nuit, pas moyen de fermer l'œil : ceux du coin font un de ces boucans avec leurs tambours, et puis ça gueule et tout !

- Oh, les emplumés, on voudrait bien dormir ! lance un marin, énervé.

En fait, les Indiens sont juste en train de se chauffer à la guerre.

A l'aube, les explorateurs s'aperçoivent qu'ils sont encerclés par des combattants surexcités, lesquels ne mettent pas longtemps à faire un carnage.

Bilan : 20 morts, 2 sacrifiés aux dieux, tous les survivants blessés côté espagnol. Jusqu'à Còrdoba en personne, amoché par 33 blessures.

Celui-ci ordonne la retraite : que pouvait-il faire de mieux ? C'est une véritable débâcle !

Bon nombre de ses hommes doivent regagner les bateaux à la nage faute de place dans les chaloupes.

Après avoir essuyé une seconde attaque en Floride, encore à l'occasion d'un ravitaillement en eau, Hernàndez s'en revient cahin-caha à Cuba (où l'on ne faisait pas de cacao).

Son expédition aura duré deux mois.

En piteux état, il se traîne jusqu'à Santiago pour faire son rapport en bonne et due forme au gouverneur.

De retour en ses lares et pénates, à Sancti Spiritus, ses multiples blessures s'infectant, il rendit l'âme, léguant ses découvertes à la postérité et ses deux loucheurs au gouverneur.

Petit Juliàn et Vieux Melchior furent interrogés : "Il y a de l'or au Yucatan ?"

Et la paire de répondre : "Oh, pour sûr !" tout en sachant que c'était faux, le seul or sur place étant importé.

Un mensonge motivé -ça se devine- par l'espoir de rentrer au pays grâce à la prochaine expédition qui ne manquerait pas d'avoir lieu...

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Expédition de Francisco Hernàndez de Còrdoba, 1517

 

Bibliographie : La conquête du Mexique, Hugh Thomas, éd. Robert Laffont

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tison2feu Membre 1 954 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)
il y a 15 minutes, sovenka a dit :

 

Expédition de Francisco Hernàndez de Còrdoba, 1517

 

Juste une info de détail : l'accent grave n'existe pas en espagnol. Il convient d'écrire : Hernández de Córdoba.

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sovenka Membre 909 messages
Forumeur accro‚ 37ans
Posté(e)

Ah, nous avons un connaisseur :)

Alors je précise pour tous ceux qui me liront : l'accent tonique s'écrit effectivement comme un accent aigu en espagnol, mais je n'ai pas trouvé le truc pour cet accent sur les O et les A. Donc chaque fois qu'on voit un accent grave sur ces lettres dans mon texte, mentalement il faut le tourner dans l'autre sens. ;)) 

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tison2feu Membre 1 954 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)
il y a 19 minutes, sovenka a dit :

Ah, nous avons un connaisseur :)

Alors je précise pour tous ceux qui me liront : l'accent tonique s'écrit effectivement comme un accent aigu en espagnol, mais je n'ai pas trouvé le truc pour cet accent sur les O et les A. Donc chaque fois qu'on voit un accent grave sur ces lettres dans mon texte, mentalement il faut le tourner dans l'autre sens. ;)) 

Sur iMac , iPhone ou iPad, c'est très facile :  il suffit d'appuyer sur la lettre désirée (du clavier) et de maintenir la touche de cette lettre enfoncée pour voir apparaître un menu avec différentes accentuations proposées.

Modifié par tison2feu

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sovenka Membre 909 messages
Forumeur accro‚ 37ans
Posté(e)
il y a 8 minutes, tison2feu a dit :

Sur iMac , iPhone ou iPad, c'est très facile :  il suffit d'appuyer sur la lettre désirée (du clavier) et de maintenir la touche de cette lettre enfoncée pour voir apparaître un menu avec différentes accentuations proposées.

J'utilise pas ce matériel-là, sorry. Il existe peut-être une méthode sur mon clavier (comme pour le ß allemand) mais je ne la connais pas. Donc soit je renonce à mettre des accents sur les mots espagnols, soit je les mets dans l'autre sens. J'ai opté pour cette dernière solution histoire de marquer malgré tout la place de l'accent tonique. D'ailleurs, des Espagnols dyslexiques qui se trompent de sens avec les accents cela doit bien exister, et pis on les comprend quand même :mouai: 

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tison2feu Membre 1 954 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)
il y a 1 minute, sovenka a dit :

J'utilise pas ce matériel-là, sorry. Il existe peut-être une méthode sur mon clavier (comme pour le ß allemand) mais je ne la connais pas. Donc soit je renonce à mettre des accents sur les mots espagnols, soit je les mets dans l'autre sens. J'ai opté pour cette dernière solution histoire de marquer malgré tout la place de l'accent tonique. D'ailleurs, des Espagnols dyslexiques qui se trompent de sens avec les accents cela doit bien exister, et pis on les comprend quand même :mouai: 

Cela vaudrait la peine alors de faire une petite recherche sur un moteur de recherche pour trouver la façon de taper les accents adaptée à un matériel Windows/Microsoft ! Si je me suis permis d'intervenir, c'est parce que la présentation de tes textes, Sovenka, est soignée sauf sur cette question d'accent écrit qui pique atrocement les yeux de tout hispanisant !

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sovenka Membre 909 messages
Forumeur accro‚ 37ans
Posté(e)

Je sais : ça pique les yeux mais rien à faire : je n'ai pas trouvé comment écrire avec ces accents. J'ai cherché puis quand je suis tombée sur un site malveillant :vava: j'en ai eu ma claque et j'ai laissé tomber. Faudra faire avec l'accent grave, désolée :unknw:

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tison2feu Membre 1 954 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)
il y a une heure, sovenka a dit :

Faudra faire avec l'accent grave, désolée :unknw:

C'est dommage, Sóvéńká ! 

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Lastotchka Membre 223 messages
Forumeur activiste‚ 47ans
Posté(e)

Moi cela pique ma curiosité !

Merci à toi pour ce récit . l'Histoire, comme source de voyages en esprit et sensations .

Porte-toi bien

  • Merci 1

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sovenka Membre 909 messages
Forumeur accro‚ 37ans
Posté(e)

Francisco Hernandez Cordoba révéla le Yucatan mais le mystère sur le continent persistait : était-ce l'Asie ou pas ?

C'est le récit de son expédition qui incita Hernan Cortés à s'y rendre par la suite. Lui poussa son exploration vers l'intérieur du pays, puis jusque dans l'actuelle Californie sur la côte Pacifique.

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