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Don Juan

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Un monde réel

Don Juan

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L’essentiel est invisible pour les yeux, disait-il.

Alors j’ai fermé les yeux, pour tenter de voir cet essentiel.

Il est vrai que lorsqu’on perd un sens pendant un temps relativement long, quelque chose en nous, de nouveau, s’installe.

Tout me semblait beau, à sa juste place, lorsque je regardais avec les yeux.

Mais lorsque je les fermais, cette beauté avait perdu de sa splendeur, de son merveilleux, le monde m’apparaissait cruel, et la cruauté du monde était dans le fait qu’il ne me montrait pas son plus beau visage. Il me montrait celui avec plein de dents pointues faites pour déchirer. La vraie couleur de ce monde n’était pas ce vert flamboyant constitué de mille nuances de vert, indénombrables en vérité, ces centaines d’espèces qui sortaient du sol et que je foulais des pieds, ces arbres noueux et contrariés dans leur croissance par des vents irrespectueux de leur intention de toucher au ciel. Non, la vraie couleur de ce monde que mes yeux ne pouvaient voir était le rouge, la couleur du sang, et ce sang s’écoulait par mille blessures, mille plaies qui ne se refermaient jamais. Il y avait quelque chose encore derrière cet écran rouge, était-ce l’ultime vérité ? Je le sentais mais ne pouvais le distinguer, j’étais attiré par une douce chaleur, par une vive lumière, je ne comprenais pas ce que c’était et pourtant j’étais sûr que tout cela ne m’était pas réellement étranger…

— Le réel est une production du mental, une interprétation du monde unique, non ?

— Le « mental » est-il une chose réelle ? (rires)

— Quelle est ta définition de « réel » ?

— Le réel, c’est peut-être tout ce que mon cerveau ne peut accommoder…. Il est impossible de bien définir ce que l’on ne peut appréhender, non ?

— Cet homme que je vois ou ce vent qui me caresse ne seraient donc pas réel pour toi ?

— Non, cet homme que je vois comme ce que je vois de moi-même n’est pas le réel, puisque tant de choses m’échappe, et chacune des choses qui m’échappe m’éloigne du réel.

— Mais alors, si chacune des choses qui t’échappe t’éloigne du réel, c’est ce que tu comprends qui t’en rapprocherait ?

— Non, je ne crois pas, se rapprocher du réel ? Mais pourquoi ? Ne sommes-nous pas suffisamment remplis par l’illusion ? N’est-elle pas notre écrin naturel et parfait ? Tout notre nécessaire n’y est-il pas confiné ?

Tu poses la question de la réalité parce que tu n’arrives pas à admettre que les choses ne sont pas, et que tout en n’étant pas elles sont.

Tu arrives à admettre que tu ne perçois pas leur intégralité, leur entièreté, leur noyau, tout ce qui se passe à l’intérieur de la matière, que la couleur n’est certainement pas la vraie, mais tu penses qu’il y a quand même quelque chose de réel. Cela veut dire que tu n’accordes pas en ton cerveau la possibilité d’une illusion absolue.

— L’illusion est certes très confortable, elle permet notamment de vivre avec une illusion de bonheur, et la plupart des hommes s’en contentent d’ailleurs parfaitement.
Mais l’illusion s’apparente à la voie de la facilité. Vivre dans l’illusion, c’est choisir de prendre sa voiture plutôt que ses pied pour faire vingt mètres… C’est facile. N’y a-t-il donc pas une voie autre que celle de la facilité ? Un chemin plus exigent, car non défriché, mais aussi, plus joli ?

— Ici le sens du mot est quelque peu péjoratif, certes on peut utiliser les concepts relatifs au terme « illusion » de manière péjorative, mais ce n’est pas dans cette direction que je choisirai d’aller, si nos sens et notre esprit doivent conjuguer avec les formes illusoires, c’est pour la bonne « cause » et non par facilité. La facilité consisterait à vivre dans la confusion entre le réel et l’illusoire, ou même plus encore, à oublier totalement que le spectacle n’est que spectacle. La voie ardue elle, consisterait en l’effort fourni à chaque instant de se tenir droit face à l’illusion, en n’oubliant jamais que quelque chose d’autre se tient caché derrière le rideau des apparences, comme celui qui, posant sa main droite sur la partie émergée de l’iceberg ressent l’immensité de sa masse immergée en caressant de sa main gauche un morceau de sa glace sous la surface de l’eau.

Tout est définissable dans le monde « réel », parce que justement ce qui fait le monde réel est la définition.
L’autre monde est insaisissable, parce qu’il n’est pas le produit de la définition.

L’espace ne passe pas par les sens qui sont les outils de la raison.
Il ne passe que dans l’infiniment petit de nos cellules.

 

Don Juan



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