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Joyeux repas

Jedino

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- Et sinon, ta femme, ça va comment ?

- Oh, ma foi, ça va. Elle bosse en ville, comme secrétaire. Paraît que c'est un gros truc, mais j'ai jamais trop pigé quelle boîte c'était. Et la tienne ?

- Comme un charme, comme tu le vois. Elle est toujours aussi calme, j'apprécie vraiment sa présence.

- Tu m'étonnes ! Elles sont tellement plus agréables quand elles ne la ramènent pas.

- C'est à se demander si elle ne me boude pas, tu sais. Elle a beau me sourire tendrement, elle est franchement silencieuse.

- Déconne pas ! T'as de la chance, mec.

- Ouai.

Ainsi va la discussion entre les deux bons amis autour d'un véritable festin. C'est là une habitude qu'ils ont pris depuis maintenant presque dix ans, à l'époque où ils avaient chacun rencontré la femme de leur vie, quasiment en même temps. Ils ont toujours tout fait ensemble et n'ont cessé ces rendez-vous périodiques que pour des prétextes graves, comme une naissance, celui du petit dernier, ou un accident. Il faut dire que l'un est aussi maladroit que l'autre est doué.

- Et les enfants?

- Bah, écoute, ils sont tous à l'école, maintenant. Plus qu'à attendre que tout ça pousse.

- Puis, enfin la liberté ?

- Je n'irai pas dire ça, mais ça nous changera, effectivement. Et de ton côté ?

- De vrais anges. Ils tiennent ça de leur mère, je pense. Tenez-vous mieux à table, les enfants.

- Laisse-les donc un peu souffler. Ce sont des mômes, ils ont besoin de bouger.

- Qu'ils le fassent après, alors. La jeunesse n'est pas une excuse à la paresse et à l'agitation.

- Tiens, il reste presque plus rien.

Mais les victuailles suffisent. La satiété arrive bien vite après la faim. Le plaisir, lui, n'a que peu de place. Tu le saisis et, hop ! le voilà disparu. Le moment du dessert arrive néanmoins, et chacun fait bonne mine au milieu des rires et de la bonne humeur.

- T'en reprendras bien une part, dis-moi ?

- C'est que...

- Allez, ne te fais pas prier ! Tiens, passe-moi ton assiette.

Et, tandis que la soirée devient pleinement nuit, le ton devient plus sérieux. L'heure n'est plus à la plaisanterie, mais aux soucis et inquiétudes.

- Sinon, tu comptes le faire bientôt ?

- De quoi tu parles ?

- Tu le sais, arrête.

- Bof, rien ne presse.

- Je te préviens, tu devrais te méfier. Les voisins commencent à soupçonner quelque chose. Celui d'à côté m'a posé des questions pas tout à fait innocentes à ma venue.

- Ils ne savent absolument rien, ne t'inquiète donc pas.

- Mouai.

- Peut-être qu'il faudrait que je les invite à dîner, un soir ? Histoire de les rassurer ?

- T'es dingue, ma parole.

- N'importe quoi. Si je l'étais, je me mettrais à causer avec eux.

- Tu le fais déjà. Déconne pas, mec. Si t'attends trop longtemps, tu vas être complètement marteau.

- Vous entendez ça, mes chéris ? Il veut que je vous balance, que je me débarrasse enfin de vos carcasses. Ce n'est pas ce que vous souhaitez, vous, n'est-ce pas ? Non, bien sûr que non. Venez faire un bisou à papa, venez !

- C'est presque flippant, sincèrement. Puis, l'oeil de ta femme qui pend à un nerf, ça craint. Rafistole-la au moins un minimum avant qu'elle ne l'ait sur la main. Et ton fils, sérieusement ! Il pourrit sur place, le pauvre.

- Tu m'étonnes ! Le chien a tenté de le bouffer, l'autre jour. Il en a crevé.

- Mon dieu. Et tu l'as foutu où ?

- Je ne sais pas. T'as aimé la viande, sinon ?


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8 Commentaires


Si vous faîtes un concours d'horreur avec Tequila, désole de te le dire mais c'est lui qui gagne.

Pas mal du tout, cela dit. On se doute de la fin (ou plus précisément que la nana n'est plus très fraîche) dès le début mais ce n'est pas forcément plus mal : on se croit malin quand on n'est pas surpris. :cool:

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Invité Lapins

Posté(e)

Ahem... Dois-je te remercier pour ce partage ? ;)

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Si vous faîtes un concours d'horreur avec Tequila, désole de te le dire mais c'est lui qui gagne.

Pas mal du tout, cela dit. On se doute de la fin (ou plus précisément que la nana n'est plus très fraîche) dès le début mais ce n'est pas forcément plus mal : on se croit malin quand on n'est pas surpris. :cool:

Je ne trouve pas que ce soit obligatoirement moi qui gagne, vu que le texte de Jedino m'a bien plu. Etonnamment, ça ne m'a d'ailleurs pas rappelé mes "cadavres exquis", plutôt mes "nos tables", tout du moins au début. Mais quand on connaît l'appétence de notre ami pour la cuisine & l'abattage faits maison, on comprend vite de quoi il retourne.

C'est un peu ce que j'ai trouvé dommage, d'ailleurs : il aurait été possible de partir sur un sujet de conversation, sans lien avec la situation, pour nous occuper l'esprit histoire de nous surprendre un peu avant la chute. Puis le personnage de l'ami qui vient diner n'est pas assez développé, alors qu'il est sans doute encore plus ravagé que l'assassin... à moins qu'il ne soit qu'une invention du cerveau malade de ce dernier, bien sûr.

Sinon, Jedino, tu devrais quand même un peu te relire : à la place de "habite" devrait se trouver "habitude", par exemple... Tu manges les mots, non ?

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A vrai dire, je n'ai même pas fait le lien entre la situation et la fin. Ou plutôt, je n'ai pas fait le lien entre le fait que ça peut être attendu déjà avant dans la mesure où je ne savais pas comment j'allais finir avant d'avoir fini.

konvicted : ah non, je ne cherche pas à battre le maître, ne t'en fais pas.

Lapins : Tout dépend si tu es rassasiée !

Tequila Moor : Tu as raison, je n'y ai pas songé une seule seconde. Et, j'ai déjà eu du mal à l'écrire, alors le lire... Mais effectivement, par respect pour ceux qui le lisent, ce ne serait pas une mauvaise idée. Oui, ma lenteur est paradoxalement liée au fait que les mots me viennent plus rapidement que je ne peux les taper, parfois. Ca m'arrive aussi à l'écrit quand il s'agit d'écrire quelque chose de long, si ce n'est qu'étant moins rapide avec un stylo, ce n'est pas une partie du mot mais le mot qui s'en va. Cela dit, l'exemple que tu me donnes me fait davantage penser à ma tendance à remplacer un mot sans le voir (même avec relecture, souvent) parce que je suis déjà ailleurs alors que je n'en suis que là. (A vrai dire, j'étais persuadé l'avoir écrit : c'est une phrase sur laquelle je me suis arrêté plus que pour d'autres, justement.)

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Je n'ai déjà pas d'appétit, je crois que ça m'a convaincu de déserter les blogs un petit moment...

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