Aller au contenu

Ultime Occupation


151 vues

Il faut s'occuper de nos vieux
Qu'ils aient de la joie avant tout
Orgasmes, plaisirs insidieux
Mains secourables : bouches-trous

Il faut s'occuper de nos vieilles
Qu'elles s'évadent de l'EHPAD
Que leurs muqueuses soient merveilles
De nouveau : vermeils hit-parades

Il faut s'occuper de nos ruines
Profiter de leur expérience
De sans dents — antiques coquines
Porteurs de couche, éveil des sens

Un jour, tu en seras aussi
De la cabale, du parti
Découvres-toi gérontophile
Si tu meurs avant ? Nécrophile !

 

Il faut s'occuper de nos vieux
Qu'ils jouissent avant le non-être
Eux aussi eurent des aïeux
S'en sont-ils occupés ? Peut-être

Il faut s'occuper de nos vieilles
Elles aussi eurent jeunesses
D'orgies : drogues, nuits sans sommeil
Sexe à plusieurs, ou bouillabaisse

Il faut s'occuper de nos ruines
Leur éviter la solitude
Leur offrir un présent génuine
Sensuelle sollicitude

Un jour, tu en seras aussi
Du cercle, de la coterie
Où la vie ne tient qu'à un fil
Où l'absurde mort se profile

 

Il faut s'occuper de nos vieux
Qui sont nos jumeaux, dans ce jeu
Du temps qui fuit, perdus cheveux
Bouquet de rides grisailleux

Il faut s'occuper de nos vieilles
Altruisme, direction soleil
Caresse appuyée au réveil
Zone érogène sans pareille

Il faut s'occuper de nos ruines
Ultime occupation gredine
Mieux voir où s'en vont nos bobines
Bientôt, demain : mise en sourdine

Un jour, tu en seras aussi
Du clan, voudras de la magie
De l'amour contre les
plégies
Tendresse contre les folies

Modifié par Tequila Moor

4 Commentaires


Commentaires recommandés

Merci @Phylou je ne connaissais pas Henri Tachan. Qui porte mal son nom, d'ailleurs, vu qu'il est plutôt décapant... Je pense que je vais beaucoup l'écouter. :bo:

 

Modifié par Tequila Moor
Lien vers le commentaire

Oui il faut s'occuper de nos vieux car ils arrivent là où il sont étrangers, là où un jour peut-être nous irons aussi.

Merci.

 

J'arrive où je suis étranger

Rien n'est précaire comme vivre

Rien comme être n'est passager

C'est un peu fondre pour le givre

Et pour le vent être léger

J'arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière

D'où viens-tu mais où vas-tu donc

Demain qu'importe et qu'importe hier

Le cœur change avec le chardon

Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe

Touche l'enfance de tes yeux

Mieux vaut laisser basses les lampes

La nuit plus longtemps nous va mieux

C'est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne

Mais l'enfant qu'est-il devenu

Je me regarde et je m'étonne

De ce voyageur inconnu

De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence

Mais pas assez vite pourtant

Pour ne sentir ta dissemblance

Et sur le toi-même d'antan

Tomber la poussière du temps

C'est long vieillir au bout du compte

Le sable en fuit entre nos doigts

C'est comme une eau froide qui monte

C'est comme une honte qui croît

Un cuir à crier qu'on corroie

C'est long d'être un homme une chose

C'est long de renoncer à tout

Et sens-tu les métamorphoses

Qui se font au-dedans de nous

Lentement plier nos genoux

Ô mer amère ô mer profonde

Quelle est l'heure de tes marées

Combien faut-il d'années-secondes

À l'homme pour l'homme abjurer

Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n'est précaire comme vivre

Rien comme être n'est passager

C'est un peu fondre pour le givre

Et pour le vent être léger

J'arrive où je suis étranger.

Louis Aragon

  • Like 2
  • Merci 1
Lien vers le commentaire
Ajouter un commentaire…

×   Collé en tant que texte enrichi.   Coller en tant que texte brut à la place

  Seulement 75 émoticônes maximum sont autorisées.

×   Votre lien a été automatiquement intégré.   Afficher plutôt comme un lien

×   Votre contenu précédent a été rétabli.   Vider l’éditeur

×   Vous ne pouvez pas directement coller des images. Envoyez-les depuis votre ordinateur ou insérez-les depuis une URL.

Chargement
×