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Don Juan

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La croisière s’amuse.

Don Juan

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Il y a des bruits contre la coque du navire, à l’extérieur, mais cela, nous y sommes habitués, ces bruits nous paraissent normaux, ce sont les bruits de la nature, des grandes masses d’eau et du vent qui se ruent sur les parois du système.

Il y a des bruits aussi à l’intérieur, du côté des humains. Des bruits qui montent du plus bas du navire, avec la sueur et l’odeur de ranci, tout cela monte des cales, là où les travailleurs aux mains noircies par la graisse et le cambouis, là où se tiennent les petits esclaves volontaires qui veillent à l’entretien des rouages des machines, qui restent suspendus aux tac-tac de ses pistons et qui murmurent sur le rythme de son cœur auquel ils ont accordés le leur, les petits hommes à l’échine courbée par le labeur. La colère gronde chez ceux qu’on ne voit pas et qu’on fait semblant de ne pas entendre.

Juste au-dessus de la cale, il y a ceux qui dorment ou ceux qui courent dans les couloirs, les serviteurs aux mains gantées, les épiciers et les boulangers, les commerçants, ceux qui font tourner les roues d’un moteur tout aussi bruyant, le « moteur social » humain.

Au-dessus encore, il y a les passagers, ceux-là n’ont rien d’autre à faire que de soigner leurs parures, préparer leurs beaux discours et penser à la soirée prochaine et animée qui les attend. Ils ont payé pour qu’on les serve, pour qu’on leur mette la table et qu’on leur fasse le lit ; ils ont payé pour se distraire, oublier les tracas de la vie, ils ont payé les musiciens et les amuseurs de carrière, les ouvriers de l’amusement, les agents de plaisir, dont on ne sait pas à quel point leur conscience est complice ou non.

Il y a des bruits encore sur le pont supérieur : des enfants qui jouent, des parents qui discutent entre eux, admirant le paysage, buvant une coupe de champagne au gré du passage d’un maître d’hôtel tendant son plateau garni. Tout ce beau monde s’occupe dans l’insouciance qu’ont installée tous les discours politiques sécurisants : « Tout va bien messieurs dames, aucun danger nous guette, le système fonctionne bien et à été conçu par les meilleurs experts de notre société, ce navire est insubmersible, alors jouez en paix, mangez jusqu’à satiété, dansez sur la musique jusqu’à plus d’heure, voyagez dans vos rêves les plus fous ! »

Plus haut encore, toujours plus haut, il y a du bruit, mais quel est donc ce bruit ? C’est un cri ! Un homme dont la fonction est de surveiller la mer a gravi l’échelle le long du mât. L’appelle-t-on la vigie cet homme ou le vigilant ? Il s’époumone depuis quinze minutes (mais peut-être est-ce depuis quarante ans) il sonne l’alarme en hurlant :  « Danger en vue ! Chaos en vue ! Naufrage en vue ».

Mais ces cris disparaissent dans le vent de la fête, dans les vapeurs d’alcool, dans les battements de la grosse caisse, dans les rires débridés, dans les sarcasmes enjoués, dans l’arrogance généralisée.



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2 Commentaires


Commentaires recommandés

il y a 1 minute, 120lola120 a dit :

Du Titanic à tant d'autres niveaux de lecture...

Je suis heureux que ces textes vous paraissent plus clairs. :)

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