"Depuis que tu es à l'Elysée je suis inquiet"


fouchtra Membre 1 057 messages
Forumeur alchimiste‚
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EXTRAITS

François Léotard : "Depuis que tu es à l'Elysée je suis inquiet"

Au cours de leur vie politique, les deux hommes se sont croisés et appréciés. Mais aujourd'hui François Léotard, qui publie chez Grasset un texte au titre sans équivoque "Ca va mal finir", dresse un réquisitoire impitoyable sur l'action du Chef de l'Etat.

Ca a débuté comme ça. Une élection, une fête, du Champagne. Et du chiffre d'affaires au mètre carré. C'était pétillant. Je n'allais pas bouder mon plaisir puisque j'avais voté pour lui. [...] Naturellement mon cote gaulliste avait quelques regrets. La France prenait des allures de grande surface, et parmi les candidats mon produit était en tête de gondole. La publicité et les promesses s'accompagnaient l'une l'autre comme deux petites voleuses qui font les sacs à main. Ensemble tout était possible. J'étais heureux qu'on soit ensemble. C'est étonnant comme on aime à croire ce qui n'est pas croyable.

Il a fallu plusieurs mois pour entendre parler de faillite. L'homme de Matignon, Mon le velouté, s'était laissé aller. Faillite ! C'est un mot que l'on aurait aimé entendre au mois de mars, avant l'élection... Au moment des giboulées. On s'y serait fait. Moi, je pensais à Churchill : "Je n'ai à vous offrir que de la sueur, des larmes et du sang." Et Londres bombardée tous les soirs. Nous, on allait très bien. Merci. La dette faisait à peu près l'équivalent du budget de l'Education nationale. Les intérêts seulement ! Pas le capital. Je me disais : ça va être bien. On pourra faire deux fois plus de lycées... Il suffira de rembourser ce que nous devons, de revenir à l'équilibre et le tour sera joué ! D'autres le font autour de nous. C'aurait été une promesse de grande qualité. Un millésime rare au rayon de l'¿nologie politique. J'avais oublié que la dette, c'est comme la morphine : du bonheur immédiat ! On a donc choisi la béatitude. [...] Dès le lendemain on ne fut pas déçu : la retraite monastique bercée par le clair de lune sur un scénario de Fitzgerald, le clapotis des flots au large de Malte, puis aussitôt après le déferlement des milliardaires, la chasse aux nigauds baptisée modestement "ouverture", les infirmières bulgares, le drapeau tricolore relooké par Prada, les intermittences du c¿ur sous les ombrages de la Lanterne, un gouvernement tétanisé par les engueulades, les escapades à Saint-Tropez, enfin les bien-aimés du pouvoir, le gratin du Bottin mondial : Chavez, El-Assad, Kadhafi, Poutine... les cancres du passage en terminale de la démocratie. Je commençais, petit à petit, à bouffer mon bulletin de vote. [...] Sarkozy, c'est Glenn Gould en moins délicat. Il joue avec les mots sur son piano. Un artiste. Comme l'interprète canadien, il accompagne ses partitions de soupirs, de mouvements du visage qui donnent à la pièce jouée la permanente allure d'un chef-d'¿uvre. Mais ce n'est pas du Bach.

Prenons l'exemple de ses rapports avec la police. Ils ont séduit une droite qui ne plaisante pas avec ces choses-là, ils ont alimenté ses nombreux discours, et sans doute, comme pour tous les enfants, marqué son parcours. Voilà une institution qu'il aime. Il s'y plaît. [...] Sarkozy ne parle pas de la police. Il est la police. Il est l'ordre. L'ordre seulement, mais l'ordre complètement. Sa doctrine est faite : les loubards des banlieues n'ont pas de problèmes sociaux, ni de logement, ni de culture, ni d'emploi. Les pédophiles n'entrent pas dans la catégorie de l'acquis mais dans celle de l'inné, les récidivistes que la prison a largement amochés doivent y retourner le plus vite possible. Ils ont été jugés ? Aucune importance. Pour le même délit, déjà purgé, on va inventer 'un suivi' en milieu fermé, c'est-à-dire une deuxième prison qui s'ajoute à la première, mais sans jugement. A quoi bon ? C'est l'Etat qui doit décider, c'est-à-dire l'exécutif, c'est-à dire la police. Il semble que notre président n'ait lu ni Tocqueville, ni Montesquieu, ni Benjamin Constant, il semble que la séparation des pouvoirs lui soit une énigme. Si l'on rend la justice Place-Beauvau, ce sera plus rapide. Et surtout plus près de l'Elysée. [...] On se souvient qu'il répétait volontiers qu'on ne faisait appel à lui que dans les moments désespérés. Alors il arrivait, soulevait le RPR et l'exaltait en quelques jours, redressait le budget de la nation, rendait à la police la confiance qui lui manquait. [...]

C'est vrai, on aurait dû se méfier. Dans le monde sauvage des animaux politiques, il ne faut pas être sur le passage d'un prédateur. Je le sais, j'ai traversé imprudemment la savane. Chirac était un carnassier débonnaire. Avec lui, on était mort, mais c'était sans rancune. Chacune de ses victimes, antilope déchiquetée et consentante, devenait digne d'une amitié nouvelle définitivement inoffensive. Avec Sarko, c'était différent. Le fauve avait - si l'on peut dire - une mémoire d'éléphant. Un jour, me parlant justement de Chirac, il m'avait dit : "François, n'oublie jamais ceci : je suis fidèle à mes ennemis." J'en ai encore froid dans le dos. L'ouverture n'a rien changé à cela. Elle donne à la victime un côté comestible qui la fait s'aplatir avec une docilité déconcertante. La douceur de Jack Lang dans ses approches concentriques du pouvoir fait penser aux roucoulements des pigeons qui ne voient pas, dans la casserole, les olives dont ils seront bientôt entourés. [...] Et je crains que la belle histoire qui nous est racontée du haut de l'Elysée ne se termine mal. Parfois je ne peux empêcher un certain malaise de venir en moi. J'essaie de le chasser et il revient. Je prends un livre et ça revient de plus belle. [...] Depuis que tu es à l'Elysée je suis inquiet. Qu'est-ce qui t'a pris exactement ? Je lis dans un journal que désormais la police française arrête des enfants... J'ai suivi avec consternation le morceau de Grand-Guignol qui t'a mis dans les bras de Kadhafi... J'apprends que tu as une «plume» qui te fait dire des bêtises... Il paraît que tu n'écoutes plus ceux qui t'entourent... Tu aurais même traité mon ami Martinon d"'imbécile"... Et ce pauvre Mon avec ses beaux yeux de labrador... C'est pas bien tout ça, Nicolas. Je te le dis parce que nous avons grandi ensemble. [...] Et puis ces histoires d'ADN pour le regroupement familial, ce n'est pas toi ! Tu t'es fait déborder par quelques malades de l'UMP Des frénétiques... [...]

Tu as eu raison de citer Guy Môquet. Cette jeunesse-là, intacte et fervente, qui s'abat d'un seul coup, laissant derrière elle le grand silence du courage, cette jeunesse-là, elle est belle et sans doute plus belle que la nôtre... J'aurais aimé qu'à côté de Guy Môquet tu cites Aragon, celui de 'l'Affiche rouge'. Parce qu'il parle de Manouchian et que le poème d'Aragon est lové dans l'écriture de la dernière lettre du futur fusillé. Pourquoi dis-je cela ? Parce que ces étrangers "mais nos frères pourtant" ont davantage honoré la France que ces "bons Français" qui tranquillement la salissaient à Vichy. Parce que ce sont souvent des étrangers qui ont aimé notre pays plus que nous ne l'avons fait. Parce qu'ils portaient "des noms difficiles à prononcer", parce qu'ils considéraient que peut-être dans le mot France il y avait un désir de droit et - qui sait - une résistance cachée.

"Ca va mal finir", par François Léotard, Grasset, 138 pages, 10 euros.

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Grisaille Membre 34 messages
Forumeur balbutiant‚ 34ans
Posté(e)

J'ai lu je ne sais plus ou qu'un journaliste du Figaro Littéraire a écrit un pamphlet féroce sur Sarkozy intitulé " Il faut qu'il parte" et ça devrait sortir en Mars.

J'espère que ma mémoire ne me joue pas des tours :snif:

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esperanza42 Membre 655 messages
Forumeur forcené‚ 108ans
Posté(e)

et Léotard il a fini son mur ?

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transporteur Membre 23 297 messages
forumeur révolutionnaire‚ 44ans
Posté(e)

Léotard avec son "le rock est une musique subversive" :snif: .

Par contre son analyse est intéréssante vus qu il connais le phénoméne.

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GMB Membre 3 867 messages
Gentil Mignon Bisounours‚ 40ans
Posté(e)
J'ai lu je ne sais plus ou qu'un journaliste du Figaro Littéraire a écrit un pamphlet féroce sur Sarkozy intitulé " Il faut qu'il parte" et ça devrait sortir en Mars.

J'espère que ma mémoire ne me joue pas des tours :snif:

:snif: si même les journalistes du figaro s' y mettent...

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AGM Membre 5 933 messages
Le loup dans la bergerie.‚ 30ans
Posté(e)

Parce que ces étrangers "mais nos frères pourtant" ont davantage honoré la France que ces "bons Français" qui tranquillement la salissaient à Vichy. Parce que ce sont souvent des étrangers qui ont aimé notre pays plus que nous ne l'avons fait. Parce qu'ils portaient "des noms difficiles à prononcer", parce qu'ils considéraient que peut-être dans le mot France il y avait un désir de droit et - qui sait - une résistance cachée.

j'aime bien ces phrases :snif: je sais pas pourquoi :snif:

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Pheldwyn Membre 11 160 messages
Explorateur de Nuages‚ 39ans
Posté(e)

Oui, je dois avouer que Léotard me surprend là ...

... mais c'est une très bonne analyse (tellement criante, de toute façon).

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Grisaille Membre 34 messages
Forumeur balbutiant‚ 34ans
Posté(e)
si même les journalistes du figaro s' y mettent...

J'ai retrouvé le lien : http://livres.lexpress.fr/dossiers.asp?idC=13500&idR=4

«Pourquoi je ne publierai rien sur Carla!»

par Delphine Peras

Par Jean-Marc Roberts, directeur des éditions Stock.

«Les livres comme celui d'Anna Bitton sur Cécilia ne sont pas mon genre de beauté. Je ne sais pas faire. On m'a récemment proposé un livre sur Carla Bruni, mais j'ai refusé. Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, c'est Louis de Funès qui emballe Brigitte Bardot. C'est risible... Moi, je n'édite que de vrais livres politiques: soit des livres d'enquête comme Une famille au secret, sur la deuxième famille de François Mitterrand, pour lequel les journalistes Ariane Chemin et Géraldine Catalano ont rencontré au moins 80 témoins; soit des livres d'entretiens, comme celui de François Hollande avec Edwy Plenel; ou encore les Mémoires de Simone Veil. Je vais publier le 29 avril un livre extrêmement violent sur ce petit homme qui nous gouverne, un vrai pamphlet sur ses idées, intitulé Il faut qu'il parte, signé Sébastien Lapaque, journaliste au Figaro littéraire, dont le coeur bat vraiment pour Péguy et Bernanos. Tous ces livres autour de Sarkozy marchent, car nous sommes à mon avis dans une époque compulsive, à son image. Il y a là quelque chose d'effrayant.»

Si ça intéresse quelqu'un....

Modifié par Grisaille

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transporteur Membre 23 297 messages
forumeur révolutionnaire‚ 44ans
Posté(e)

Il allait quand même pas dire "casse toi pauvre pétasse" c est pas lmême chose quand c est une femme en face.

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transporteur Membre 23 297 messages
forumeur révolutionnaire‚ 44ans
Posté(e)

Marrant :snif: mais totalement intolérable de la part d un chef d état.

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yves-1902 Membre 5 847 messages
Forumeur alchimiste‚ 56ans
Posté(e)
Marrant :snif: mais totalement intolérable de la part d un chef d état.

Et encore, je t'ai pas montré celle Clinton avec Monika, mais celle-là je me la réserve (la vidéo bien sûr !) :snif:;):o

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