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Un secret.


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Une chambre, grande, où partout dans l'air flotte une odeur de poussière. Le peu de lumière qui traverse les vitres sales des fenêtres donne à la pièce une allure spectrale. L'on devine les contours de quelques meubles sous de grands draps blancs; au sol, des tapis d'un teint gris. Et çà et là, quelques piles de livres et de vieux papiers. — Est-ce donc là la chambre secrète de la maison?

Il avait fallu sonder, un par un, tous les murs du rez-de-chaussée et de l'étage; donner de petits coups secs sur chaque brique de la cave; fouiller sous la poussière à la recherche d'ouvertures scellées ou de mécanismes improbables. Il avait fallu scruter, du haut d'une échelle, les éventuelles irrégularités de la couche de peinture du plafond - qui trahiraient une trappe.

Pourtant, cela n'avait rien donné. Pouvait-on au moins deviner la location probable d'une pièce cachée en ré-examinant les plans de la construction? - De longues heures penchées sur un plan, revérifié dans ses proportions avec divers mètres, n'avaient pas donné beaucoup d'indications: il n'y avait pas assez d'espace non accompté qui justifiât un soupçon. - À moins évidemment que la pièce ne se trouve en-dehors du périmètre de la maison, dans un souterrain attenant à la cave; mais les recherches avaient été infructueuses de ce côté-là.

Il n'avait pas été possible, non plus, en cherchant dans l'histoire de la bâtisse et des constructions voisines, de trouver des informations historiques intéressantes susceptibles de laisser transparaître un indice. — Comment donc encore croire en cette thèse folle, qu'il se cacherait une chambre secrète dans la maison?

— — C'était lors d'un après-midi ensoleillé; tombant de sommeil après quelques travaux d'aménagement, je m'allongeai sur le sofa et m'endormis aussitôt, mais peu profondément. De temps en temps je revenais à la veille et regardais les arbres au-dehors, sans bouger. Puis je réalisai que je ne pouvais pas bouger; impossible d'imprimer à mon corps le moindre mouvement - ma volonté était comme inopérante, coupée du corps. Ma conscience observait, appréhensive. Le bruit des feuilles des arbres me parvenait très distinctement - il n'y avait pas de vent. Et alors, une voix, qui venait de derrière mon épaule gauche, me parlai et me révélai l'existence de la chambre. — Un instant plus tard, je réalisai que la voix s'était tue depuis de longues minutes; et, esquissant un mouvement, que la paralysie s'était dissipée.

L'expérience avait été si réelle, si étrange, qu'il m'était dès lors impossible de renoncer à l'idée qu'effectivement il s'était agi d'une révélation plutôt que d'un rêve. Et pourtant, chaque jour de recherches vaines m'avait indiqué que sans doute, malgré tout, il n'avait dû s'agir que de cela. Était-ce cela, le début de la folie? Une psychose? Je n'osais pas demander l'avis de quelques amis proches - y compris ceux-là qui avaient des dispositions à préférer les explications irrationnelles aux phénomènes paradoxaux. C'était à la fois une certaine appréhension de leur jugement - mais aussi quelque sensation indéfinissable que le partage de ce secret le neutraliserait d'une certaine manière, et rendrait l'entrée introuvable. Quant à mon amie médecin, lui en parler était une perspective terrifiante. Alors je restais là, avec mon rêve, comme un objet précieux que l'on cache aux regards.

- C'était le rêve qui m'avait fourni la clef pour résoudre cette énigme.

En rentrant d'une nuit de fête, le sang alcoolisé plus que de coutume, j'avais titubé jusqu'au lit, envoyé tous mes habits en l'air dans la pièce pour immédiatement m'effondrer sur les draps dans une position improbable. Des rêves qui vinrent dans cet état, je ne me souvins surtout que de roues de couleurs qui tournaient, tournaient dans plusieurs directions à la fois; et d'épisodes de micro-sommeils qui perturbaient ma nuit. Je me réveillai au beau milieu de la nuit avec la nausée; il me fallait me traîner jusqu'à la salle de bain... je me levai et tentai d'effectuer le moins de mouvements possibles pour ne pas brusquer mon corps. En sortant de la chambre, l'esprit brumeux, et en arrivant en face de la porte de la salle de bain, je pris soudain conscience d'une étrangeté inexplicable. Le corridor n'était-il pas un peu plus grand que d'habitude? Et qu'était-ce que cette porte à côté de la porte de la salle de bain? Je savais bien qu'il ne devait s'y trouver ici qu'une seule! - Le choc de cette réalisation me brouillait l'esprit et — je me réveillai au beau milieu de la nuit avec la nausée; dans le lit avec les draps défaits.

Alors j'avais secrètement depuis ce jour entraîné mon corps et mon esprit à des exercices qui en permettait la dissociation; car désormais je savais. — Je savais que la chambre secrète n'était accessible que par une sortie du corps, belle et bien dans la maison, mais sur un autre plan... Et après de longs mois d'efforts qui à nouveau me frayèrent à la folie, je découvrais maintenant l'intérieur de la pièce...

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