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Doïna Membre+ 10793 messages
Forumeur alchimiste‚
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Bonjour,

Quel que soit le calendrier, le passage d'une année à l'autre a toujours été un moment important, qui jadis était accompagné de rites propitiatoires et conjuratoires. Le nouvel an est qui plus est le jour férié le plus ancien.

Les premières célébrations de passage dans la nouvelle année connues remontent à 2000 ans avant notre ère dans la ville de Babylone : là, c'est au printemps, un jour correspondant à la fin du mois de mars, qu'avait lieu le nouvel an. Les célébrations commençaient lorsqu'un grand prêtre, levé avant l'aube, se purifiait dans les eaux de l'Euphrate avant de sacrifier au dieu de l'agriculture Marduk, pour qu'il garantisse de bonnes récoltes. Ensuite, on frottait les murs du temple avec l'arrière-train d'un bélier décapité afin d'absorber toutes les impuretés qui pourrait affecter le saint lieu et, par extension, les récoltes à venir. Cette cérémonie était appelé kupurru, un terme que l'on retrouve à peu près à la même époque chez les Hébreux où il porte le nom de Yom Kippour (=Grand Pardon), et qui existe encore aujourd'hui. Les Babyloniens profitaient de ce jour pour consommer une énorme quantité de nourriture, de vins et d'alcool, tant par plaisir qu'en hommage à Marduk. Ils prenaient également leurs bonnes résolutions pour l'année. Un jeu de mimes masqués était présenté le sixième jour en hommage à la déesse de la Fertilité. Ce spectacle était suivi d'un somptueux défilé, rehaussé de musique, de costumes et de danses, qui partait du temple pour s'achever à la périphérie de la ville dans un édifice spécial : la Maison du Nouvel An, dont les archéologues ont retrouvé les vestiges.

Ci-dessous, le dieu Mardouk en grand architecte de l'Univers, assis sur son trône :

mardouk.jpg

Dans l'Antiquité, il était de tradition de faire du bruit, notamment avec des cors et des tambours, pendant la nuit du nouvel an pour chasser les mauvais esprits. Un exorcisme sensé placer l'année sous les meilleurs auspices, donc.

En Chine, à partir du III° siècle avant notre ère, on expulsait les esprits pestilentiels afin de "reconduire le vieux et d'aller au-devant du neuf". Les forces mauvaises étaient boutées hors la communauté par de jeunes garçons porteurs de torches et se livrant à la danse des douze animaux du zodiaque. Ils étaient ensuite relayés par une troupe de cavaliers s'emparant des torches pour aller les jeter à la rivière en même temps que toutes les pestilences qui s'y étaient agglomérées. On coupait même les ponts pour s'assurer qu'elles ne reviennent pas en remontant le courant.

Au Tibet, les prêtres jetaient dans des bûchers allumés des papiers sur lesquels chacun avait noté les événements malheureux de l'année écoulée : la fumée se chargeait d'emporter au loin la malchance.

En Perse, le prince recevait des offrandes symbolisant la nouvelle année. Les Perses, aujourd'hui les Iraniens, fêtent No Rouz (= nouveau jour) depuis 3000 ans à l'équinoxe de printemps.

Dans la Grèce antique, on représentait le nouveau cycle annuel par un petit enfant. C'est de là que prendrait source la coutume apparue en Allemagne au XVI° siècle, consistant à envoyer des cartes de vœux avec cette particularité de figurer des nouveau-nés emmaillotés dans des langes et portant sur la poitrine une bannière sur laquelle était inscrit "Meilleurs vœux pour la nouvelle année". Les immigrants allemands importèrent cette tradition outre-Atlantique. Mais revenons-en à l'Antiquité : Les Romains, qui au départ fêtaient le nouvel an le 1er mars, puis le 25 mars, avant de le fixer le 1er janvier en 153 avant notre ère, adressaient à la déesse Anna Perenna (signifiant probablement l'Anneau des années) tandis que le consul honorait Jupiter au Capitole. Ils dédiaient ce jour à Janus, dieu des clés, des portes, des fins et des commencements. Janvier trouve son étymologie dans le nom de cette divinité au double visage : l'un regardant vers le passé, l'autre vers l'avenir.

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Ci-dessus : le dieu Janus

Nous devons aux Romains le mot "étrenne", du latin strena, désignant le don de bon augure. Les étrennes sont associées aux rites de la première fois (=étrenner), communs à bon nombre de peuples. Strena était une divinité féminine, elle avait son bois consacré où les Romains venaient chercher matière à confectionner des cadeaux porteurs de sa bénédiction à offrir aux personnes de mérite à l'occasion du nouvel an. Les pièces et médailles étaient aussi des gages d'amitié appréciés.

Lorsque le christianisme se fut imposé, l'Eglise interdit aux chrétiens de fêter le Nouvel an, tenu pour païen et impie. Elle tenta de combattre également la tradition voulant que ce jour-là, chacun disposât devant sa porte des tables chargées de viande pour les passants ainsi que des présents superstitieux pour les esprits. C'était sans doute un résidu de ce culte que les Romains rendaient le jour de l'an aux divinités qui présidaient aux petits cadeaux d'amis. Sous le règne de Charlemagne, l'Eglise condamna évidemment ces présents, les qualifiant d'étrennes du diable.

Autrefois, les enfants passaient quêter leurs étrennes. En France, ils étaient alors munis d'une baguette, l'aguillaneu, ou guillanette, guillaneu, etc., symbole de fécondité.

Or les efforts du clergé pour mettre un terme à cette fête païenne finirent par porter leurs fruits puisqu'il fut une époque où l'on ne la célébrait plus. Ou alors, quand on le faisait, c'était à des dates différentes, non seulement d'un pays d'Europe à l'autre, mais d'une province à l'autre au sein même de ces pays, France incluse.

Au Moyen-Âge, on pouvait néanmoins transmettre aux personnes qui nous étaient chères des cartes de vœux peintes à la main et accompagnant un petit cadeau. La tradition s'est perdue au XVI° siècle en France, pour revenir au XVIII° siècle.

En 1564, un édit de Charles IX fixa le début de l'année au 1er janvier alors qu'il avait lieu le 1er avril. C'est cet évènement qui est à l'origine du jour des farces et des poissons d'avril.

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Ci-dessus : carte de vœux du peintre John Callcott

En 1843, l'Anglais John Callcott dessina la première carte de vœux moderne. Dès 1860, ces cartes se généralisèrent, encouragées par le timbre-poste (inventé en 1840). L'apparition de la photographie influença du tout au tout les cartes de vœux, et la guerre de 14/18 nous en a légué de très belles que les soldats pouvaient envoyer à leur famille, leur fiancée, et vice-versa.

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Maintenant, on peut même s'envoyer des cartes virtuelles !

De nos jours, l'année nouvelle est saluée à grand renfort de vacarme (klaxons, pétards, feux d'artifice...), de bonne chère, d'alcool et de divertissement, ce qui n'est pas sans rappeler tous ces rites ancestraux. Sans oublier toutes ces bonnes résolutions que nous ne prendrons pas... Bien des croyances sont restées attachées à ce jour, qui diffèrent d'un pays à l'autre. On dit par exemple que ce que quelqu'un fait le 1er janvier, en bien ou en mal, le marquera pour le restant de l'année. Si l'on est actif ou de bonne humeur, on le restera donc toute l'année, mais si par malheur on pleure ce jour-là... vous avez compris la suite ! On dit encore que balayer le jour de l'an équivaut à balayer la chance. Le premier visiteur, la première personne à vous souhaiter la bonne année ont leur importance aussi : un jeune homme beau et bien portant amènera chez vous amour, chance, bonheur et bonne santé, alors qu'une personne âgée ou un pauvre sont de mauvais signes, un agent de police augure un procès dans l'année, etc.

(Source principale : le Livre des Superstitions, Eloïse Mozzani, éd. Robert Laffont)

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