Aspects de la littérature

satinvelours Membre 81 messages
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 Les personnages sont toujours dans un réflexe permanent de défense par rapport à l’agression potentielle d’autrui. C’est l’impossibilité de se passer de l’autre, la recherche de la communication, la recherche d’autrui, en même temps la hantise d’être exclu, d’être le paria, celui qui n’a plus le droit de parler et en même temps l’exclusion de l’autre.

 L’autre est là à la fois toujours invité et toujours éconduit. Cette ambivalence, c’est tout à fait fondamental pour Nathalie Sarraute. Elle thématise le fait d’avoir transformé la sous conversation en conversation théâtrale. 

 Elle thématise  et elle théorise au colloque de Cerisy en renvoyant aux analyses et au travail sur le cerveau de Jacques Monod. Se référant à Monod  elle dit « On constate en effet que la partie du cerveau qui ne peut fabriquer du langage enregistre beaucoup mieux les sensations, les formes, les dimensions ». Elle tente d’établir une communication entre ces deux parties du cerveau, celle qui enregistre les sensations, les formes, les dimensions et celle qui peut se servir du langage de façon que le langage soit mis au service de cette sensation. 

C’est une œuvre d’une très grande liberté, parce qu’elle refuse les formes convenues, les préjugés. Poser la question du terrorisme du goût, qui revient naturellement à poser la question du terrorisme social, est assez courageux. Elle ne prend jamais la position cuite, de celle qui a raison, de celle qui a trouvé. Elle met en scène des drames, des rapports de force, des rapports d’exclusion ou des rapports d’agression, mais elle-même ne détient jamais la vérité absolue.

C’est une œuvre de liberté sur ce plan là, antiterroriste, et c’est aussi une œuvre anti religieuse au sens très large du terme. Elle s’est toujours battue contre toutes les formes de mythifications, et en particulier elle entre en croisade sur la mythologie du bonheur.

 Dans « Tu ne t’aimes pas » elle démonte le non-sens du cliché « nager dans le bonheur ». Elle prend des stéréotypes de langue pour dénoncer une ineptie dans un premier temps, et ensuite une forme de mythification qui nous enferme dans un devoir être heureux et une nouvelle culpabilité. C’est pour cette raison qu’elle ne s’est jamais laissée séduire par la littérature engagée.

Elle avait toutes les raisons de s’engager, de cautionner la littérature engagée mais ne l’a jamais fait précisément en considérant que l’engagement pouvait être aussi une forme de mythification et pouvait ne pas être au service de la liberté.

 « La littérature engagée à délaissé la réalité inconnue qu’elle a choisie pour la morale et a finalement délaissé la découverte du monde invisible qui constitue l’essence de la littérature ».  D’une certaine façon la morale ou la mythologie du bonheur, ou la question du goût, ce sont autant de risques pour la pensée et de risques pour la liberté qu’elle n’a cessé de dénoncer.

 C’est un écrivain anti systématique. Il est clair qu’il y a un système dans son œuvre qui est une œuvre très cohérente, mais un système contre les systèmes de pensée, de représentations, les systèmes de croyance. 

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satinvelours Membre 81 messages
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 Claude Simon est un prix Nobel de littérature obtenu en 1985. Il partage avec ses camarades du nouveau roman un certain nombre de conceptions à l’égard de la réalité de l’histoire, de la subjectivité. Dans « Le miroir qui revient » Robbe-Grillet donne une définition du réel « Le réel est comme du fragmentaire, du fuyant, de l’inutile, si accidentel même et si particulier que tout événement y apparaît à chaque instant comme gratuit, et toute existence privée de la moindre signification unificatrice. L’avènement du roman moderne est précisément lié à cette découverte, le réel discontinu, formé d’éléments juxtaposés sans raison, d’autant plus difficile à saisir qu’ils surgissent de façon sans cesse imprévue, hors de propos, aléatoire ».

On peut d’emblée poser que l’écriture de Claude Simon peut se reconnaître comme une écriture de nouveau romancier précisément parce qu’on voit dans son travail cette décomposition, cette fragmentation, cette discontinuité dont parle Robbe-Grillet, et plus précisément dans son œuvre romanesque des années 60.

L’œuvre actuelle de Claude Simon des années 80 et 90 a dépassé cette fragmentation au profit d’une recomposition. Le premier mouvement d’atomisation et de décomposition des souvenirs, des fragments de réalité qui sont présentés par le roman simonien sont recomposés dans une vision unificatrice. On peut considérer que l’exemple de Proust, c’est-à-dire le travail de décomposition que se livre d’abord Proust avant de recomposer toute une vie et toute une œuvre, peut servir de modèle au trajet de l’œuvre de Simon.

La biographie de Claude Simon est une matière fondamentale de son œuvre. Il naît en 1913 à Madagascar d’un père officier, issu d’une famille rurale, entré à Saint-Cyr et tué en 1914, et d’une mère issue d’un milieu bourgeois. L’alliance voire la mésalliance des parents est un thème qui revient dans son œuvre, bien qu’il ne soit pas traité sur le mode de la mésalliance. Sa mère meurt en 1924 et Claude Simon est à 11 ans un enfant orphelin. Il bénéficie des rentes que lui assurent les propriétés de sa famille du côté maternel, en particulier des vignobles.

Il mène une vie de dandy au cours de sa jeunesse et fréquente en particulier l’atelier d’André Lhote, un peintre cubiste mais figuratif. L’importance du regard chez Claude Simon, donc des descriptions suscitées par ce regard, la décomposition à laquelle sont soumises ces descriptions peut être mise en rapport avec un apprentissage du regard pictural formé par le cubisme.

Dans les années 30 il parcourt l’Europe. Il s’intéresse, mais sans s’engager, à la cause des républicains espagnols à laquelle il est favorable. Le soupçon pèse de la part des nouveaux romanciers sur l’engagement et sur l’abdication  de la liberté que peut impliquer l’engagement. Pour Claude Simon c’est la perception de la lutte fratricide qu’il y a entre les communistes et les anarchistes à Barcelone en 37.

En 39 sa vie de dandy cesse puisqu’il est engagé dans un régiment de dragons et mêlé à la cacophonie et au chaos de la guerre où il se bat à cheval contre les blindés allemands. C’est le moteur, cette image de l’incongruité de la stratégie française, du roman « La route des Flandres » en 60. 

Il est fait prisonnier, s’évade et à la fin de la guerre commence sa carrière d’écrivain avec en 45 un premier roman, qui est encore relativement classique dans le sens où la chronologie est respectée, « Le tricheur ». À partir de 51 Claude Simon doit rester alité, il fait une expérience d’ordre physique, assez proche de l’expérience proustienne.

 Il découvre l’importance de la vision et du regard que l’on porte sur les choses, l’importance du souvenir et de la tentative de reconstitution d’un souvenir. Le noeud sans doute de l’œuvre de Claude Simon étant la tentative de restitution de l’image du père qu’il n’a jamais connu. 

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satinvelours Membre 81 messages
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Cette entrée en littérature s’associe à une immobilité contemplative et méditative, contemplation et regard sur le réel et méditation d’ordre mémoriel. À partir du « Sacre du printemps », 54, très vite le classicisme encore observable dans Le tricheur s’estompe. La phrase s’amplifie, s’allonge et devient tout à fait démesurée. Dans certains romans comme « Histoire » il n’y a même plus de ponctuation. Dans La route des Flandres il y a quelques points assez rares.

Pour définir l’œuvre de Simon il faut voir la question –de l’écriture de la mémoire puisque toute l’œuvre peut être lue comme une quête mémorielle, –un travail sur la façon de dire ( Sarraute empruntait à  Stendhal son idée sur le génie du soupçon « le génie du soupçon est venu au monde », Simon emprunte à Stendhal une phrase qui est « le sujet surpasse le disant » c’est-à-dire le moyen de dire, il y a un effort et une recherche sur le moyen de dire) – et enfin l’importance de la description.

 Pour entrer dans l’œuvre de Claude Simon qui est difficile il vaut mieux commencer par la fin de l’œuvre et remonter dans le temps. « L’acacia »  publié en 89 aux éditions de minuit–collection minuit double–est un roman magnifique, structuré en séquences. Le roman est totalement acrologique mais il y a des chapitres qui correspondent à des moments datés de l’histoire. On comprend tout le travail sur la mémoire par l’écriture de Claude Simon.

Cela permettra ensuite de lire des textes plus difficilement lisibles comme « Histoire », alors que la matière du roman est la même : cette réflexion sur l’origine et en particulier l’origine familiale. 

Ce qui caractérise, même lorsque le roman est construit, comme dans le cas de L’acacia, en chapitres, avec des dates, une datation très précise qui permet de savoir s’il est question de la première guerre, de la deuxième guerre –première guerre faite par le père – deuxième guerre faite par le fils–, ce qui caractérise même dans ce cas là l’écriture de Claude Simon, c’est la traversée du temps, la dimension achronique.

 Les scènes s’emboîtent, elles n’épousent pas la linéarité successive de l’histoire ou du temps. Les enchaînements se font davantage soit par emboîtement d’images et sur un fonctionnement analogique, une image suscite une autre image, soit par résonance c’est-à-dire par effet de sonorités. C’est la dimension poétique de l’oeuvre.

Dans le discours de Stockholm en 86, Claude Simon dit que le mot est un carrefour de sens mais c’est aussi un carrefour de sons. Dans cette perspective l’écriture est une écriture de la signifiance, de la sonorité des mots et de la musicalité de la langue. Ce fonctionnement, soit par résonance sonore, soit par emboîtement d’images, perturbe la construction linéaire du récit qui cesse d’être linéaire.La perturbation correspond à la définition que lui-même donne du réel : le réel  est un magma confus.

Il y a une métaphore envahissante, la boue. L’image de la boue, et pas seulement dans les Flandres dans laquelle s’est enlisée l’armée française, la boue qu’est la vie, l’existence en général, est tout à fait récurrente. Ce caractère informe de la boue est suggéré par le caractère non linéaire et non organisé d’un point de vue logique du réel. On retrouve cette idée que tout est chaotique et que ce chaos est un désastre, un charnier, dans toute l’œuvre de Simon.

 

 

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