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Eté 83 (journal d'un sociopathe, partie 6)


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Mitterrand, Mauroy, Delors : tournant de la rigueur.

Par chez nous : rien à branler.

Dans l'immense terrain vague, on cassait tout ce qui tenait encore debout, on y coursait chiens et chats, on s'amusait à grimper sur le seul figuier ayant eu l'idée saugrenue de pousser là.

On y cachait nos menus larcins, tel ce vélo volé dans l'enclos de l'école voisine, vélo volé à un surveillant que l'on détestait.

On chipait des gâteaux à travers la grille arrière du boulanger, quand il avait l'imprudence de laisser ses porte-plateaux trop près de la sortie.

Au jardin pour enfants, on grimpait au toboggan : au lieu de descendre par la glissière on sautait à bas, côté escalier, s'éclatant le dos sur la dernière marche une fois sur 10.

Au jardin encore, on conquérait l'amourette d'une petite avec un collier de bonbons, on l'embrassait dans les fourrés pour ne pas être repérés par sa mère sans espoir de le revoir jamais, sa mère l'emmenant jouer ailleurs la prochaine fois.

Au jardin toujours, on s'allongeait sur les bancs pour calmer l'indigestion qui pointait, à force d'avoir récupéré des bons de promotion pour hamburgers gratuits, puis être retourné 15 fois de suite au fast-food à s'en faire péter la panse.

Quand l'un de nous chopait de l'argent, on achetait des pétards, des fusées d'artifices, des fontaines de lumière, puis on les allumait en pleine rue : même les adultes prenaient peur.

On rentrait sans payer au cinéma, s'introduisant dans la salle via les portes de sortie, pour regarder les films interdits, pour nos âges ou les autres.

On se prenait pour des castors juniors, on était surtout butors pas seniors.

Question, après ce tableau beau : faut-il continuer à procréer ?

Allons allons, bien entendu !

Quand les premières famines arriveront, il sera de bon ton d'avoir quelques enfants au garde-manger.

Comme tournant de la rigueur, ce sera autre chose que Mitterrand.

Zut, je suis trop cru.

Donc, version politiquement correcte : il faudra d’abord apprendre aux enfants à désosser, et cuire la viande.

Puis, le moment venu, se résigner à prendre sa place de tendre parent dans le congélateur familial.

De la tendresse naît la tendreté.

Autre question, de circonstance : en nous, qu'est-ce qui mériterait d'être transmis ?

Difficile de savoir ce qui mériterait de nous survivre, de savoir ce qui le vaudrait bien.

De mon côté, j'ai assez de capacités à la déprime pour pourrir la vie de plusieurs personnes.

Mais je ne sais, vraiment, si ça vaut le coup de transmettre ceci à mes descendants bien que cela leur ferait les pieds, à tous ces butors qui n'existeront jamais.

Sans doute faudra-t-il léguer à la science ce cerveau atrophié en sérotonine : voilà belle façon de servir l'humanité, même si cette salope ne me mérite pas.

Bon, elle ne démérite pas tant que ça : l'humanité sut toujours recycler ses plus beaux étrons.

Voyez le socialisme.

3 Commentaires


Commentaires recommandés

Un merci pour cet élan qui sort du cadre de la poésie habituelle.

Rien ne va plus, si tant est que quelque chose ait été bien à un moment dans cette vie. Ah si ! L'innocence.

"Zut, je suis trop cru." J'hésite avec cynique, j'aime bien ce mot ^^.

"De mon côté, j'ai assez de capacités à la déprime pour pourrir la vie de plusieurs personnes." Pourrir est un bien grand mot, mais induire la déprime, oui, peut-être, et pourtant je souris en écrivant ça :).

Bon, c'est bien écrit, évidemment.

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J'imagine une bande de petits loubards — dont le plus grand ferait 1m20 — et dont le fait d'armes est d'avoir, un jour, noué ensemble les lacets des chaussures de toute la classe pendant que ces autres étaient en éducation physique et sportive. On l'entend, caché dans un angle mort, glousser de ce menu méfait !

:)

...par contre, un peu plus tard, avec un couteau à désosser et un fusil de boucher... :o

  • Merci 1
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Il y a 10 heures, Etaine a dit :

Un merci pour cet élan qui sort du cadre de la poésie habituelle.

Rien ne va plus, si tant est que quelque chose ait été bien à un moment dans cette vie. Ah si ! L'innocence.

"Zut, je suis trop cru." J'hésite avec cynique, j'aime bien ce mot ^^.

"De mon côté, j'ai assez de capacités à la déprime pour pourrir la vie de plusieurs personnes." Pourrir est un bien grand mot, mais induire la déprime, oui, peut-être, et pourtant je souris en écrivant ça :).

Bon, c'est bien écrit, évidemment.

De rien, de rien. :) J'espère n'avoir pas trop malmené l'innocence avec ce texte. Vu qu'on peut être un petit butor et pourtant ne pas penser à mal, même si on agit mal : ce qui est une définition possible de l'innocence.

Oui j'aurais pu mettre cynique, mais c'était aussi une façon de dire qu'il ne fallait pas croire tout ce que je raconte. ^^

Effectivement, j'espère inoculer la déprime chez les moins résistants de mes lecteurs : cela me permettra de les nommer immunodéprimés... Mais je suis content que cela te fasse plutôt sourire. :happy:

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