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Comme des fleurs, cousin

Isadora.

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Il me dit que je lui suis une bonne nouvelle. Il me dit qu'il aime les moments que nous passons ensemble, à chaque fois. Qu'il est heureux que j'aille bien. Qu'il ne voudrait pas me rendre triste et qu'il se surveille. Que je suis la femme la plus intéressante qu'il connaisse. Qu'il voit en moi une beauté que peu de femmes ont. Il me dit qu'il aime notre complicité et qu'un baiser pourrait mettre en péril le lien que nous avons noué. Qu'un baiser ne vaut pas cela quand on a quelqu'un en face, pour une fois. Il me dit qu'il m'offre son amitié très aimante et que c'est beaucoup.

Quand je l'appelle cousin, il me répond cousine et j'aime ça. Quand il me montre les ficelles de son métier de voyou, il me semble qu'il emporte un peu de moi plus près de lui, en permanence. Quand de mes bras, je l'agrippe fort, je le sens stupéfait mais ses mains se glissent sur moi et il me serre, lui aussi. J'aime tant le tenir très fort, tout contre moi. Sans un mot, nous nous respirons comme des fleurs et nous nous embrassons dans le cou. Nos mains l'une dans l'autre se crispent et se cajolent et si parfois je demande un baiser que ses lèvres me refusent, je ne m'en offusque pas, puisqu'elles me disent pas encore et que son sourire autant que ses pensées à moi se donnent. Je l'avais rarement vu jadis, ce beau sourire de la bouche et des yeux, ému, un peu taquin, un peu timide. Amusé. Heureux.

— Il y a quelques jours, j'avais besoin de sous-vêtements ; j'ai tant pensé à lui en les choisissant qu'il me semblait présent. À ce moment-là, il y avait dans chaque cabine d'essayage un homme dans le miroir, un homme aimé, invisible et souriant. Et les femmes en se changeant effectuaient une danse de l'amour vouée à n'être jamais vue mais dessinée, à chaque instant, dans leurs mouvements. —

C'est dans la rue surtout que nous cherchons de l'autre la présence. Bientôt, il fera froid, bientôt il fera nuit très tôt et nous pourrons les arpenter, ces rues, dans l'ombre si propice aux entrevues, aux frôlements et aux silences. Son rire aura tant de splendeur que son sérieux sous un grand parapluie et tous les clapotis s'éteindront un à un autour de nous quand nous passerons aux aveux.

Pour l'instant, c'est l'été indien, un été qui semble ne pas vouloir s'achever, jamais, et nous parlons avec beaucoup de bruit à la terrasse de cafés, dans des kebabs et sur des bancs. La ville est un vaste bac à sable qui s'offre à nos tribulations. Pour une fois, nous sommes dans le film. Nous sommes le film de passants silencieux comme nous le fûmes autrefois. Le silence qui se creuse autour de nous n'est pas encore si fort qu'il nous enferme et nos amis peuvent encore nous rejoindre pour un peu de bruit.

Mercredi, j'irai chez lui. Je lui offrirai des fleurs et je me plongerai, encore une fois, dans les lignes somptueuses de son labyrinthe. J'irai boire un peu de ce qu'il est, j'irai l'apprendre sur le bout des doigts, j'irai le côtoyer et profiter de ces sourires que nous échangeons. Je lui offrirai des fleurs encore et encore, jusqu'à ce qu'il comprenne que la fragilité de nos corps périssables est belle et que seul le présent s'offre à nous, que c'est une chose heureuse et qu'il faut accepter le fleuve. Et qu'ai-je d'ailleurs, à rêver de lui, puisqu'il est là, juste là, présent et qu'il me rendrait presque heureuse ? C'est que ses lèvres m'ont dit pas encore, c'est que son corps m'appelle même si je ne voudrais pas moi non plus abîmer quoi que ce soit. Ce n'est pas que j'aie peur, c'est que je veux goûter cette fragilité encore. Encore. Telle qu'elle s'offre.

J'écris pour le rendre absent, j'écris pour qu'il me manque, par pure fantaisie. J'écris pour le voir de plus loin et me baigner dans mes images de lui. Pour profiter de la forme de son être, merveilleuse, et avec elle danser.

C'est un amour dont j'ai longtemps rêvé, au point que je ne l'osais plus. C'est un amour d'enfant, c'est un amour qui ne dit pas son nom, qui prend son temps, enraciné dans l'amitié, c'est un amour léger qui ne sera pas consommé avant de se prendre au sérieux. Il me l'a dit, pourtant tu sais que l'amour est quelque chose de plus sérieux que ça, et je le sais. S'il doit prendre forme, notre amour sera vivant. II sera maladif et doux. Ce sera beau.




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