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Bonne nuit Kégéruniku

Kégéruniku 8

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Je veux être dieu. Non pas dieu de toutes choses. Je déteste les groupes, les foules, les nombres. Ils sont inconsistants et n’existent probablement que pour me nuire. Et plus encore, je hais leur mécanique, vulgaire et terriblement indiscrète. Rien n’égale la singulière saveur du secret. Non, je veux être un dieu personnel. Partagé, pourquoi pas. Si c’est par une poignée d’adeptes. Et je veux que chaque adoration soit singulière dans son histoire et dans son expression. Je ne veux pas être ce fer qui marque le bétail et laisse toujours la même empreinte derrière lui ; autant se livrer directement aux inspecteurs. Je veux que les rares personnes marquées le soient de façons toujours différentes, pour qu’ainsi je puisse croire en ma propre profondeur.
Je veux être dieu, parce qu’il n’y a pas d’autre façon de me prouver mon existence. Si j’ai effectivement occupé ce temps qui m’était alloué, il doit y avoir des traces de mon passage. Et si j’ai vécu, véritablement, et ne me suit pas contenté d’orner le paysage comme n’importe quel agrégat sédimenteux, sédimentaire, sédimental, alors ces empreintes doivent retranscrire ne serait-ce que l’idée d’un changement, d’un mouvement d’âme.
C’est parce que je veux être dieu que je m’abandonne parfois à la contemplation extatique des fragments abandonnés sur les chemins passés de mon voyage. J’observe et je guette en quelques lieux choisis, en quelques yeux tendres, le moindre indice me laissant espérer la présence d’une relique de mon histoire. J’observe longuement, régulièrement, pour enfin trouver cet autel à ma gloire, cette preuve irréfutable. J’ai besoin de savoir alors dites-moi !
Non, ne dites rien, ça ne compte pas. Montrez-moi, mieux ! Laissez-moi voir, laissez-moi ressentir ce quelque chose, quoi que ce soit. Même si la fleur est quelconque, je veux savoir que j’ai semé. Et s’il ne reste que désolation, je veux savoir que j’ai soufflé. Qu’importe le souvenir, sa nature ou son odeur, pourvu que je puisse me dire que j’ai compté.

Mais au-delà de cette divine avidité de reconnaissance qui me tiraille et me fait me vautrer dans les fanges du mortellement commun, Lucifer peut bien se consumer pour moi, je veux être dieu pour ce luxe inestimable qui consiste à pouvoir choisir ses adeptes en les créant à son image. Parce qu’il m’importe bien plus de la bouteille que de l’ivresse. Parce que je veux bien être petit, sale, inutile, mais je préfère mourir pour avoir fait la fine bouche plutôt que de me l’admettre. Alors, petit dieu fourbe et menteur pareil à tous ces misérables incapables de s’assumer, je créé, je tisse, je baise et j’écris comme le font les pêcheurs ; je peux bien détruire les fonds marins, estropier et rejeter avec dédain, pourvu que je ne sois pas seul à mordre à l’hameçon.



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