Robert Desnos


satinvelours Membre 65 messages
Forumeur en herbe‚
Posté(e)
J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?
J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.
J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venu.
J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.
 
A la mystérieuse (1926)
 
 Pour moi, Robert Desnos, dans chacun de ses poèmes, fait jaillir des mots une espèce d’électricité qui m’éblouit. Je subis sa poésie, parce qu’elle est la poésie, c’est-à-dire, d’abord un libre jeu des mots par l’effet duquel apparaît, un moment, une réalité nouvelle et plausible.
Et « la poésie peut parler de tout en toute liberté » écrit-il.
 
 
 

 
Modifié par satinvelours

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satinvelours Membre 65 messages
Forumeur en herbe‚
Posté(e)
Loin de moi et semblable aux étoiles, à la mer et à tous les accessoires de la mythologie poétique,
Loin de moi et cependant présente à ton insu,
Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t’imagine sans cesse,
Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.
Si tu savais.
Loin de moi et peut-être davantage encore de m’ignorer et m’ignorer encore.
Loin de moi parce que tu ne m’aimes pas sans doute ou ce qui revient au même, que j’en doute. Loin de moi parce que tu ignores sciemment mes désirs passionnés.
Loin de moi parce que tu es cruelle.
Si tu savais.

Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du poète. Il met vivement le bouchon et dès lors il guette l’étoile enclose dans le verre, il guette les constellations qui naissent sur les parois, loin de moi, tu es loin de moi.
Si tu savais.
...
Loin de moi,
Si tu savais.
Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas, comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier de sortir avec ton image en tête, de sortir de l’univers.
Comme je suis joyeux à en mourir.
Si tu savais comme le monde m’est soumis.
Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.
O toi, loin-de-moi à qui je suis soumis.
Si tu savais.
 
A la mystérieuse (1926)
 
Toujours des monologues haletants, obsédés, à la fois familiers et oratoires, et comme dictés les yeux fermés un soir d’exceptionnelle exaltation par un homme aux prises avec les lieux communs redoutables de la liberté, de la révolte, de l’amour et de la mort.
Toujours du grand style, de l'éloquence, de la rhétorique; celle d'un érotisme aigu et celle d'une sentimentalité d'adolescent, à travers lesquels toujours apparaît la même nostalgie d'un fantôme de femme jamais nommée, aussi violemment désirée qu'idéalisée.
 
 
 
 
 
 

 

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aliochaverkiev Membre 304 messages
Forumeur survitaminé‚ 42ans
Posté(e)

Je viens d'acheter "Corps et biens" ! tu me donnes l'envie de lire Desnos.

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satinvelours Membre 65 messages
Forumeur en herbe‚
Posté(e)
il y a une heure, aliochaverkiev a dit :

Je viens d'acheter "Corps et biens" ! tu me donnes l'envie de lire Desnos.

C’est le magicien des mots.

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satinvelours Membre 65 messages
Forumeur en herbe‚
Posté(e)

Infinitif

Y mourir ô belle flammèche y mourir
voir les nuages fondre comme la neige et l’écho
origines du soleil et du blanc pauvres comme Job
ne pas mourir encore et voir durer l’ombre
naître avec le feu et ne pas mourir
étreindre et embrasser amour fugace le ciel mat
gagner les hauteurs abandonner le bord
et qui sait découvrir ce que j’aime
omettre de transmettre mon nom aux années
rire aux heures orageuses dormir au pied d’un pin
grâce aux étoiles semblables à un numéro 
et mourir ce que j’aime au bord des flammes.
 
Les ténèbres (1927)
 
Il n'est commencement ni fin à ce fleuve de mots qui roule, morceaux miroitants et tout vifs d'un mouvement intérieur. Tant de cris, de confidences, de rêves. A chaque fois tout dire, en un seul poème cent fois recommencé, telle est la loi de cette poésie qui ne veut pas connaitre la réserve, l'exploitation des moyens. Générosité, c'est ce qui frappe d'abord, avec la virtuosité, dans la poésie de Desnos.

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