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Vertige.

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Vous vous réveillez en sueur et dans le noir. Quelque chose ne va pas. Une sensation diffuse; l'oppression vague et la certitude qu'il y a là une Présence.

De longues secondes pour deviner les contours des objets dans la pièce, ciller la pénombre. Vous redoutez que l'une des formes soudain s'anime; vous redoutez que tout s'envenime. L'impression ne part pas; le front est en nage — par fièvre ou terreur. Est-ce la maladie? Un grand haut-le-cœur vous interroge encore. — La sensation d'une mort imminente. Pourtant vous vivez.

La paralysie s'amenuise; vous vous redressez. Les draps sont lourds — trempés... comme dans un cauchemar. Chaque mouvement vous donne l'impression de voir flou; une torpeur étrange qui étreint tous les membres du corps. Une enclume silencieuse sur laquelle s'abat, régulier, le marteau de l'éveil, rythmé... rythmé par vos battements de cœur! Le sang est-il si lourd?

Les yeux ne s'habituent pas à la pénombre — les pupilles n'obéissent plus aux lueurs. Tout est incertain et se trouble encore, par palpitations. Par contre... votre odorat semble vif et affiné. Il perçoit tout dans la pièce et même au-delà; aiguisé, il distingue chaque nuance enveloppant la bâtisse et les bois. Chaque touche boisée, chaque feuille de pin en aiguille... les dernières notes de l'encens de la veille; commiphore, huiles essentielles d'orange et d'agrumes orientaux — yuzu, pomelo... le vernis passé il y a des mois sur le meuble en acacia flotte encore quelque part dans l'obscurité. La gouache séchée sur de vieilles esquisses. — La sueur sur le lit, bien sûr...; mais il y a une autre fragrance dans la pièce. Le sens accru capture aisément ce parfum peu familier qui trahit la présence; l'odeur si subtile ne peut pas se dissimuler tout à fait: le soufre et le fauve.

Vous vous rappelez...

— Vous aviez pris l'une des cartes, face retournée, au hasard. Le vœu et la question ont été formulés intérieurement — mais dans le silence, c'était un son clair, une proclamation solennelle à l'intérieur du crâne.

Vous aviez attendu — l'instant avait revêtu un aspect sacré, cérémoniel. Chaque seconde amplifiait la signifiance du choix — alors même que la carte était, elle, déjà entre vos doigts. Il fallait la retourner et enfin découvrir l'énigme et l'oracle. Votre main finit par trembler, vous vous en rappeliez bien. — Maintenant aussi, vous revoyez l'arcane.

XV — Le Diable.

Et cette nuit, le Diable était venu.



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2 Commentaires


Commentaires recommandés

Encore une approche réussie d'un univers flou inconnu et ténébreux. Et j'aime bien la porte ouverte à l'imagination de l'autre.

D'où viennent ces personnages? Où vont-ils?

Je trouve une vraie cohérence dans tes écrits. Dans l'un deux (Mélanges, je crois), tu dis

Citation

parfois, nos mots et nos actes divergent tant... Que l'on en est deux personnes différentes. — Est-ce que vous comprenez?

et il me semble trouver ce "dédoublement" cette dualité chez certains de tes personnages

Modifié par Elfière
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Merci, ça me fait plaisir :)

J'aime bien garder beaucoup de largeur d'interprétation pour les personnages, cela aide chacun à se les imaginer différemment, et permet aussi de focaliser sur l'atmosphère.

Cette dualité sommeille en nous tous, je crois. Même si ça ne se voit souvent que lorsque la distance du dédoublement devient trop grande...

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