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Dès lors je ne dis rien

Tequila Moor

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Certains disent "jamais" d'une ambition polie
Ce qui équivaut à : "jusqu'à ce que je meure"
Ôtons donc, de cette opération, l'infini
L'équation se résout en simples sons : "jameur"

Le monde me parvient comme suite innommable
Algèbre de hasards que je ne comprends pas
Je parle ici bien sûr du réel impalpable
Car mon humanité, je sus la mettre au pas

En elle se trouvèrent des occupations
Amour ou amitié ou bouche que veux-tu
Ou la maternité, la réanimation
Des raisons d'ajourner l'instant où je me tue

Une pincée d'argent puis un trait de cynisme
Puis de la gentillesse ou du courage, au mieux
Recette du bonheur, façonnage d'un isthme
Pour se lier aux autres, peut-être vivre vieux

Soudain il ressurgit, cet instant dérisoire
Quand mon crâne est ailleurs, dans la dimension Z
Alors le sens n'est plus, la conscience illusoire
Quand le langage ne fournit aucun remède

Dès lors je ne dis rien, plus ne m'est rien à dire
Quelquefois je gémis, comme ferait un chien
Qui griffe le silence au moment de périr
Accompagné du maître, il lui lèche la main

 

Las ! Les autres autour me ramènent bientôt
Au banal quotidien ; ou je fais un effort
Et invoque un bon mot, poncif ou météo
Tout est bon pour rejoindre la meute, en accord

"Je pense donc je suis" : soyons clairs, je m'en fiche
Suivre est pente naturelle, dès la naissance
"Je suis donc je pense" suffit comme pourliche
Pratiquons un truc : en vient vite sa croyance

Le cerveau n'est pas fait pour tout appréhender
En fin d'après-midi, nous disons "Sol se couche"
Or nous avons appris Copernic... Galilée...
Le cerveau s'attrape avec du papier tue-mouche

Pourquoi être vivant ? Pourquoi devoir s'éteindre ?
Pourquoi tant de pourquoi s'invitent tendrement ?
Caresser l'épouvante, l'angoisse l'étreindre
Puis l'orgasme final : l'absurde est sentiment

D'un coup : décès de l'avenir (prémonitoire)
Et univers est à venir ; oui, mon amour
Et unis vers l'ensevelir (régulatoire)
D'un coup d'essai : brouillon d'un éternel retour

Dès lors je ne dis rien, rien ne m'est plus à dire
Dans ce cas j'irradie, comme font les étoiles
Qui éclosent au silence et viennent t'offrir
Leurs voix au choeur du vivre, leur voie sidérale


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5 Commentaires


Commentaires recommandés

il y a 2 minutes, Yokkie a dit :

Y a rien à dire, une belle plume ! :)

Ah oui, on commence par louer le plumage, ensuite c'est le ramage, puis enfin on s'enfuit avec le fromage... Tss tss. :D

Modifié par Tequila Moor
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