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Doïna Membre+ 11411 messages
Forumeur alchimiste‚
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Bonjour,

Du grec Epiphainos, "apparition", dans le monde chrétien ce jour était initialement considéré comme l'anniversaire du Christ (pas encore fixé au 25 décembre, ce qui a été fait en 350 en Occident) et c'était une fête importante.

Au XV° siècle, c'était ce jour-là qu'on honorait le baptême de Jésus et son premier miracle, qui est celui de l'eau changée en vin aux noces de Cana. On célébrait également l'adoration des Mages, et c'est d'ailleurs tout ce qui est resté de cette fête, qui a beaucoup perdu en importance au fil du temps : pour tout le monde, aujourd'hui, c'est le jour des Rois Mages, de la galette, de la fève et des couronnes en papier, sans plus.

La date de l'Epiphanie correspond à la fête bouclant les douze jours sacrés qui suivaient le solstice d'hiver dans le monde antique : c'était un jour consacré à Dionysos chez les Grecs, à Osiris et Isis chez les Egyptiens (qui révéraient la déesse Isis après avoir pleuré la mort d'Osiris). Chacun des douze jours précédemment cités correspondait en outre à une divinité souveraine chez les Grecs.

Chez les Romains, on fêtait lors de cette période les Saturnales, dédiées au dieu agraire Saturne et qui duraient sept jours. Cela donnait lieu à des réjouissances, des banquets, et la licence était de mise : les gens étaient dispensés de travailler, n'avaient plus de retenue, se livrant aux plaisirs partout dans les rues. On ne respectait d'ailleurs même plus la hiérarchie : maîtres et esclaves pouvaient échanger leurs rôles, car l'autorité des uns sur les autres étaient totalement suspendue. On voyait alors des esclaves clamer haut et fort le fond de leur pensée, critiquer ouvertement leur maître, voire se faire servir par eux. Surtout, l'on procédait à des tirages au sort avec des vraies fèves, car il fallait élire un roi d'un jour. Celui qui trouvait la fève était dès lors couronné. Tous sans exception, fussent-ils maîtres ou esclaves, se devaient par conséquent de lui obéir. Le roi régnait en souverain le temps d'une journée, tous ses désirs étaient exaucés, et on lui devait bien cela puisqu'à la fin, il était sacrifié, mis à mort si vous préférez.

L'Eglise a mis un terme à ces sacrifices païens, mais pas à la coutume des rois qui est parvenue jusqu'à nous.

Jadis, ceux du clergé étaient les premiers à prendre part à ces amusements : dans chaque cathédrale, la veille de l'Epiphanie, les chanoines élisaient un roi parmi eux, l'installaient en grande pompe sur le maître-autel et chacun venait lui offrir des cadeaux. Après quoi ils allaient tous faire ripaille. Les ouailles ont à leur tour reproduit ce dont ils avaient été témoins dans les lieux de culte et se sont mis à élire des rois grâce à une fève glissée dans la pâte ou la garniture d'un gâteau.

La tradition voulait que le plus jeune garçon de l'assistance monte sur la table, ou mieux : se cache dessous. Le doyen des convives coupait les parts du gâteau ou de la galette, puis l'enfant devait désigner celui à qui elle devait revenir, parfois en ces termes : Phoebes domine ? = Seigneur Phoebus ? (Phoebus étant le dieu du soleil dans la Grèce antique). La première était pour le bon Dieu (ou pour la Vierge, ou encore dite "part du pauvre"), et on la mettait de côté pour la donner au premier pauvre venu, ce qui ne traînait jamais car il y avait toujours dans le coin des mendiants attendant après. Refuser cette part à des miséreux aurait porté préjudice aux récoltes de toute façon !

Le duc Louis de Bourbon (fin du XIV°, début du XV° siècle), dans sa grande piété, faisait roi un enfant de huit ans, le plus pauvre que l'on trouvât dans toute la ville. Il le vêtait d'habits royaux et lui laissait ses propres officiers pour le servir. Le lendemain, le petit mangeait encore à la table ducale. Le duc lui donnait quarante livres auxquels tous les chevaliers de sa cour ajoutaient chacun un franc, et les écuyers un demi-franc. La somme montait à près de cent francs que l’on donnait au père et à la mère pour que leur enfant fût élevé à l’école.

Dès le XIII° siècle, la fève a gagné une réputation d'heureux présage, notamment celui d'attirer les faveurs du roi ou autres dignitaires de la cour, et bien entendu on était contents de la trouver : les temps avaient donc bien changé depuis les Romains ! Il n'était alors pas rare que ces fèves aient la forme d'un fer à cheval ou d'un trèfle à quatre feuilles. Ceux qui la trouvaient dans leur part la conservaient pieusement dans leur poche pour qu'elle les protège toute l'année durant.

Le roi pouvait choisir sa reine, bien qu'en Russie et en Italie, on pensait à placer dans le gâteau une fève noire pour le roi, et une blanche pour la reine.

Les fèves en porcelaine ont fait leur apparition au XVIII° siècle, représentant la plupart du temps des petits Jésus.

medium_feves.jpg

Ci-dessus, collection de fèves (passion des fabophiles) : en biscuit, en porcelaine, en plastique... il en existe même en or !

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La Révolution française a bien manqué avoir raison de la bonne galette des rois (rien que le nom, pensez !) : un certain Pierre Louis Manuel, du haut de la tribune de la convention, tenta en effet de l'interdire, alors qu'elle avait pris le nom de "galette de l'égalité", avec des fèves en forme de bonnets phrygiens. En vain : la galette a été la plus forte, et si son interdiction a été de courte durée, Pierre Louis Manuel, lui, a été guillotiné. Bien vite, la galette est revenue sur les tables par la suite.

Actuellement, entre 97 et 85 % des Français consomment de la galette des rois pour l'Epiphanie.

(Source : le Livre des Superstitions, Eloïse Mozzani, éditions Robert Laffont + Wikipédia).

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