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La malédiction du 14 août…

Isadora.

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2016

Il y a précisément trois ans et un jour, j'ai décidé de stopper les antidépresseurs, comme ça, parce que vraiment ça ne servait à rien sauf à me ralentir, cette saloperie. J'avais bien lu les avis ou du moins les contre-indications pour sevrage du coup j'ai serré les dents fort il y a exactement trois ans, en attendant que ça passe. Allez, allez, ça va passer, le mal de mer. Allez, allez, t'inquiète pas, cette envie de crever va passer. C'est temporaire, c'est juste les molécules ou l'absence de ces molécules dans ton cerveau. Ça va passer. Et puis, tu vis au rez-de-chaussée, tu risques rien. Allez, tiens bon, c'est rien, c'est juste une semaine, c'est rien. Et puis, là, je me suis souvenu qu'on avait prévu de se marier le week-end du 15 août… le dimanche 14 août, histoire que tout le monde ait le temps de venir. 

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2007

Il y a précisément douze ans, je dormais chez Adeline B., dans la petite cabane au fond du jardin de chez ses parents — vague logement indépendant conçu pou héberger de jeunes couples en toute indépendance. Dans le même lit, il y avait ce mec avec qui j'avais bu de l'absinthe durant la soirée, l'autre plus vieux de la soirée et tous ces petits jeunes avaient bien rigolé de nous voir nous rouler des patins. Accessoirement, Cécile T. m'avait prêté son téléphone, puisqu'elle avait un forfait illimité — rigolez pas, on est en 2007 ! — et j'avais composé le 06*062*14*, inoubliable numéro de l'autre connard, que je n'avais pas appelé depuis quelques années. J'ai failli me marier avec le gars de l'absinthe et je suis partie à Lyon pour l'autre. Beau bordel. Les deux, là… ils se détestaient tellement d'être là l'un comme l'autre… en même temps, ils ne m'auraient, l'un et l'autre, prêté aucune attention hors de la multitude que, l'un pour l'autre, ils constituaient. Je ne coucherai plus jamais ni avec un Pierre, ni avec un Ugo. Plus jamais jamais jamais. Promis. C'est fini pour toujours. 

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2006

Il y a précisément quatorze ans, le quatorze août, j'arrive à Reims, dont j'ai été coupée toute la durée des vacances. Je rentre d'Algérie, un voyage horrible avec toute ma famille sur le dos durant deux semaines toutes entières, dans une ambiance de promiscuité telle que mes frères et sœurs ont pu affirmer OKLM que j'étais possédée parce que je les avais regardés de travers une fois et toute la famille l'a cru. Le seul moment cool, c'est quand on a été dans le désert, à six dans une bagnole pour cinq, qu'on a failli crever sur cette route de montagne horrible à l'aller et sur l'une des dernières routes non-sécurisées du bled au retour, mais qu'entre les deux, on était dans le désert avec le sable à perte de vue et là, d'un coup, le ciel est devenu vert et violet et le sable envahissait l'horizon dans un tourbillon aussi beau qu'effrayant, parce qu'il a plu, mouahahah ! On était comme des cons, quelques instants plus tard, dans la bagnole en train d'attendre que le pare-brise cesse d'être cet improbable tableau de boue sans cesse épaissie, on s'en est posé, des questions ! Même on s'est demandé : mais ça va durer longtemps ?, question con s'il en est puisque nous n'étions pas en Bretagne mais dans le Sahara.

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Bon, quatorze août, je retrouve mon copain, le fameux Guillaume tant aimé durant ces deux ans de prépa, le fameux Guillaume qui m'a tant rejetée mais qui, finalement, juste avant les vacances, a bien voulu qu'on se remette ensemble, c'est-à-dire qu'on joue à picoti-picota dans le noir quand personne ne regarde dans notre direction ! J'ai beau savoir que ce culte du mystère ne fait qu'instiller dans mon esprit l'idée que je suis répugnante et indigne, je suis quand même trop contente que ses lèvres touchent les miennes, et aujourd'hui, je le retrouve enfin ! Rendez-vous devant la cathédrale. Yay ! Il a une heure et demi de retard, entre temps, il a plu des cordes. Conne comme je suis, j'ai eu peur qu'il ne me trouve pas quand je me suis planquée dans la médiathèque, alors je suis restée à la fenêtre comme une chienne qui attend son maître, en repensant à tous les cafés qu'on avait bus là, l'été, l'hiver, le printemps… ah tout de même, ça va me faire bizarre, quand il sera parti à la Sorbonne ! 

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Il daigne se pointer, ne présente aucune excuse, on file au Parc de la Patte d'Oie, où il fait beau dorénavant, où quelques badauds déambulent, où les hauts-parleurs diffusent France Q, où nous trouvons un banc sur lequel nous asseoir pour qu'il me montre l'équivalent d'un journal intime qu'il appelle son carnet d'ordures. Il y consigne toutes les pensées déplaisantes qu'il a conçues, toutes les critiques qu'il a pensées, tout ce qu'il a vomi silencieusement, ravalé, redigéré jusqu'à se le formuler par écrit dans ce cahier que moi, béate et sotte, je me trouve très heureuse de tenir entre les mains. J'ouvre et je parcours, admirative, ces lignes tracées de sa main. Je m'enivre de son écriture qui, quoiqu'un peu enfantine et dénuée de toute élégance, me semble ciselée, précise, chirurgicale et pleine de tout ce que la mienne ne possède pas, je lis, je ne comprends rien mais c'est bien, le style est beau, je pige que dalle mais c'est beau; la vache comment c'est bien écrit, je relis juste un coup, je ne comprends toujours pas, relis encore, putain, ça parle de moi ! sa mère la pute ! mais l'enfoiré, il est en train de me larguer par écrit, assis tranquille juste à côté de moi à me scruter sans rien me dire ! 

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Les canards traversent la pelouse. Le monde s'est effondré.
Why do the birds go on walking ? 

On peut bien rire mais le I can't understand  n'a jamais eu tant de sens qu'un 14 août… Et tous ces gens insupportables qui vivent bien les ruptures et les tracas, les aléas, les accidents, les déconvenues alors que moi, j'ai juste envie de crever là, de m'enfoncer un couteau dans le cœur et que je ne dois l'existence qu'à cette question :  Est-ce que t'en auras toujours envie dans cinq minutes ? 

C'était donc le 14 août hier, jour tant redouté, et je ne suis pas sortie de chez moi… mais bon… La suite si je ne m'endors pas. Sinon, jamais, j'aurais trop honte ! 

 

Tous ces lâches… le plus beau don, c'est le courage. Et la valeur ultime c'est la vie. 



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2 Commentaires


Commentaires recommandés

Meuh non Meuh non, tu vas me trouver vache, mais je suis raisonnable, réfléchis bien , c'est pas une malédiction, mais une véritable bénédiction, tu aurai été très malheureuse avec de tel connards.

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Il y a 9 heures, Promethee_Hades a dit :

Meuh non Meuh non, tu vas me trouver vache, mais je suis raisonnable, réfléchis bien , c'est pas une malédiction, mais une véritable bénédiction, tu aurai été très malheureuse avec de tel connards.

Oh, j'ai été très malheureuse sans aussi, hein ! :) 

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