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Naufrage

Isadora.

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Et c'est ainsi que meurent les jolies choses. Comme ça. On jette au sol les lys tout rabougris comme de vieilles capotes après l'orgasme. On se faufile dans le néant d'où l'on avait surgi avec joie mais on s'y laisse absorber de nouveau avec à la bouche un goût amer. L'exubérance offre sa place à une humeur maussade, massacrante. 

Pour t'oublier, alors que tu étais entré dans ma vie comme ça, j'ai déjà essayé bien des remèdes. L'alcool n'a rien changé, même il a rendu mes regards plus tristes. Je me suis décidée à rester sobre. La méditation, les bons repas, la natation,  l'hygiène de vie ont fait de moi un automate pathétique, capable seulement de simuler un bonheur perdu. La méthode Coué décidément ne marche pas. J'ai essayé aussi de t'oublier dans les bras d'un autre homme. Il a bien remarqué mon regard fuyant, mon manque d'intérêt total, en un mot mon ennui. À tout moment, ton image revenait, ta douceur, ta présence. Ta voix aussi. Les hommes n'étaient plus hommes que dans la mesure où ils portaient quelque chose de toi. Dans la mesure où ils te révélaient, tandis que tu mettais à jour leur insignifiance. Je t'ai écrit, encore. Deux jours plus tard. Deux jours plus tard encore. Avant-hier avant de m'endormir et hier matin un peu plus fort encore, j'ai senti dans ce silence l'abandon total, définitif et je ne suis pas parvenue à te dire adieu. Impossible de mettre les mots l'un devant l'autre et impossible de clore cette histoire, dont je ne sais si elle a de pathétique que je m'y sois accrochée ou que tu t'en sois lavé les mains ainsi. Un mot de toi est arrivé, finalement, un mot qui me souhaitait un bonheur momentanément inimaginable. Un mot qui me congédiait sans assumer le mal qu'il me faisait et qui te détournait très calmement de cette scène. Pudeur pratique. Politesse ignoble. 

Pour compenser, il faut du sale, du trash, de la multitude. Déjà je suis ivre sans boire autre chose que du café. Je ne mange plus que des fruits secs. Hier, un homme a fait trembler mes jambes. Une éternité que ça n'était pas arrivé. On s'est rencontrés sur un site, il est venu chez moi. J'étais presque déçue en le voyant car ses cheveux étaient très courts et que quelque chose en moi s'attendait à te voir arriver. Il m'a demandé si je pouvais le sucer à peine le pas de ma porte franchi mais il a commencé à me parler, à parler trop. Comme si, finalement, ça ne lui allait plus. Il avait peur de me faire mal à chaque geste et moi, je voulais avoir mal. Je voulais me dissoudre dans sa pénétration, dans sa volonté, dans autre chose que moi-même.

J'essaie de t'oublier. De te supprimer de mon esprit. D'oublier ton odeur. C'est difficile. Ton image me hante à chaque instant, d'autant plus depuis que la porte s'est refermée, d'autant plus depuis que tu t'es dédit et que tu as sombré dans cette lâcheté que j'abhorre. Comme tant d'autres. Bassement banal. J'avais de jolies choses à te donner, pourtant.

 


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Le naufrage c'est savoir exactement que nous ignorons tout de là où nous nous trouvons. Etre incapable de nous situer parce qu'à perte de vue on ne voit que du vide. On voudrait tout oublier, perdre connaissance. Ignorer comment s'écrit tel mot. Perdre ses repères. Agir sans avoir besoin d'un but, comme si le but n'avait aucune importance. N'avoir plus aucun lien avec ce qui nous permet de nous identifier. Faire d'une histoire insensé, notre histoire.

On continue pourtant d'agir par réflexe. Une machine qui se comporte selon les perceptions habituelles. Une succession d'acte manqué sans fin. Pas besoin de moral ici, juste quelques ajustement pour notre voile. Eviter de percuter les autres entre deux désirs. Garder ses questionnements pour soi et prendre le temps de s'en vouloir.

Mais quoi qu'on en pense, c'est un phénomène qui n'a pas besoin de démonstration pour s'imposer à nous. Certain clame haut et fort leur existence, s'il pouvait faire moins de bruit, juste le temps que je respire. Leur présence ne m'a jamais empêcher de savoir où je suis, je le sais, je le dis, je suis perdu. C'est une vérité qui se hurle, un point commun qui n'a pas de repère. Penser ce que vous voulez...

A plusieurs, on en sait pas plus. C'est injuste, c'est comme ça et c'est légal. En vouloir à la liberté c'est en vouloir à la sienne. C'est là qu'on se condamne. Je veux retrouver mes chaines, je veux retrouver mon but, je veux continuer à être égoiste. Merci.

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